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Le peuplement de l’Himalaya – une Mosaïque culturelle

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Population – L’Himalaya n’est pas seulement une chaîne de montagnes. C’est un espace habité où l’homme et la nature sont en étroite et constante interaction. Si l’Himalaya s’avère d’une grande complexité au plan géographique, l’aire qu’il recouvre l’est bien davantage considérée sous l’angle des peuples qui y vivent. Le peuplement de l’Himalaya manque d’unité. Le territoire que recouvre la chaîne de l’Himalaya porte la marque de nombreuses invasions, ce qui en a fait un lieu d’interférences culturelles. C’est pourquoi on utilise fréquemment les expressions mosaïque culturelle ou carrefour de civilisations pour qualifier la population himalayenne et montrer ainsi toute la richesse du peuplement de l’Himalaya.

Mosaïque culturelle

populations d'origine indo-aryenne
populations d’origine indo-aryenne
L’Himalaya constitue non seulement une aire géographique majeure en Asie mais aussi un habitat humain inusité illustrant l’exceptionnelle capacité de l’homme à s’adapter à son milieu. En effet, malgré son relief accidenté et les conditions rigoureuses qui y règnent, l’Himalaya est habité par de très nombreux groupes humains d’origine indo-aryenne d’une part, et mongoloïde d’autre part.

populations d'origine mongoloïde
populations d’origine mongoloïde
Les populations d’origine indo-aryenne sont hindouistes et parlent des langues se rattachant à la famille des langues indo-européennes. En Inde et au Népal, une structure de castes vient se superposer aux clivages ethniques, rendant encore plus complexes les interrelations entre groupes sociaux. Ces populations habitent les basses terres et les moyennes montagnes de l’Himalaya.

Les populations d’origine mongoloïde sont bouddhistes. Leurs cultes religieux sont teintées, selon les ethnies et les lieux, de rituels lamaïstes, de croyances animistes et de pratiques chamanistes. Ces populations parlent des langues et dialectes appartenant à la famille des langues tibéto-birmanes. Elles habitent principalement le Moyen Himalaya et les hautes vallées du Grand Himalaya et du Transhimalaya.

Aires socio-culturelles

Au cours de l’histoire, les lentes migrations des peuples, les alliances qu’ils ont forgées, les conquêtes qu’ils ont réalisées au nom du rayonnement de leur foi et les emprunts culturels auxquels elles donnèrent lieu, ont dessiné des aires socio-culturelles aux contours parfois sinueux mais toujours reconnaissables. Chacune de ces aires regroupe des populations qui partagent de nombreux traits culturels tout en conservant certaines spécificités.
L’aire hindouiste

Au sud, les populations d’origine indo-aryenne ont colonisé les premiers contreforts himalayens. Aujourd’hui, leurs descendants occupent majoritairement la chaîne subhimalayenne et le Moyen Himalaya, du Pendjab à l’ouest au Sikkim à l’est. Majoritairement hindouistes, ces populations parlent des langues et dialectes de souche indo-européenne. Au Népal, elles y côtoient toutefois des ethnies tibéto-birmanes bouddhistes (Tamang, Gurung, Rai, Limbu, Magar).

L’aire tibétaine

  • Les Tibétains d’origine mongoloïde occupent le versant nord de la chaîne. Certains ont franchi les cols pour s’établir dans les hautes vallées du versant sud. D’autres ethnies sont aussi venues s’y établir. Bouddhistes, de culture tibétaine et parlant des langues et dialectes tibéto-birmans, Bhotias, Sherpas, Ladakhis, Zanskaris, Sikkimais, habitants du Lahaul, du Spiti et du Rupshu sont enracinées dans le haut Himalaya du Ladakh à l’ouest au Bhoutan à l’est.

L’aire musulmane

  • Une vaste partie du Cachemire, à l’extrême ouest de l’Himalaya (Azad Kashmir, Baltistan, Hunza, Gilgit) a plutôt subi l’influence de l’Orient de tradition musulmane. On y parle des langues dardiques, le kashmiri et des dialectes indo-européens, à l’exception des Baltis qui, convertis à l’islam, ont néanmoins conservé leur dialecte tibétain. Certains peuples de cette partie de la chaîne présentent des traits culturels similaires à ceux rencontrés en Afghanistan et en Iran.

L’aire animiste

  • Enfin, à l’est de la chaîne, l’Arunachal Pradesh, l’Assam et, dans une moindre mesure, le Sikkim, sont peuplés d’importants groupes animistes présentant des traits culturels similaires à ceux rencontrés dans le nord de la Birmanie (Myanmar) et de la province chinoise du Yunnan.

