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U Pyinyarzawta : « La Sangha doit faire ce qui est en son Pouvoir pour le Peuple de Birmanie »

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« LA SANGHA DOIT FAIRE CE QUI EST EN SON POUVOIR POUR LE PEUPLE DE BIRMANIE » [[Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour www.buddhachannel.tv ]]
– Interview d’un leader de la Révolution Safran U Pyinyarzawta



Le 15/ 02/ 2008



Burma_Monks-2.jpgLe moine leader du All Burma Monks Alliance (ABMA), U Pyinyarzawta, est récemment parvenu à atteindre la frontière birmo-thailandaise. Il est pourchassé par le régime depuis la Révolution Safran de l’année passée.



Le Sayadaw (abbé), qui a mené les protestataires dans leur récitation du soutra Mettra, explique qu’il croit fermement avoir agi pour la vérité et l’intérêt du peuple, et non pour la politique.



Il est aussi le confrère des dirigeants des étudiants de la génération 88 et a été arrêté auparavant, interrogé et emprisonné à plusieurs reprises. Il a également été le Taikoat Sayadaw (député Sayadaw) du monastère Maggin de la commune de Thingangyun à Rangoon, actuellement fermé.



Deux des six Sayadaws fondateurs de l’ABMA sont derrière les barreaux.

Il a déclaré solennellement que le dialogue était essentiel pour la prospérité du pays.



Free_Burma.jpg


Q : Quand avez-vous atteint la frontière ?



A : Il y a quelques jours.


Q : Nous vous connaissons comme l’un des moines leaders de la Révolution Safran, au même titre qu’Ashin Gambira.



A : U Gambira est un membre de l’ABMA. Selon la prêtrise, je suis le doyen et le plus responsable parmi eux. Il y a six moines à l’ABMA. J’y contribue par mes suggestions, mon expérience et ma connaissance. J’ai été arrêté une première fois en 1990 et emprisonné pendant trois ans. Puis j’ai été emprisonné une seconde fois en 1998, pendant sept ans. Je suis le confrère de Ko Htay Kywe et Ko Ko Gyi.


Q : Pourriez vous me donner votre âge et me parler de votre expérience de la prêtrise ?



A : J’ai 48 ans, et j’ai passé 28 ans dans la prêtrise. Je suis le Taikoat du Monastère de Maggin.


Q : Le Monastère de Maggin est actuellement fermé, n’est-ce pas ?



A : Oui, le président de l’ABMA est actuellement en détention à la prison d’Insein. Il est le Sayadaw senior de ce monastère et j’en suis le Taikoat (adjoint).


Q : Pourriez vous partager votre souvenir ainsi que votre expérience de la Révolution de Safran ?



A : L’expérience la plus significative a eu lieu le jour où nous avons commencé notre boycott excommunicateur. Nous avions annoncé que nous commencerions notre boycott le 18 septembre. Dans le cas où nous aurions échoué, le peuple aurait constaté que nous ne tenions pas nos promesses et il aurait laissé tomber tout le monde, toute la Sangha (communauté religieuse) et la Sasana (religion). Nous avions prévu de mener ces rites de boycott en cinq lieux différents de la Birmanie, dont trois à Rangoon même. A Mandalay, ils sont parvenus à débuter le boycott le 19, au lieu du 18 comme prévu. D’abord nous étions sceptiques quant à nos chances de lancer le boycott. Mais nous avons dépassé toutes nos attentes. Aussi, ce fut pour moi l’expérience la plus palpitante.


Q : Et à propos de votre expérience de marche en procession avec vos camarades moines et de récitation du soutra Metta ?



A : Je n’ai pas marché devant avec les moines expérimentés, mais j’ai joué un rôle de meneur en me ralliant à eux et en gérant le travail qui devait être fait. Si j’avais marché avec eux devant, le mouvement aurait été instantanément exposé et on s’en serait chargé. Je n’ai donc pas marché devant. Les moines qui ont dirigé ces processions dirigeaient des organisations de moines membres de notre alliance.


