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La carte de la Paix se dessine sur celle du menu

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Le Roi Lear, tard dans la nuit, sur la falaise, demanda au comte de Gloucester, aveugle

-« Comment voyez-vous le monde? »


Et l’aveugle lui répondit
« Je le vois par ce que je ressens ».

Ne devrions-nous pas tous le voir ainsi ?

Les animaux doivent être retirés des menus, parce que ce soir ils hurlent de terreur dans les abattoirs, les caisses et les cages, vils et ignobles goulags de désespoir.

Vous savez, j’ai entendu les cris de mon père mourant, le corps ravagé par le cancer qui l’a tué. Et j’ai réalisé que j’avais déjà entendu ces cris : dans les abattoirs, leurs yeux arrachés et leurs tendons tailladés, sur les navires bétaillers à destination du Moyen-Orient, chez la mère baleine mourante, appelant son petit alors qu’un harpon avait explosé dans son cerveau. Leurs cris étaient les cris de mon père. J’ai découvert que devant la souffrance, nous étions tous égaux. Et que dans cette capacité à souffrir, un chien était un cochon, était un ours, était un garçon.

La viande est le nouvel amiante, plus meurtrier que le tabac. Le CO2, le méthane, et l’oxyde nitreux provenant de l’industrie de l’élevage tuent nos océans, en créant des zones mortes acides et hypoxiques.

Quatre-vingt-dix pour cent des poissons de petite taille sont broyés pour nourrir le bétail. Les vaches végétariennes sont aujourd’hui les plus grands prédateurs marins. Les océans meurent. D’ici 2048 toute nos pêcheries seront mortes, les poumons et les artères de la terre.

Des milliards de petits poussins sautillants sont broyés vivants, simplement parce qu’ils sont de sexe masculin. Seulement cent milliards de personnes ont déjà vécu sur cette terre. Sept milliards y vivent aujourd’hui. Et nous torturons et tuons deux milliards d’êtres sentients chaque semaine. Dix mille espèces entières sont anéanties chaque année par les actions d’une seule. Nous sommes maintenant face à la sixième extinction de masse de l’histoire cosmologique. Si un autre organisme agissait ainsi, les biologistes l’appelleraient un virus. Il s’agit d’un crime contre l’humanité à des proportions inimaginables.

Mais heureusement, le monde change. Il y a dix ans Twitter était un son d’oiseau, www un clavier bloqué, cloud (nuage) était dans le ciel, 4G était une place de parking, Google était un rot de bébé, Skype une faute de frappe, et Al Qaïda était mon plombier. Victor Hugo a dit «Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ». Et bien les droits des animaux sont maintenant les plus grandes questions de justice sociale depuis l’abolition de l’esclavage.

Savez-vous qu’il y a plus de six cents millions de végétariens de par le monde ? C’est plus grand que les Etats-Unis, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Canada, et l’Australie et la Nouvelle Zélande tous réunis ! Si nous étions une nation, nous serions plus grands que les vingt-sept pays de l’Union Européenne! Malgré cette empreinte démographique massive, nous sommes toujours noyés par les cartels ravageurs qui chassent, abattent et tuent, par ceux qui croient que la violence est la réponse, alors qu’elle ne devrait même pas être une question !

La viande est une industrie qui tue les animaux, qui nous tue, et qui est en train de tuer nos économies.

Medicare a déjà ruiné les Etats-Unis. Ils auront besoin de huit milliards de dollars investis en bons du Trésor ne serait-ce que pour payer les intérêts. Et ils n’en possèdent précisément aucun ! Ils pourraient fermer toutes les écoles, l’armée, la marine, l’armée de l’air, et les Marines, le FBI et la CIA, qu’ils ne seraient toujours pas en mesure de payer les notes des médecins… Les universités de Cornell et d’Harvard disent que la quantité optimale de viande pour une alimentation saine, c’est exactement ZERO !

L’eau vous savez, c’est le nouveau pétrole. Les nations partiront bientôt en guerre pour elle. Les aquifères souterrains qui ont mis des millions d’années à se remplir deviennent à sec… Et il faut cinquante milles litres d’eau pour produire un kilo de viande de bœuf.

