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Entretien avec Bernard Kouchner : «la position française est que la France ne boycotte pas les Jeux Olympiques»

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Kouchner_JO.jpgQ : A propos du Tibet où se déroule des incidents graves depuis vendredi, que pensez-vous de l’idée de boycotter les jeux ou au moins la cérémonie d’ouverture ? Le Dalaï-Lama demande une enquête internationale, est-ce que la France va appuyer cette demande ?

R : Il faudrait peut-être parler un peu des tibétains. Ces trois questions, je peux y répondre très rapidement : il n’y a pas eu de demande internationale, en dehors du Dalaï-Lama. S’il y a une demande internationale elle doit passer par les organisations internationales et la France y répondra. Je ne vois pas, pour le moment de demandes, ni de l’ONU ni de l’Union européenne. L’Union européenne s’est manifestée dès vendredi, avec une déclaration. Le Dalaï-Lama, que j’ai entendu et que je connais bien, ne demande pas le boycott des Jeux olympiques. On peut être plus tibétain que les Tibétains mais il ne demande pas le boycott des Jeux olympiques. J’ai vu aussi que Reporter sans frontières, ce matin, demandait le boycott de la cérémonie d’ouverture et pas celui des Jeux olympiques. C’est une position différente qui est appréciable et bien sûr, si on le demandait, cela voudrait dire que l’Europe, en tous cas, se concerte sur ce projet. Nous allons la semaine prochaine nous réunir avec les ministres des Affaires étrangères pour deux jours de travail en Slovénie, nous examinerons tout cela.

Il est évident qu’il faut faire la lumière sur ce qui c’est passé. Vous me parlez de l’enquête internationale. On en demande beaucoup des enquêtes internationales. D’ailleurs on n’a pas parlé du Tchad mais on en demande là aussi. Tout cela se met en route très, très lentement. Mais il y a une première enquête internationale qui devrait être faite, c’est celle des journalistes. Les journalistes n’ont pas accès, et il faut qu’ils aient accès au territoire en question. Au Tibet en particulier mais pas seulement puisqu’il y a des incidents, semble-t-il, au-delà du Tibet. Donc, cela me paraît une nécessité d’évidence puisque nos amis chinois ont reconnu l’universalité des Droits de l’Homme. Et bien il faut que le droit d’information soit respecté.

Et puis j’entends avec déplaisir et tristesse les uns et les autres se prononcer sur les chiffres de morts et de blessés que l’on ne connaît même pas mais qui sont très important, semble-t-il. Il faut qu’on sache : 80, 100, 20, 13. Ces choses la devraient être vérifiées. J’ai reçu de mon homologue chinois, M. Yang, un message ce matin. Lui dit que l’ordre est rétabli et que tout ça était concerté, ces événements, et il en accuse le Dalaï-Lama. Je lui laisse évidemment cette opinion et je prends connaissance de ces informations. Le Dalaï-Lama n’est pas un homme de désordre et d’affrontement. Je le connais assez pour dire le contraire. Il a toujours manifesté, depuis des années et des années ou nous nous connaissons, une vision plutôt très pacifique des choses. Je rappelle que le Dalaï-Lama ne demande pas l’indépendance du Tibet. Il parle d’autonomie culturelle. Ce qui est une exigence extrêmement mesurée. Maintenant, ce n’est pas à moi d’en décider, bien entendu, c’est à nos amis chinois. Nous sommes très attentifs à tout cela et au développement de la situation. Et je vous répète que la première des choses ça serait la liberté d’accès pour la presse. Ca me paraît nécessaire, sans qu’il y ait de provocation.

Q : Quelle est votre position sur la question de cette proposition de boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques ?

Beijing_2008-2.jpgR – J’ai pris connaissance de cette proposition ce matin et je dis qu’elle est intéressante. J’ai dit, et c’est très clair que, s’il y avait une position, qui ne pourrait être qu’européenne, nous en parlerons. Cette proposition est moins négative que le boycott général. Je vous rappelle que j’ai participé à un boycott en 1980 pour les Jeux Olympiques de Moscou – je signale simplement que ce boycott, à l’époque, comprenait une cinquantaine de pays, dont la Chine. La Chine boycottait, je vous le rappelle, les Jeux de Moscou en 1980 au moment des événements en Afghanistan. Mais vous m’avez demandé ma position et la position française est que la France ne boycotte pas les Jeux Olympiques. Cela ne nous semble pas juste et, en même temps, d’après notre expérience, peu utile. Encore une fois, comment pouvez-vous nous demander, un gouvernement qui est ami avec la Chine et qui a des rapports très cordiaux – nous venons encore d’échanger avec elle très récemment – d’être plus tibétain que l’homme que l’on reconnaît comme le maître à penser des Tibétains, le Dalaï-Lama, qui ne demande pas ce boycott. Je comprends et je suis avec attention les militants. Je considère que c’est le devoir d’un ministre des Affaires étrangères d’être à l’écoute de la société civile et des initiatives militantes et que, dans le domaine des Droits de l’Homme, il n’y a jamais trop de conseils ou trop d’initiatives. Je les écoute donc. L’initiative de Reporters sans Frontières, qui ne rencontre pas de soutien du gouvernement français date de ce matin. Considérons-la.


Source : www.Chine-Informations.com

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