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Gabon – Le film ’Indélébile’ sur les viols

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Arsène Séverin/IPS, Brazzaville

9 avril 09 –

FemmeCongo-29888.jpg« Nous avons été tétanisées par ce film, avec toutes ces violences. Il faut maintenant voir comment enrayer ce phénomène qui s’implante chez nous dans le silence absolu », a réagi la ministre de la Promotion de la Femme, Jeanne Françoise Leckomba Loumeto-Mpombo, après le visionnage du film.

Interrogées, certaines femmes ont déclaré qu’elles avaient l’impression d’avoir vécu le viol en direct, alors que très souvent, elles en entendent parler de bouche à oreille comme une rumeur.

Réalisé par les associations ATTAC 3 et Cin’art, basées à Brazzaville, la capitale congolaise, le film ’Indélébile’ montre des cas émouvants de viols subis par des filles mineures et même des garçons. ATTAC 3 est connue dans ce pays d’Afrique centrale pour son combat contre trois phénomènes : la drogue, la prostitution et le VIH/SIDA.

Le film est une série de cinq épisodes de cinq minutes chacun, et à chaque séquence, son histoire. Il s’ouvre par celle d’une fillette de 10 ans environ, kidnappée par un voisin du quartier qui la viole sans pitié.

Malgré l’arrestation de l’agresseur par la police, la justice ne sera pas saisie. « Le coût de la plainte à 10.000 FCFA (20 dollars) est un frein pour les victimes à saisir la justice », a expliqué à IPS, Micheline Ngoulou, présidente de l’Association congolaise de lutte contre les violences à l’égard de la femme, basée dans la capitale.

D’après une étude réalisée en 2007 par la juge Christine Ngoma-Maniongui du parquet de Brazzaville, « sur une centaine de plaintes arrivées au tribunal, à peine 6,5 pour cent ont été jugées et des agresseurs condamnés, dont un à 30 ans des travaux forcés ».

Par ailleurs, plusieurs parents acceptent un règlement à l’amiable. C’est ce que montre le quatrième épisode du film où une mineure est violée par son oncle chez qui elle habitait. Informé, le chef de famille a réglé l’affaire en réconciliant les deux parties. Ce qui a provoqué la colère des mères dans la salle de projection.

« Ce n’est pas possible, comment couvrir un homme qui a détruit l’avenir de l’enfant ? Il faut que les filles violées parlent hors du cercle familial », a déploré à IPS, Albertine Samba, présidente de l’Association pour la promotion de la formation des jeunes filles, visiblement choquée et bouleversée. « Chaque jour, cette série doit passer à la télévision nationale pour qu’on soit tous édifié », a-t-elle suggéré.

Le gouvernement estime à plus de 20 pour cent le nombre de viols commis par les parents.

Hortense Konde, une femme sergent des Forces armées congolaises, a demandé aux promoteurs du film d’aller jusque dans les rangs des militaires pour montrer les méfaits du viol. « Nous, femmes militaires, souffrons. Nos collègues nous violent souvent pendant que nous sommes ensemble en mission, et nombreuses parmi nous ont eu des enfants dans ces circonstances », a-t-elle dénoncé dans l’émoi général.

Ce film a d’abord été joué en 2008 comme une pièce de théâtre. Fort de son succès, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a financé à hauteur de 18.000 dollars sa production en film. « Comme nous faisons de la mobilisation sociale, nous avons été obligés de chercher les moyens pour faire ce film et toucher un large public », a indiqué à IPS, Dr Koën Vanormelingen, le représentant de l’UNICEF au Congo.

Satisfait, il a ajouté : « Nous avons atteint notre objectif en voyant les gens commencer à rompre le silence. Je crois que les actions qui vont suivre seront plus déterminantes, car l’armée a déjà demandé le film, les églises aussi, et les écoles en seront également dotées ».

L’UNICEF n’a produit que 200 exemplaires du film en DVD. Or, il en faut plus. « C’est aux pouvoirs publics maintenant de prendre le relais », a déclaré à IPS, Marius Biyekele, responsable de programme de protection à l’UNICEF, à Brazzaville.

Après avoir suivi ce film avec beaucoup d’émotion, les femmes ont demandé que les autorités ouvrent un vrai débat national sur le viol. « Il y a trop de silence autour de cette question. Nos enfants sont détruits tous les jours à cause de notre attitude coupable », s’est exclamée Berthe Loumouamou, présidente de la Fondation des organisations du développement, basée à Brazzaville.

C’est la première fois qu’un tel film est produit au Congo et par des Congolais. Après la collecte des récits par ATTAC 3, c’est Cin’art qui a fait le film avec de jeunes acteurs et non professionnels : « Ce qui a donné un sens naturel et émotionnel au film », a commenté à IPS, le réalisateur Yves Malonga.

« Le film nous a toutes bouleversées aujourd’hui. Il faut alors qu’on change des habitudes : protéger et être à l’écoute de nos enfants, récupérer ceux qui traînent dans les rues. C’est un pari, il faut qu’on le gagne », a recommandé Leckomba Loumeto-Mpombo.

A Brazzaville, deux centres médicaux – Makélékélé et Talangaï – prennent en charge les victimes des violences sexuelles depuis la fin des guerres civiles armés au Congo en 2000. « La majorité des victimes sont âgées de neuf à 13 ans. Mais, depuis le départ des organisations internationales, il manque de tout ici », a indiqué à IPS, Dr Carmel Matoko, du centre hospitalier de Talangaï.

Source www.humanrights-geneva.info

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