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Lama Ole Nydahl — Dévouement et ouverture d’esprit

jeudi 25 juin 2009

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Parmi les lignées du bouddhisme tibétain, la Voie du Diamant de l‘école Karma Kagyü se caractérise avant tout par la transmission directe du maître à l‘élève.

Les exemples donnés par les Grands Accomplis (les Mahasiddhas), les maîtres indiens Naropa et Maitripa et surtout Marpa qui introduisit la voie laïque au Tibet, ainsi que son disciple principal Milarépa en sont la preuve. Le maître est lui-même la voie menant à l’Eveil. II (elle) est source d‘enthousiasme, transmet les moyens efficaces et en confirme les résultats. Ainsi que Kalu Rinpoche l‘affirmaít : « Lorsque vous aurez tout appris du Maître, votre esprit et le sien ne feront qu‘un »

A cause de scandales parfois comiques (provoqués surtout par certains gourous indiens), parfois indignes (actuellement avec des prêtres pédophiles), parfois criminels (suicides collectifs en Amérique du Nord, Shoko-Ashara - attaque au gaz toxique à Tokio), les maîtres spirituels qui ne se contentent pas seulement de transmettre les enseignements, mais imposent à leurs disciples leur conception du monde et leurs solutions, sont actuellement et à juste titre très critiqués partout dans le monde.

Les lignées tibétaines, elles aussi, n‘ont pas été épargnées par ce phénomène. Aussi chaque fois que des Rinpoches haut placés avaient des comportements douteux, on se demandait s‘il ne fallait pas mieux abandonner le principe du maître spirituel. La doctrine et les méthodes de la Voie du Diamant étant parfaites, elles pourraient suffire à elles seules puisqu‘elles contiennent à la fois le chemin et le but à atteindre.

Toutefois, il ne se passait jamais beaucoup de temps avant de reconnaître que l´être humain apprend, en fait, le mieux dans l‘échange avec ses semblables. On comprit que même les meilleurs livres ne peuvent transmettre les certitudes de la pratique et que sans exemples vivants, il est pratiquement impossible d‘avoir l‘expérience complète et absolue de l‘esprit.

Ainsi, les pratiquants à la recherche de l‘état d‘Eveil se trouvaient à chaque fois devant le mème problème : comment parfaire l‘échange entre maîtres et élèves, comment profiter de leur énergie sans pour autant se laisser prendre aux différents pièges sur la voie de la pratique.

Certes, jamais un si grand nombre de gens talentueux, indépendants et idéalistes n‘ont eu aussi facilement accès à une telle diversité d‘informations sur le bouddhisme que de nos jours. L‘internet offre un grand nombre d‘informations sur les différentes écoles et tendances bouddhistes. Bien qu‘il se trouve toujours des personnes anonymes pour répandre des médisances condamnables sur les maîtres et des lecteurs naïfs pour les croire, dans l‘ensemble, la représentation du bouddhisme est très satisfaisante. Les pages web sont régulièrement actualisées, surtout celles qui traitent du bouddhisme laïc et yogi.

En outre, il existe presque partout dans le monde des groupes bouddhistes de toutes tendances. Dans un peu plus de nos 600 centres de la Voie du Diamant, par exemple, qui sont répandus un peu partout, les méditations se font dans la langue du pays, on y trouve des livres, des films video, des discours de grands lamas tibétains traduits, ainsi que les enseignements de maîtres occidentaux, des magazines comme « Buddhismus Heute = Bouddhisme Aujourd‘hui » etc.

Quelle est donc la forme sensée à adopter concernant la dévotion à un maître qui, grâce à tout un ensemble de méthodes, nous donne un accès vivant à l‘état d‘Eveil ?

Cette disposition d‘esprit de l’élève doit être reconnue au départ comme juste et comme une grande qualité, même si elle ressemble souvent à un simple coup de foudre pour le maître et pour sa position.

