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Inde-Pakistan : un demi-siècle d’Affrontements

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INDE-PAKISTAN

50 ANS D’AFFRONTEMENTS


©Associated Press
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Le sous-continent indien aujourd’hui

Frères ennemis issus de l’Empire britannique des Indes, l’Inde et le Pakistan s’opposent et se défient mutuellement depuis 1947. Ils se sont affrontés par les armes à plusieurs reprises, notamment autour de la question du Cachemire. Mais la détention de l’arme nucléaire par les deux Etats, le développement du terrorisme et des extrémismes religieux contribuent à rendre ce face-à-face plus périlleux. Depuis janvier 2004, l’Inde et le Pakistan ont cependant entamé un « dialogue global », qui a succédé à un accord de cessez-le-feu au Cachemire.

D’un côté, l’Inde, principale héritière de l’ancien Raj britannique, qui met en avant son caractère laïque, le fonctionnement démocratique ininterrompu de ses institutions et l’existence d’une importante communauté musulmane sur son sol (120 millions de personnes). De l’autre côté, le Pakistan, qui a échoué à rassembler les musulmans du sous-continent et a connu plusieurs dictatures militaires.

La question du Cachemire constitue la principale pomme de discorde entre les deux États et a jusqu’à présent structuré leurs diplomaties respectives. Aux trois quarts peuplé de musulmans, ce territoire est tout à la fois revendiqué par l’Inde et par le Pakistan. Coupé en deux par une « Ligne de contrôle » depuis 1949, le Cachemire constitue donc un enjeu territorial renvoyant à la nature de l’identité nationale des deux États. Il a conduit ceux-ci à s’affronter à trois reprises (1947-1948, 1965 et 1999) et entretient une tension larvée. Jusqu’à ces derniers mois, le Pakistan semblait lutter avec une efficacité relative contre les mouvements qui, depuis son territoire, se livrent à des incursions en Inde et y commettent des actions terroristes. Celle-ci, pour sa part, n’a jamais organisé le référendum d’autodétermination prévu voici plus d’un demi-siècle par les Nations unies au Jammu-et-Cachemire.

L’Inde et le Pakistan se sont en outre affrontés lorsque, en 1971, la partie orientale de ce pays (l’ancien Pakistan oriental, distant de quelque 2 000 km du Pakistan occidental) s’est rebellée contre l’autorité d’Islamabad et, aidée par l’armée indienne, a fait sécession en se proclamant indépendante sous le nom de Bangladesh.

La possession, avérée depuis 1998, de l’arme nucléaire par chacun des deux rivaux est susceptible, en cas de nouvelle tension, d’aboutir à une crise majeure. D’autant que, de part et d’autre, les radicalismes nationaux-religieux s’affirment, clivage aggravé par la montée en puissance d’un terrorisme islamiste qui se joue des frontières, surtout depuis qu’il a été chassé fin 2001 de l’Afghanistan voisin.

En 2002, les deux États paraissaient être sur le point de connaître un nouvel affrontement majeur. L’intervention de la communauté internationale, les États-Unis au premier chef, a permis de surmonter cette crise. Le 25 novembre 2003, sur une proposition du Pakistan, les deux États ont proclamé un cessez-le-feu de part et d’autre de la Ligne de contrôle. En janvier 2004, Delhi et Islamabad ont entamé un « dialogue global » incluant le problème du Cachemire. Peut-être le premier pas sur le long chemin de la résolution pacifique des différends opposant les deux États.

1965-1971

D’une guerre à l’autre

Dix-sept ans après la première guerre indo-pakistanaise qui a immédiatement suivi la Partition, un second conflit éclate, lui aussi causé par la querelle territoriale portant sur le Cachemire. Il se solde par la victoire de l’Inde et, au Pakistan, ruinera une large part du prestige dont jouissaient jusqu’alors les officiers supérieurs.

