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Sept nuits de terreur à Rangoon

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Par Alan Brown, The Telegraph (UK), 13/10/2007 [[Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour WWW.BUDDHACHANNEL.TV]]



Yangon, Myanmar — To the 18-year-old novice monk, the makeshift jail seemed like a deliberate mockery of life in the Buddhist monastery from which he had been dragged.
– Rangoon, Birmanie – Pour le moine novice de 18 ans, la prison de fortune semblait une moquerie délibérée à la vie au sein du monastère bouddhiste, duquel il a été traîné.




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A monk injured during attacks by soldiers (Sept 26, 2007)
– Un moine blessé pendant les attaques des soldats (26 sept. 2007)





Sitting in rows from one end of the room to the other were hundreds of hushed, cross-legged figures, their heads bowed and their eyes shut tight.
– Assis en files d’un bout à l’autre de la salle, ils étaient des centaines silencieux, en tailleur, têtes courbées, yeux clos.



The smell, though, was not of incense but unwashed bodies and soiled clothes, and the sounds that broke the hush were of pain rather than of prayer.
– L’odeur, cependant, ne provenait non pas de l’encens mais de corps sales et de vêtements souillés, et le bruit qui brisa le silence provenait de la douleur plus que de la prière.



This was the scene last week inside the Government Technology Institute in Yangon, one of four buildings used as holding centres for the thousands of monks, democracy activists and ordinary civilians arrested during Myanmars’s vanquished pro-democracy uprisings.
– Telle était la scène la semaine dernière au sein même de l’Institut gouvernemental de Technologie de Rangoon, un des quatre bâtiments utilisés comme centre de détention pour des milliers de moines, activistes de la démocratie et civils ordinaires arrêtés lors de la répression des soulèvements pro démocratiques, en Birmanie.



Built by the British during colonial rule in 1905, its crumbling, redbrick schoolrooms have lain empty for years. Now, however, the country’s military junta has re-opened them to teach the nation a lesson they intend them never to forget: defy us at your peril.
– Erigé par les Britanniques pendant le mandat colonial en 1905, ses salles de classe en briques rouges fissurées, sont demeurées vides des années durant. Aujourd’hui, cependant, la junte militaire du pays, les a réouvertes afin d’enseigner à la nation la leçon qu’elle entend bien ne jamais leur faire oublier : défiez nous à votre péril.



Such is the climate of fear on the streets of Yangon that few details have emerged of what has gone on inside the holding centres, whose existence has not been officially confirmed by the government.
– Le climat de terreur qui règne dans les rues de Rangoon est tel que seuls quelques détails ont émergé quant à ce qui a lieu à l’intérieur des centres de détention, dont l’existence n’a pas été officiellement confirmée par le gouvernement.



However, via a trusted intermediary, The Sunday Telegraph was able to obtain the first-hand account of a novice monk who was released from the technology institute camp last week.
– Toutefois, via un intermédiaire de confiance, le Sunday Telegraph a pu obtenir le témoignage de première main d’un moine novice relâché du camp de l’Institut de Technologie la semaine dernière.



Showing vicious bruises on his face and arms from soldiers’ truncheons, he told how he spent seven terrifying nights there after being arrested, along with 100 other monks, at Yangon’s Mingalar Rama monastery early on the morning of September 27.
– Tout en montrant de brutaux hématomes sur son visage et sur ses bras dus aux matraques des soldats, il raconte les sept nuits de terreur qu’il a passé là-bas après son arrestation, en même temps que 100 autres moines, au monastère Mingalar Rama à Rangoon tôt le matin du 27 septembre.



« Day and night, we had to sit in crowded rows with our heads bowed down. If we spoke, looked up or fell asleep, we would be hit, » the monk, who asked not to be named, said.
– “Jour et nuit, nous devions être assis, têtes courbées, en une file bondée. Si nous parlions, levions les yeux ou nous endormions, nous étions frappés » déclare le moine qui a souhaité garder l’anonymat.



« We weren’t allowed to move at all, not even to go to the lavatory – we had to just do it where we were sitting. Once in the morning, and once in the afternoon, the guards would come and give us water, but it would be only one or two bottles for 50 people or more. »
– “Nous n’avions pas du tout le droit de bouger, même pas d’aller aux toilettes – nous devions le faire assis. Une fois le matin, puis une autre fois l’après-midi, les gardes venaient et nous donnaient de l’eau, mais seulement une ou deux bouteilles pour 50 personnes ou plus. »



Injuries
Blessures



Some of the prisoners, he said, had severe wounds sustained during arrest, with cuts and gashes on arms and legs that had gone right through to the bone. Yet despite the filthy, insanitary conditions in which they were being held, no medical treatment was offered whatsoever.
– Quelques prisonniers, dit-il, avaient des blessures sérieuses survenues durant l’arrestation, avec des coupures et entailles sur les bras et les jambes, qui allaient jusqu’aux os. Et en dépit des conditions insalubres et dégoûtantes dans lesquelles ils étaient détenus, aucun traitement médical ne leur a été mis à disposition.



During his time in custody, he claimed, he saw numerous fellow inmates pass out as they sat in the holding area. Three, he believes, died from their injuries.
– Pendant son temps de garde, il déclare avoir vu plusieurs de ses co-détenus succomber alors qu’ils étaient assis au centre de détention. Trois, il estime, sont morts des suites de leurs blessures.