L‘être non-libéré ne voit pas le monde tel qu‘il est, mais seulement le contenu de son propre esprit. Ainsi celui qui est capable de voir son maître à un niveau élevé fait tout d‘abord preuve de richesse intérieure. Un tel comportement laisse apparaître les qualités propres de l‘individu. Et pour citer à nouveau Kalu Rinpoche : « Celui qui perçois le maître comme un Bouddha reçois la bénédiction d‘un Bouddha. Celui qui le voit comme un Bodhisattva, reçois également sa bénédiction. Et celui qui le voit comme un être ordinaire, ne recevra peut-être que « des maux de tête » ». De même, le maître qui ne voit pas et ne se réjouit pas des qualités de ses élèves n‘obtiendra que peu de durabilité dans sa force de conviction.

Force est de constater : sans dévouement, la lignée Kagyü et ses nombreux êtres pleinement réalisés n‘auraient jamais existé, ni depuis 1000 ans à l‘Est, ni depuis 30 ans dans nos sociétés occidentales. Cette forme d‘ouverture est à la fois une très grande qualité, mais elle est aussi dangereuse à contrôler. D‘un côté, elle ouvre le chemin de l‘Eveil et permet une réalisaton spirituelle rapide, d‘un autre, elle exige de l‘élève une grande maturité pour « assimiler » l‘expérience de l‘union entre lui et son maître, ce qui n‘est souvent pas évoqué dans les exemples décrits. Qui se ressemble, s‘assemble, dit-on, mais techniquement le maître n‘est que le lama représentant le Bouddha et ses enseignements. S‘il aborde un sujet politique actuel, sur lequel Bouddha n‘aurait pu se prononcer il y a 2500 ans, il doit faire preuve de courage et d‘expérience et déclarer ouvertement qu‘il ne s‘agit là que de son opinion personnelle.

L‘ouverture d‘esprit de l‘élève, si elle est appliquée raisonnablement, le libère petit à petit de ses blocages intérieurs. De plus, l‘expérience de la fusion avec le champ énergétique du lama permet à la longue de continuer son travail. A coté des moyens dits habiles de développement dont l‘efficacité nous est garantie depuis toujours par la lignée, la rencontre d‘un maître calculateur et incapable ne peut être exclue. C‘est pourquoi il faut, au départ, le considérer d‘un oeil critique. Même si le contact est positif, si nos questions trouvent des réponses satisfasantes, si le lama comprend les plaisanteries de bon ton, fait preuve d‘une certaine retenue et pense véritablement aux autres, il y a encore trois qualités que l‘on est en droit d‘attendre d‘un maître de la Voie du Diamant digne de ce nom : l‘absence de crainte, la joie permanente et la compassion, qui sont les qualités indispensables des êtres pleinement réalisés.

De nos jours, le stress et nos activités professionnelles ne nous permettent pas d‘être assez longtemps auprès du maître pour pouvoir vérifier l‘indestructibilité de toutes ses qualités. On peut donc au moins se demander si ce que nous percevons de lui nous semble un exemple à suivre pour les dix prochaines années et si on peut lui faire véritablement confiance.

Il est également important de connaître ses autres élèves. Ii faut vérifier si on se sent bien dans leur entourage et s‘ils inspirent confiance. Si lors de la première visite dans un centre, l‘accueil n‘est pas aussi chaleureux qu‘on l‘attendait, ce qui ne va pas dans le sens de notre travail, il faut toutefois essayer de ne pas considérer la situation trop personnellement. Si l‘on se trouve nez à nez avec un groupe de bouddhistes très affairés, cela peut vouloir dire qu‘ils nous considèrent comme adulte et il faut plutôt se demander si leur travail contribue au bien de tous les êtres. En effet, le travail et le développement de nombreuses personnes est ce qu‘il y a de plus important et ils doivent être perçus visiblement et de façon compréhensible comme visant le bien de tous les êtres.

Les bouddhistes politiquement corrects qui adoptent la politique de l‘autruche dans l‘espoir de voir les problèmes et les dangers disparaître d’eux-même, ne sont pas dignes de confiance. Dans ce cas, vis-à-vis des débutants, le maître et les élèves se partagent les mêmes responsabilités.