La guerre de 1965

« La guerre de 1965 entre l’Inde et le Pakistan a été déclenchée par ce dernier, voulant vraisemblablement tirer parti de la faiblesse apparente de l’Inde après sa défaite contre la Chine en 1962, qui a conduit à l’occupation d’importants territoires au Cachemire, « l’Aksai Shin » et tout le long de leur frontière commune. Cependant, les Pakistanais ayant sous-estimé le redressement de l’armée indienne grâce à l’aide soviétique, sont finalement défaits. La guerre s’achève par une médiation soviétique à Douchambé au Tadjikistan qui replace les deux États dans la situation initiale. »

La guerre du Bangladesh (1971)

Outre la question du Cachemire, le démembrement du Pakistan constitue un véritable traumatisme pour Islamabad, d’une importance comparable à la crise causée par la Partition. Depuis la fin de l’Empire des Indes et jusqu’à la guerre du Bangladesh, le Pakistan est en effet composé de deux entités, le Pakistan occidental et le Pakistan oriental, que séparent la culture et la langue, et quelque 1 600 km de territoire indien.

Une lutte d’abord culturelle et linguistique puis politique

De 1947 à 1971, « la partie orientale [du Pakistan] est plus peuplée que la partie occidentale et de langue différente. Rapidement des difficultés apparaissent entre le Pakistan oriental et le Pakistan occidental en raison de la domination des Penjabis et de la non-reconnaissance de la langue bengalie. Ce combat à l’origine culturelle et linguistique se transforme en une lutte politique menée par la Ligue Awami fondée en 1949 et dirigée par le Cheikh Mujibur Rahman. Son audience va croître sans cesse sous l’effet des répressions des gouvernements militaires successifs, jusqu’à ce que la démission du général Ayub Khan en 1970 amène à la tenue d’élections libres où le Pakistan oriental se voit reconnaître son importance démographique. Il devait disposer de 162 sièges sur 300. Le résultat des élections permet à la Ligue Awami d’obtenir 160 sièges contre 81 au parti du Peuple de Z. A. Bhutto. Ce résultat inacceptable pour Ali Bhutto et les militaires conduisit à une répression de grande ampleur au Pakistan oriental qui en réaction proclama son indépendance le 27 mars 1971. La fuite de près de dix millions de réfugiés en Inde amena l’Inde à intervenir aux côtés des Bengalis, avec le soutien de l’URSS en décembre 1971. Le 15 décembre 1971 la guerre prenait fin par la défaite du Pakistan et la reconnaissance de l’indépendance du Bangladesh. »

L’accord de Simla (1972)

« La guerre de 1971 aboutit à un accord diplomatique extrêmement important dit « accord de Simla », en 1972. Par cet accord, l’Inde et le Pakistan conviennent que tout différend bilatéral, y compris le Cachemire, doit être résolu au même niveau. Ces accords fondent la position diplomatique actuelle de New Delhi au sujet du Cachemire. L’Inde refuse, en se basant sur cet accord, toute internationalisation de la question du Cachemire et toute médiation internationale de quelque nature qu’elle soit. Elle estime également que la résolution de l’ONU suivant la partition est désormais caduque. D’une part, les populations cachemiries ont marqué leur adhésion libre et démocratique à l’Inde en participant aux élections locales et nationales, il n’est donc plus question de plébiscite, la population du Cachemire adhérant à l’Inde par un « plébiscite de tous les jours ». D’autre part, l’intervention de l’ONU n’est plus souhaitée puisque les deux pays ont convenu de résoudre la question au niveau bilatéral. De son côté le Pakistan tient une position inverse. Il souhaite une médiation internationale au sujet du Cachemire, estimant que ce conflit est par nature d’envergure internationale et qu’il ne peut être résolu uniquement par des échanges bilatéraux. Il demande également l’application du droit international, c’est-à-dire de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant que la population cachemirie soit consultée. Il récuse la thèse indienne sur l’expression de volonté de la population du Cachemire en raison de l’importante abstention et du boycott des élections par les partis favorables à l’autonomie ou au rattachement au Pakistan. »

Source : l’ensemble des citations de cette page est extrait du rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

Les conséquences du terrorisme international

Principal acteur du terrorisme islamiste international depuis l’attentat du 11 septembre 2001, Al-Qaida a durant plusieurs années été soutenue par l’Afghanistan des talibans, un régime mis en place avec l’aide du Pakistan qui avait ainsi contré la traditionnelle influence de l’Inde. Le renversement du régime du mollah Omar par les États-Unis fin 2001 a donc conduit à redistribuer les cartes.

