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Pèlerinage sur la voie de la compassion

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30.01.2010

Le Musée d’ethnographie de Genève propose une exposition sur Kannon, une incarnation de la compassion vénérée par les 400 millions de bouddhistes dans le monde. 150 objets inédits sont dévoilés.

kannon03.jpgIncarnation de la compassion universelle, Kannon, l’une des divinités les plus populaires des différents pays d’Asie, est vénéré par les quelque 400 millions de bouddhistes dans le monde. C’est à ce grand «bodhisattva», soit un être qui a fait le voeu de devenir bouddha pour aider les autres à réaliser l’éveil, que le Musée d’ethnographie de Genève (MEG) consacre sa nouvelle exposition. Si, dans le bouddhisme, il n’y pas de Dieu (au singulier), une multitude de divinités, parfois mortelles, se pressent au panthéon, dont Kannon, explique Jérôme Ducor, conservateur du département Asie du MEG. Celui-ci présente 150 objets jamais montrés, sélectionnés parmi 300 à 400 pièces des collections du MEG consacrées à Kannon. La plus ancienne date du Ier siècle après J.-C. La plupart ont été offertes au musée par des voyageurs (comme de Saussure) ou autres anthropologues dès le XIXe siècle. Le musée dévoile de précieuses statues ou peintures anciennes, mais il expose aussi quelques «babioles sacrées» vendues aujourd’hui dans les temples aux touristes et aux pèlerins – en Asie, on est souvent les deux à la fois. C’est le signe que l’on a affaire à une croyance bouddhiste et à une civilisation encore très vivantes. L’ethnologie n’est pas seulement l’étude de civilisations mortes et confinées dans des microcosmes, déclare Jérôme Ducor. On l’avait déjà compris grâce à une précédente exposition très remarquée portant aussi sur la spiritualité, consacrée en 2007 au vodou haïtien.

Onze têtes, mille bras

L’exposition commence par une évocation de l’universalité de la divinité: une majestueuse statue de Kannon (XII-XIIIe siècle, Chine) est entourée de nombreuses petites autres venant de toute l’Asie. Il s’incarne ici-bas sous de multiples apparences – on le découvre affublé d’onze têtes et mille bras, un œil dans chaque paume pour figurer son ubiquité. De même, Kannon n’est qu’un de ses multiples noms déclinés selon les langues dans lesquelles il est vénéré, soit le plus facile à retenir pour un Occidental: la prononciation japonaise dérivée du chinois «Guanyin». Particulièrement affectionnée au Japon et en Chine, cette figure majeure de la tradition du Grand Véhicule est invoquée dans tous les pays d’Extrême-Orient – Corée, Viêtnam, Mongolie… jusqu’en Indonésie. A noter que le dalaï-lama est considéré comme une réincarnation de Kannon.

Voulue comme un «parcours initiatique», l’exposition se poursuit dans les pas des pèlerins, dont on découvre un costume traditionnel, blanc comme la pureté, et tamponné après chaque passage dans un temple. De splendides moulins à prières sont exposés, qui démultiplient à l’infini les textes sacrés qu’ils contiennent.

Le protecteur

Le bodhisattva Kannon, ce «presque-Bouddha» comme le qualifie Jérôme Ducor, n’est qu’une divinité parmi bien d’autres mais il peut toutefois être considéré comme un socle du bouddhisme, même s’il n’a pas la même importance partout, explique le conservateur. Il est un peu à l’image de la Vierge Marie – d’ailleurs, les missionnaires catholiques arrivés en Chine ont parfois figuré la Vierge sous la forme d’un Kannon portant un enfant. Jérôme Ducor explique: «Il agit pour donner sa protection dans les moments difficiles de la vie.» Il accueille également les mourants pour les conduire dans la terre pure.

Il est né d’une larme de Bouddha, pris de compassion pour le monde, poursuit Jérôme Ducor. Il est perçu comme le sommet de l’altruisme désintéressé. De nos jours, il est par exemple invoqué au Japon pour protéger les enfants avortés ou même les animaux domestiques.

«La compassion est une valeur indispensable au genre humain», s’enthousiasme Jérôme Ducor, qui, cette fois, s’exprime en tant que bouddhiste. Il l’assure, il fait la part des choses entre l’ethnologue et le fidèle, cette double casquette lui est même d’un grand avantage en tant que spécialiste de l’Asie.

Arrivé en bout de parcours, le visiteur résout une énigme qui le titillait depuis le début, découvrant comment Kannon s’est incarné pour le reste de l’humanité: dans les années 1930, la divinité a inspiré le nom d’une célèbre marque d’appareils photo. I

Note : Le regard de Kannon, jusqu’au 20 juin 2010, ouvert de 10h à 17h tous les jours sauf lundi. www.ville-ge.ch/meg
A lire, le catalogue de l’expo, d’une remarquable facture et richement illustré: Jérôme Ducor, Le Regard de Kannon, Infolio Ed./MEG, 2010, 104 pp.


RACHAD ARMANIOS

Source : www.lecourrier.ch

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