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Le travail, la vocation et la durée

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Le travail.

travail-2.jpgLes métiers, ou moyens d’existence, peuvent être divisés en quatre catégories. Tout d’abord il y a ceux qui, comme le travail dans un abattoir, ne peuvent en aucune circonstance être bons. Deuxièmement, il y a ceux qui ne sont pas mauvais d’une façon aussi évidente que la première, mais qui, sans aucun doute, augmentent l’avidité des gens. De tels métiers incluent le travail dans la publicité, et dans la production d’articles de luxe dont les gens n’ont pas réellement besoin et dont ils doivent être persuadés qu’ils les veulent. Troisièmement, il y a les métiers qui peuvent constituer des Moyens d’Existence Parfaits si l’on fait un effort. Vous pouvez par exemple être un employé de bureau dans une société qui produit un article plutôt bon et nécessaire, tel que le pain. Si vous faites votre travail honnêtement et consciencieusement vous pouvez en faire une forme de Moyens d’Existence Justes, voire de Moyens d’Existence Parfaits. Quatrièmement, il y a les métiers qui n’impliquent pas de tension mentale excessive. C’est assez important de nos jours, en particulier pour les bouddhistes qui veulent méditer. Même si vos moyens d’existence n’impliquent la rupture d’aucun des préceptes, s’ils impliquent tant de tension mentale que vous devenez tendu et ne pouvez méditer, alors en tant que bouddhiste vous devez considérer votre position et essayer de trouver un travail d’une nature moins stressante.

La vocation.

La vocation est la meilleure forme de moyens d’existence, mais elle est très rare. Nous pouvons définir la vocation comme un moyen d’existence qui est directement en relation avec ce que l’on considère comme étant d’importance ultime dans la vie. Cela sera différent pour différentes personnes. On pense par exemple aux professions médicales et d’enseignement. Quelqu’un peut vouloir être infirmier ou infirmière par désir de vouloir diminuer la souffrance humaine — ce qui, bien sûr, est directement lié au bouddhisme. Le travail artistique ou dans les diverses activités créatives peut aussi entrer dans cette catégorie. Si on le fait dans un esprit créatif, sans le commercialiser, ce peut être une vraie vocation, et un Moyen d’Existence Parfait dans le meilleur des sens.

Quand on pratique les Moyens d’Existence Parfaits en suivant une véritable vocation, il n’y a pas de différence entre le travail et le jeu. Vous appréciez tant votre travail, et vous y êtes tant plongé, que cela ne vous fait rien d’y passer toute votre vie éveillée. C’est un état idéal, et un état que les gens — souvent sans aucune faute de leur part — sont rarement capables d’atteindre.

La durée.

Nous avons déjà mentionné que les gens passent en général la plus grande partie de leur vie éveillée à gagner leur vie, tout comme cela était le cas au temps du Bouddha. Mais en ont-ils vraiment besoin ? A mon avis, non. Aussi choquant que cela puisse paraître, en réponse à la question : « Combien de temps devriez-vous passer à gagner votre vie ? », je répondrais : « Aussi peu que possible. » Quand, il y a environ deux ans, j’ai dit cela dans une réunion à Londres, un de mes vieux amis qui était présent fut profondément choqué. Il me fit plus tard des remontrances, disant : « Comment peux-tu dire une telle chose publiquement, devant tous ces jeunes gens ? Tu ne fais que les encourager à être plus paresseux et inutiles que jamais ! » Mais en disant que l’on devrait passer aussi peu de temps que possible à gagner sa vie, je parle en particulier, bien sûr, aux bouddhistes et — sans repentir aucun — aux jeunes gens, puisque les gens plus âgés ont beaucoup moins de choix en la matière. Je suggère que les jeunes gens qui ne se sont pas encore lancés dans une carrière, et dont la vie est toujours à une étape de formation, devraient considérer ne gagner que ce qu’il faut pour vivre très simplement, et dévouer le reste de leur temps au bouddhisme — à l’étude du Dharma, à la méditation, et à aider au bon fonctionnement du mouvement bouddhiste.

Ils peuvent faire cela de deux manières différentes. Ils peuvent avoir un travail régulier à temps partiel, qui leur apporte suffisamment pour vivre, et ainsi ils sont libres de vouer le reste de leur temps au bouddhisme. Ou bien, comme le font certains — quoique cela ne soit pas facile — ils peuvent travailler pendant six mois et s’arrêter ensuite pendant six mois, vivant des économies accumulées lorsqu’ils gagnaient leur vie, et vouant alors tout leur temps au bouddhisme. Bien sûr, cela signifie réduire ses besoins — ou plutôt ses désirs — mais il est surprenant de voir combien l’on peut réduire si l’on se décide réellement à le faire.

