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Tibet : deux prétendants pour une seule réincarnation

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05.09.2010

(De Delhi) Au Sikkim, un État du nord de l’Inde, le monastère bouddhiste de Rumtek est l’objet d’une virulente controverse. Dans la salle principale, le trône du Karmapa, le troisième chef spirituel tibétain après le dalaï Lama et le panchen Lama, est vide. Depuis une vingtaine d’années, deux prétendants se disputent la direction de l’école Karma Kagyu. Imbroglio sur fond de mantras.

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Au flanc d’une colline, à une vingtaine de kilomètres de Gangtok, la capitale sikkimaise, se dresse le monastère bouddhiste de Rumtek. La blancheur des façades tranche avec les couleurs vives des portes et des fenêtres. Dans la cour, des moines aux têtes rasées longent les murs. Le gong résonne parmi le roucoulement de quelques pigeons. L’atmosphère est propice au recueillement

Mais sous le porche d’entrée richement décoré, la présence de quelques policiers en uniforme beige trahit un climat bien moins apaisé qu’en apparence. Ce qui est censé être un temple de la sérénité abrite en fait de violentes tensions. Rumtek est le siège des Karma Kagyu, une des quatre écoles du bouddhisme tibétain, aujourd’hui divisée. Car deux jeunes tibétains, Ogyen Trinley Dorje et Trinley Thaye Dorjee, prétendent au poste de Karmapa.

Tout commence dans les années 1980, à la mort de Rangjung Rigpe Dorje, le 16e Karmapa. La succession du dignitaire est régentée par des règles remontant au 12e siècle. Peu de temps avant de mourir, le Karmapa doit charger un lama particulier de trouver sa réincarnation.

Le religieux qui remplit cet office est appelé Sharmapa et son poste se transmet de la même façon, par réincarnations successives. Le Sharmapa de l’époque, Shamar Rinpoché, est ainsi le 14e du nom.

Le choix d’un successeur

Il se met à l’ouvrage, mais il se fait devancer dans sa quête par deux lamas haut placés dans la hiérarchie, qui intronisent en 1992 le jeune Ogyen Trinley Dorje. Ce fils de nomades du Kham, une région orientale du Tibet, est alors âgé de 7 ans et est reconnu par la majorité des moines Karma Kagyu. Il reçoit aussi l’assentiment du dalaï Lama.

Également reconnu par la Chine, il grandit au monastère de Tsurphu au Tibet. Mais un contrôle de plus en plus oppressant des autorités chinoises et des craintes d’assassinat le poussent à s’exiler en Inde en 1999.

Tout irait bien si, pendant tout ce temps, le Sharmapa Shamar Rinpoché n’avait poursuivi sa mission. En 1994, il reconnait comme Karmapa Trinley Thaye Dorje, un enfant de onze ans descendant d’une famille royale de Lhassa tout juste réfugiée en Inde.

Les Tibétains se retrouvent donc avec deux enfants pour un trône : l’un reconnu par le dalaï Lama et la majorité des bouddhistes tibétains, l’autre intronisé par la personne qui y est traditionnellement habilitée.

La prise de position du dalaï Lama en sa faveur a conféré à Ogyen Trinley Dorje une crédibilité internationale et l’adhésion de la majorité de la communauté tibétaine. Mais pour les tenants de l’autre candidat, le dalaï Lama n’avait pas légitimité à intervenir, puisqu’il est le chef d’une autre école du bouddhisme tibétain, les Guélougpa ou bonnets jaunes.

Sa prise de position est ainsi vécue comme une intrusion dans les affaires internes des Karma Kagyu.

Des intérêts économiques

A cette controverse de légitimité s’ajoutent des intérêts économiques. Le 16e Karmapa avait fondé le Karmapa Charitable Trust à son arrivée à Rumtek en 1961. Le contrôle de cet organisme humanitaire est rapidement devenu un enjeu financier non négligeable dans la course au poste de Karmapa. Aujourd’hui, il est géré par des proches du Sharmapa, qui soutiennent donc Trinley Thaye Dorje.

Au début des années 1990, une lutte confuse oppose les deux camps. Un temps, ils cohabitent même au sein du monastère avec deux administrations parallèles. La bataille se déplace ensuite devant la justice. La Cour suprême indienne reconnaît le Karmapa Charitable Trust comme l’administrateur légal du monastère de Rumtek.

Le casse-tête se corse quand on sait qu’aux deux prétendants majeurs s’ajoutent quelques moines moins connus. En tous cas, aucun des deux prétendants majeurs n’est autorisé à pénétrer dans le monastère. Une interdiction qui est peut être à mettre sur le compte des relations indo-chinoises : Pékin verrait d’un mauvais œil l’établissement d’un Karmapa tibétain à quelques dizaines de kilomètres de sa frontière.

Srikanth Kondapalli, spécialiste de la Chine et professeur à l’Université Jawaharlal Nehru, explique :

« Je ne pense pas que la Chine soit mêlée à cette histoire, mais la position du gouvernement indien apparaît conservatrice et calculatrice. Il préfère attendre et regarder comment la situation évolue ».

Un conflit entre bouddhistes tibétains donc, qui se réglera à l’intérieur de la communauté. Les récents échanges cordiaux entre le Shamarpa et le Dalaï Lama témoignent d’un début de dialogue entre les deux camps.

De plus, le nom d’Ogyen Trinley Dorje, le premier candidat, revient souvent comme remplaçant crédible d’un dalaï Lama vieillissant à la tête du gouvernement tibétain en exil. Il a pour lui charisme et popularité dans la jeunesse tibétaine.

S’il accédait à ces fonctions, il pourrait alors abandonner ses revendications au titre de Karmapa au profit d’un rôle de leader de la communauté tibétaine en exil.

– En partenariat avec : Aujourd’hui l’Inde


Par Hélène Ferrarini

Source : www.rue89.com

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3 Commentaires

  1. Tibet : deux prétendants pour une seule réincarnation
    jai pris refuge en le 16karmapa en 1977 a kagyuling et effectue 1longue Retraite Nyingmapaet(etj’ai continué6 ans en Inde)avec Dzongsarkhyentse Rinpoche:d’un cote le DalaiLama a ses propres MOYENS METHODES DINVESTIGAION :Oracles ? Mo et ses propres Visions .le problème de la Lignee kagyu pa c’est lAutorite liee a la Coiffe noire; DE NOMBREUX GRAND MAITRES ont eu plusieurs emanations djamyang khyentse wangpo a eu 5emanations principales qui perdurent alheureactuelle
    il pourrait y avoir 2emanations du 16karmapaavec des Responsabilites differentes tout en etant en essence indivisible du16karmapa les propheties de de chogyur lingpa ontservies pour crediter le karmapa de tshurpu et shamarpa se base sur dautres sources CE QUI ARRIVE AVAIT ETE PREVUE par de nombreux Yogis et Lamas

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