« Évoquant alors la position de l’Inde, Christophe Jaffrelot a relevé que ce pays avait d’abord cherché à tirer parti de la crise ouverte par les attentats du 11 septembre, en mettant en avant la conjonction d’intérêts, entre Delhi et Washington, face au terrorisme contre lequel les autorités indiennes se trouvaient, pour leur part, confrontées au Cachemire. L’Inde qui avait ainsi proposé ses services aux États-Unis, a alors connu une véritable déconvenue lorsque ces derniers ont privilégié l’alliance pakistanaise. Toutefois, cette déception ne devrait pas remettre en cause durablement le rapprochement engagé entre les deux pays depuis deux ans en raison de l’influence de la diaspora indienne aux États-Unis, mais aussi de la conviction américaine que l’Inde représente le véritable pôle de stabilité de la région. En effet, à moyen terme, l’Inde peut apparaître comme l’une des victimes du terrorisme alors que le Pakistan pourrait figurer comme un foyer des réseaux islamistes […]. L’Inde offre une grande stabilité politique, même si l’on observe récemment des tensions accrues entre les communautés religieuses […]. Ch. Jaffrelot a conclu que l’Inde et le Pakistan pourraient se trouver dans une situation difficile, à l’issue de la crise en Afghanistan, si les réseaux islamistes se repliaient au Cachemire. Dans cette hypothèse, s’est interrogé Ch. Jaffrelot, les deux États auront-ils conscience de leur intérêt commun ? La réponse, a-t-il estimé, dépendra, pour une large part, de la volonté du Pakistan de conduire résolument une politique de répression contre ces mouvements radicaux. »

Source : Situation au Pakistan, audition de Christophe Jaffrelot, directeur du Centre d’études et de recherches internationales, Sénat, mercredi 28 novembre 2001.


Le terrorisme au Cachemire

« A la suite de l’attentat contre le Parlement indien à New Delhi [décembre 2001], l’Inde a pris un ensemble de mesures de rétorsion contre le Pakistan, jugé responsable des infiltrations de militants cachemiris à partir de la zone contrôlée par Islamabad. Elle a rappelé une grande partie de ses diplomates présents à Islamabad, rompu les liaisons aériennes, ferroviaires et routières et a surtout mobilisé près de 700 000 hommes sur la frontière avec le Pakistan. Par ailleurs, l’Inde exige que le Pakistan aille au-delà des seuls discours et prenne des mesures concrètes contre les groupes terroristes, notamment en faisant cesser les infiltrations et en acceptant d’extrader 20 personnes soupçonnées d’activités terroristes. Le Pakistan a, de son côté, répliqué par des mesures analogues : rappel des diplomates, rupture des communications, mobilisation de l’armée pakistanaise. Un nouvel attentat au Cachemire indien au mois de mai 2002 a aggravé la tension et conduit à une menace réelle de guerre entre les deux pays, qui s’est traduit sur le terrain par la multiplication des incidents frontaliers, des accrochages et des duels d’artillerie. Le Pakistan a également mené, dans ce contexte pourtant déjà extrêmement tendu, des essais balistiques pour montrer sa détermination. »

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

Les extrémismes religieux

La montée des fondamentalismes – celui des hindous en Inde et celui des islamistes au Pakistan – contribue, dans chaque pays, à exacerber les extrémismes. En Inde, des affrontements fratricides voient les hindous s’affronter aux musulmans, ce que condamne le Pakistan. Ces violences, qui ne se déroulent pas toutes au Jammu-et-Cachemire (mais aussi, par exemple, dans le Gujarat, autre État fédéré frontalier), alimentent la rivalité indo-pakistanaise.

En Inde

La destruction de la mosquée d’Ayodhya

« Ce conflit religieux [dans le Gujarat] se cristallise sur la question de la mosquée Babri d’Ayodhya située en Uttar Pradesh et construite en 1528 sur un site estimé par les hindous comme étant le lieu de naissance du Dieu Ram et d’un ancien temple. Les premiers incidents sur ce site se sont produits en 1853. En 1859, les Britanniques l’ont partagé entre hindous et musulmans, confiant aux premiers les cours extérieures et au second les cours intérieures. Faisant l’objet de nouvelles contestations à partir des années 1960 sur le terrain et devant la justice, le gouvernement indien a décidé de fermer le site en le déclarant « zone contestée ». C’est à partir du milieu des années 1980 que se développe sur cette question l’activisme hindou soutenu par le Vishwa Hindu Parishad (VHP, Conseil mondial hindou fondé en 1964), le Rashtriya Swayamsewak Sangh (RSS, Corps du service national volontaire) et le BJP qui dirige actuellement le pays. L’accession du BJP au pouvoir en Uttar Pradesh en 1991 a fait monter la tension autour de la mosquée d’Ayodhya ce qui conduit à sa destruction par les militants du VHP, du Shiv Sena et du BJP le 6 décembre 1992. Cette destruction provoqua les plus grands affrontements entre hindous et musulmans depuis la partition, faisant plus de 2 000 victimes. »

