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Le bouddhisme à l’usage de mes filles, de Dennis Gira

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« Le bouddhisme à l’usage de mes filles »

DE DENNIS GIRA


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– Broché. Seuil 2000-02-09.
– ISBN: 2020335433 / 2-02-033543-3
– EAN: 9782020335430









Le commentaire de Psychologies.com

N’avez-vous jamais eu envie de vous entendre expliquer, à l’aide de mots simples, les mille aspects et la pensée, parfois complexe, de cette religion qui s’est imposée en Occident ces dix dernières années ?

Dennis Gira, rédacteur en chef adjoint de “Question actuelles”, s’y est essayé.

Il nous présente la doctrine, les rituels, les notions clés, les visions de l’au-delà, le rôle du dalaï-lama, etc.

Il nous parle également des différentes formes que cette philosophie spirituelle peut prendre et explique l’attrait contemporain qu’elle suscite.

Cet ouvrage, particulièrement agréable à lire, est une grande réussite pédagogique.



Présentation par Benoît Petit

D’origine américaine, l’auteur a étudié le bouddhisme au Japon avant d’écrire un doctorat à Paris VII et à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il est directeur adjoint de l’Institut de sciences et de théologie des religions à Paris. Son ouvrage se veut une présentation (simple et claire en neuf chapitres), de la doctrine, des rites et de la philosophie bouddhiste à travers ses multiples visages et écoles. Il s’interroge sur les raisons de leur succès en France, ainsi que sur les dangers de comparaison ou de syncrétisme avec le christianisme.

1. Une forêt « d’arbres bouddhiques » (p.13)

L’auteur veut attirer l’attention sur la diversité qui existe au sein de la tradition bouddhique. Il y a quelque cent trente centres et temples tibétains, des salles de pratiques (dôjô) zen en France ; d’autres, d’inspiration coréenne, vietnamienne ou chinoise ; des temples cambodgiens créés pour répondre aux besoins des immigrés. Les greffes des différentes traditions existent en France, localisées en Bourgogne, en Savoie et en Auvergne. Enfin, la Sôka Gakkai est un réseau particulier d’une centaine de petites cellules de quinze à vingt personnes, d’une théologie spécifique, plus prosélyte (p.22). Plutôt que d’analyser chaque « arbre », Dennis Gira se propose de « découvrir la sève unique qui donne vie à tous ces arbres ».

2. Pour comprendre l’histoire du Bouddha

Un voyage dans l’Inde du VIème avant notre ère, il y a plus de 2500 ans, fait voir « une autre manière de comprendre le monde, un tout autre regard sur la condition humaine ». Tout être vivant, qu’il soit humain ou non (jusqu’aux insectes) est enfermé… dans un cycle incessant de naissances et de morts : le samsara, « écoulement circulaire ». « Toute naissance est le résultat, …des actes égocentriques,… qui ont été posés dans des vies antérieures. Si quelqu’un souffre aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de chercher bien loin pour savoir pourquoi. Son malheur est toujours lié aux actes qu’il a posés dans le passé » (p.31) ; et « la manière dont il se comporte dans sa vie actuelle aura une influence sur son existence à venir ». Le fait de passer d’existence en existence (ou d’âge en âge – kalpa-) dans le samsara « véritable prison », cycle des vies et des morts, ne peut être perçu avec les catégories de bien et de mal et « relativise nos discours sur le temps ». Connaître le Bouddha impose aussi d’abandonner nos critères historiques pour « essayer simplement de comprendre le sens profondément spirituel mais sans fondement  » historique « , des textes qui précisément partent de ces vies antérieures » (p.37).

Cette vérité spirituelle du Bouddha, qui veut dire « l’Eveillé », fait appel à l’expérience du croyant, plus qu’à des critères scientifiques.

3. L’itinéraire spirituel du Bouddha

Quelques cinq cents textes révélés (Veda) racontent les diverses vies antérieures du Bouddha, il y a vingt cinq siècles, en Inde du nord, au royaume de Kosala, dans le clan des Sâkya, à la frontière du Népal. Aristocrate, d’une caste située juste en-dessous de celle des prêtres brahmanes, Gautama, avec sa femme et son fils dans son palais est en quête de vérité ; quatre rencontres décisives avec un vieillard, un malade, un cortège funéraire, puis un moine mendiant, incitent le prince à tout quitter (p.52). Après une vie solitaire et sa conversion, il partage son expérience jusqu’à 80 ans pendant quarante ans avec ses contemporains.