Aujourd’hui un milliard de personnes ont faim. Vingt millions mourront de malnutrition. Réduire de 10% seulement la consommation de viande pourrait nourrir cent millions de personnes, et l’élimination de la viande mettrait fin à jamais la famine.

Si le monde entier avait un régime alimentaire occidental, nous aurions besoin de deux planètes Terre pour nous nourrir. Nous n’en avons qu’une, et elle est en train de mourir. Les gaz à effet de serre provenant du bétail sont de 50% plus élevés que ceux émis par les transports . . . avions, trains, camions, voitures, et bateaux, le tout réuni.

Les pays pauvres vendent leurs céréales à l’occident, alors que leurs propres enfants meurent de faim dans leurs bras. Et l’ouest s’en sert pour nourrir son bétail, et pour que nous puissions manger nos steaks. Suis-je le seul à considérer cela comme un crime ? Chaque morceau de viande que nous avalons gifle le visage baigné de larmes d’un enfant affamé. Quand je regarde dans ses yeux, dois-je rester silencieux ? La terre peut produire assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous !

Nous sommes face à une tempête parfaite. Si une nation avait développé des armes capables de causer de tels ravages à la planète, nous lancerions contre elle une attaque militaire préventive, et la bombarderions jusqu’à ce qu’elle retourne à l’Age du Bronze. Mais ce n’est pas un Etat voyou qui agit ainsi. Il s’agit d’une industrie. Les bonnes nouvelles sont que nous n’avons pas à la bombarder, et que nous pouvons tout simplement ne pas l’acheter. George Bush avait tort. L’Axe du Mal ne passe pas par l’Irak, l’Iran ou la Corée du Nord. Il passe par nos tables ! Les armes de destruction massive sont nos couteaux et fourchettes !

Notre proposition est le couteau suisse de l’avenir : il résout nos problèmes environnementaux, de santé, d’eau et met fin à la cruauté pour toujours. L’âge de pierre n’a pas pris fin parce que nous avons manqué de pierres. Cette industrie méprisable et cruelle se terminera parce que nous finirons par manquer d’excuses.

La viande est comme les pièces de un et deux cents. Elle coûte plus cher à faire qu’elle ne vaut. Et les agriculteurs sont ceux qui ont le plus à gagner. L’agriculture ne s’arrêterait pas. Elle prospérerait ! Seule la gamme de produits changerait. Les agriculteurs feraient tellement d’argent qu’ils n’auraient même pas le temps de le compter, et je serai le premier à les applaudir ! Les gouvernements nous aimeraient. De nouvelles industries émergeraient et s’épanouiraient. Les primes d’assurance santé seraient en chute libre. Les listes d’attente dans les hôpitaux disparaîtraient. Bon sang nous serions en si bonne santé que nous aurions à tirer sur quelqu’un juste pour ouvrir un cimetière!

Alors ce soir, j’ai deux défis pour l’opposition:

1. La viande provoque un large éventail de cancers et de maladies cardiaques. Vont-ils pouvoir nommer une maladie causée par un régime végétarien?

2. Je finance la trilogie « Earthlings » (Terriens). Si l’opposition est si sûre de son opinion, je la mets au défi d’envoyer le DVD d’ « Earthlings » à tous ses collègues et ses clients. Allez-y, je vous mets au défi.

Les animaux ne sont pas seulement d’autres espèces. Ils sont aussi d’autres nations. Et nous les assassinons à nos risques et périls. La carte de la paix se dessine sur celle du menu, car la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, c’est aussi la présence de Justice. Cette justice doit être aveugle à la race, à la couleur, à la religion et aux espèces. Si elle n’est pas aveugle à cela, elle sera une arme de terreur. Et ce soir règne une inimaginable terreur dans ces horribles Guantanamos que nous appelons fermes industrielles ou abattoirs. Croyez-moi, si les abattoirs avaient des parois de verre, nous n’aurions pas besoin de ce débat.

Je crois qu’un autre monde est possible. Lors de nuits tranquilles, je peux l’entendre respirer.

Sortons les animaux des menus et des chambres de torture.

S’il-vous-plaît votez ce soir pour ceux qui n’ont pas de voix.

Merci.

Philip Wollen,

Débat St James Ethics Centre et au Wheeler Centre en Australie.

Transcription par Sophie pour Buddhachannel.

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