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L’enseignement ultime de Dogen (2/2)

vendredi 10 septembre 2010

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L’enseignement ultime de Dogen Part 2/2

Voix Bouddhistes 2007

Catherine Barry : Bonjour, bonjour à tous. Nous retrouvons Roland RECH, moine zen, qui enseigne dans différents pays en Europe et dans de nombreuses villes en France, afin de poursuivre avec lui l’entretien commencé dimanche dernier, entretien qui concerne l’ultime enseignement donné par Maître Dogen, cet enseignement porte notamment sur les 8 qualités, 8 aspects que Maître Dogen recommande à tout être humain de développer, c’est-à-dire à toute personne désireuse de trouver la paix du cœur et de l’esprit. Roland Rech, bonjour.

Roland Rech : Bonjour.

C. B. : Alors la semaine dernière nous avons parlé des deux premiers aspects de l’éveil selon Maître Dogen, je vous laisse les résumer en quelques mots, pour ceux qui n’étaient pas là, bien sûr.

R. R. : Oui, le premier aspect c’était d’avoir peu de désirs, d’arrêter de perdre son temps à courir après beaucoup de désirs, pour se centrer peut-être sur un désir plus essentiel qui est un désir d’éveil, et puis le deuxième aspect c’était se satisfaire de ce que l’on a et de ce que l’on est fondamentalement, et de retrouver l’unité de sa vie, être un avec soi-même en harmonie avec ce que nous sommes au fond.

C. B. : Alors le troisième aspect concerne, c’est une recommandation peut-être, mener une vie solitaire loin des agitations du monde.

R. R. : Oui, ça nous concerne tous parce qu’on vit maintenant pour la plupart en ville, donc dans des lieux où il y a beaucoup d’agitation, avec des activités souvent stressantes, et il est vrai que dans cette ambiance là il est difficile de trouver la sérénité, le calme, qui nous permettent d’y voir clair. Donc il recommandait de pouvoir se retirer dans la solitude, dans le calme, lui-même aimait beaucoup les montagnes, il avait construit son monastère dans la montagne. Mais ça ne veut pas dire que Dogen préconisait,ni Bouddha non plus d’ailleurs, un retrait complet du monde, puisque c’était le bouddhisme mahayana, qui préconise vraiment une pratique de compassion, de solidarité avec tous les êtres, et donc venir en aide à tous les êtres implique qu’on soit en contact avec tous les êtres, mais en contact avec une certaine qualité de contact et non pas dans une activité qui provoque énormément de troubles et de dispersion et qui empêche encore une fois, de tourner son regard vers l’intérieur et de se centrer, d’y voir plus clair et c’est la raison pour laquelle, même si on ne se retire pas complètement de la solitude, enter dans un dojo zen, s’asseoir face au mur, s’asseoir même avec les autres et face à soi-même, et se rendre compte qu’au fond on est radicalement seul, c’est ce qu’il est important de comprendre.

Pourquoi sommes–nous radicalement seuls, c’est parce que même si on est très intime avec quelqu’un, au fond on n’a pas la même histoire, on n’a pas le même karma, on ne perçoit pas les choses de la même manière, on peut échanger mais au fond on est fondamentalement seul, et surtout nous sommes seuls parce que finalement nous ne pouvons rien posséder, nous ne pouvons rien saisir et c’est ce que la méditation nous enseigne. Nous enseigne le lâcher prise parce qu’on s’aperçoit que finalement on ne peut rien attraper et donc la solitude est une condition de base. Si on la refuse, on va en souffrir énormément, on va chercher à se faire soi-disant des amis, mais ça va être sur la base de partager un certain nombre d’illusions dans des groupes divers, si par contre on accepte profondément sa solitude, qu’on s’éveille à la véritable nature de notre existence, on va pouvoir rencontrer les autres et sortir de la solitude à partir d’une expérience partagée avec les autres, de cette solitude fondamentale.

C. B. : Finalement, c’est entrer en solitude ou en retraite, quelque soit l’endroit où on se trouve.

R. R. : Je crois qu’il est important d’être capable de faire des allers et retours entre être en contact avec les autres, être sociable, être à l’écoute, et puis pas se laisser déborder, pas se laisser submerger et pouvoir se retirer. C’est ça la pratique de zazen, la pratique de la méditation, c’est être capable de revenir à son corps, à la respiration, de se recentrer sur soi-même, dans une solitude même toute relative.

C. B. : Alors quatrième aspect, il s’agit de l’effort permanent, on le traduit souvent par faire un effort permanent et Dogen, ou Maître Deshimaru, prend l’exemple de la goutte d’eau, parce que c’est un exemple qui est parlant.

