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Il était une fois, les Dalaï-Lamas

mardi 29 mars 2016

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Qu’y a-t-il derrière les assonances mystérieuses du « Dalaï-Lama » ?

Moine bouddhiste par excellence, symbole du Tibet ou messager de paix, chacun s’est fait une idée de ce personnage spirituel. Au-delà, peu connaissent sa véritable histoire, et encore moins celles des précédents Dalaï-Lamas. Qui sont-ils ? Qu’ont-ils fait ?

Pour le savoir, il faut revenir cinq siècles avant le notre.


A l’origine, le terme « Dalaï-Lama » était un titre honorifique qui fut accordé au troisième successeur de l’école Gelugpa, Sönam Gyamtso, en 1578. A cette époque, quatre écoles du bouddhisme tibétain se distinguaient au Tibet, dont celle des Gelugpa, « l’école des hommes vertueux » ou « des bonnets jaunes ». Fondée par Tsong-Khapa (1357-1419), grand réformateur du bouddhisme tibétain, l’école en marge des précédentes devint rapidement la tradition dominante dans le pays. Obligation de célibat, abstinence de boissons alcoolisées, elle se caractérisait par une discipline monastique rigoureuse.



Sönam Gyamtso fût l’un de ceux à en suivre la voie. Un jour, le chef des Mongols Altan Khan l’invita et déclara qu’il était une réincarnation de Tsong-Khapa. C’est ainsi qu’il prit le nom de « Dalaï-Lama » (« océan de sagesse »), et comme il était le troisième successeur de l’école, les deux premiers obtinrent rétroactivement ce titre.

Dans le bouddhisme tibétain, chaque Dalaï-Lama est la réincarnation (« tulku ») de son prédécesseur. Au décès du Dalaï-Lama, les moines entament une recherche de sa réincarnation, à l’aide de signes (comme la reconnaissance des objets ayant appartenus au précédent Dalaï-Lama) puis l’enfant est emmené dans un monastère.


« Ainsi s’est créé un nouveau type de transmission du pouvoir : de vie en vie, la lignée religieuse est aux mains du même personnage, auquel on reconnaît les mêmes qualités spirituelles, mais sous un corps différent. » (Incidences politiques et références spirituelles,
Laurent Deshayes)

Désormais, le Dalaï-Lama allait être le représentant politique et religieux du Tibet.


A la mort du troisième Dalaï-Lama (Sönam Gyamtso), sa réincarnation fut retrouvée dans l’un des descendants du Mongol Altan Khan. Yonten Gyatso (quatrième Dalaï-Lama) fut le seul à être Mongol, ce qui d’ailleurs renforça à l’époque les liens entre la Mongolie et le Tibet.

Plus encore, le pays connu une évolution notable avec le cinquième Dalaï-Lama, qui réalisa l’unité du Tibet et établit une véritable théocratie tibétaine avec l’appui des chefs mongols.



C’était en1642. Gushri Khan (chef Mongol) établit Lozang Gyatso en tant que cinquième Dalaï-Lama, surnommé plus tard « le Grand Cinquième ». En effet, de par son implication dans la vie politique et religieuse, Lozang Gyatso est souvent considéré comme l’une des personnalités les plus influentes dans l’histoire du Tibet. Il mit en place un système de sécurité sociale, ainsi qu’un programme national d’éducation ; Grand écrivain, c’était aussi un mystique unique : de ses premières visions (à l’âge de six ans), il accumulait les expériences (pour lui) révélatrices, qu’il prenait soin de consigner par écrit.

Le titre de « Panchen lama », une autre de ses initiatives, fut accordé pour la première fois à son professeur, abbé du monastère Tashilhunpo. Signifiant « grand érudit » ou « grand lettré », le Panchen lama est pourvu de l’autorité religieuse. (Il est depuis, considéré comme le deuxième plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain).


Le « Grand Cinquième » fonda surtout le Potala à Lhassa, monument des plus grandiose de la culture tibétaine. « Véritable cité-palais où vivaient plus de mille cinq cents personnes, l’ensemble comprend plus de mille pièces et forme une des constructions les plus spectaculaires et imposantes de toute l’Asie » (L’espace tibétain : le Ladakh et le Tibet, d’Olivier Brunet).

Siège du gouvernement du Dalaï-Lama, son choix géographique n’aurait pas été anodin : situé sur une montagne du Sud de l’Inde, c’est ici qu’aurait siégé le célèbre bodhisattva Avalokiteshvara, Dieu de la Miséricorde et de la Compassion. Et, le détail est révélateur : alors qu’avant, on considérait le Dalaï-Lama comme la réincarnation de son prédécesseur, après Lozang Gyatso, on voit en lui une manifestation d’Avalokiteshvara.

