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Chine — Pékin n’a toujours pas réussi à dompter le Tibet

mercredi 4 mars 2009

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04.03.2009

Un an après les émeutes de Lhassa et les manifestations qui ont secoué toute la région, celle-ci reste sous haute surveillance pour le cinquantième anniversaire de la fuite du dalaï-lama en Inde.

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Des Tibétains exilés en Inde manifestent contre la politique du gouvernement chinois, 25 février 2009
DR

Les Tibétains ont marqué sans enthousiasme le début du Losar, leur nouvel an traditionnel [cette année, le 25 février]. Pour nombre d’entre eux, une campagne de boycott du Losar a transformé ce qui est d’habitude un événement festif en une période de deuil pour les personnes qui ont été tuées, torturées ou jetées en prison lors des émeutes survenues en mars 2008 dans la région autonome du Tibet (RAT). L’appel au boycott – lancé depuis des mois via des messages textes, des courriels et des panneaux installés au bord des routes – a été relayé par les organisations de Tibétains en exil. D’après ces dernières, jusqu’à 100 personnes ont trouvé la mort en 2008 durant ce qui a constitué les pires violences au Tibet depuis vingt ans [selon les sources officielles chinoises, les émeutes de mars 2008 ont fait 19 morts parmi les résidents chinois de Lhassa].

A l’approche du Losar, les forces de sécurité chinoises ont renforcé leur présence au Tibet. Le 10 mars, qui marquera en 2009 le cinquantième anniversaire de la révolte avortée contre la domination chinoise qui avait contraint le dalaï-lama à prendre le chemin de l’exil, est une date extrêmement sensible. Le gouvernement tibétain en exil [à Dharamsala, en Inde] soutient que les forces chinoises ont massacré 87 000 personnes lors de la répression de 1959. Les dirigeants chinois sont décidés à empêcher une répétition de l’agitation meurtrière de mars 2008. Ils ont dépêché un envoyé spécial à Katmandou pour demander au Népal d’interdire toute manifestation antichinoise. Pékin a également intensifié les attaques contre le dalaï-lama et ses partisans, déclarant le 28 mars Journée de l’émancipation des serfs, afin de rafraîchir les mémoires sur le système féodal qui existait au Tibet avant l’invasion chinoise en 1950.

Même si Pékin réussit à contenir les tensions au Tibet dans l’immédiat, celles-ci finiront tôt ou tard par refaire surface, peut-être même avec une violence accrue. Jusqu’à présent, les dirigeants chinois se sont contentés d’attendre la mort du dalaï-lama, tout en procédant à la colonisation de la région par des Chinois Hans, qui ont amené avec eux des infrastructures modernes, l’enseignement, le système juridique chinois et une croissance économique impressionnante, même si elle est mal répartie. Toutes ces réalisations, calcule Pékin, devraient être dûment accueillies avec joie et gratitude. Par ailleurs, les médias officiels poursuivent sans succès leur campagne de propagande en vue de présenter sous un jour caricatural le charismatique dalaï-lama. Ils voudraient que le dalaï-lama, respecté dans le monde entier et considéré comme un homme de paix, soit perçu comme un extrémiste prônant la violence.

Si le chef spirituel des Tibétains devait décéder demain, sa mort ne ferait que jeter une lumière crue sur l’échec de la politique tibétaine de la Chine. Certes, les Tibétains perdraient un symbole mondialement reconnu de leur cause, mais Pékin ne verrait pas pour autant ses problèmes locaux résolus. Le fossé ne ferait que se creuser entre les Tibétains et leurs maîtres chinois, à mesure que la rivalité entre Dharamsala et Pékin deviendrait féroce pour nommer un successeur, traditionnellement considéré comme une réincarnation dont la naissance coïncide avec le décès de son prédécesseur. Le dalaï-lama a même envisagé de rompre avec la tradition et de désigner son successeur avant de mourir – même si cela pose des questions délicates concernant la réincarnation.

Certes, un successeur qui apparaîtrait comme nommé par Pékin ne serait pas légitime. Mais aucun analyste bien au fait du problème épineux du Tibet ne suggérerait l’indépendance pour cette région difficile. Ce serait nier la réalité politique et les grands progrès économiques réalisés dans la région sous la férule chinoise. Mais il n’est pas raisonnable non plus d’attendre des Tibétains qu’ils se résignent à la tragique destruction de leur culture [l’évolution économique récente du Tibet est fort critiquée pour la manière dont elle avantage de fait les résidents chinois et pour les atteintes au système agricole et écologique de la région]. Après cinquante ans de calomnies, ce serait trop espérer des dirigeants chinois qu’ils consentent à la "voie du milieu" préconisée par le dalaï-lama [celui-ci prône l’autonomie dans le cadre de la souveraineté chinoise]. Mais il leur faudrait bien trouver autre chose que les imprécations et le durcissement des mesures de sécurité chaque fois que les Tibétains menacent de se soulever.

Mais rien n’indique que Pékin a reconnu l’échec de cette politique et est disposé à rectifier le tir. Et le reste du monde est trop préoccupé par la crise économique pour se soucier encore du Tibet. Ainsi, durant sa visite en Chine, le 21 février, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton n’a pas évoqué le dossier tibétain. Les droits de l’homme et la liberté religieuse passent au second plan dans des relations sino-américaines désormais inspirées par les craintes d’une récession économique mondiale, du réchauffement climatique et du terrorisme. Dès lors, le gouvernement chinois ne risque pas d’être confronté à une forte opposition à sa politique tibétaine. Même si, parmi les Tibétains, l’hostilité à l’égard de la Chine ne fait que monter, notamment parmi les moines qui ont été obligés de quitter leurs monastères, de désavouer le dalaï-lama et de suivre des cours d’"éducation patriotique". Le gouvernement chinois verra peut-être s’exprimer quelques manifestations peu sincères de loyauté, mais il n’aura conquis ni les cœurs ni les esprits. Il ne les conquerra que s’il honore et respecte ce qui est dans ces cœurs et ces esprits, et s’il autorise une liberté religieuse pourtant garantie par sa propre Constitution.

La Chine est en mesure de contrôler le Tibet et elle le fera, malgré les aspirations séparatistes des extrémistes tibétains [dans la communauté en exil], qui abhorrent non seulement Pékin, mais s’irritent également de la demande plus modérée faite par le dalaï-lama d’une plus grande autonomie. Mais la Chine n’amènera jamais réellement le Tibet dans son giron à moins qu’elle ne cesse de mater les Tibétains en réprimant leurs manifestations.


Par Kent Ewing (Asia Times Online)

Source : www.courrierinternational.com

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