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Losar, le nouvel An tibétain, ses Symbolismes et son Déroulement

mardi 28 février 2017

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Le Tibet traditionnel demeure le plus souvent inconnu des Occidentaux. Monsieur Dakpa a connu son pays avant l’invasion de 1959, l’époque où le Tibet jouissait pleinement de la richesse de sa civilisation originale encore intacte dans une atmosphère libre d’un point de vue politique, social et culturel. Partout au Tibet, le nouvel an ou Losar est considéré comme la fête la plus importante de l’année.



Chacun sait que le Tibet est un pays vaste aux traditions et coutumes extrêmement diversifiées grâce à sa situation géographique particulière, à ses traditions religieuses et sociales uniques dans le monde. Parmi ces traditions multiples : la fête du nouvel an tibétain "Losar".

Losar est considéré comme la fête la plus importante de l’année partout au Tibet, bien que dans certaines régions, on ne le fête pas à la même date, comme dans la région de Kongpo (sud-est du Tibet) où on fête le nouvel an vers le mois de novembre correspondant à la nouvelle année agricole (Sonam Losar) marquant le début des récoltes. Mais cela ne les empêche pas de fêter une deuxième fois le nouvel an commun avec d’autres Tibétains le 1er jour du 1er mois tibétain.

Bien entendu, le Losar est fêté partout où il y a des Tibétains, que ce soit au Tibet ou en exil, mais il semble qu’il soit aujourd’hui célébré avec moins de moyens et de rigueur au Tibet, ceci en raison de l’absence totale de liberté.

Avant que la nouvelle année commence, une préparation rituelle s’effectue pour permettre que la nouvelle année soit une année heureuse et sans obstacle pour le pays et ses habitants. Cette préparation rituelle peut se diviser en deux parties : monastique et populaire.

La préparation rituelle monastique

La symbolique de ces rituels consiste à éliminer tout élément négatif de l’année qui vient de s’achever et à commencer une année nouvelle sans obstacle. Le plus marquant des rituels monastiques se déroule au monastère de Namgyal (monastère privé des Dalaï Lamas situé dans le palais du Potala à Lhassa). Le vingt-neuvième jour du douzième mois tibétain, les moines de ce monastère - à la suite d’une longue prière et d’un rituel tantrique - organisent une session de danses sacrées (Tcham) invoquant les divinités protectrices tantriques. Ces danses se déroulent durant toute une journée.

A la fin de ces danses, une sculpture géante (Goutor) est transportée en procession à l’extérieur du Potala par les moines du monastère de Namgyal. Celle-ci est brûlée en guise d’exorcisme afin de chasser les mauvais esprits et d’éliminer les aspects négatifs de l’année qui s’achève, ce, en présence de la population de Lhassa et de la foule de pèlerins venus assister à la cérémonie.

La préparation rituelle populaire

D’un point de vue laïc et populaire, le même jour, c’est à dire le vingt-neuvième jour du douzième mois tibétain, les Tibétains - après avoir nettoyé de fond en comble leur demeure prennent la "Soupe du 29ème jour" appelée Gouthouk.

Cette soupe est composée de boulettes de farine de blé, de viande et de radis. Dans cette soupe, certaines boulettes seront farcies avec des symboles comme par exemple : un caillou blanc, de la laine ou du charbon, etc..

Quelle est la symbolique de ces ingrédients non comestibles ?

- Le caillou blanc reflète une pensée pure donc positive et à conserver pour la nouvelle année.
- La laine, un caractère lent et doux, mais tout ce qui est lenteur est à rejeter pour cette nouvelle année et la douceur est bien entendu à conserver.
- Le charbon signifie votre pensée est noire donc négative, il faut rejeter cette facette pour la nouvelle année.

Après la soupe, la maîtresse de maison passe auprès de chaque membre de la famille pour distribuer une boule de farine d’orge grillée (Tsampa). Cette boule de tsampa est frottée symboliquement par chacun sur l’ensemble de son corps afin que celle-ci prenne tous les éléments négatifs de la personne et chacun laisse son empreinte de la main sur la boule. Toutes les boules sont ramassées et réunies autour d’une effigie en tsampa à forme humaine dans un récipient. Cette effigie symbolise le mal et va effectuer un grand voyage en emportant ces boules de tsampa contenant les aspects négatifs de l’année passée et les restants de la soupe en guise de repas. Un jeune membre de la famille se charge de sortir et de déposer l’ensemble (effigie + boules + restants de nourriture) à l’extérieur de la demeure au croisement des chemins. Ainsi, les forces négatives accumulées au cours de l’année sont expédiées au loin.

Les festivités de la période du Losar peuvent se diviser en deux parties : les festivités institutionnalisées et les festivités populaires.

Festivités institutionnalisées

Parmi les festivités institutionnalisées, les plus connues sont celles organisées au niveau du gouvernement tibétain et notamment, dans le palais du Potala autour de Sa Sainteté le Dalaï Lama, chef spirituel et temporel du peuple tibétain.