Deux choses ont contribué à ce que élèves de la Voie du Diamant soient devenus des personnes généreuses, mûres et pleines d‘humour : leur joie d‘aimer et certaines expériences dites « extrêmes » qui leur ont permis d‘expérimenter la liberté inhérente à leur esprit. Liées à ce que nous avons évoqué précédemment et à notre vision future du monde qui reste consciente des dangers menaçant nos sociétés occidentales, elles sont un immense cadeau.

Ceux qui acceptent ce genre de responsabilités et qui reconnaissent ces prises de position comme inévitables trouveront leur place dans nos centres et pourront pleinement en profiter avec nos amis.

C‘est comme partout dans la vie : rien n‘est plus motivant que l‘épanouissement de chacun. L‘influence d‘un maître qui fléchit à la monidre pression, poursuit uniquement des buts personnels ou se comporte de façon démagogique pour plaire à tout le monde s‘évanouira comme de la fumée.

Si en 1969 Hannah et moi n‘avions pas pu voir le l6ème Karmapa comme un Bouddha, la Voie du Diamant n‘aurait pu exister dans sa forme actuelle. Et nous n‘étions pas des élèves faciles, du moins en ce qui me concerne. J‘avas beaucoup des comportements non conformes que l‘on retrouve aujourd‘hui chez ceux qui désirent atteindre l‘Eveil le plus vite possible, ne voient que cela et font secouer la tête des « bourgeois » modérés. C‘est pourquoi je suis très compréhensif envers les adeptes qui ont un dévouement exagéré envers leur gourou : ils manifestent une certaine parenté et nous étions nous-même aussi un peu de cette sorte.

L‘attitude de dévouement provoque simultanément deux changements au niveau de la conscience : d‘une part, une grande partie de l‘attention consacrée à gérer le monde extérieur est déviée vers les expériences intérieures qui n‘attendent souvent que l‘aboutissement d‘un travail effectué sur l‘esprit inconscient dans des vies antérieures, d‘autre part le champ extérieur des expériences se réduit à ce que l‘on s‘efforce d‘atteindre. Dans le premier cas, on devient rigide, dans le deuxième égocentrique. On manque alors de flexibilité pour assumer de nouvelles tâches et on se fixe complétement sur le but de sa recherche. Ceux qui autour de nous auraient peut-être bien plus besoin de l‘aide du maître sont ignorés. Conscient ou pas, ce genre de personne trop attachée aux apparences extérieures aurait mieux fait de se trouver comme objet de culte un amant ou un comédien. Celui qui sait discourir de longues heures sur la nature de l‘esprit, mais qui montre peu d‘enthousiasme pour les discussions à deux ou pour un nid douillet commun, est frustnant pour ľego.

Dans mon livre « Au-delà de toutes les frontières » je raconte comment le l6ème Karmapa sût profiter de notre attachement à sa personne pour son travail. Il nous confia des tâches à accomplir loin de lui et pourtant jamais nous ne nous sentions séparés de lui. Bien au contraire, nous étions heureux de participer à l‘agrandissement de son domaine d‘activités. Actuellement, c‘est encore la meilleure façon pour mes amis et mes proches élèves de manifester leur dévouement pour le développement de la Voie du Diamant. Car ainsi le champ des activités s‘accroît sans cesse pour le bien de tous. Viendra le jour où chacun de ceux qui auront pu grâce à ce travail développer des vues non personnelles, pourra accomplir quelque chose de libérateur et de durable pour les autres.

Jusqu‘à ce que notre croissance intérieure nous rende mûr et autonome, nous devons faire très attention à 1‘impression que nous laissons en public en évitant de manisfester ostensiblement trop de dévouement pour le maître. A tous les niveaux du chemin, il faut apporter la preuve visible que chez nous on devient adulte. Lors de la méditation, il est tout à fait normal de fusionner avec le lama et de faire l‘expérience de la qualité espace-joie de l‘esprit. Toutefois en public, il n‘est pas nécéssaire de le porter aux nues comme si nous étions ensorcelés.

