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Avortement – La légalisation face à un vrai tabou en Thaïlande

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19.01.2011

La découverte en novembre dernier de 2.002 fœtus dans un temple de Bangkok a relancé le débat sur la question de l’avortement en Thaïlande. Le gouvernement a répondu en promettant un assouplissement de la loi. Néanmoins, dans un pays où mettre un terme au processus de vie est tabou, le renforcement de la prévention par l’information semble être le meilleur moyen d’éviter que des milliers de jeunes femmes risquent chaque année leur vie dans des cliniques clandestines

Plus de 12% des avortements clandestins seraient pratiqués sur des adolescentes
Plus de 12% des avortements clandestins seraient pratiqués sur des adolescentes
Le débat sur l’avortement a refait surface dans la société thaïlandaise en novembre dernier, lorsque 2.002 fœtus ont été découverts dans un temple de Bangkok. Le gouvernement s’est empressé de mener des raids contre les cliniques suspectées d’être illégales et de suggérer d’interdire toute relation sexuelle avec des filles de moins de 20 ans. Des députés ont aussi proposé d’assouplir la loi actuelle, pour autoriser l’avortement seulement en cas de viol ou lorsque la santé de la mère est menacée. Néanmoins, le vernis des mesures officielles ne saurait cacher le fond du problème.

Se jeter dans les escaliers, cliniques illégales, médicaments

La majorité des filles qui tombent enceintes, souvent par naïveté sur la sexualité, se retrouvent seules face à la grossesse. C’est le cas de Nitancha, dont le nom a été changé. Rejetée par le « père » et par crainte d’en parler avec sa famille, cette jeune fille de 17 ans a cherché sur Internet plusieurs façons d’avorter. Certaines suggéraient de se faire débouler dans les escaliers, de se rendre dans une clinique illégale ou de prendre des pilules. Elle a finalement choisi, après avoir économisé plusieurs mois pour réunir 5.300 bahts, de se payer un médicament contre les ulcères d’estomac dont l’effet secondaire représente un risque pour la grossesse. Résultat : le bébé a été tué et Nitancha a terminé à l’hôpital. « Je savais seulement que je devais m’en débarrasser. Je m’apprêtais à intégrer le collège, et je me devais d’avoir un futur ».

Plus de 300.000 avortements illégaux chaque année

Le cas de Nitancha ne serait que le « sommet de l’iceberg », prévient le professeur Kamheang Chaturachinda, présidente la Fondation des droits reproductifs et de la santé des femmes. Entre 300.000 et 400.00 avortements illégaux auraient lieu chaque année en Thaïlande, comparativement à 200.000 de nature légale en France, un pays avec environ la même population [ce chiffre ne prend pas en compte le nombre de femmes qui partent interrompre leur grossesse dans les pays voisins, ndlr]. Ces actes seraient pratiqués par des personnes non-habilitées et dans des conditions hygiéniques déplorables, pouvant mener à l’infertilité et la mort. De plus, 12 à 15% de ces femmes seraient des adolescentes, a ajouté Mme. Chaturachinda.

Avec ou sans la loi, un avortement légal reste difficile dans un pays bouddhiste
L’annonce du gouvernement d’assouplir la législation a été bien accueillie par les associations, mais avec prudence. D’abord car le parti démocrate au pouvoir risque d’hésiter à aborder cette question en pleine année électorale. Et ensuite, « pour proposer une nouvelle loi, il faut un consensus de la société », a précisé Tares Krassanairawiwong, un membre du ministère de la Santé. « Le bouddhisme ne dit rien sur l’avortement mais précise que tuer est interdit. Les gens sont donc fortement opposés aux avortements », a pour sa part expliqué le directeur de l’Association de planification familiale Montri Pekanan.
De plus, rien ne dit que les professionnels de la santé se plient à une modification de la loi. « Le problème, c’est qu’ils ne veulent pas pratiquer des avortements pour des raisons personnelles et religieuses », a conclu le professeur Kamheang Chaturachinda. Pour Nitancha qui a dû avorter elle-même, le problème de l’avortement doit se régler en amont et non en aval: « Il y a plusieurs façons de se protéger, en utilisant des préservatifs par exemple. Si vous savez que vous êtes une fille un peu frivole et pas prête à devenir mère, il vaut alors mieux prendre des pilules contraceptives ».


Source : www.lepetitjournal.com (avec AFP)

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