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Birmanie: La non-violence violentée

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La Birmanie cherche à se doter de l’arme nucléaire.
L’information a été confirmée la semaine dernière par Democratic Voice of Burma, une radio birmane indépendante basée à Oslo, dans un documentaire faisant suite à une enquête de 5 ans. Pour ce faire, elle disposerait du soutien matériel de la Corée du Nord. DVB fournit de nombreux documents très précis ainsi que des témoignages de plusieurs hauts gradés de l’armée birmane. Même si, d’après les spécialistes, les possibilités pour la Birmanie de parvenir effectivement à construire une bombe nucléaire restent minces pour l’instant, ces informations n’en demeurent pas moins préoccupantes, vue la xénophobie paranoïde avérée des Généraux au pouvoir. En tant que Bouddhiste, ou en tant que témoin contemporain du drame à grande échelle qui se joue désormais à la fois en Birmanie et au niveau planétaire, que pouvons et devons-nous faire ?

Le Bouddhisme enseigne la non-violence. Les moines birmans et Aung San Suu Kyi ont illustré et illustrent encore, parfois au péril de leur vie cette foi en la victoire de l’humanité lumineuse. Mais dans le pays des mille pagodes, même la non-violence est violentée, étouffée, martyrisée. Dans une telle situation, l’inaction, au nom de la non-violence, est-elle préférable à la révolte?

burmese_monk.jpgLa non-violence est souvent comprise comme une idéologie pacifiste, idéaliste, dénuée de toute forme d’engagement tangible. Or, engagement et non-violence ne semblent pas totalement incompatibles, bien au contraire. Être non-violent n’équivaut pas à subir les événements tels qu’ils se présentent. Certaines personnes utilisent la non-violence comme une arme, une attitude qui se révèle parfois être un moyen d’action redoutable contre les injustices. Dans certains cas, l’action non-violente suppose l’exposition bien réelle des militants, non armés, aux armes de ceux qui choisissent des méthodes violentes pour résoudre les conflits. L’action non-violente table donc sur les ressorts psychologiques humains de l’adversaire qui ne pourrait durablement s’exposer à paraître lâche en utilisant la violence armée contre des gens désarmés. C’est ce que les moines bouddhistes ont fait en Birmanie lors de la révolution safran en 2007 dont on connaît l’issue tragique. Alors faut-il encore croire en la non-violence en Birmanie? Peut-elle encore fonctionner dans ce pays désormais régi par la peur et la répression?

On a tendance à envisager la non-violence comme une attitude infaillible dans laquelle ceux qui la pratiquent auraient une confiance absolue. La non-violence prend le pari de pouvoir faire ressortir, même chez l’adversaire le plus violent, cette part de bonté que chaque être humain aurait en lui. Il semble cependant que d’autres facteurs essentiels doivent être pris en compte.
Dans le cadre d’une action non-violente de l’ampleur Birmane, l’action des manifestants doit être connue du plus grand nombre afin d’exercer une pression sur l’adversaire. L’opinion publique internationale apparaît donc comme le médiateur convoqué par la lutte non-violente: celle-ci ne fonctionnerait qu’à condition que l’adversaire connaisse un maximum d’opposition, qu’il se sente le plus seul possible dans sa violence. Plus la non-violence entoure l’adversaire violent, plus ses sentiments de compassion sont appelés à refaire surface. Les médias ont donc un rôle essentiel à jouer en Birmanie, l’opinion publique, en tant que germe d’une action plus vaste, demeure une arme extrêmement puissante pour faire changer les choses.

De plus, la notion de nombre est essentielle dans la non-violence. L’attitude non-violente n’est efficace que si les rapports de force sont favorables aux non-violents. En Inde, la révolution non-violente orchestrée par Gandhi a fonctionné parce que le peuple a éveillé la compassion des troupes britanniques; mais aussi parce que ces dernières étaient numériquement en position de faiblesse et qu’il aurait alors été difficile de contenir un peuple entier. Si l’adversaire sait que le non-violent est plus fort et qu’il peut réagir, alors un affrontement peut être évité.