Un maître compatissant ne pourra pas s‘empêcher de porter son attention sur ces regards adorateurs. C‘est compréhensible, car il se sent responsable de la situation. A cause de lui, ces personnes se sont mises dans une position de faiblesse. Des regards interrogateurs ou encourageants pour certaines d‘entre elles - surtout si ce sont de jolies femmes -‚ ne passeront pas inaperçus dans la salle et feront perdre la confiance à ceux qui dans leur subconscient sont en proie à la jalousie ou au sentiment d‘être défavorisés. C‘est pour cette raison que souvent nous sommes l‘objet des plus infâmes critiques et rumeurs dans la presse. Une fois que le lama est déclaré « coureur de jupons »‚ beaucoup ne seront plus capables d‘estimer son travail à sa juste valeur et perdront ainsi l‘occasion de l‘approcher et de tirer profit de ses enseignements. La dévotion extrême envers le maître peut done empêcher les autres à accumuler du karma positif.

L‘image de la Voie du Diamant n‘est pas seulement perturbée par trop d‘adoration « passive » de la part du beau sexe, mais nous aussi les hommes devont faire attention aux apparences. Dans un monde où les partis de droite gèrent la vision du futur, mais aussi les gens grossiers et ceux de gauche ainsi que les bonnes gens à la vue restreinte redoutant les conflits, nous devons rester très attentifs pour rester en dehors des opinions politiques :

Une rangée de motos de plus de 100 PS devant les salles de conférences pourra enthousiasmer ceux qui ont autre chose dans les veines que de l‘eau glacée, mais seulement si les conducteurs et conductrices de ces motos ont du style. Même si beaucoup de mes élèves on déjà sauté en parachute ou conduisent de telles machines, mes louanges pour ces activités sportives doivent être intégrées dans la conférence : elles permettent à l‘esprit d‘avoir des expériences « flash » qui ne pourront être rendues durables que par une vision juste des choses et la méditation.

Il existe aussi beaucoup d‘autres moyens d‘observer l‘esprit dans des situations extrèmes. Sportifs de compétition, de combat, alpinistes et artistes ne sont pas rares dans nos rangs. Ils voient dans la Voie du Diamant leurs expériences se confirmer et s‘élargir. Ils sont aussi décontractés que dans les exemples cités et n‘ont rien à prouver. Les êtres mûrs se sentent aussi bien que les poissons dans l‘eau.

Il faut absolument éviter que les gens qui ne nous connaissent pas et qui veulent se faire une première impression doivent pour accéder à la salle de conférence passer devant des jeunes hommes en tenue de combat avec des couteaux à la centure. Ensuite, lors de la conférence, même si je raconte des blagues, cela ne suffira pas à mettre en valeur notre amabilité et notre bienveillance. Cet exemple montre que ceux qui optent pour une tenue démontrant leur force, peuvent ainsi gâcher l‘opportunité d‘accumuler du karma positif pour soi-même et pour les autres.

Soyons done très attentifs sur ce sujet de l‘attachement au maître. Notre travail, notre style de vie modéré et la profondeur des enseignements de la Voie du Diamant fascinent le monde. Ne détruisons pas cette image de nous par trop de dévotion publique et de raideur. Si à chaque fois mes élèves de longue date se précipitent vers moi pendant la pause et font la queue

pour recevoir une bénédiction, les nouveaux venus auront difficilement accès au maître et seront facilement choqués par ce comportement qui leur est étrange. Comme souvent ils n‘auront personne à leur côté qui puisse leur fournir des explications sur toutes leurs nouvelles impressions, ils partiront avant la méditation. Soyez done attentifs, car ce que nous voulons, c‘est qu‘un plus grand nombre de personnes puissent tirer profit de ce genre de rencontre.

Nous le savons : la fraîcheur de chaque instant nous appartient de toute façon.


Lama Ole Nydahl [1]

Source : Buddhismus Heute Nr. 35 (2003)

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