Every now and then, prisoners would be taken off in groups of 10 for interrogations in neighbouring rooms, where they would sit on the floor opposite rows of plain-clothes intelligence officers who sat behind a long trestle table. Each prisoner would then go through remorseless questioning aimed at identifying ringleaders.
– De temps à autre, des prisonniers étaient emmenés par groupes de 10 pour être interrogés dans les salles avoisinantes, où ils s’asseyaient face à des files d’officiers de l’intelligence en civil qui étaient assis derrière une longue table en tréteaux. Chaque prisonnier devait alors passer un impitoyable interrogatoire destiné à identifier les meneurs.

«VOUS ETES EN TRAIN DE COMMETTRE UN CRIME RELIGIEUX»


Many of his fellow inmates, the monk said, were innocent bystanders who had been arrested by mistake, but after interrogation, their testimony was checked with local intelligence officials in their neighbourhoods.
– Beaucoup de ses co-détenus, affirme le moine, étaient d’innocents passants qui ont été arrêtés par erreur, mais après l’interrogatoire, leur témoignage était vérifié avec l’intelligence officielle locale, dans leurs voisinages.



If they corroborated their claims, they would be freed: if not, they would remain for further questioning.
– S’ils corroboraient leurs dires, ils seraient libérés: sinon, ils resteraient pour d’avantage d’interrogatoire.



At one point, a group of abbots from a monastery thought to be sympathetic to the military regime were brought in to ask the monks to swap their filthy robes for civilian clothes.
– A un moment, un groupe de pères supérieurs d’un monastère supposé sympathisant du régime militaire a été amené afin de demander aux moines de troquer leurs robes souillés pour des vêtements de civils.



The request, however, was interpreted as a symbolic « defrocking » designed to humiliate them. It prompted an outburst from the prisoners that led some of their soldier guards to show remorse.
– La requête, cependant, a été interprétée comme un symbole de “défroque” destiné à les humilier. Cela a provoqué un éclat de la part des prisonniers, qui a engendré chez certain gardes un sentiment de remord.



« Some of the monks said to the soldiers, you are committing a religious crime by trying to remove our robes from us, how can you do this? They said, ‘We are sorry, we know we are committing a religious crime, but we have no choice’. »
– “ Quelques uns parmi les moines ont dit aux soldats, vous êtes en train de commettre un crime religieux en essayant de nous faire enlever nos robes, comment pouvez vous faire cela ? Ils ont répondu, « Nous sommes désolés, nous savons que nous commettons un crime religieux, mais nous n’avons pas le choix. »



After being released last week, the 18-year-old novice was given a travel order telling him to return to his home village outside Yangon rather than go back to his monastery in the city. Exactly how many others are still in custody remains unclear.
– Après avoir été relâché la semaine dernière, le moine novice de 18 ans, a reçu l’ordre de retourner chez lui, un village en dehors de Rangoon, au lieu de retourner dans son monastère en ville. Le nombre exact de détenus restant n’est pas déterminé.



Scepticism
Scepticisme



The Myanmarese authorities admit to having detained nearly 3,000, and claim that all but 109 have been released, but human rights groups and Burmese journalists in Yangon view such claims with scepticism.
– Les autorités birmanes admettent en avoir détenu près de 3000, et déclarent que tous, mis à part 109, ont été relâchés, mais les organisations de droits de l’homme ainsi que les journalistes birmans à Rangoon, considèrent ces déclarations non sans scepticisme.

«J’AI PITIE D’EUX ET JE PRIE POUR EUX»


« In Yangon alone, we think that up to 25 monasteries were raided last week, and those are just the ones we know about, » said one local newspaper editor, whose reporters have been monitoring the situation.
– “A Rangoon seulement, nous pensons que plus de 25 monastères ont fait l’objet de raids la semaine dernière, et ce ne sont là que ceux dont nous savons quelque chose”, affirme l’éditeur d’un journal local, dont les reporters ont suivi la situation.



« We think there could be anything up to 9,000 in jail right now, and the government is still looking for people. »
– “Nous pensons qu’il pourrait y en avoir, quelque chose comme 9000 en prison en ce moment même, et le gouvernement est encore à la recherche de personnes. »



As one of the conditions for his release, the novice monk was made to sign a paper agreeing not to tell anybody about what had happened to him. He decided to speak out nonetheless.
– L’une des conditions à la libération du moine novice était de signer un papier par lequel il acceptait de ne rien révéler à personne de ce qui lui est arrivé. Il a néanmoins décidé de parler.



Yet, despite his ordeal, he emphasised he felt sorry for his captors, as well as for his fellow captives.
– Maintenant, en dépit de cette épreuve, il insiste sur le fait qu’il se sent désolé pour ses ravisseurs, autant qu’il l’est pour ses co-détenus.



« Because I am a monk, I simply mean love and kindness towards these people, » he said. « I pity them and I pray for them. »
– « Parce que je suis un moine, je ressens simplement de l’amour et de la gentillesse envers ses personnes », dit-il. « J’ai pitié d’eux et prie pour eux ».



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