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Cambodge — « where Elephants Weep », la Polémique

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20.01.2009

Acclamé par le public lors de ses représentations Phnompenhoises, le spectacle opéra-rock « Where Elephants Weep » est pourtant aujourd’hui devenu le sujet d’une polémique politico-religieuse. Rencontre avec Jean-Baptiste Phou, un des acteurs de la troupe.

Jean-Baptiste Phou devant l'affiche du spectacle
Jean-Baptiste Phou devant l’affiche du spectacle
Une œuvre « inédite », tant dans « la fusion des genres », du rap aux instruments traditionnels khmers, en passant par le rock, que par « le multiculturalisme de l’équipe » c’est ainsi que Jean-Baptiste Phou, un Franco-khmer de 27 ans, décrit l’aventure qui l’a conduit sur le devant de la scène en novembre dernier aux cotés des autres acteurs et chanteurs de « Where Elephants Weep » en novembre dernier. Un succès public donc, obligeant même les promoteurs à organiser des séances supplémentaires, des diffusions télévisées étant par ailleurs au programme. Encore une première dans le Royaume. Interrogeant son entourage, «Cambodgiens ou étrangers », Jean-Baptiste ne note aucune « indignation particulière quant à l’œuvre ou sa mise en scène ».

Le spectacle déprogrammé à la télé

Quelle ne fut pas sa surprise donc lorsqu’il apprend le 1er janvier dernier que la seconde diffusion du show, et toutes les autres prévues avaient été supprimées. Une déprogrammation qui répondait alors à une injonction du Vénérable Non Gneth qui accuse le spectacle et ses acteurs de nuire aux « préceptes religieux». Plusieurs scènes montrent en effet le héros principal et d’autres rôles en tenue de bonze, au menu chanson, bagarre et flirt… De quoi déboussoler un religieux conservateur. « Choqué », Jean-Baptiste cherche dans un premier temps à comprendre en lisant la presse, ne voyant pas en quoi le spectacle «représente une insulte au Bouddhisme, ni fait perdre l’honneur des moines ».

Une polémique qui fait parler du spectacle

Si le Ministère de la Culture a annoncé qu’il ne s’opposerait pas, et au contraire encouragerait, la troupe à se présenter à l’étranger, il a été en revanche clairement énoncé que le spectacle ne pourrait être rediffusé tel quel sur une chaîne cambodgienne. Des discussions auraient été entreprises avec les auteurs de la pièce, un débat auquel Jean-Baptiste ne participe pas mais qu’il suit attentivement. « Mon sentiment est double » analyse t-il, d’une part on peut y voir « une atteinte à la liberté d’expression et à la créativité artistique, se voir dicter que dire et comment le dire ». Mais dans le même temps, « la scénariste, le metteur en scène et la plupart des artistes principaux de la première ne sont pas Cambodgiens », et pourquoi dès lors ne pas «représenter certaines scènes différemment, sans pour autant modifier l’histoire » si la « réticence dans le pays est trop grande » et si le spectacle tel quel « heurte réellement la sensibilité du public ».

« C’est à l’équipe créative de prendre ce genre de décisions » précise Jean-Baptiste, qui conclue par un plaidoyer pour « Where Elephants Wheep ». Nous voulions produire « un opéra moderne et accessible qui puisse être montré dans d’autres pays, et ainsi faire connaître et promouvoir une œuvre contemporaine d’art Cambodgien à l’étranger ». Une mission réussie donc, la polémique actuelle apportant d’une certaine manière un coup de projecteur supplémentaire au show.


K.S.

Source : www.lepetitjournal.com

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