Un tel changement ne serait pas seulement bon pour soi, il serait bon pour le bouddhisme, puisque le mouvement bouddhiste grandit et que nous avons besoin de plus de gens. Nous avons besoin — et j’espère n’être pas en train de m’égarer trop loin de la tradition — de gens qui soient des moines à temps partiel. Dans l’Ordre Bouddhiste Occidental, aujourd’hui en voie de formation, nous espérons avoir une catégorie de cette sorte — une catégorie de gens intermédiaires entre d’une part le laïc ordinaire, complètement immergé dans le bourbier du Samsara et faisant tout son possible pour y fleurir comme un lotus, et d’autre part ceux qui comme les moines sont engagés à plein temps. Entre ces deux extrêmes nous avons besoin de gens qui ont un pied dans le monde et un pied dans la dimension spirituelle, pour former un pont entre les deux. Une catégorie de gens de cette sorte a très certainement sa place dans le monde moderne.

Nous avons insisté sur le fait que les Moyens d’Existence Parfaits représentent la transformation, à la lumière de la Vision Parfaite, de la société dans laquelle nous vivons. Quoique les Moyens d’Existence Justes ou Parfaits concernent principalement l’aspect économique de notre existence collective, nous ne devons pas oublier que les aspects sociaux et politiques doivent aussi être transformés. La cinquième étape du Noble Chemin Octuple du Bouddha, les Moyens d’Existence Parfaits, représente le besoin de créer une société idéale. Après tout, nous vivons dans la société, et nous ne pouvons pas nous en éloigner beaucoup ou pour très longtemps. Nous pouvons aller dans un centre de retraite à la campagne pendant quelques semaines ou quelques mois si nous en avons la chance, mais ensuite nous devons revenir et de nouveau vivre dans le monde, au moins dans une certaine mesure, y compris les plus chanceux d’entre-nous. Nous devons donc aussi changer ce monde ; c’est une partie de la tâche de notre propre transformation.

Nous avons mentionné l’Ordre Bouddhiste Occidental, et cela nous amène à parler de ce que, dans le bouddhisme, on appelle le Sangha, ou la communauté spirituelle. Il y a plusieurs façons de considérer le Sangha, mais je ne vais pas toutes les examiner maintenant. En rapport avec lui je veux seulement faire résonner une note particulière, qui me semble particulièrement appropriée ici. Le Sangha, ou communauté spirituelle, représente la société idéale à une très petite échelle. C’est une anticipation, en miniature, de ce que la société entière pourrait être, plus loin dans l’évolution humaine. Notre propre petit Sangha ou communauté spirituelle, notre propre petit Ordre, représente une société ou une communauté entièrement fondée sur des principes éthiques et spirituels. En d’autres termes ce n’est pas une société dans le sens d’une organisation, mais une vraie communauté fondée sur ces principes. C’est en cela qu’elle diffère d’une organisation. Elle diffère aussi d’une organisation par le degré de participation et d’engagement de ses membres individuels.

Il faut aussi insister sur le fait que les bonnes relations entre les divers membres du Sangha, ou communauté spirituelle, sont de première importance. On ne peut insister assez sur ce point. S’il doit y avoir un vrai, un véritable mouvement bouddhiste dans ce pays, comme nous espérons que cela deviendra le cas, ce mouvement ne peut grandir qu’à partir d’une communauté de gens qui sont éthiquement, psychologiquement et spirituellement en véritable contact et communication l’un avec l’autre — qui ne sont pas seulement des membres de la même organisation mais qui sont des amis, ayant une relation peut-être plus profonde que cela sur le plan spirituel. C’est encore un autre aspect de la société idéale. Nous devrions ressentir que notre propre petit Sangha, ou communauté spirituelle, notre propre petit Ordre, est un exemple, à petite échelle, de la société idéale du futur — une société dans laquelle les Moyens d’Existence Parfaits sont pratiqués dans leur totalité, alors que malheureusement ils ne sont guère pratiqués dans le monde d’aujourd’hui.


Par Urgyen Sangharakshita

Source : www.centrebouddhisteparis.org




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1 commentaire

  1. Le travail, la vocation et la durée
    Encore un tres bon article sur ce theme sur BuddhaChannel.
    Merci encore.
    Cordialement.
    Patrick Simon

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