4. Tout est « souffrance »

La première, parmi les Quatre Nobles Vérités, que le Bouddha expose, est l’universalité de la souffrance et la possible guérison. L’origine de la souffrance est « l’ignorance spirituelle de l’homme, avec toutes les passions qui en découlent et qui poussent l’individu à poser des actes  » égocentriques « … ceux-ci, selon la loi karmique, emprisonne l’homme dans le samsara, le cycle incessant des naissances et des morts » (p.64). La guérison, c’est la libération de ce qui enchaîne l’homme inconsciemment, « la dissipation de l’ignorance et l’extinction des passions perturbatrices… pour arriver au véritable bonheur ». La souffrance dont il est question est non seulement la blessure physique mais aussi la blessure psychique et enfin la frustration « ou le monde illusoire du samsara « (p.70). La deuxième des Quatre Nobles Vérités affirme que le « désir » ou plutôt soif – tanhâ – est la source de la souffrance. Tout ce à quoi l’homme s’attache est une illusion. « Tout est dans le regard que l’homme porte sur la réalité. » La troisième vérité est l’assurance donnée à l’homme que, malgré sa maladie, il peut espérer arriver à la guérison et ne plus souffrir (p. 73). D’où les sens du mot Nirvana, néant, (ou extinction de l’individu ou du moi) par l’acquisition d’une sagesse, ou pleine conscience de la vérité (p.75). Éthique ou discipline d’esprit, la « Sagesse à huit dimensions » (octuple) est à intégrer à la vie quotidienne pour la changer, et pas seulement à comprendre intellectuellement. L’auteur prend l’exemple d’une amie japonaise qui avait beaucoup lu sur le bouddhisme, mais ne put continuer un entretien avec un maître bouddhiste quand elle tua instinctivement un moustique.

5. Mais que devient le « moi » dans tout cela ?

Chaque être humain peut se représenter dans un périmètre ou polygone dont les côtés représentent le « soi » éphémère et illusoire de son identité. « Nous construisons notre propre malheur en nous enfermant à l’intérieur de ces périmètres qui sont pourtant tout à fait illusoires » (p.87). L’erreur est « d’identifier ce que nous sommes avec l’image que nous fabriquons de nous-mêmes » et qui n’est qu’une prison. La conversion ou « l’Eveil » consiste à faire l’expérience de la « vacuité du soi » ou à prendre conscience de la relativité de l’existence. Résoudre les conflits (familiaux ou de société) revient à éliminer les comportements égocentriques pour arriver à une certaine sagesse ou compassion (p. 89). La société occidentale, si fortement centrée sur l’individu – le « je »- a du mal à entrer dans cette conception de « l’impermanence ». L’auteur évoque le contresens fait sur la réincarnation, qui n’est pas un dogme auquel il faudrait croire, mais plutôt une transmigration ou renaissance (p. 101). Vivre l’instant présent, pleinement et réellement, le seul que nous ayons à vivre apporte alors une vraie libération.

6. La discipline bouddhique, pas facile mais très efficace.

A partir d’exemples très concrets de la vie quotidienne (relations à autrui – humains ou animaux, manière de parler, d’utiliser l’argent, de manger ou de s’habiller… p.111), Dennis Gira présente l’éthique que le bouddhisme propose à qui veut arriver à « l’Eveil » pour se libérer de la souffrance (dukkha) qui gâche la vie. S’abstenir de tuer des êtres vivants (et même des moustiques ou des araignées), éviter certains métiers, comme celui de marchand d’armes, boucher ou vendeur d’esclaves (p.114). Maltraiter un être vivant, manquer de respect, c’est se faire violence à soi-même. Le refus du vol qui signifie le « non attachement à soi-même », la mendicité, le renoncement à la vie de famille et la continence sont des chemins de sagesse pour quelques-uns, la parole juste ou refus de « faire un mensonge », un conseil pour tous.