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

L’arrivée au pouvoir du parti nationaliste hindou

« Le parti Bharativa Janata (BJP) a connu un essor remarquable entre la fin des années 1980 et le début des années 1990. Sa représentation à la Lok Sabha (Assemblée du peuple) est ainsi passée de 2 sièges en 1984 à 88 en 1989, puis à 120 en 1991. La matrice du nationalisme hindou est le Rashkriya Swarjamsewak Sangh (RSS), ou Association des volontaires nationaux, organisation puissante et très influente au sein du BJP, dont des membres extrémistes sont à l’origine de la destruction de la mosquée d’Ayodhya en 1992. Cet événement a fortement nui à la popularité, et surtout à l’image du BJP, qui a partiellement renoncé à sa stratégie de mobilisation ethnique et religieuse pour privilégier un discours populiste centré sur le nationalisme économique, et sur la lutte contre la vie chère et la corruption. Cette normalisation du BJP lui a permis d’accroître son électorat aux élections législatives de 1996 et 1998, notamment auprès des basses castes et dans les régions du sud et de l’est du pays. Après l’échec de sa tentative pour former un gouvernement en 1996, le BJP a gagné les élections en 1998 avec 181 sièges. L’alliance dirigée par le BJP détient 251 sièges et a trouvé l’appoint qui lui manquait en gagnant le soutien ou la neutralité de trois partis régionaux et de quelques élus indépendants. Cette coalition hétéroclite a forcé le BJP à adopter un programme de gouvernement modéré en comparaison des objectifs affichés par les nationalistes hindous durant la campagne. »

Source : rapport d’information 476 (98-99) du Sénat, L’Inde en mouvement : une chance à saisir pour la France, établi à la suite de la mission d’information effectuée en Inde du 9 au 21 janvier 1999.

Les émeutes du Gujarat

« Au pouvoir depuis 1998, le BJP et le Premier ministre Atal Behari Vajpayee doivent gérer cette question en cherchant un compromis entre les « durs » du parti qui ont participé à la destruction, notamment Lal Krishna Advani l’actuel ministre de l’Intérieur, et les 19 partis de la coalition qui ont fait de la résolution pacifique et judiciaire de ce conflit une des conditions de leur participation au gouvernement. Le dixième anniversaire de la destruction de la mosquée d’Ayodhya en 2002 a relancé le projet de construction d’un temple hindou dédié au dieu Ram sur les ruines de la mosquée. A. B. Vajpayee s’est alors engagé à interdire toute construction mais reste confronté à la pression des extrémistes hindous. C’est dans ce contexte qu’ont surgi les émeutes du Gujarat [attaques de musulmans par des hindous] […]. Bien que des violences sporadiques se soient poursuivies, la situation est désormais plus calme. Une polémique s’est toutefois développée sur les responsabilités du gouvernement de l’État et de la police, qui n’auraient pas cherché à empêcher, voire favoriser les émeutes antimusulmanes. Cette polémique et les tensions inter-religieuses sont particulièrement difficiles à gérer pour le gouvernement national car le Gujarat est l’un des quatre grands États que gouverne le BJP […], ce parti risquant de perdre de sa crédibilité et sa base électorale hindoue dans la perspective des élections nationales. »

