Accueil Espace Bouddhiste Société Angkor et la civilisation khmère

Angkor et la civilisation khmère

18
0

Angkor_Vat_108_54.jpg A l’instar de nombre d’autres grandes civilisations non-européennes, celle des Khmers est issue d’une société rizicole. Les rois khmers entamèrent la construction de leurs célèbres temples dans le delta du Mékong au 9e siècle après J.-C.

Dans la plaine tropicale du Mékong, il n’y a qu’une seule saison des pluies. Or deux périodes d’arrosage sont nécessaires pour la riziculture. La deuxième était assurée par les spécialistes khmers de l’irrigation. Des techniques très évoluées de construction hydraulique furent mises au point dans la région ; elles impliquaient une conception et un suivi rigoureux. Un système complexe d’irrigation fut mis en place, de même que des canaux d’irrigation et des réservoirs destinés à empêcher les crues indésirables. Autre incidence positive de ce système de canaux : il était accessible aux chalands, favorisant ainsi la mobilité. Les Khmers tiraient partie non seulement du transport et des échanges commerciaux avec le Nord de l’Asie et l’Inde, mais aussi de la navigation maritime dans le golfe de Thaïlande.

La période angkorienne

Le complexe de temples d’Angkor Vat, situé dans la plaine entre le Grand Lac (Tonle Sap) et le massif du Phnom Kulen, voit le jour pendant l’âge d’or de la civilisation khmère, aussi appelée période angkorienne. La maîtrise technique et la perfection artistique de la civilisation khmère s’exprime pleinement dans ces édifices sacrés en grès.

Le roi qui fit ériger les temples d’Angkor Vat pendant 37 ans s’appelait Surayavarman ler. Il a régné de 1113 à 1150 après J.-C. Le nom Angkor vient du terme sanskrit nagara qui signifie ville, capitale ou ville royale. Angkor symbolise l’âge d’or de la civilisation khmère, qui a débuté en l’an 800 par l’intronisation du roi Jayavarman ll pour s’achever en 1431 avec l’invasion d’Angkor par les troupes siamoises. Le style propre à Angkor se rattache à la période comprise entre 875 et 1175.

La société paysanne des Khmers était dirigée par un roi. Au cours de la période angkorienne, les rois se dotèrent du statut divin, prenant successivement plusieurs identités divines au cours de leur règne.

Si la société d’Asie du sud-est, et en particulier l’élite khmère, étaient fortement marquées par les traditions hindouistes provenant du Nord, elles les avaient toutefois interprétées à leur façon. Ainsi, les Khmers ne reprirent pas le système des castes propre à l’hindouisme, appliquant toutefois une stricte hiérarchie sociale dans laquelle architectes et urbanistes constituaient une catégorie mineure. C’est pourquoi on ne connaît pas le nom des architectes d’Angkor Vat.

Angkor Vat

La silhouette mystérieuse d’Angkor Vat se découpant sur la jungle s’est imposée dans l’imagerie exotique des médias et dans l’esprit des Européens, à qui elle paraît particulièrement insolite.

Le site sacré d’Angkor Vat était consacrée au dieu Vishnou et au dieu-roi Jayavarman ll. S’il existe certaines informations sur la société khmère durant la période angkorienne, il subsiste de nombreuses lacunes ; ainsi, la vie religieuse dans les temples n’a toujours pas été explorée à ce jour. Un chose est sûre, ce complexe qui compte parmi les oeuvres architecturales majeures de l’humanité, a été planifié de façon magistrale. Construit par des milliers d’ouvriers et de tailleurs de pierre, il a été conçu par des architectes hors pair, qui ont intégré le paysage environnant dans leur plans en le remaniant si nécessaire, par exemple par des tertres en latérite.

Même les panoramas mystérieux et envoûtants du temple d’Angkor Vat que l’on aperçoit depuis les collines environnantes ont été soigneus

La structure du temple, reflet de la cosmologie hindouiste

En tant que construction sacrée d’une élite de cour brahmanique, Angkor Vat est le fidèle reflet du cosmos, comme le veut la tradition. La mythologie hindouiste y joue un rôle décisif. Angkor Vat incarne la vision du monde propre à cette religion : le monde est un carré, entouré de massifs montagneux. Au loin, se trouvent les infinis océans mythiques et, au milieu, le mont Néru où vivent les dieux. Le temple avec ses cinq tours symbolise le siège mythique des divinités.

L’ouverture du bâtiment vers l’ouest est en rupture avec la tradition architecturale sacrée. Les murs ornés de bas-reliefs servaient de chemin de procession. Le temple est doté d’une structure géométrique claire, le carré étant la forme dominante. La tour centrale du temple, entourée de quatre autres tours, constitue le coeur du temple. Ce complexe de 1,3 km sur 1, 5 est entouré de douves.

Les sculptures et bas-reliefs reproduisent des récits empruntés à la littérature épique hindouiste : hauts faits guerriers de Suryavarman ll et scènes de la mythologie hindouiste, par exemple le barattage de l’océan de lait (Samudramathana). Certains murs du temple sont ornés de motifs qui ressemblent aux représentations et décorations des cathédrales européennes. Il ne s’agit là que d’une petite partie des motifs possibles. Ils présentent la vision hindouiste de l’enfer et les pécheurs tourmentés apparaissant sur ces bas-reliefs sont aussi évocateurs et pleins de fantaisie que ceux des évocations des affres du purgatoire au Moyen-Age.

