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Se réconcilier avec son passé — Un premier responsable khmer rouge jugé

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31.03.2009

Douch était le chef d’un centre de détention où de multiples crimes ont été commis

Photo: Agence Reuters
Photo: Agence Reuters
Un responsable du régime des Khmers rouges a débuté hier marquant un tournant pour le Cambodge, où pratiquement chaque famille a perdu quelqu’un pendant ces pénibles années. Au total, on estime à 1,7 million le nombre de Cambodgiens alors exécutés, décédés sous la torture ou morts de faim, de maladie ou d’épuisement.

Phnom Penh — Le premier procès d’un ancien responsable khmer rouge, Kaing Guek Eav, alias Douch, s’est ouvert pour de bon hier dans les faubourgs de Phnom Penh. Ancien chef du tristement célèbre centre de détention S-21, Douch est poursuivi pour crimes contre l’humanité commis dans ce centre où périrent 14 000 «ennemis» du régime khmer durant la période 1975-1979.

Le procès de Douch, qui avait officiellement commencé à la mi-février par les audiences inaugurales, va ainsi entrer dans le vif du sujet après des années de report et de procédures, devant un tribunal conjoint du Cambodge et des Nations unies.

Les audiences qui vont se succéder à cadence rapide promettent donc d’être un événement majeur: non seulement Douch, qui s’est converti au christianisme dans les années 1990 après la déroute, s’exprimera pour la première fois face aux juges et, par médias interposés, devant la population cambodgienne, mais aussi des témoins cruciaux seront entendus: Vann Nath, le prisonnier qui n’a dû son salut qu’à son talent de peintre (il réalisait des portraits de Pol Pot pour «décorer» le centre de torture), Chum Mey, survivant de S-21, ou encore François Bizot, l’expert français du bouddhisme, que Douch a détenu pendant trois mois en 1971 avant de le faire libérer.

«Douch est un cas très spécial parce qu’il a confessé ses crimes et que cela peut fournir un modèle pour la réconciliation, notamment concernant tous les soldats de base khmers rouges qui ont du sang sur les mains», considère Seang Theary, dont les deux parents ont été exécutés sous les Khmers rouges et qui s’est portée partie civile au procès.

Un tournant

Le risque que Douch devienne un bouc émissaire n’est pas à écarter d’autant que le gouvernement cambodgien rechigne à donner trop d’ampleur au procès. Un certain nombre de dirigeants actuels ont en effet occupé des postes militaires ou administratifs de niveau intermédiaire sous le Kampuchéa démocratique.

Ce procès marque un tournant pour le Cambodge, où pratiquement chaque famille a perdu quelqu’un sous les Khmers rouges. Au total, on estime à 1,7 million le nombre de Cambodgiens exécutés, décédés sous la torture ou morts de faim, de maladie ou d’épuisement sous le gouvernement khmer rouge.

«Les Cambodgiens vont enfin voir l’un des dirigeants les plus connus du régime khmer rouge traduit devant la justice. Mais nombre d’autres devraient être jugés, afin que la justice passe pour les millions de victimes de ces crimes horribles», estime Brittis Edman, chercheur cambodgien auprès d’Amnesty International.

Douch a exprimé des remords en février et demandé pardon aux victimes. Il a reconnu avoir commis de multiples crimes lorsqu’il dirigeait le centre d’interrogatoire S21.

Au total, cinq anciens responsables du régime khmer rouge, aujourd’hui âgés, doivent passer en procès devant ce tribunal. Douch devrait être un témoin clé dans les procès à venir de Nuon Chea, de l’ancien président khmer rouge Khieu Samphan, de l’ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et de l’épouse de ce dernier. Ces quatre derniers nient avoir eu connaissance des atrocités commises par les Khmers rouges, dont la révolution agraire avait chassé les habitants des villes pour les reléguer dans les campagnes.

La peine capitale ayant été abolie au Cambodge, les cinq anciens dirigeants risquent au maximum la réclusion à perpétuité s’ils sont reconnus coupables par qui siègent au sein des Chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge (CETC).

Le verdict est attendu normalement pour septembre. Quatre des cinq juges (trois Cambodgiens et deux étrangers), au minimum, doivent se mettre d’accord sur un verdict pour qu’il soit valable. D’aucuns estiment que l’intégrité de ce tribunal est d’ores et déjà mise à mal par les accusations de corruption et d’ingérence politique qui le visent.

La plupart des victimes du centre S-21, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont été torturées et contraintes d’avouer toute une série de méfaits, en particulier d’être des espions de la CIA, avant d’être battues à mort dans un champ à la périphérie de la capitale cambodgienne.

Reuters, AP, Libération


Sources : www.ledevoir.com

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