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

Au Pakistan

De l’islamisation de l’État…

« A travers la diversité des écoles et des pratiques religieuses au Pakistan se pose la question fondamentale de la place de la religion dans un État créé pour rassembler les musulmans de l’Inde mais qui n’est pas pour autant un État religieux. Au Pakistan, la place de la religion a toujours posé problème. Elle a souvent été instrumentalisée pour servir de ciment à une nation soumise à des forces centrifuges et pour conforter l’assise des gouvernants successifs. « L’islamisation » de l’État pakistanais et de la société a débuté dans les années 1970. Le premier à avoir ainsi utilisé la religion est Ali Bhutto qui a instauré la prohibition. Elle s’est ensuite beaucoup développée sous l’égide du général Zia Ul Aq entre 1977 et 1988 notamment dans l’armée. Elle s’est également développée à la faveur de la guerre en Afghanistan à partir de 1979 puis encore plus nettement à partir du moment où les gouvernements civils ont apporté leur soutien aux talibans, ceux-ci ayant pour « base arrière » les écoles coraniques ou madrassas situées au Pakistan. L’influence islamiste s’est aussi accrue par l’implication de l’armée et notamment des services de renseignement, l’Inter Service Intelligence (ISI), dans la formation et le soutien aux moudjahidines cachemiris. »

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

… à la dissolution des partis musulmans

« Les attentats du 11 septembre ont aussi provoqué une évolution très importante de la politique religieuse au Pakistan. Ils ont conduit à repenser la place de la religion dans l’identité pakistanaise et ont fait prendre conscience des dangers de la montée des islamistes entretenue par les « djihads » menés à l’extérieur. Le général Musharraf a décidé, dans son très important discours du 12 janvier 2002, de retrouver les racines du compromis national pakistanais avec l’islam. Il ne s’agit en aucun cas de faire du Pakistan un État laïque à l’exemple de la Turquie, même si Pervez Musharraf, qui a vécu dans ce pays, pourrait s’inspirer de l’action modernisatrice d’Atatürk, mais plutôt de prôner, dans l’esprit d’Ali Jinnah, un islam moderne et ouvert et de refuser que le Pakistan ne devienne un État religieux. Cette orientation l’a conduit à dissoudre les partis musulmans pakistanais, à fermer un certain nombre d’écoles coraniques ou « madrassas » et à interdire des organisations terroristes islamistes agissant au Cachemire. En faisant ce choix, le général Musharraf ouvre la voie d’une relance de la construction de l’identité nationale pakistanaise en refusant l’aventure islamiste et la « talibanisation » du pays. »

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.

Les conséquences au Pakistan de l’affaire des caricatures de Mahomet

« Des manifestations de protestation déclenchées par [la publication de caricatures du Prophète Mahomet dans un journal danois en 2005] ont commencé à la fin du mois de février 2006, soit à quelques jours de la visite en Inde et au Pakistan du président George W. Bush. La réprobation suscitée au Pakistan comme dans d’autres pays musulmans, par ce qui a été ressenti comme une provocation occidentale, n’a pas épargné le président Moucharraf, qui avait, cependant, officiellement condamné ces publications. Le MMA (Muttahida Majlis-e-Amal, Conseil uni pour l’action) a lancé plusieurs appels à manifester, et le dirigeant d’une de ses composantes, le Jammat-e-Islami, a déclaré que « les manifestations se poursuivraient jusqu’à ce que le général Moucharraf tombe ». Les manifestations ont conduit au saccage d’implantations d’entreprises étrangères, comme la gare routière bâtie par Daewoo à Islamabad. Les manifestations ont duré près de trois semaines, et se sont essentiellement déroulées à Karachi et à Multan (centre). Elles ont fait cinq morts dans des affrontements avec la police ».

Source : Rapport d’information du Sénat, n° 316, fait au nom de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées à la suite d’une mission effectuée du 30 mars au 4 avril 2006 au Pakistan.

Au Cachemire

« Après une période de plus grande stabilité, la question du Cachemire a été remise sur le devant de la scène internationale par la relance de l’insurrection de militants anti-indiens favorables au rattachement au Pakistan ou à l’indépendance. La nouveauté de ce mouvement de révolte est son caractère islamiste et terroriste. En effet, sous l’influence de la guerre d’Afghanistan vont se développer des mouvements djihadistes islamistes liés aux moudjahidines afghans et aux partis extrémistes musulmans pakistanais. Leur action va conduire l’Inde à durcir et à accroître sa présence militaire et policière au Cachemire au risque de provoquer une réaction de rejet de la population. Il semble, par ailleurs, avéré que d’importantes violations des droits humanitaires à l’encontre des populations aient été le fait des troupes régulières ou paramilitaires indiennes. »

Source : rapport n° 336 du Sénat, 24 juin 2002, établi à la suite d’une mission effectuée du 3 au 10 mars 2002 en Inde et au Pakistan.


Source : www.ladocumentationfrancaise.fr

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