Dans les multiples représentations magistrales de la mythologie hindouiste, en l’occurrence les épopées du Mahabharata et du Ramayana, le héros se démarque des figures secondaires par sa taille. Ce parti pris est une aide précieuse pour l’observateur car le bien et le mal sont ainsi faciles à identifier.

L’iconographie des frises et bas-reliefs des temples du temple était soumise à des règles strictes, privilégiant la clarté : les visiteurs devaient pouvoir comprendre facilement ce qui était représenté.

Les autres temples

Dans la plaine située entre les affluents du lac Tonle Sap et le massif du Phnom Kulen se trouvent un grand nombre d’autres temples datant de diverses époques.
Le nom de ces imposants édifices sacrés s’est perdu. Les temples les plus anciens sont ceux du « Groupe de Roluos ». Il ont été construits au cours de la 2e partie du 9e siècle après J.-C et datent donc de la période angkorienne.

Le temple-montagne de Bakong, construit sur un tertre de latérite, compte parmi les plus anciens temples Khmers. Conformément à la tradition voulant que les temples reflètent la mythologie hindoue, la pyramide de Bakong figure le mont Méru, le centre de l’univers sur lequel vivent les 33 divinités.

Les tours situées aux pieds de la pyramide du temple de Bakong comptent parmi les plus beaux vestiges architecturaux de la civilisation khmère.

Jayaverman Vll : le plus grand souverain khmer

Les murs des temples de Bayon et Bantay Chmar, construits par Jayaverman Vll, portent des bas-reliefs figurant une bataille en mer. Lors de ce combat qui se déroula au 12e siècle, le roi Jayaverman Vll soumit les troupes des Cham et put ainsi reconquérir Angkor en tant qu’héritier du trône et mettre fin au règne de l’usurpateur Tribhuvanaditya. Ce fervent bouddhiste fut l’un des plus grands rois khmers. Il fit reconstruire Angkor Vat, détruit par les combats, et ériger des murailles de protection autour d’Angkor Thom, la capitale du royaume. On doit aussi à Jayavermann Vll le temple de Bayon, dont le style s’inscrit dans l’époque post-angkorienne (1177 à 1230 après J.-C.).

Ce temple est situé au centre d’Angkor Thom (Angkor Thom = grande ville), édifiée par le roi Udayadityavarman ll au 11e siècle puis largement agrandie par Jayavermann Vll. Lorsqu’on visite Angkor Thom en empruntant ses grandes artères, on distingue sur les portes hautes de vingt mètres les gigantesques visages sculptés du dieu Boddhisavattha, le dieu aux traits royaux, hauts de trois mètres.

Angkor Thom compte cinq portes, la porte Est étant celle des morts.

Bâtisseur infatigable, Jayavermann VII fit édifier durant son règne (1181-1219) plus de temples que tous les autres souverains réunis. On lui doit également des monastères, des hôpitaux et des auberges pour les pèlerins. Jayadevi, son épouse préférée, enseignait la doctrine bouddhiste dans les monastères. Les archéologues ont découvert une inscription sur le fascinant roi Jayavermann Vll :
« La souffrance des hommes s’est muée chez lui, le roi, en une souffrance de l’âme. Et cette souffrance est d’autant plus vive pour un roi que c’est celle du peuple et non son propre tourment. »

Jayavermann était bouddhiste, de même que son peuple qui s’était converti en apparence à la religion de son nouveau souverain, tout en conservant certains rituels hindouistes, de même que la déification des rois. La conversion de toute la population khmer au bouddhisme et le rejet ultérieur de la déification des rois sont à l’origine du déclin d’un empire régi par des règles très strictes.

Angkor Vat aujourd’hui

Après la confusion et l’horreur dans lequel les Khmers rouges ont plongé le pays, Angkor Vat est à nouveau accessible aux chercheurs. Sous la dictature de Pol Pot, le complexe servait de dépôt de munitions. Aujourd’hui, les Cambodgiens s’y rendent pour se recueillir et retrouver leur identité. Cet ancien terrain miné accueille aussi des touristes émerveillés.

De nombreux aspects de la culture kmhère, de même que la fonction des complexes de temples n’ont toujours pas été élucidés. Les édifices, qui ont survécu pendant plus de mille ans au climat tropical, ont grand besoin d’être rénovés. Une équipe de restaurateurs et d’ingénieurs photo d’un institut d’enseignement supérieur de Cologne participe activement au sauvetage du complexe. Tous sont conscients de l’investissement énorme en crédits, moyens de recherche et spécialistes nécessaire pour préserver un patrimoine archéologique aussi exceptionnel dans l’histoire de l’humanité.


Par Isabell Schmidtke

Source : www.arte.tv

Previous articleLivre — La Roue de la médecine, de Sun Bear et Wabun
Next articlePatrick Le Hyaric — Palestine, une si silencieuse guerre