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vén. Shinjin — Agrégat, Agrégat, est-ce que …

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Agrégat, Agrégat, est-ce que …

vén. Shinjin
vén. Shinjin
Paraphrasant la fameuse tirade d’Arletty dans Hôtel du Nord, on pourrait dire en commençant cette nouvelle série numérologique (Cf. Les Nombres de la Tradition) : « Agrégat, Agrégat, est-ce que j’ai une gueule d’agrégat, … agrégat toi-mêeême! «  Redevenant sérieux, nous abordons, dès à présent, un autre des piliers essentiels du Bouddhisme, celui décrivant ce qui nous compose tous, souvent à notre insu. Car si nous en étions pleinement conscients nous agirions certainement de façon différente ou, tout du moins, cela serait à espérer le cas échéant.

Quels sont ces cinq agrégats ou skandha que l’on évoque à chaque récitation du Prajñâ Pâramitâ Hridaya Soûtra ? Au fait combien de zénistes en sont pleinement conscient lors de la récitation du Maka Hanna Haramita Shingyo …? C’est pour cela que nous le récitons à chaque méditation (du mercredi soir au Centre « Paix de l’Esprit » en français, et non dans quelqu’imitation exotiquement linguistique avalisant la « soif d’un inextinguible dépaysement » ou l’auto-satisfaction éruditionnelle « d’intellos spirituels »; ceci afin d’en imprégner profondément notre conscient et notre inconscient qui s’y retrouvent essentiellement.

Alors dans ce numéro et les quatre suivants, nous allons passer en revue ces agrégats qui nous composent des pieds à la tête, si on peut dire. Mais avant de nous attacher à la Forme, récapitulons qui ils sont, comme me l’avait demandé au tout début de mes enseignements, un élève attentif et altruiste quant à sa propre ignorance et celles de ses condisciples (sans sous-entendu bien sûr).

Ils sont au nombre de CINQ, il y a ceux normaux et ceux dits incomparables (sur lesquels nous reviendrons ultérieurement).

Alors quels sont ces cinq « mousquetaires », repères cardinaux de notre constitution cosmique:


– la Forme – rûpa
– la Sensation – vedanâ
– la Perception – samjñâ
– la Volition, formation mentale – samskâra
– la Conscience – vijñâna

people.jpgAlors, la forme, que concerne-t-elle ? Tout ce qui est normalement constitué de matières ou de la matière. Tenez par exemple, si les formes généreuses de Pamela Anderson, la beauté éclatante de Claudia Schiffer, le charme ravageur de Béatrice Dalle déchaînent des cohortes de minets, si les regards envoûteurs et les physiques charmeurs de Denis Charvey, des 2 Be 3, de Roch Voisine déclenchent les glapissements de minettes en folie, c’est parce qu’ils existent bel et bien. Si nous apprécions les parfums exquis des tamaris dans la tiédeur crépusculairement évanescente d’un lagon aux couleurs irisées de topaze et de turquoise reflétants les pales madrépores (les envolées lyriques font parfois du bien …, si vous saviez), les saveurs de succulents petits plats mitonnés d’une main experte et connaisseuse, les sons agréables de langoureuses et suaves mélopées ou cantilènes, le rythme accrocheur de Stéphane Grapelli, des Pink Floyd, celui plus structuré de J.S. Bach, celui plus gai de Mozart ou de Vivaldi, la voix chaleureuse de Céline Dion, la patine de quelque meuble ancien, la rugosité de l’écru ou d’un crépi, le velouté d’un tissu soyeux ou de la « surface voluptueusement caressable » de son aimé/e, c’est qu’ils sont tous bien réels, matériels ou issus d’éléments matériels qu’ils sont, au égard à la préhension que nous en avons par les organes des sens.

Alors, forme il y a, mais dans la dialectique bouddhique existe aussi la non-Forme. La non-Forme est caractérisée par tous les objets mentaux (leur nombre oscille entre 49 et 51 selon les écoles) et en particulier par nos pensées. Il est indéniable qu’à l’image des effluves précédemment évoquées, nous pouvons avoir de délicieuses pensées, tout comme de détestables, cela selon notre humeur et notre humour, bien sûr; le « corps du délice » est immense et multiple à l’instar de notre imagination artistiquement ou meurtrièrement sublime. Ce qui fait que le monde de la Forme tout comme celui de la non-Forme peut être très attrayant, en fonction des quatre autres agrégats précités. Agrégats qui appartiennent au monde de la non-Forme; car, pouvez-vous véritablement et matériellement Voir vos sensations, vos perceptions vos formations mentales et la conscience ? Non à première vue ? Vous pouvez voir leurs apparitions ou disparitions dans votre esprit, analyser les tenants et aboutissants de celles-ci, leur développement progressif et surtout leurs effets… La seule manière de les matérialiser serait en fait de les noter par écrit, quoiqu’encore écrire une sensation, je demande à la voir, à part le spleen proustien … (et non les prouts spléniens de la rate qui se dilate … )

Comme il est dit dans le Prjañâ-Pâramitâ-Hridaya soûtra, ces agrégats n’ont pas d’existence propre. Ils n’existent que semblables aux cinq doigts de la main ou du pied, aux cinq sagesses, aux cinq poisons, etc. A savoir que, pris séparément, ils ne servent à rien, rien du tout car sensation sans objet, c’est absurde, formation mentale sans conscience est aberration pure, et forme sans perception, est aussi illogique que science sans conscience. Je parle souvent de leur imbrication correlationnelle, à l’image des pièces d’un puzzle; imaginez-vous vos tête et douleur quand la 1’200eme pièce de votre « Jigshaw » manque, créant de facto un vide désastreux dans l’image modèle du couvercle. Ceci, qu’elle se trouve au milieu, sur les bords ou plus perfidement dans un coin, rompant ainsi l’harmonie de l’équilibre pictural global. Alors, essayons de vivre le plus harmonieusement en leur compagnie dans notre cycle samsârique, pour apprendre à nous en détacher un jour en nous extrayant de cette « damnée Roue de la Vie », comparable au supplice « désagrégeant », infligé en Place de Grève.

Terminons, à nouveau, je vous prie, comme dirait si bien Krishnamurti, sur une nouvelle note d’humour, si salutairement agrégatoire, en paraphrasant une autre chanson – Shame and scandal in the family – et gaussons nous sur le thème « Honte et scandale dans le Vihara, la forme n’est pas la forme, mais ton mental ne l’sait pas, A-oum … ». Au fait l’Ecclésiaste ne disait-il pas:  » Illusion des illusions, tout n’est qu’illusion » … alors dans un rythme très marseillaisement bouddhique, entonnons:

 » Allons enfants de la Doctrine, le jour du Dharma est arrivé, contre nous de cette ignorance, rayons toutes nos illusions ! … Pratiquez l’attention. Pensons (bis), qu’un doute impur n’abreuve notre mental ! »

pour éviter de succomber irrémédiablement au charme illusoirement envoûtant de formes attrayantes et plus que séduisantes, engendrées par et dans notre mental. Alors, en ce début d’année, à chacun/e.

Bon Samsâra et Bodhi svaha … !


par le vén. Shinjin
pour Shâdana

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