Seulement voilà, la junte birmane est puissante, richissime, et le règne de la violence sévit chaque jour davantage dans le pays. Le général Than Shwe est à la tête d’une armée de 450 000 hommes répartis sur l’ensemble du territoire birman. Même si les opposants au régime sont aujourd’hui plus nombreux, ils restent en position de faiblesse face à des militaires qui n’hésitent plus à tirer sur des moines non-violents.

L’efficacité de la non-violence semble avoir atteint son point de rupture à l’intérieur du pays où la situation semble totalement bloquée. On dénombre aujourd’hui:

– la destruction depuis 1996 de plus de 3.300 villages peuplés de minorités,

– une politique de nettoyage ethnique via l’usage généralisé du viol,

– le déplacement forcé de plus d’un million de personnes,

– le recrutement de dizaines de milliers d‘enfants soldats

– et le recours massif au travail forcé.

Un soutien de l’extérieur apparaît donc vital.

La communauté internationale aurait un rôle essentiel à jouer. Il s’agirait d’exercer une pression non-violente, continue et coordonnée sur le régime birman. Seulement, la communauté internationale ne semble pas prête à agir, même de façon non-violente, face à la Birmanie; et les seules mesures d’opposition prises sur la scène internationale semblent trop isolées. De même, les sanctions économiques et diplomatiques prises par l’occident, si elles méritent d’être saluées, s’avèrent inefficaces et inadaptées à la situation. Le Myanmar est en effet indépendant économiquement grâce à la richesse de ses ressources naturelles, en gaz notamment. Le commerce reste l’un des rares liens que la Birmanie conserve avec l’extérieur, il serait souhaitable que l’ensemble de la communauté internationale fasse des concessions sur ses intérêts économiques en Birmanie d’ici à ce que la situation politique revienne à la normale(la junte a promis d’organiser des élections libres cette année, qu’Aung San Suu Kyi avait déjà remportées en 1990. Cette dernière est assignée à résidence depuis et ne peut donc pas se présenter aux prochaines élections. De nombreux pays étrangers demandent sa libération). Si le régime birman était seul, seul face à l’absurdité de ses méthodes scandaleuses et totalitaires, alors peut-être serait-il prêt à accepter l’idée d’un changement.

Enfin et surtout, la communauté internationale se doit d’actionner tous les freins dont elle dispose pour empêcher le régime birman de se doter de l’arme nucléaire, comme elle l’a fait en Iran. Si l’on ne fait rien, la situation risque de se bloquer et de dériver vers un isolement total de la Birmanie, similaire à celui que connaît la Corée du nord aujourd’hui. Si la junte se dote de l’arme nucléaire, elle sera placée sur un pied d’égalité avec les autres grandes puissances mondiales, et l’issue du problème birman serait bien plus délicate qu’elle ne l’est déjà.

La non-violence a encore du sens en Birmanie mais elle manque aujourd’hui de ses deux appuis fondamentaux pour fonctionner: une pression forte, concrète, coordonnée et soutenue exercée conjointement par l’opinion publique et la communauté internationale sur le régime. La situation en Birmanie nous concerne tous, chacun doit s’y intéresser et agir à son niveau. Des associations telles qu’Info-birmanie ont lancé une série d’actions accessibles à tous(pour en savoir plus, lisez notre article Agir pour la Birmanie)

Il y a quelques jours, un éléphant blanc a été capturé dans le nord-est du pays. Selon les croyances birmanes, cet animal très rare est un signe de changement, de bonheur et de prospérité. Faut-il y voir un signe? Quand on sait l’importance que Than Shwe accorde aux superstitions, on peut imaginer que cette information ne l’a pas laissé indifférent. Mais il ne faut pas se fier aux signes, les changements ne vont pas se faire d’eux mêmes.

N’oublions pas les Birmans, n’oublions pas la Birmanie.


Brice Andlauer et Sophie Alvarez pour Buddhachannel

Notre article: Agir pour la Birmanie

Info-Birmanie

Democratic Voice of Burma

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