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Marketing mormon en pays bouddhiste

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02.11.2009

Depuis 1994, les missionnaires mormons ont investi le Cambodge, à 95 % bouddhiste. Très actifs, ils s’appuient sur l’argument d’une vie saine pour recruter de nouveaux fidèles, raconte Cambodge Soir Hebdo.

mormons
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Chemise blanche, cheveux coupés courts et sourire vissé aux lèvres, ils sillonnent, toujours par deux, les rues de la capitale à vélo. Pour un peu, on les confondrait avec des cadres supérieurs si ce n’était la mention “Church of Jesus Christ of the Latter Days Saints” gravée sur leur badge. A 20 ans, Christopher Trammel Cox a débarqué il y a quelques mois de son Colorado natal. Pendant deux ans, durée de sa mission, il sera connu sous le nom d’“Elder Cox”. Comme tous les missionnaires mormons, il parle couramment le khmer, résultat d’un apprentissage intensif de trois mois au centre des mormons dans l’Utah. A ses côtés, Elder Horl, 25 ans, est cambodgien et converti depuis juin 2006. Aujourd’hui, il porte le sac à dos qui renferme les bibles. Selon la règle mormone, les deux jeunes gens ne doivent jamais se quitter des yeux.

Il est 9 heures du matin, une longue journée de prosélytisme commence. “Nous allons rencontrer un jeune homme qui se dit intéressé par notre enseignement”, explique Elder Cox. Dans l’appartement, les six membres de la famille s’activent autour de leurs invités mormons. Tous sont déjà convertis. Dans un coin de la pièce, Vath, 18 ans, tord nerveusement une bible entre ses doigts. Tignasse ébouriffée, jean troué, son look contraste avec la sobriété des mormons. Après le dernier amen de la prière, la séance démarre véritablement. “As-tu des questions ?” demande Elder Cox à Vath. “Je veux savoir comment je peux me purifier de mes péchés”, répond celui-ci.

Les deux missionnaires sont sans équivoque : pour être lavé de ses fautes, il faut commencer par devenir membre de la communauté mormone. Vath écoute, sous l’œil attentif de sa tante, convertie depuis sept ans. “Veux-tu te faire baptiser ?” demandent les deux missionnaires. Le jeune homme hésite quelques secondes puis accepte. Rendez-vous est pris à l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

“Notre mission est de baptiser le maximum de gens, et nous y arrivons plutôt bien”, se félicite Elder Cox. Dans cette optique, pas de temps à perdre. “De notre réveil à 5 h 30 jusqu’à notre coucher à 21 h 45, nous rencontrons six à dix familles par jour. Il nous arrive de célébrer trois baptêmes en une seule journée”, explique-t-il. Pourtant, en 2004, dix ans après leur implantation dans le royaume, une loi interdisant l’évangélisation au porte-à-porte avait porté un coup dur à la communauté mormone. “Mais nous avons su y remédier”, affirme Elder Cox, qui va démontrer à quel point il est facile d’aborder les Cambodgiens dans la rue. Une femme rentre du marché. Elle observe, impassible, les deux hommes s’avancer vers elle. “Bonjour, excusez-nous de vous importuner, connaissez-vous la morale de Dieu ?” La femme leur adresse un sourire poli qui suffit à encourager les missionnaires : “Venez à la messe dimanche prochain, vous comprendrez ce que Dieu veut pour ses enfants. Dans notre communauté, il n’y a pas de meurtre, pas de sexe avant le mariage, ni de beuverie. L’alcool, le thé sont prohibés. Nous sommes sains de corps et d’esprit.” Leur interlocutrice s’impatiente, elle a un rendez-vous. “Pourquoi pas, ça peut être intéressant”, finit-elle par lâcher. “Vous avez un numéro de téléphone ? Nous passerons chez vous pour vous présenter notre programme”, propose Elder Horl, tout en lui tendant un fascicule. La femme donne son numéro et s’éloigne rapidement. “Les Khmers sont très sensibles à notre discours sur l’importance d’être en bonne santé. Nous les instruisons sur des principes fondamentaux d’hygiène”, déclare Elder.

Pon So Phat, 65 ans, est devenu mormon il y a deux mois sur les conseils de sa fille. Elle-même a découvert la religion mormone en suivant les cours d’anglais gratuits proposés par des fidèles de l’Eglise. “Je me suis converti car ces hommes sont gentils et bien habillés, confie Pon So Phat. Depuis, j’ai une vie plus saine, je ne tue plus d’animaux pour les manger. Quand j’étais bouddhiste, cela ne me dérangeait pas même si c’était proscrit. Je ne bois plus d’alcool, je me sens mieux.” Sa fille renchérit : “J’aime la morale prônée par cette religion, comme la chasteté, le respect de son corps… Et je préfère les cérémonies avec les Américains à l’église plutôt qu’avec les Khmers au wat [temple bouddhiste].”

La matinée s’achève, les missionnaires rentrent déjeuner. Ils se fraient un chemin au milieu de la circulation de Phnom Penh. Sur le trottoir, des bonzes observent, amusés, ces jeunes hommes si apprêtés.

Courrier International — Ung Chansophea, Héloïse de Montety pour Cambodge Soir Hebdo

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