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Birmanie – Le Règne de la Terreur requiert une véritable Action de l’ONU

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QUE SE PASSE T-IL EN BIRMANIE ?



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Le règne de la terreur en Birmanie

requiert une véritable action de l’ONU

pas seulement des visites officielles

25 Août 2008

Le 27 Juillet, Nhkum Hkawn Din, une écolière de 15 ans de l’état Kachin, a été brutalement violée et assassinée par des soldats de l’armée Birmane. Son crâne a été frappé au point d’en être méconnaissable, ses yeux hors des trous, sa gorge coupée, elle a été poignardée dans la cage thoracique et à l’estomac, et les traits de son visage ont été effacés. Son corps a été trouvé après une recherche de 3 jours, nu et mutilé, à 200 mètres d’un checkpoint de l’armée, à côté du village de Nam Sai, dans le district de Bamaw. Elle était en route pour amener du riz à son frère.

Sur cette toile de fond, l’envoyé spécial de l’ONU Ibrahim Gambari vient d’achever une nouvelle visite à la Birmanie pour de nouvelles discussions avec le brutal et illégitime régime militaire. Mais au lieu de réprimander le régime pour les violations des droits de l’Homme, il a passé deux jours à discuter avec le régime et ses accolytes, et seulement 20 minutes avec les leaders du mouvement démocratique Birman, le Ligue Nationale pour la Démocratie. Bien que ses visites précédentes n’aient amené aucun changement dans le conduite de la junte, et que le compte rendu des violations des droits de l’Homme continue de se détériorer, Gambari a rejeté les appels des militants qui réclamaient la fin des subtilités diplomatiques, des séances photo, et qu’il expose sans ambigüité les conditions de changement.

Au lieu de cela, il a passé du temps à discuter avec des groupes tels que l’Union de la Fédération du Myanmar des Chambres de Commerce et d’industrie (UMFCCI), le principal fondateur de la milice militaire « Swan-Arr-Shin ». Ce groupe a dirigé les efforts du régime dans les attaques et meurtres des moines pacifiques et militants démocrates pendant et après la révolution Safran de Septembre dernier. Selon US Campaign for Burma, Gambari aurait aussi rencontré l’USDA, une groupe comparable aux « chemises marrons » d’Hitler, qui a organisé la tentative d’assassinat sur la lauréate du Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi en mai 2003. Lors de cette attaque, des douzaines de membres de son parti ont été assassinés. Egalement dans son emploi du temps a été organisé un rendez-vous avec le National Unity Party, le parti politique militaire qui a lourdement perdu face à la NLD lors des élections de 1990, obtenant seulement 10 des 485 sièges du parlement.

Depuis 1990, il y a eu 37 visites d’envoyés de l’ONU en Birmanie – et la crise dans le pays n’a cessé d’empirer.

Plus de 30 résolutions ont été votées par le conseil des Droits de l’Homme de l’ONU et l’Assemblée Générale, et le Conseil de Sécurité a tenu deux déclarations présidentielles, avec peu d’effets. De vagues et sempiternelles demandes à la junte d’engager le dialogue avec le leader démocratique Aung San Suu Kyi n’ont mené nulle part. Elle a passé plus de 12 ans sous résidence surveillée, et sa détention a été prolongée à nouveau. Recemment, le régime a même déclaré qu’elle méritait d’être « fouettée ». Les généraux ne sont pas de ceux que l’on persuade lors de soirées cocktail.

Les efforts de Gambari ont clairement échoué.

Maintenant, les activistes disent qu’il est temps pour les Nations Unies de mettre en place des repères spécifiques de progrès pour la junte, accompagnés de dates butoir. Le premier repère devrait être la libération de tous les prisonniers politiques, dont le nombre actuel dépasse les 2 000. Beaucoup sont en extrêmement mauvaise santé à cause des déplorables conditions, des mauvais traitements, tortures, et refus de soins médicaux. Au cours des 20 dernières années, 137 sont morts en captivité. Au cours de cette seule année, il y a eu 267 arrestations arbitraires. Les Nations Unies devraient insister pour que les généraux relâchent tous les prisonniers politiques avant la visite de Ban Ki-moon en Birmanie en Décembre.

Les repères suivants devraient suivre – tels que la fin de l’offensive militaire sur les civils dans l’est de la Birmanie qui a détruit 3 200 villages et déplacé plus d’un million de personnes depuis 1996, et une fin à la culture de l’immunité et à la systématique et étendue utilisation du viol comme arme de guerre contre les nationalités ethniques en Birmanie. Plus d’un millier de cas de viols ont été documenté dans les régions des minorités ethniques, et beaucoup plus n’ont pas été rapporté. Les faits sont nationaux – des organisations de femmes Kachin, Chin, Shan, Karen, Karenni et Mon ont documenté les cas. L’année passée, 4 écolières de l’état Kachin ont subi des viols collectifs par des soldats de l’armée Birmane – puis ont été arrêtées et accusées de prostitution lorsqu’elles les ont dénoncé. Le conseil de sécurité des Nations Unies a reconnu que le viol et la violence sexuelle constituaient un crime contre l’humanité dans la résolution 1820 passée le 19 juin de cette année – ce dont M. Gambari aurait pu rappeler aux généraux cette semaine.