R. R. : L’exemple de la goutte d’eau, si elle tombe régulièrement au même endroit va percer la roche la plus solide, et donc ça veut dire que l’effort constant, même si ce n’est pas un immense effort, un effort régulier, une pratique régulière de la méditation, de zazen, un respect constant des préceptes, etc., va finalement transformer complètement notre vie, va faire de notre vie une vie éveillée, à partir d’une pratique constante. Il ne faut pas croire que ceci est un effort qui va nous faire souffrir, au contraire, parce que l’effort que nous faisons pour pratiquer c’est un effort initial pour entrer dans la pratique, mais la véritable pratique du Dharma du Bouddha c’est de se laisser finalement porter par la dimension de l’éveil de ce Dharma et de suivre cela, après, naturellement, parce qu’au fond il s’agit d’être authentiquement ce que nous sommes, dès l’instant qu’avec une certaine pratique régulière nous entrons en contact avec cette dimension de vie ça nous porte après.

C. B. : C’est le sens de la discipline finalement.

R. R. : Oui, c’est une discipline qui est nécessaire pour en finir avec nos mauvaises habitudes, pour nous libérer d’un certain nombre de conditionnements, de notre paresse, de notre négligence, etc., et aussi des fois de nos mauvaises habitudes posturales au niveau du corps ou de la respiration, de certaine habitudes de penser, c’est un effort vraiment constant de pratiquer. Maître Dogen disait : « c’est au fond faire l’effort constant de pratiquer le premier grand vœu pur qui est le vœu de pratiquer le bien. » Ca parait simple, vraiment pratiquer le bien, si tout le monde se disait mais juste ça dans cette vie, sans chercher très loin, juste pratiquer le bien. Pratiquer le bien ça ne veut pas dire en suivant un dogme qui vous dit ce qui est bien, mais pratiquer le bien en ayant la réflexion de se dire mais quelles sont les conséquences de mes actions, de mes paroles, de mes pensées, et de faire en sorte que ces paroles, ces actions et ces pensées conduisent au bonheur, au bien-être, à la libération de soi-même et des autres à égalité.

C. B. : Au départ il y a quand même une action volontaire évidemment pour générer cet effort là, et après ça se fait tout seul.

R. R. : Oui, et puis de temps en temps il faut revenir à l’effort volontaire aussi mais il ne faut pas croire que c’est toujours l’effort volontaire parce que sinon on est dans la tension, dans la dualité. Or la pratique de la Voie du Bouddha c’est une pratique de libération.

C. B. : Peut-être que le terme n’est pas bon, il y a peut-être la motivation de départ ?

R. R. : Le bon terme c’est l’énergie, l’énergie constante appliquée dans la même direction.

C. B. : Alors on passe ensuite au cinquième aspect qui est la préservation de la pensée juste, c’est très important.

R. R. : Oui, c’est-à-dire ne pas s’illusionner, cet aspect a été traduit en deux formules, soit pensée juste, soit ne pas s’illusionner, mais si on regarde au fond ce que dit Maître Dogen dans ce paragraphe là, il s’agit en fait d’une pratique de l’attention juste, c’est-à-dire d’être véritablement attentif à ce qui est, tel que c’est, et en plus de se rappeler, dans l’attention, il y a la notion de mémoire, c’est à dire être attentif à l’enseignement du Dharma, l’écouter, s’en pénétrer et ne pas l’oublier, s’en souvenir et le pratiquer constamment.

C. B. : On sait que c’est très difficile quand on pratique de ne pas oublier l’enseignement.

R. R. : Et souvent quand on oublie c’est parce qu’on n’a pas été suffisamment attentif. L’enseignement du Dharma ce n’est pas seulement les sutra, ou l’enseignement de Maître Dogen dans le Shobogenzo, c’est aussi l’enseignement de la pratique de la méditation, c’est ce que l’on réalise dans la pratique de zazen.

C. B. : Une méditation qui ne soit pas erronée, comme ça peut être parfois le cas.

R. R. : Voilà, ça veut dire une méditation qui libère véritablement, donc une libération avec un esprit sans avidité.

C. B. : Alors sixième aspect c’est la stabilité du zen, ça se traduit comme ça ou c’est traduit par résider dans la vérité.

R. R. : En réalité, c’est la pratique du samadhi, le samadhi c’est l’état d’esprit dans lequel toute l’agitation mentale s’est calmée parce qu’on a réussi à retrouver une unité intérieure et l’unité avec l’objet de la méditation . Alors on va dire que zazen est une méditation sans objet mais néanmoins on a un support de concentration, et le support de la concentration c’est par exemple le corps, ou la respiration. Devenir totalement un avec son corps, devenir un avec sa respiration amène l’esprit à être profondément unifié. A partir de ce moment là la conscience devient lisse, calme, comme la surface d’un lac quand le vent a cessé de souffler, et l’image du samadhi c’est que dans cet esprit calme et stable la vérité vient se refléter naturellement. D’une part nous devenons plus transparents à nous même c’est-à-dire plus transparents à notre réalité intérieure et puis surtout, plus capables de voir les choses telles qu’elles sont parce qu’on ne va plus être perturbé par les émotions, par les pensées, l’agitation du mental.