La célébration du jour de l’an au Potala est connue sous le nom de Lama Losar qui signifie le nouvel an des Lama, car l’essentiel des activités de la journée est consacrée aux affaires religieuses. C’est ce jour-là que les grands dignitaires des différentes traditions monastiques viennent présenter leurs voeux à Sa Sainteté.

Sa Sainteté et les officiels se réveillent vers deux heures du matin au son de la musique de la Cour dite Musique des Réveils (Shengda) du Losar.

Sur les toits du Potala se tient, en présence de Sa Sainteté, une importante cérémonie de rituel de prière dédiée à la déesse Palden Lhamo. Cette cérémonie conduite par les moines du monastère de Namgyal consiste à remercier la déesse Palden Lhamo d’avoir protégé le pays et l’État tibétains dans le passé et à l’invoquer afin qu’elle renouvelle sa protection pour l’année qui commence. Rappelons que la cérémonie se perpétue toujours en exil à Dharamsala en Inde du nord où réside Sa Sainteté et siège le gouvernement tibétain.

Pendant la journée, la cérémonie la plus importante a lieu dans la grande salle appelée Sishi Phuntsok (Assemblée du bien spirituel et matériel) en présence de tout le corps du gouvernement tibétain. Les dignitaires des grands monastères viennent présenter leurs voeux à Sa Sainteté en présentant les trois supports de mandala : le corps, la parole et l’esprit symbolisés par une statue, un texte et un stupa. Le gouvernement tibétain leur offre du thé salé baratté au beurre et du Drésil (une préparation à base de potentille avec du riz et du raisin secs), du Tchémar et des repas.

Le deuxième jour est consacré aux affaires temporelles. Le déroulement des cérémonies est le même, mais les invités principaux sont des dignitaires laïcs. C’est pourquoi le deuxième jour est appelé Gyalpo Losar (nouvel an du Roi). Par ailleurs, il souligne que Sa Sainteté détient non seulement le pouvoir spirituel, mais aussi le pouvoir temporel. Ce jour là, les dignitaires du gouvernement tibétain en commençant par le Kashag (Cabinet des ministres) et les représentants du corps diplomatique des pays étrangers en poste à Lhassa viennent présenter leurs vœux à Sa Sainteté.

Le troisième jour est essentiellement consacré aux prières de suppliques aux dieux gardiens du Tibet, en particulier, à la déesse Palden Lhamo.
Selon la tradition, ces prières de suppliques sont exécutées par la communauté du monastère de Namgyal en présence de deux tuteurs de Sa Sainteté. A l’issue de cette cérémonie, une divination concernant l’avenir du Tibet en général et de la nation tibétaine en particulier a lieu devant la statue de la déesse Palden Lhamo, qui se trouve dans l’appartement privé du Dalaï Lama. Le même jour, une délégation gouvernementale se rend au monastère de Nechung, siège de l’Oracle d’État du même nom, afin de le prier et demander des prédictions pour l’avenir du pays pour la nouvelle année.

Un grand mât de drapeaux de prières appelé Gaden Darchen qui se trouve dans le Barkor est dressé avec des drapeaux de prières tout neufs. Celui-ci a un lien symbolique tout particulier avec l’institution politique et divine des Dalaï Lamas.

Festivités populaires

A l’aube du jour de l’an, toute la population de Lhassa est réveillée par des conteurs, appelés Drékar, porteurs de bon augure. L’homme porte un masque blanc en feutre avec une barbe blanche et un bâton à la main. Il chante en disant "Je viens de l’est, du paradis de Dorjé Sempa"... et en même temps, il danse. Il est considéré auspicieux de l’avoir à la porte le matin même du jour de l’an et la tradition veut que la famille lui offre des gâteaux et un bon repas.

Peut-on le comparer avec le Père Noël ?

Tôt le matin, tous les membres de la famille portent des habits neufs et se réunissent dans la pièce principale de la maison. La maîtresse de maison présente alors ses voeux à chaque membre de la famille en offrant le Tchémar et le Changphu tout en prononçant les voeux de "Tashi Délég Phunsourn Tsog", ce qui veut dire bonheur, santé et que toutes les bonnes choses soient réunies pour la nouvelle année. On sert du Changkhoel, (Chang chaud mélangé avec de la Tsampa et du fromage), du thé au beurre, des Khabsé (beignets tibétains) et du Drésil.

Devant l’autel de chaque foyer tibétain sont dressés des éléments d’offrandes : un monticule de Khabsé (Derga), de fruits et de jeunes pousses d’orge, dans un pot, symbolisant une bonne récolte et la fertilité (Lophu) ; une tête de mouton en Tsampa ou en beurre symbolisant la chance et la fortune ; le Tchémar, mélange de Tsampa et de beurre présenté dans un récipient en bois sculpté et peint symbolisant une bonne récolte de produits céréaliers et pastoraux ; Changphu, premier cru de bière d’orge et de l’eau dans un récipient symbolise la lignée ininterrompue de la famille comme une source qui coule sans interruption. Briques de thé, morceaux de sel et autres produits céréaliers et pastoraux sont aussi présents.

