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François Danjou – Livre Blanc sur le Tibet

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LIVRE BLANC SUR LE TIBET


9 octobre 2008

Ceux qui en Chine et à l’étranger espéraient que Pékin serait disposé à amender sa politique tibétaine et à dialoguer avec le Dalaï Lama après les émeutes à Lhassa et les troubles dans les provinces limitrophes du printemps dernier seront une fois de plus déçus.

Photo : Reynald Drouhin
Photo : Reynald Drouhin

Le Livre Blanc sur le Tibet publié le 25 septembre dernier par le bureau des informations du Conseil d’Etat – c’est le 7e du genre – expose dans le détail les efforts consentis par la Chine pour mettre fin au régime théocratique, éradiquer le servage, développer la province et protéger la culture et la religion tibétaine, qualifiées de « joyau du patrimoine culturel chinois et mondial ». L’intention est claire : prendre le contre-pied des déclaration du Dalaï Lama qui répète inlassablement que la Chine s’est livrée au Tibet à un « génocide culturel ».

Mais beaucoup plus un document de propagande, qu’une véritable source d’information objective, le Livre Blanc laisse dans l’ombre des pans entiers de la réalité.

S’il est vrai que Pékin a en partie démantelé la théocratie féodale organisée autour des temples lamaïques qui tenaient sous le boisseau une population arriérée et asservie, il est aussi un fait que le PC, qui a accumulé une remarquable collection d’erreurs, notamment pendant le « Grand Bond en Avant » et la « Révolution Culturelle », n’a pas réussi à rallier à son projet de modernisation du Tibet la majorité de la population tibétaine. Après une courte période d’ouverture qui dura de 1949 à 1955, la brutalité des cadres communistes animés par une véritable frénésie destructrice, qui visait à « éradiquer les superstitions », a poussé à l’exil près de 100 000 Tibétains derrière le Dalaï Lama, lui-même accompagné de 10 000 moines.

Dans cette période de folie anti-religieuse 2400 temples ou monastères ont été détruits ou fermés, les religieux ont été humiliés, les statues du Bouddha détruites, les moines et les nones forcées de se marier, les peintures sacrées utilisées pour confectionner des chaussures, tandis que les récalcitrants étaient martyrisés jusqu’à épuisement. Aujourd’hui encore, selon Wang Lixiong, spécialiste des minorités et de la question tibétaine, la liberté religieuse n’est respectée que superficiellement. Toutes les activités des monastères sont étroitement contrôlées et les relations entre eux interdites, comme le sont les manifestations religieuses hors des temples. Le nombre de moines reste contingenté, tandis que les Han sont dissuadés de se lancer dans l’étude du Bouddhisme. Ceux qui résistent sont durement persécutés dans un climat où, toujours selon Wang Lixiong, la politique de discrimination menée par le régime qui vise à une désorganisation de la société monastique constitue « une menace mortelle pour le bouddhisme lamaïque ».

Depuis le milieu des années 50, la volonté du pouvoir de contrôler la religion tibétaine se traduit aussi par l’intervention incessante du Parti dans la nomination du Panchen Lama. Aujourd’hui la succession du Dalaï Lama elle-même est au centre d’une controverse au point que le chef religieux tibétain songe à désigner un successeur avant sa mort pour déjouer les intentions de Pékin qui envisage d’installer à Lhassa un chef religieux à sa botte.



Mais le plus préoccupant pour l’avenir d’un règlement apaisé de la question reste que le Livre Blanc reprend contre le Dalaï Lama un discours brutal et sans nuances, qui semble tout droit sorti de la révolution culturelle : « La clique du Dalaï lama et les forces anti-chinoises occidentales, tout en jouissant des acquis de la civilisation et de la culture moderne, espèrent que l’ethnie tibétaine et la culture tibétaine en restent au Moyen Age, sous prétexte de « protéger la culture tibétaine ».

Cette attitude fermée avait été dénoncée par plusieurs intellectuels chinois, dont le plus éminent est Zhang Boshu. Dans un article publié en avril dernier, ce dernier, Docteur en philosophie, membre de l’Académie des Sciences Sociales, le plus puissant « think tank » du régime, connu pour la rigueur de ses analyses et s’étant taillé une solide réputation de contestation des politiques publiques, mettait directement en cause l’action du PC au Tibet. Il lui attribuait la responsabilité directe des événements du 14 mars. Cette longue analyse, très documentée, d’un chercheur appartenant au sérail intellectuel du régime, faisait suite à une pétition en 12 points, signée par 22 autres intellectuels, tous chinois vivant à Pékin, et publiée une semaine après les événements de Lhassa. Eux aussi demandaient des comptes au Parti pour sa mauvaise gestion de la question tibétaine, non seulement dans la province autonome elle-même, mais également au Sichuan, au Gansu et au Qinghai, provinces limitrophes également peuplées de fortes minorités tibétaines.

Zhang Boshu mettait aussi brutalement l’accent sur la faute politique qui consistait à traiter le Dalai Lama en bouc émissaire et à l’accuser de fomenter en sous-main une stratégie visant à séparer le Tibet de la Chine : « Il est particulièrement stupide – yuchun zhi ji – de diaboliser le Dalai Lama ». La conclusion de l’article était très pessimiste : « Pour le parti, qui réagit à ces propositions de dialogue du Dalaï Lama avec une grande rigidité, il n’y a rien à discuter. Accepter les propositions d’autonomie menacerait le fondement du régime. Il en résulte que pour ce dernier les négociations ne peuvent être qu’une mise en scène, ce qui, bien sûr, exclut toute évolution positive ».


Par François Danjou

Source : www.questionchine.net

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