Mettre en place des repères, avec des dates limites réalistes, permettrait à M. Gambari – au cas où il serait maintenu à ce poste – d’évaluer, d’incrémenter, le progrès – ou le manque de progrès. Si la junte se conforme aux demandes, tant mieux. Mais si elle continue de suivre sa politique de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité, des actions audacieuses doivent être entreprises.

Un embargo universel d’armes devrait être imposé par le Conseil de Sécurité – et une pression maximale placée sur la Chine et la Russie afin qu’ils n’utilisent pas leur véto.

Les principaux centres financiers tels que Tokyo, Hong Kong et Singapour, ainsi que l’Union Européenne, devraient imposer avec soin des sanctions financières ciblées contre les actifs et inverstissements personnels des généraux. Egalement la communauté internationale devrait arrêter la charade diplomatique et appeler les généraux par leur nom, à savoir : des criminels. Les poursuites contre le dirigeant du Soudan Omar al-Bashir et la capture de Radovan Karadzic ont créé un précédent. Les généraux Birmans sont coupables de tous les crimes contre l’humanité imaginables, et devraient être amenés devant une cour internationale de justice, ou une autre juridiction.

Les titres du régime pour représenter la Birmanie à l’ONU devraient aussi être contestés.

La junte n’a pas de légitimité, par leur perte massive des élections de 1990, par le truquage manifeste du référendum sur une nouvelle constitution cette année, et la négligence criminelle prouvée par leur façon de traiter le cyclone Nargis. La junte a ignoré 41 avertissements concernant l’approche du cyclone, rejeté au départ les offres internationales d’aide, et puis restreint, fait obstruction et détourné les secours. Selon les Nations Unies, plus d’un million des victimes du cyclone n’ont toujours pas reçu d’aide. Au moins 2.5 millions sont toujours sans abri et plus de 140 000 sont morts. Et maintenant les Nations Unies disent que le régime a volé des millions de dollars de l’aide financière par ses taux de change inférieurs au marché. La Birmanie est le second producteur mondial d’opium et un des principaux producteurs d’amphétamines – et le régime est mouillé jusqu’au cou dans le trafic. La junte n’est pas apte à gouverner, et il y a une alternative légitime par ceux qui ont été élus en 1990 et qui ont formé un gouvernement en exil.

Ceci peut sembler des mesures drastiques, mais la situation est grave.

Le régime a détruit deux fois plus de villages ethniques qu’au Darfour, les civils sont tués a bout portant, utilisés pour le travail forcé, torturés et l’utilisation de démineurs humains est courante. La Birmanie a le plus grand nombre au monde d’enfants soldats enrolés de force. Il est largement reconnu que l’une des raisons pour lesquelles le regime a refusé l’aide à des victimes du cyclone était qu’ils étaient Karens. Le régime a mené une campagne d’épuration éthique contre les Karens depuis des décennies, et ils ont pu utiliser une catastrophe naturelle pour appuyer leurs efforts.

La semaine dernière, deux membres du parlement élus en 1990 ont été arrêtés pour avoir signé une lettre adressée à Ban Ki-moon. Plusieurs autres signataires sont passés dans la clandestinité. La lettre fait référence à la forte position du Secrétaire Général quant au Zimbabwe : « Nous applaudissons le courage du Secrétaire-Général et l’expression de son autorité morale… Nous attendons que le Secrétaire Général se dresse aussi pour le peuple de Birmanie, qui n’a pas été en mesure d’exprimer ses réelles aspirations lors du référendum ». Elle continue ainsi : « Tout au moins, nous ne voulons pas que les Nations Unies se mettent du côté des dictateurs, et forcent le peuple de Birmanie dans une position intenable ».

Les Nations Unies ne devraient pas seulement appeler à la libération de ceux qui ont été arrêtés la semaine dernière – Ban Ki-moon et Gambari devraient lire leur lettre avec attention. Ils devraient avertir les généraux que s’ils ne font aucun changement, les appels pour cela augmenteront, et la pression des protecteurs de la Birmanie – la Chine, l’Inde, la Thaïlande et l’ASEAN – augmentera. Le status quo n’est pas viable et la mission de Gambari est un échec. Les deux parties, lui et la junte doivent changer leurs actes.

Benedict Rogers est l’auteur de « A Land Without Evil : stopping the genocide of Burma’s Karen people » (un monde sans mal : arrêter le génocide du peuple Karen) – Monarch, 2004, et a visité la Birmanie et ses frontières plus de 20 fois. Il est également Président adjoint de la commission des Droits de l’Homme du parti conservateur anglais.


Par Benedict Rogers

Source : The Cutting Edge news

– Traduction de l’anglais par Sophie Alvarez

– Plus d’informations sur la Birmanie : le blog de la Birmanie libre

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