La matinée est consacrée aux prières et l’après midi aux réjouissances : jouer aux dés tibétains (sho), écouter et chanter l’Épopée de Gésar de Ling, chanter, danser, jouer de la musique et boire du Chang, etc.

A partir du deuxième jour, on va chez les uns et les autres pour échanger les voeux en présentant le Tchémar et le Changphu et en offrant les Khabsé.

Le matin du troisième jour est consacré à l’implantation des drapeaux de prières (Loungta) sur le toit de la maison et à la cérémonie de la fumigation en brûlant le genévrier. Ce rituel de fumigation et les prières sont adressés aux dieux protecteurs du foyer (Khyim lha), dieux du sol (Shi dag), dieux du pays (Yul Lha) et dieux du lieu de la naissance (Kyé Lha).

De la même façon le rituel de fumigation a lieu sur la montagne, au bord de la rivière et au bord du lac pour supplier les dieux de ces lieux.

Mönlam Chenmo

Les festivités du Nouvel an ne s’arrêtent pas là. Car la fête de la Grande Prière (Mönlam Chenmo) à Lhassa instauré par le Maître Tsongkhapa en 1409, a lieu pendant le premier mois de la nouvelle année tibétaine.

Cette fête religieuse commémore la victoire du Bouddha historique sur les six hérétiques à Sravasti en Inde. D’après les textes religieux, le Bouddha a dû s’appuyer sur des exploits miraculeux pour démontrer la véracité de son Enseignement aux six maîtres des écoles non-bouddhiques de l’Inde. A cette occasion, le Maître Tsongkhapa a offert une couronne de joyaux en formant les voeux de bonheur pour tous les êtres, à la statue du Bouddha Shakya Mouni, qui se trouve dans le Jokhang, le temple principal de Lhassa.

La fête de la Grande Prière commence le troisième jour du Nouvel an et dure trois semaines. Elle rassemble plus de vingt mille moines essentiellement de trois grandes universités monastiques : Ganden, Séra et Drépoung, et d’autres monastères proches de Lhassa. Pendant cette fête, la loi monastique est appliquée dans l’ensemble de la ville de Lhassa. L’application de cette loi est confiée aux autorités monastiques de Drépoung selon un code de la loi monastique nommée Chayig, établi par le 5ème Dalaï Lama Ngawang Lobsang Gyatso en 1662.

L’une des caractéristiques du Mönlam Chenmo est l’organisation des grands débats philosophiques. Seize Guéshé, docteurs en philosophie bouddhique - les plus érudits, passent leurs examens pendant cette fête, devant des milliers de moines. Les sujets d’examen portent sur les cinq connaissances philosophiques bouddhiques : la logique (tsé ma), la perfection de la sagesse (phar chin), la voie du milieu (ou ma), la métaphysique (ngon pa) et la discipline monastique (dul va).
Les examens se déroulent sous forme de débats utilisant la technique du syllogisme codifié, difficile à comprendre pour les non-initiés. Ceux qui réussissent l’examen obtiennent le titre de Guéshé Lharampa, titre correspondant au Doctorat de philosophie bouddhique.

Le quinzième jour marque le véritable Jour de la Grande Prière commémorant la victoire du Bouddha historique sur les hérétiques et cela donne lieu à une grande cérémonie d’offrandes avec des Tormas gigantesques sculptées en beurre coloré et exposées dans le Barkor, le chemin circulaire autour du Jokhang. Le Dalaï Lama et les membres de son gouvernement assistent à la cérémonie. La population de Lhassa et les pèlerins se bousculent pour admirer les Tormas et recevoir leur bénédiction. Cela donne lieu à des spectacles de chants et de danses considérés comme offrandes.

Le vingt-quatrième jour marque la cérémonie de purification et d’exorcisme dirigé par le monastère de Namgyal et le collège tantrique de Drépoung. Cette cérémonie est appelée Moenlam Torgyag. Des Torma géantes sont brûlées à Loubouk dans le quartier sud de Lhassa en guise d’exorcisme. Nechung, l’oracle d’État et sa suite, ainsi que tout un corps d’armée tibétaine vêtu d’un costume militaire ancien et portant des armes anciennes, participent à la cérémonie.

Le vingt-cinquième jour marque la fin de la fête de Grande Prière. On sort du Jokhang la statue de Maitreya, le Bouddha du futur, et la transporte en procession dans le Barkor, le chemin circulaire autour du Jokhang pour donner la bénédiction à la population. La symbolique de cette procession est de faire venir rapidement l’ère ou le Kalpa de Maitreya, le prochain Bouddha historique.

Car, selon la cosmologie bouddhique, une période de régénérescence extrême suivra le Kalpa actuel du Bouddha Shakya Mouni, durant laquelle l’espérance de vie humaine ne dépassera que dix ans au maximum. Afin de remplacer cette ère négative par celle du Maitreya, de nombreux événements auspicieux sont organisés. Par exemple, une course entre cavaliers vers la statue de Maitreya symbolise la rencontre du monde humain et de celui des animaux avec le prochain Bouddha.



Ngawang DAKPA

Professeur à l’INALCO

Source : Paix des Âmes




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