7. Vers de nouvelles formes de bouddhisme

La communauté bouddhique évite au croyant de s’aventurer seul sur une voie difficile. Acôté du « style de vie radical des moines itinérants » (p.136), des fidèles laïcs, hommes et femmes, peuvent faire communauté. Dennis Gira expose les réticences du Bouddha à accepter des femmes, geste très novateur à son époque. Chacun doit être à lui-même son propre refuge ( le germe de « l’Eveil » est dans l’esprit de chacun, dans sa propre expérience, et nulle part ailleurs p.141). Cependant, plusieurs écoles ont compilé les sermons (ou sutras) des premiers disciples et textes disciplinaires : le Grand Véhicule (Mahâyâna) et le Petit Véhicule (Hinayâna). La version en chinois et en japonais fait cent volumes de mille pages chacun. L’auteur précise alors dans une parabole le « corps de métamorphose » que signifie la nature ultime du Bouddha (p.150) : elle dépasse les limites qui sont celles de l’homme dans son individualité ; elle signifie les nuances entre les deux Véhicules et la différence essentielle avec l’idée même de Dieu personnel dans la tradition judéo-chrétienne. La paix intérieure et la libération du soi « illusoire » sont accessibles à l’homme intelligent, mais la vérité spirituelle découverte par le Bouddha n’est pas accessible à l’intellect de l’homme (p.152). L’idéal peut être élitiste ou s’ouvrir au plus grand nombre selon les écoles. Beaucoup proposent la parabole du Sutra du Lotus. Un jeune homme quitte son père, mais sa fortune s’épuise et il lui faudra bien du temps pour retrouver l’intimité de son père qui ne l’a jamais abandonné : cette « parabole du fils prodigue bouddhique » diffère de la compassion chrétienne, mais signifie que souvent l’homme ne cherche pas le bonheur dans la bonne direction. Tous sont cependant appelés à faire l’expérience directe d’une sagesse et d’une vérité qu’ils peuvent atteindre à leur rythme.

8. La forêt revisitée

Les différences entre les écoles de l’arbre bouddhiste viennent des moyens très divers qui sont proposés et jugés plus ou moins rapides et efficaces. L’auteur, né à Chicago, évoque sa conception particulière de l’océan qu’il perçoit différemment que l’équipage d’un petit voilier ou d’un sous-marin. Toutes ces expériences sont celles de la conscience superficielle (p.167), relative, opposée à la vérité plénière, UNE, « conscience immaculée ». Ainsi, les diverses écoles abordent divers chemins pour atteindre la sagesse et la compassion et expérimenter la vacuité et le détachement sans orgueil (p.175). A côté de l’étude fastidieuse des textes, le silence, le zen proposent un autre type de méditation (p.178). Les arts martiaux qui enseignent la puissance d’un esprit unifié diffèrent de la pratique de la foi que reflètent les temples japonais ; la tendance tantrique ou ésotérique trouve ses origines en Inde et s’épanouit au Tibet.

9. Pourquoi les Français sont-ils séduits par le bouddhisme ?

L’enseignant à l’ISTR de l’Institut catholique de Paris présente l’expérience de ses rencontres : les dispositions intérieures des personnes qu’il a rencontrées peuvent « aussi bien être le point de départ d’un engagement » dans une recherche de la vérité, quelle qu’elle soit. Elles montrent que la sensibilité contemporaine est en correspondance avec le bouddhisme sur de nombreux points (p.194) : « l’insatisfaction vis-à-vis du monde tel qu’il va ; la difficulté à se reconnaître dans les discours habituels sur Dieu ou l’Absolu ; l’insistance sur la primauté de l’expérience comme critère de la vérité ; la volonté de prendre en main son propre progrès spirituel ; la conscience aigüe que l’individu ne peut pas arriver à développer tout son potentiel humain en une seule vie ; le profond désir d’intégrer le corps à la démarche spirituelle ; le besoin fort d’un maître spirituel et l’aspiration à appartenir à une communauté authentique ». Reprenons en conclusion le vœu de l’auteur qui conseille pour le dialogue de ne pas comparer le meilleur d’une tradition avec le pire de l’autre, ni de dire : « …c’est la même chose que chez nous ! » Il présente ainsi les différences fondamentales entre compassion « bouddhique » et « amour chrétien » (p.218), ce qui n’exclut pas les possibilités de dialogue mais impose celui-ci, dans un esprit d’humilité.


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