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Kannon ou la bonté faite volupté

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30.01.2010

Le Musée d’ethnographie de Genève sort de ses réserves des pièces magnifiques, qui illustrent les différents visages de la divinité bouddhique de la compassion. Kannon, alias Guanyin, alias Quan Âm…

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«A supposer que l’on dérive sur une mer immense/Avec les périls des dragons, des poissons et de tous les démons,/Si l’on commémore ce pouvoir de Vigie-des-voix,/On ne pourra pas être englouti par la houle.» Cette citation du Sutra du Lotus, précisément du chapitre réservé à Kannon, évoque le pouvoir de cette divinité bouddhique de la compassion. Dans une exposition aussi belle et concentrée qu’elle a été rondement préparée, en un temps très court, le Musée d’ethnographie de Genève présente les avatars de Kannon à travers les siècles et les pays d’Extrême-Orient.

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Populaire, Kannon (de son nom japonais, le plus aisé à prononcer) l’est d’autant plus qu’il incarne le comble de l’altruisme: ce «grand bodhisattva», appelé Guanyin en Chine, Avalokitasvara en Inde, Lokesvara au Cambodge ou Quan Âm au Vietnam, aurait décidé de faire passer tous les autres avant lui, sur le chemin de l’éveil. Une jambe prête à se détendre, pour intervenir plus rapidement en faveur des hommes, des bras nombreux, dotés d’un œil qui «scrute» les voix et les cris de souffrance, un lotus en main destiné aux mourants, cette divinité du Grand Véhicule serait née d’une larme du Bouddha ou, selon les versions, d’un rayon issu de sa lumière.

L’exposition entièrement constituée de pièces conservées au musée, où sur 80 000 objets 14 000 appartiennent au département Asie, propose au visiteur un parcours voulu initiatique. Initiation à une autre religion, initiation à une esthétique, à une iconographie complexe et extrêmement riche. En effet, si les premiers siècles du bouddhisme ont été aniconiques, dans la crainte de voir les images se substituer au destinataire de la dévotion, cette économie a rapidement cédé à une «débauche d’images», selon les mots de Jérôme Ducor, conservateur du département Asie et commissaire de la manifestation avec Philippe Mathez.

Illustration, aussi, d’une «valeur indispensable au genre humain», la compassion. Cela à travers la vision de 150 pièces environ, livrées en trois temps, selon une progression narrative qui passe par la découverte des sites concernés, par des informations sur la cérémonie d’ouverture des yeux, qui permet aux œuvres d’acquérir leur efficacité, et enfin par une approche, via des objets tels que les chapelets ou le vêtement blanc du voyageur, du pèlerinage, auquel de nombreux fidèles s’adonnent dans toute l’Asie, de l’Inde à l’Indonésie. Au passage on découvrira de superbes statues, à commencer par une monumentale Guanyin en bois du XIIIe-XIVe siècle, qui arbore une fleur de lotus entrouvrant ses pétales. Cette effigie dormait depuis quelques années dans les dépôts.

Dans la même salle sont réunis diverses statuettes, dans des matériaux et des styles liés à leur origine géographique: Padmapâni, ou porteur de lotus, du Népal, une Guanyin des mers du Sud en bois en provenance de la Corée, retrouvée par hasard dans les combles d’une maison de paroisse à Chêne-Bourg, ou encore, en ivoire, cette figuration d’un pêcheur «découvrant la statuette de Shô-Kannon». On détaillera ensuite quelques peintures tibétaines et leurs symboles, explicités dans des animations infographiques, puis les ofuda, images pieuses japonaises, de la collection d’André Leroi-Gourhan. On placera ses pas dans ceux du pèlerin, mettra en mouvement des moulins à prières et gagnera la sortie en marchant sur de petits cailloux blancs… Et on apposera sur son ticket d’entrée le sceau qui atteste l’accomplissement de cette forme muséale du pèlerinage.

Avant de quitter ces salles, dans lesquelles le dosage d’anecdotes, de connaissances et d’émerveillement artistique est particulièrement bien dosé, on s’arrêtera devant la cloche authentique d’un temple nippon, sauvée avant d’être fondue pour devenir canon, à la fin du XIXe siècle, et devant une vitrine un peu hétéroclite, qui rappelle les multiples visages actuels de Kannon. Kannon en figure féminine, protectrice des «enfants d’eau» (les bébés avortés), des animaux domestiques et des mères en puissance, Kannon en chat qui se frotte l’oreille en guise d’accueil, tel qu’on le trouve dans les restaurants et les chambres d’enfants du Japon moderne, Kannon utilisé, dans ses débuts, par la firme d’appareils photographiques Canon. Un panorama sans exclusive.

Le regard de Kannon. Musée d’ethnographie de Genève (bd Carl-Vogt 65, tél. 022/418 45 50).
Ma-di 10-17h. Jusqu’au 20 juin.


Par Laurence Chauvy

Source : www.letemps.ch

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