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Lettre d’un moine Bouddhiste à Sakineh, femme iranienne condamnée à la lapidation pour avoir aimé

10 septembre 2010, 13:55, par Sophie

Federico, ma première réaction à la lecture de vos lignes a été une réaction de gratitude. Mon coeur vous a crié merci, en son nom, qui n’est pourtant pas celui de Sakineh, mais celui d’une femme libre d’occident.

Alors que je m’interrogeai sur la raison d’une si puissante gratitude, observant ma condition féminine, un poème de Thich Nhat Hanh déjà lu sur Buddhachannel m’est revenu à l’esprit.

Permettez-moi de vous le faire partager une nouvelle fois.

De tout coeur, Sophie.


THICH NHÂT HANH : APPELEZ MOI PAR MES VRAIS NOMS

Ne dites pas, je serai parti demain,
car je ne cesse de naître, aujourd’hui encore.
Regardez en profondeur : je nais à chaque seconde
bourgeon sur une branche printanière,
oisillon aux ailes encore fragiles,
apprenant à chanter dans mon nouveau nid,
chenille au cœur d’une fleur ;
bijou caché dans une pierre.

Je ne cesse de naître, pour rire et pour pleurer ;
pour craindre et pour espérer :
Mon cœur est rythmé par la naissance et
la mort de tout ce qui est vivant.

Je suis l’éphémère se métamorphosant sur l’eau de la rivière,
et je suis l’oiseau qui, au printemps, naît juste à temps pour manger l’éphémère.

Je suis la grenouille nageant heureuse dans la mare claire,
Et je suis l’orvet approchant en silence pour se nourrir de la grenouille.

Je suis l’enfant d’Ouganda, décharné, squelettique,
aux jambes pareilles à des bambous fragiles,
et je suis le marchand d’armes vendant des armes meurtrières à l’Ouganda.

Je suis la fillette de douze ans, réfugiée sur une frêle embarcation,
Se jetant à l’eau pour avoir été violée par un pirate,
et je suis le pirate, au cœur incapable encore de voir et d’aimer :
Je suis un membre du Politburo,
et je suis l’homme qui doit acquitter sa "dette de sang " envers mon peuple,
mourant lentement aux travaux forcés.

Ma joie est comme le printemps, chaude,
au point d’épanouir des fleurs en tout mode de vie.
Ma peine forme une rivière de larmes, débordante,
au point d’emplir les quatre océans.

S’il vous plaît, appelez-moi par mes vrais noms,
Que j’entende ensemble mes cris et mes rires,
Que je voie ma joie mais aussi ma peine.

Appelez-moi, s’il vous plaît, par mes vrais noms,
Que je m’éveille, et ouvre pour toujours la porte de mon cœur,
la porte de la compassion.

Par Thich Nhat Hanh

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