Accueil Espace Bouddhiste Interreligieux Acropolis n°208 — La vertu, expression d’une force d’âme

Acropolis n°208 — La vertu, expression d’une force d’âme

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Vertu vient du latin vir, «homme», virtus signifiant «le mérite de l’homme», l’énergie morale qu’il déploie, sa force d’âme. La vertu serait donc une qualité très particulière qui permettrait à l’humain de s’éprouver et à la vie intérieure de naître, par la capacité à acquérir un regard sur soi-même et à se corriger.

L’expression de la véritable nature de l’homme

Le terme «vertu» désigne également le principe actif et la cause finale des choses. La tradition parlait en effet de la «vertu des plantes» , des vertus calmantes du tilleul ou rafraîchissantes de la menthe par exemple. La vertu est dans ce sens inséparable d’un principe actif vital. Transposée au plan humain la vertu serait donc l’expression de la véritable nature de l’homme – de sa nature mystérieuse, profonde – en ce qu’elle lui permet d’accéder à sa conscience, à sa dignité propre.

Redéfinir des repères

Notre monde a extrêmement besoin de droiture et de noblesse. En effet, cela fait des décennies que notre société parvient avec habileté à faire passer les vices pour des vertus. Ainsi la société de consommation légitime-t-elle par avance la gourmandise, l’orgueil, le luxe et la vanité. Les qualités personnelles sont dévaluées. Dans la majorité des carrières c’est la maîtrise des machines et des ordinateurs qui semble primer sur les qualités humaines. Face à cette sombre réalité, il paraît essentiel de faire refleurir des comportements vertueux, qui rendent à l’homme sa juste place au sein de la société et de l’univers.

La reconquête des vertus

Mais plus précisément, pourquoi faut-il réaffirmer des comportements vertueux ?

Parce que dès que la pression extérieure devient trop forte, l’homme, prisonnier de ses croyances illusoires, s’effondre et s’interroge : ses ressources intérieures se sont, lui semble-t-il, taries ; ses vertus se sont évanouies. Il s’agit donc de partir à leur reconquête…

Réveiller nos vertus se révèle fondamental pour agir dans le monde. Pour y parvenir, il convient de commencer par transcender notre propre lâcheté, assumer nos souffrances et les difficultés rencontrées sur le sentier de la vie afin de parvenir à exprimer, petit à petit, notre nature profonde.

Retrouver notre nature profonde


Nous avons un rôle très actif à jouer car les vertus ne s’acquièrent pas dans la passivité ; «la seule évolution qui existe est notre effort de transformation intérieure. Il n’est pas question de s’asseoir au bord du temps et d’attendre que tout se résolve tout seul», écrivait le philosophe Jorge A. Livraga (1930-1991) [[Créateur de l’association Nouvelle Acropole dans le monde en 1957 et auteur de nombreux livres de philosophies tels que : Prends ton envol, éditions Nouvelle Acropole 2002, Ankor le disciple, éditions des 3 Monts, 2003, Les esprits de la nature, Editions des 3 monts, 2000, Lettres à Délia et Fernand, Éditions Nouvelle Acropole, 1994, l’Alchimiste, éditions Nouvelle Acropole, 1983, Moassy le Chien, Éditions les Textes essentiels, 1980.]]. L’évolution dont il est ici question passe nécessairement par l’action. Éveiller les vertus en nous par la pratique constante de la discipline intérieure est l’exercice qui nous permet de nous retrouver et de nous connecter à notre nature profonde. «Soyez simples, vrais et naturels et le philosophe qui est en vous se réveillera immanquablement», écrivait encore Jorge A. Livraga. Pourtant, il n’est pas «simple» d’accéder à la simplicité… et il convient d’y parvenir sans se faire violence.

Se connecter à son être profond

Combattons à ce sujet une idée reçue : la vertu n’est pas un devoir extérieur qui nécessiterait de se mortifier soi-même ni une pure obligation, une attitude pénitente qui exigerait de lourds sacrifices rétribués dans un monde où les justes seraient récompensés et les autres punis. Non ; le fondement même de la vertu est l’effort qui consiste à lutter pour révéler notre être profond, s’y connecter afin de trouver le bonheur. Le parcours est donc semé d’embûches, mais également de fleurs au parfum subtil.

Une force qui vient de l’intérieur

L’une des grandes difficultés à résoudre pour incarner la vertu est la canalisation de la peur. Celle-ci très souvent nous empêche d’avancer, nous paralyse, nous fait préférer un comportement habituel et rassurant plutôt que de pratiquer une attitude plus vertueuse, c’est-à-dire plus digne, plus noble et plus belle. Il nous faut donc apprendre à combattre nos peurs, non pas en nous réprimant ni en se faisant moralisateur, mais en canalisant cette puissance afin d’en faire une force bienfaisante. Apprendre à rester calme, stable et concentré au milieu de la tourmente, incarner l’harmonie en soi et autour de soi. La vertu est une force venue de l’intérieur qui peut nous aider à triompher des obstacles extérieurs. Pour cela il convient de développer le courage, la persévérance et la clarté mentale qui nous permettent d’observer nos propres comportements et de nous corriger.

La vertu, ouverture du cœur

La pratique de la vertu nécessite de pratiquer l’ouverture du cœur. En effet, adopter un comportement vertueux conduit à préférer l’action juste à l’action rentable ou lucrative, même si ce choix provoque le mépris de beaucoup. «La vertu ne vient pas de l’esprit mais du cœur. Quand l’esprit cultive la vertu, c’est du calcul», écrit Krishnamurti. En effet, il n’y a pas de vertu véritable sans conversion du cœur ; tant que le cœur n’a pas changé, ne s’est pas purifié, la vertu ne reste qu’un vernis de surface. Celle-ci ne peut se manifester que lorsque le cœur s’est ouvert à la compassion, libérant par la pratique de la générosité la force de notre âme, qui pourra alors agir avec force et efficacité. Comme l’enseignait encore Jorge A. Livraga : «L’essentiel est l’empire de l’Âme sur le corps, du bien sur le mal, de la générosité sur l’égoïsme, de la valeur sur la dévalorisation que nous appelons lâcheté.»
Honneur, discipline, courage, ouverture du cœur, sens du partage : voici les multiples qualités à acquérir et à chérir par celui qui s’engage sur la voie héroïque de l’humanité vertueuse.

Léonie Behlert

D’après l’intervention de Thierry Adda au colloque «des valeurs pour le durable» du 13 juillet organisé par Nouvelle Acropole à la Cour Pétral.

«La vertu n’est rien d’autre qu’agir selon les lois de sa propre nature.»
Spinoza


Revue Acropolis n°208

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