Peuplement de l’Himalaya

L’immense barrière naturelle que constitue l’Himalaya n’est pas infranchissable. La chaîne a été parcourue très tôt par les hommes grâce aux cols reliant ses hautes vallées.

Des vestiges d’industrie humaine, remontant probablement à 500 000 ans av. J.-C., ont été trouvés à la bordure de la chaîne. Des pierres taillées datant du pré-néolithique ont été découvertes au Cachemire.

C’est durant la préhistoire que le peuplement de l’Himalaya aurait vraiment commencé. Des envahisseurs indo-aryens auraient conquis les tribus aborigènes du Kumaon, du Gharwal et de l’Himachal Pradesh. Leurs descendants, principalement les Khas, parlant des langues et dialectes pahari, apparentés aux langues indo-aryennes, formeraient de nos jours l’essentiel des populations des basses et des moyennes montagnes.

Des nomades tibétains étaient établis au nord de la chaîne himalayenne. Leur migration à travers l’Himalaya se produisit aussi durant la période préhistorique. Les Newars furent sans doute les premiers habitants de la vallée de Katmandou. D’autres tribus venant du Tibet s’installèrent dans le haut Himalaya népalais et bhoutanais tandis que d’autres groupes d’origine mongoloïde peuplèrent l’Himalaya de l’Assam en Inde. D’où le caractère composite du peuplement de l’Himalaya.

Frontière culturelle

Cinq pays découpent l’Himalaya : la Chine, l’Inde, le Népal, le Bhoutan et le Pakistan. Toutefois, les lignes frontalières de ces pays ne reflètent pas le véritable visage de l’aire himalayenne. Au plan de la géographie humaine, la notion de frontière « culturelle » semble plus adéquate pour comprendre le peuplement de l’Himalaya.

Selon Pierre Chapoutot (2002), la frontière culturelle la plus marquée au coeur de l’Himalaya se situe en territoire népalais à une altitude moyenne variant de 3 000 à 4 000 mètres.

L’altitude semble avoir joué un rôle de conservateur de l’identité des groupes vivant de part et d’autre de cette « frontière ». Les Indo-Népalais occupant les basses terres et les moyennes montagnes au sud de cette frontière et les Tibéto-Népalais occupant les hautes vallées au nord. Selon Chapoutot, on peut donc observer une forte homogénéité humaine de part et d’autre de cette frontière culturelle.

Si ce constat s’avère assez juste dans ses grandes lignes, il importe de préciser d’une part que cette homogénéité déborde les frontières népalaises et d’autre part, que cette frontière culturelle est poreuse. En témoignent, la présence de communautés de culture tibétaine dans la vallée de Katmandou et les moyennes montagnes népalaises.

Homogénéité humaine

Ainsi, dans ce pays vertical, les similitudes sont d’abord horizontales. Les populations du haut Himalaya, qu’elles soient tibétaine, bhoutanaise, sikkimaise, ladakhi, népalaise ou indienne, présentent de nombreuses similitudes tout en se distinguant des autres populations de leur pays respectif. La culture des Sherpas du haut Himalaya népalais est très proche de celle des populations bhotias habitant le haut Himalaya indien distant de plus d’un millier de kilomètres alors qu’elle se démarque de celle des gens de castes vivant dans le Moyen Himalaya à environ 100 km au sud de leur région. De même, la culture des gens de castes du Moyen Himalaya parlant des langues pahari est bien différente de celle des populations madhesi habitant les plaines au pied de l’Himalaya.

Spécificité des Cultures

Aussi, malgré ces similitudes, les coutumes et croyances des différents peuples himalayens témoignent de nombreuses spécificités au plan local, en raison de l’attachement de ces derniers à leurs traditions certes mais aussi à cause de leur isolement. La multiplicité des langues et dialectes parlés tant chez les Indo-népalais que les Tibéto-népalais en est une illustration. Dans les grands centres urbains toutefois, les coutumes et croyances portent la marque de leurs emprunts réciproques. Katmandou représente sans doute le plus bel exemple de cette mixité.

Un peuplement manquant d’une manière générale d’unité, caractérisé malgré tout par une homogénéité relative n’excluant pas des spécificités régionales et locales bien réelles. Voilà comment peut s’exprimer toute la complexité de l’aire himalayenne sous l’angle de ses populations.

Source www.zonehimalaya.net

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