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Rd Kakudo Pierre Gérard — De la nécessité des règles

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index_131.jpgIl semble tout à fait légitime, lorsque l’on vient dans un lieu pour s’adonner à la pratique de Zazen, de souhaiter trouver une certaine convivialité, bien qu’elle ne devrait pas être la motivation première. D’où la nécessiter d’examiner les motifs et le désir qui nous y mènent, pour prendre conscience s’ils diffèrent de la volonté spiritualisée (le désir de développer l’esprit d’éveil et de réactualiser la nature_Bouddha.)

Nous venons parce que nous cherchons à savoir comment vivre dans ce monde de la naissance et de la mort (des souffrances) héroïquement, sans vouloir nous y soustraire. Cette réflexion sur le comment vivre dans le monde des souffrances c’est aussi s’étudier soi-même, c’est voir sa propre nature, mais sans cesser de se rappeler que savoir qui on est est un mystère qui n’a jamais été résolu pour un autre, et que chacun se doit de le déterminer et de le résoudre par lui-même et pour lui-même.

Motifs et désirs prennent des formulations différentes selon l’histoire de chacun, si bien que le zendo devient un lieu où se côtoient toutes les différences. Maître Dôgen dans son Ju Undo Shiki . dit : – Nous devrions faire en sorte que toute notre vie consacrée à la pratique soit paisible et que notre quête de la Voie s’accomplisse sans aucun obstacle. Alors comment faire pour se libérer des obstacles crées par la croyance en la légitimité de sa personnalité emprunte de mauvaises habitudes ? Comment permettre une cohabitation garantissant à chacun le respect de sa recherche et de sa personne pour que se réactualisent la nature_Bouddha et le processus de contemplation de la propre nature en elle-même comme principe de se connaître soi-même ? Comment faire pour créer l’atmosphère propice à faire naître en soi l’humilité menant à la compréhension de l’interdépendance et qui conduit à la tolérance ? En résumé, comment permettre l’expression de la Voie en chacun ? Pour Maître Dôgen, l’actualisation de la nature_Bouddha, comme son expression (la Voie) ne peut se manifester si les règles (ne pas confondre avec étiquette, code, formalité, réglementation) et le processus d’observance – référence à celles qui régissent la vie communautaire des moines – comme le Sangha sont absents (les membres de la communauté veillent au bien-être physique, moral et spirituel de chacun, aussi bien qu’une mère et qu’un père.)

Il y a une identité commune à tous les êtres spirituels, sans distinction de spécificité (moine de corps, moine d’esprit, laïcs, etc..), c’est celle de la nécessité de la renonciation. Pour tout un chacun, il n’est pas envisageable d’entrer dans la Voie avant que la renonciation ne soit acceptée, à défaut d’être achevée. Renoncer à ce qui peut limiter ou annihiler le désir d’esprit d’Eveil. Renoncer à l’ignorance et à user de cette faculté de refuser d’accomplir son dharma. Laisser les motifs de l’action (pratiquer) dans l’action elle-même et jamais dans le profit (la récompense, le satisfecit) qu’elle procure. C’est l’oubli de soi-même ou le sacrifice de soi-même en faisant le choix de l’observance et de l’obéissance en la Loi. Le Ju Undo Shiki débute en nous rappelant que : – Seule une personne en quête de la Voie qui a pu mettre de côté son désir de reconnaissance et sa volonté de réaliser quelque profit, peut entrer en ce lieu. Celle qui n’est pas sincère ne devrait pas y être admise. Parfois, la pratique n’est que manifestation de notre Ego (certains peuvent voir l’expression de névroses) dont les motivations ne sont pas très clairement exprimées. Le désir de reconnaissance s’exprime dans une soif d’exiger que tout se plie à la volonté de sa petite personne ou dans la fuite tout simplement de sa réalité. N’allez pas croire que soudainement l’on puisse être pris dans le vertige d’un tel comportement. L’Ego est assez subtil pour se transfigurer dans le but de se faire accepter et parvenir à ses fins. C’est quand il y parvient qu’il s’exprime clairement et sans retenue. Faut-il pour autant mettre au pilori une personne, sur le présupposé de ses intentions comme sur ses mœurs, sur sa fortune (financière, intellectuelle ou sur ses aptitudes), comme de s’adonner à la psychologisation sauvage ? Non, nous sommes tous enclins à faire des erreurs. S’en prendre à soi-même ou aux autres n’a jamais permis d’atteindre la connaissance de la nature de l’être humain. La recommandation de Maître Dôgen à ce sujet est la suivante : – Évitons de critiquer et de mépriser les autres pour leurs erreurs. À ce sujet, un Ancien disait : «Lorsque vous ne percevez plus les défauts d’autrui pour mettre en valeur vos qualités, vous serez appréciés par vos doyens et vous aurez le respect de vos cadets…/… L’enseignement du Bouddha nous met en garde contre nos propres égarements, mais il nous importe de ne pas mépriser les autres pour ce qu’ils ont pu faire.

Nous ne pouvons que constater s’il y a ou pas cette volonté de s’exiger l’excellence, et c’est à nous de faire la part des choses (Aussi, évitons de prendre pour exemple ceux qui commettent des erreurs, développons plutôt nos propres prédispositions au bien). Tout en gardant à l’esprit le constat fait par Maître Dôgen : – Ne l’oublions jamais, dès qu’apparaît subrepticement la quête de la Voie, le désir de reconnaissance et de profit se modère.

Aussi, chaque individu est naturellement amené à accomplir son cheminement, pour ne pas dire sa vocation. Ce qui importe, c’est que le zendo puisse permettre à chacun de développer sa volonté spiritualisée (sans cultiver la culture de la différenciation) dans le but d’atteindre la connaissance profonde de sa nature propre par la méthode de la méditation (par la concentration et par la pensée non_pensable) et permettre le dépassement de la condition quotidienne de l’homme et la réalisation dans la vie quotidienne de la connaissance de soi-même, afin d’agir dans ce monde (ou ces mondes), et cela pour maintenant et pour les générations futures qui, comme nous, les réactualiseront. Maître Dôgen termine son Ju Undo Shiki par : – Ces quelques règles sont le corps et l’esprit des vieux bouddhas (patriarches). Elles méritent que nous les observions et les respections.

Notre société actuelle favorise conjointement l’expression exclusive de soi et la nécessité d’appartenir à un courant d’idées correctes ou de comportement communément acceptable. En persistant à croire au bien fondé de telles choses, il se produit une ignorance persistante qui entraîne une certaine difficulté à l’acceptation de toutes règles qui ne naîtraient pas d’une construction personnelle (la pratique du do it yourself) ou d’une interprétation à son avantage, allant souvent vers le cautionnement d’un florilège désordonnés d’outils pseudo-spirituels. Si le désir d’acquérir la vraie connaissance est sincère, on doit reconnaître la nécessité de la présence d’un conducteur, la règle, nous évitant cette spiritualité désordonnée (source d’encrage de nos souffrances). Pour conclure, j’aimerai vous dire que plus, le temps de ma pratique s’écoule, plus il m’apparaît que l’absence de règles fondées sur des convictions est absence de Dharma et fuite de son dharma.


Rd Kakudo Pierre Gérard

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