Q : Comment avez vous échappé à l’arrestation après le mouvement ?



A : Je vais vous dire ce que je peux vous dire, mais je dois préserver la sécurité des personnes qui sont encore en Birmanie. Le régime a fait une rafle dans notre Monastère de Maggin le 26 septembre. Ayant commencé plusieurs jours avant la Révolution Safran, suivant les arrestations en août de mes confrères Min Ko Naing et Ko Ko Gyi, je n’étais pas resté dans mon monastère. Nous avons ensuite formé l’alliance des moines. J’étais en dehors du Monastère lorsqu’ils ont fait leur rafle. Depuis la répression j’avais fui de cachette en cachette, grâce au concours d’amis, de confrères moines, de fidèles et de mes étudiants. Pendant cette période, nous avons travaillé ensemble afin de réorganiser notre alliance de moines. J’aimerais ajouter que nous avions fait toutes les préparations nécessaires.


Q : Quand avez vous réalisé que le mouvement devait être mené par des moines ?



A : Pendant longtemps, nous avons eu beaucoup d’organisations de moines, avant les manifestations contre l’augmentation du prix du carburant en août, et la révolution de septembre : Young Monks Association, Sangha Union, Rangoon Young Monks Union et Thawtuzana. Nous avions déjà eu l’idée de rejoindre les personnes et les forces pro-démocratiques lorsque le temps serait venu. Lorsque la junte a soudainement et drastiquement augmenté le prix du carburant, le peuple s’est indigné puis est descendu dans la rue. Ensuite, la junte a réprimé le mouvement à l’aide de ses brutes. USDA, Swan Arr Shin, et leur mouvement ont été interrompus. Alors nous nous sommes préparés à continuer cette tâche, en formant une alliance de moines à Mandalay. Mais notre mouvement a été stoppé à Pakokku, nous avons donc fait connaître aux médias notre intention d’initier un boycott contre le régime. A Pakokku aussi, les moines dirigeants le mouvement proviennent de nos organisations de moines.


Q : Quel est le but ultime de votre organisation de moines ?



A : Nous ferons tout ce qui sera bon pour le peuple et le pays. Mais notre mouvement doit être en adéquation avec notre religion et pour le bien du peuple, car notre organisation n’est pas politique. Nous n’agirons que pour la cause nationale.


Q : Qu’est-ce qui vous a décidé à fuir vers la frontière et quitter la Birmanie ?



A : Je ne voulais pas causer de problèmes à toutes les personnes qui m’ont caché pendant que j’étais en fuite et qu’on me pourchassait. Je craignais aussi pour ma famille, mes fidèles et étudiants. Alors j’ai décidé de fuir vers la frontière pour éviter ce genre d’événements malheureux.


Q : Est-ce qu’un autre mouvement comme la Révolution Safran peut encore émerger ?



A : Nous devons attendre un peu. Lorsque le moment sera venu, cela se reproduira. Quand l’indignation du peuple contre le régime atteindra un certain degré et qu’il décidera d’exprimer son mécontentement, nous serons prêts à le rejoindre. Une telle situation créera l’atmosphère d’une autre Révolution Safran ou quelque autre mouvement similaire. Je constate maintenant que les moines, les étudiants ainsi que les forces pro-démocratiques se préparent à ce moment.


Q : A présent j’aimerais revenir à la situation actuelle. La junte a annoncé qu’elle avancera dans son carnet de route. Comment le peuple doit-il répondre à son plan ?



A : Les Birmans peuvent agir de deux manières. La première consiste à protester, mais elle comporte nombre de restrictions. La junte les arrêterait, les emprisonnerait, les tuerait et leur tirerait dessus. L’autre méthode consiste à exprimer leur vœu et désire de mettre à exécution un boycott du référendum. Ces actions constituent l’exercice simple de leurs droits. Ils peuvent protester contre le référendum ou le dénoncer. J’espère que toutes les forces pro-démocratiques feront ce qu’elles peuvent. C’est un moment crucial pour chacun de nous. Nous devons faire un effort concerté pour réaliser nos objectifs.