« Seigneur qui regarde en bas », « celui qui entend les supplications du monde », les dénominations et interprétations sont nombreuses… Mais dans tous les cas, Avalokiteshvara (Chenrezi en tibétain) incarne la Compassion, ses multiples bras (dans l’iconographie bouddhiste) symbolisant sa faculté d’aider chacun.


Finalement, après la mort du « Grand Cinquième » (qui resta secrète pendant treize ans, le régent souhaitant garder le pouvoir le plus longtemps possible), les Dalaï-Lamas successifs (jusqu’au treizième) n’eurent qu’un rôle moindre dans la vie politique et religieuse du Tibet.


Le sixième, Tsangyang Gyamtso (1683-1706) en est un exemple insolite. Certains pensent que parce qu’il n’avait pas été formé dès son plus jeune âge (à cause de la mort dissimulée du cinquième Dalaï-Lama), il ne pouvait qu’être différent des autres. Et pour cause. Tsangyang Gyamtso est le seul à refuser la discipline rigoureuse des moines, préférant mener une vie laïque. A travers celle-ci, il goûta aux plaisirs de la chair et de l’amour, qu’il aimait à mettre en chanson. « Il était connu pour ses manières simples et ses escapades nocturnes, durant lesquelles, grisé par l’alcool et l’amour, il improvisait de beaux vers qui, encore aujourd’hui, restent un bel exemple de la poésie profane tibétaine » (Incidences politiques et références spirituelles, Laurent Deshayes)

Poète en marge totale des autres Dalaï-Lamas, il écrit d’ailleurs :


« Au Potala on me nomme

le Sage et l’Initié Tsangyang Gyamtso.

Mais dans le faubourg de Lhassa,

je suis Dangzang Wangpo, le libertin
 ! »


Ses penchants et ses audaces étaient en revanche mal perçus par les moines. Après une tentative d’assassinat (échouée), il fut envoyé en exil, décédant finalement sur la route (peut-être empoisonné…)


Après lui, les deux suivants n’eurent qu’un rôle et une influence limitée. Alors que le septième, poète lui aussi, vécut à un moment agité du Tibet, le huitième se désintéressa totalement de la politique. (En 1777, il refusa d’assumer le pouvoir temporel).

Pendant un siècle, les régents devinrent et restèrent alors tout puissants.

La destinée des Dalaï-Lama n’allait d’ailleurs pas s’améliorer avec leurs prochains successeurs :

les neuvième, dixième, onzième et douzième moururent prématurément. (Le neuvième Dalaï-Lama décédant à l’âge de dix ans !) Ne pouvant donc assumer aucune fonction religieuse et politique, les régents dirigèrent le pays pendant un long moment.



Le treizième Dalaï-Lama (Thubten Gyatso) changea la donne, à partir de la fin du XIXème siècle : comme le cinquième, il fut une personnalité très importante, à l’origine de grandes réformes administratives et économiques. A une époque où le pays était l’enjeu de rivalités entre la Chine, la Russie et l’Angleterre, il fut un politicien hors-pair. Il abolit la peine de mort, conçut la forme définitive du drapeau tibétain et rétablit l’indépendance du Tibet à l’égard de la Chine (après la révolution Chinoise de 1911).

Bouleversé par le sort des moines bouddhistes de Mongolie (persécutés), il rédigea en 1933 son « testament politique », un écrit qui parut étrangement prophétique pour beaucoup :
« Il se peut qu’un jour, ici, au cœur du Tibet, la religion et l’administration séculière soient attaquées simultanément de l’intérieur et de l’extérieur. A moins de sauvegarder nous-mêmes notre pays, il arrivera que les Dalaï-Lamas et les Panchen-lamas, le père et le fils, les dépositaires de la Foi, les glorieuses Réincarnations, seront jetés à terre et leurs noms voués à l’oubli. »


Moins d’une vingtaine d’années plus tard, les troupes chinoises prenaient Lhassa… et Tenzin Gyatso, l’actuel Dalaï-Lama, dû fuir en Inde à Dharamsala. ( Lire l’article sur Sa Sainteté le XIVème Dalaï-Lama)

Les saisons passèrent au rythme des conflits, mais ces derniers n’atrophièrent pas le Dalaï-Lama. Les occidentaux s’y intéressèrent de plus en plus, à lui, à son histoire, à sa religion. Sagesse, spiritualité, la figure du « Dalaï-Lama » éveilla les curiosités, entre espérance et admiration.

S’adressant à lui, Antonin Artaud écrit même : "Nous sommes environnés de papes rugueux, de littérateurs, de critiques, de chiens, notre Esprit est parmi les chiens, qui pensent immédiatement avec la terre, qui pensent indécrottablement dans le présent…
Fais-nous un esprit tout tourné vers ces cimes parfaites où l’Esprit de l’Homme ne souffre plus
. »


Clémence de la Robertie pour www.buddhachannel.tv




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