C. B. : Et le mot exact pour ce principe ça s’appelle le zenjo.

R. R. : Le zenjo, oui, c’est le samadhi du zen

C. B. : Et jo donc c’est cette stabilité, cette immobilité finalement qui permet de ne pas se disperser, c’est très important à l’époque actuelle où on se disperse beaucoup trop.

R. R. : Et ça implique pour ça d’être extrêmement attentif à tout ce que nous faisons, à notre corps, à notre respiration, à nos gestes et de ne pas perdre le fil, de rester complètement attentif.

C. B. : Alors le Bouddha a dit : « si vous contrôlez votre esprit vous pourrez comprendre l’ordre cosmique et l’interdépendance. » Donc on comprend que c’est vraiment essentiel. Alors septième aspect : la sagesse produite par zazen, ou pratique de la sagesse suprême.

R. R. : Je dirais que la sagesse c’est d’apprendre à se connaître soi-même et de vivre en harmonie avec le Dharma, le Dharma ça veut dire la réalité, la réalité de soi-même, et soi-même n’est limité à soi-même, soi-même c’est son existence en relation avec tous les êtres, avec tout l’univers, donc c’est le non soi, c’est l’impermanence, c’est l’interdépendance. Ce sont ces différents aspects de cette réalité avec laquelle nous entrons en contact dans la méditation qui, lorsqu’on en est vraiment pénétré devient sagesse si on vit à partir de ça, si on vit en harmonie avec ça, si on ne trahit pas cette intuition, cet éveil, par notre comportement, par nos attitudes.

C. B. : C’est une sagesse, je crois, qui allie à la fois une intelligence de l’intellect et du corps, les deux sont complètement associés. R. R. : Oui, c’est-à-dire c’est l’être dans sa totalité, en harmonie avec la Voie, sinon c’est un savoir, ce n’est plus une sagesse.

C. B. : Alors dernier aspect, mais ne va pas s’arrêter là tout à fait bien qu’il s’agisse de s’abstenir de parler à tort et à travers, c’est la non discussion en fait.

R. R. : C’est éviter de trop discuter. Des fois les discussions peuvent faire jaillir la vérité si on se confronte avec quelqu’un sur un thème de méditation, de réflexion, et on discute, on échange nos points de vue, à travers l’écoute du point de vue de l’autre on peut lui donner un autre éclairage donc il ne s’agit pas de ne jamais discuter, il s’agit d’éviter l’excès de discussion, de tout le temps discuter, ce qui trouble l’esprit, ce qui le complique et ce qui finalement n’apporte pas de clarification mais au contraire nous fatigue et nous épuise, nous complique finalement, nous rend l’esprit compliqué, et souvent dans une discussion, qu’est-ce qu’on cherche, ce n’est même pas faire jaillir la vérité, c’est avoir raison, c’est du temps de perdu et quand on s’aperçoit que tout le monde fait ça autour d’une table de discussion il vaut mieux arrêter, ça sert à rien.

C. B. : C’est pour ça que le silence finalement est très important dans les pratiques du zen, y compris quand on mange par exemple.

R. R. : Oui, revenir au silence. Le silence se n’est pas seulement fermer sa bouche, c’est le silence intérieur, c’est d’arrêter l’agitation mentale et donc de développer une réceptivité au Dharma, à la réalité telle qu’elle est, et aux autres qui sont autour de nous, faire de la place dans son propre cœur, dans son propre esprit pour accueillir l’autre, les autres, la nature, l’enseignement, c’est ça le vrai silence ; ce n’est pas juste fermer sa bouche, mais souvent fermer sa bouche ça aide à contacter ceux qui réclament le silence.

C. B. : Alors tous ces aspects évidemment sont interdépendants, c’est important, puisqu’on peut travailler sur un aspect qui va rejoindre un autre aspect.

R. R. : Chacun de ces aspects finalement implique et contient les autres. On pourrait le développer ça serait un peu long mais en fait ils sont complètement reliés, par exemple avoir peu de désirs ça implique la sagesse et ça implique aussi la pratique constante, donc l’effort, etc., ça implique la méditation juste.

C. B. : Alors en conclusion on voit à quel point finalement cet enseignement qui a été donné au XIIIème siècle est terriblement actuel pour notre époque et à quel point nous en avons besoin.

R. R. : Il est à la fois moderne et complètement universel. Je crois que tous les êtres humains ont besoin d’un tel enseignement, c’était la raison pour laquelle je souhaitais en parler. Voilà, il reste à le pratiquer.

C. B. : Merci beaucoup Roland.

- Source zen-nice.org

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