Q : Quelle est votre opinion du gouvernement actuel ?



A : Ils compliquent des choses simples. Ils n’ont pas tenu leur promesse de transmettre le pouvoir au parti vainqueur après l’élection générale de 1990. La crise actuelle peut être résolue si l’on entre dans un dialogue. Mais ils ne se soucient que de leurs propres intérêts et s’accrochent au pouvoir en tenant ce référendum et une nouvelle élection en 2010.


Q : Certains disent que les moines doivent se tenir à l’écart de la politique. Quelle est votre opinion ?



A : La politique est un domaine vaste et étendu. Nous ne sommes pas impliqués dans la politique, il s’agit juste d’une accusation lancée contre nous par le régime. Nous ne formerons pas de parti politique et nous ne contesterons pas les élections parlementaires. Nous n’avons même pas le droit de voter. Nous sommes des moines, pas des politiciens. Mais même durant le règne du Roi Narathihapate, Shin Dethaparmaukha a agi en diplomate pour l’intérêt du pays et du peuple. Les moines agissent dans l’intérêt du peuple et du pays, dans une perspective religieuse similaire à celle de Shin Dethaparmaukha. Nous ne faisons pas de politique.


Q : Comment voyez vous le rôle de la Sangha Mahanayaka (la plus grande organisation de moines soutenue par le gouvernement ?



A : C’est le plus grand organe de moines et de la Sasana en Birmanie. Cette organisation a un jour lancé un appel à la junte et au peuple au plus haut du soulèvement de 1988. Encore une fois, il ne s’agit pas de politique, mais de religion. Ils ont appelé le gouvernement à stopper le massacre et la torture. Ils ont appelé le peuple à rester discipliné. De la même manière, ils devraient une fois de plus appeler le gouvernement à faire preuve de considération envers le peuple et le pays. De cette manière, ils gagneront en dignité et respect pour eux-mêmes et la Sasana. J’espère donc que la Sangha Mahanayaka lancera un appel au gouvernement et qu’elle prendra hardiment parti pour la justice et la vérité.


Q : Sont-ils en mesure de prendre pareille position ?



A : S’ils le veulent, ils peuvent. S’ils veulent éviter une telle situation, ils peuvent. Personne ne pourra les blâmer pour çà. S’ils peuvent le faire, ce sera pour le plus grand bénéfice du peuple et du pays. Je pense qu’ils devraient le faire. C’est juste, et non contraire au code disciplinaire bouddhiste.



U PYINYARZAWTA



monk_burma-2.jpgNé à Maezali, dans la commune de Natmauk le 6 novembre 1960.

Age : 48 ans, Prêtrise : 28

Alias: U Eindaka.



Ordonné à l’age de 20 ans, a étudié la littérature et les textes bouddhistes à Rangoon, à Mandalay, à Pakokku, à Yenanchaung et Taungdwingyi.



A été président du Young Monk Union de la commune de Ahlone.



Après le coup d’état par la junte en 1988, a servi comme chargé de l’organisationnel du Lower Burma Young Monk Union, lors de sa réorganisation.



Est arrêté et emprisonné pendant trois ans lorsque les moines entament leur premier boycott excommunicateur à Mandalay, qu’il soutient et rejoint à travers le Lower Burma Young Monks Union. Il est relâché en 1993, arrêté de nouveau en 1996 et relâché après interrogatoire.



Il est encore arrêté en janvier 1998 et condamné à sept ans d’emprisonnement, détenu dans les prisons d’Insein et de Thayawady. Il est relâché de la prison de Thayawady en 2004. Il demeure ensuite au Monastère de Maggin où il sert comme moine enseignant et Taikoat Sayadaw.
Il a pris part à la réorganisation du Young Monk Union et la fondation du All Burma Monk Alliance.




Par Nay Thwin



Source : www.Mizzima.com

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