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USA — Point de vue d’un bouddhiste Zen sur Noël

lundi 17 décembre 2007

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USA - A Zen Buddhist’s Point of View on Christmas


NOEL POUR UN BOUDDHISTE ZEN AMERICAIN

« les cadeaux sont une extension de notre karma »


ELUDING HAPPINESS : A Buddhist Problem with Christmas [1]
- OUBLIER LE BONHEUR : Le Problème d’un Bouddhiste avec Noël



J’ai grandi dans une famille blanche, libérale, sur la côte Est, de racines Unitarienne et Presbytérienne, et nous célébrions Noël de manière typique : l’arbre, le spectacle de l’école, les chants de Burl Ives, Rudolph Claymotion à la télévision. La plupart de mes souvenirs de vacances sont heureux. Mais une année - J’avais 9 ou 10 ans - les choses ont pris un tournant bizarre : Je me suis réveillé, me suis précipité jusqu’au pied du sapin, ai inspecté tous les cadeaux, et ai découvert avec horreur, que parmi tous, il n’y en avait que deux ou trois pour moi. Mon frère (semblait-il) en avait eu six fois plus. Ce fut le pire des cauchemars de jeune enfant : abandonné, mis à la casse.



J’ai éclaté en sanglots et poussé des hurlements. On m’a montré les petits paquets en dessous, qui contenaient les choses que je voulais vraiment - un couteau de l’Armée Suisse avec mon nom gravé dessus, une cassette de Bruce Springsteen. Mais il fallut une heure pour m’apaiser, de ce que je me souviens.



Je suis sûr que beaucoup d’adultes américains peuvent faire émerger une histoire similaire de leur enfance. De toutes les fêtes que nous célébrons, Noël a les plus grands enjeux, le plus d’avantages, et personne ne le comprend mieux que les enfants. La menace des morceaux de charbon dans la chaussette est, d’une certaine manière perverse, réelle pour eux : non pas parce qu’ils ont peur de ne rien recevoir, mais parce qu’ils craignent de ne pas recevoir assez. Les parents, aussi, comprennent instinctivement que les cadeaux de Noël sont un test de leur amour, et agissent donc en fonction.



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Anthropologiquement parlant, il n’y a rien d’unique à notre célébration quelque peu folle de l’abondance et de la chance, au point le plus sombre du calendrier, avec son tournant attendu. J’en ai été témoin quelques années auparavant lorsque je vivais à Hong Kong pendant le Nouvel An lunaire, que la ville célèbre avec la même ferveur commerciale impudente qu’elle applique à tout. Le point culminant de la fête pour les enfants, est la distribution des pochettes rouges Lai See, pleines d’argent.



Ces 11 dernières années, j’ai étudié le Zen coréen, et en tant que Bouddhiste américain je ne sais pas trop quoi penser de Noël. Non pas que je me sente déloyal. Le Bouddhisme Mahayana, la plus grande tradition à laquelle le Zen appartient, encourage la coexistence parmi les traditions religieuses. Lorsque j’ai demandé à l’un de mes enseignants récemment, sa position vis à vis de Noël, il m’a répondu : « Lorsque je suis au temple, nous célébrons le Jour de l’Illumination de Bouddha [la première semaine de Décembre] ; lorsque je suis avec des personnes qui célèbrent Hanukkah, je le célèbre ; lorsque je suis avec des gens qui célèbrent Noël, je célèbre Noël ».



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Pour plusieurs raisons, j’aime Noël, non pas uniquement parce que je l’apprécie génralement comme un enfant. Il y a nombre de parallèles entre l’histoire de Noël et l’histoire de la naissance de Bouddha. Le Bouddhisme de l’Est asiatique a aussi une figure analogue à celle de Santa Claus – Budai, ou Hotei, le moine riant immensément gros, dont le nom signifie littéralement « sac de tissu », en référence au sac de mendiant qu’il porte. On dit que le sac est toujours plein de cadeaux pour les enfants ; il est souvent représenté avec des bambins qui grimpent partout sur lui. En Chine et au Japon, il est un symbole d’abondance et parfois même d’excès.



Mais en même temps, je ne peux m’empêcher de sentir que quelque chose est intrinsèquement mauvais dans la version contemporaine américaine de Noël. Cà n’est pas simplement que l’acte d’offrir s’est émancipé de sa symbolique religieuse ou que la fête s’est « commercialisée » (Comme le laisse entendre le bouquin de Leigh Eric Schmidt, Commercial Rites : L’achat et la Vente des fêtes américaines le prouvent, Noël aux Etats-Unis a toujours été un rituel commercial.). Ce qui est confus, d’un point de vue bouddhiste, est que nous avons en grande partie, perdu la capacité de laisser les présents nous rendre heureux. Les significations de –cadeaux- et les fins - heureuses – sont devenues distinctes. Majoritairement aujourd’hui, nous pensons que la façon de rendre les gens heureux à Noël, serait de leur donner ce qu’ils nous ont dit vouloir. C’est vrai aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Le processus même de la liste des voeux, des demandes claires et définies, est dans un sens, ce qui rend possible le Noël contemporain américain.

« les cadeaux sont une extension de notre karma »


Les listes des voeux, toutefois, signifient que celui qui offre ne prend aucune responsabilité pour – aucune propriété de – le cadeau. D’un point de vue bouddhiste, il s’agit intrinsèquement d’une erreur. Quel que soit ce que nous donnons à quelqu’un, nous recevons aussi nous-mêmes. Le cadeau lui-même n’a que l’existence et la signification que nous lui assignons. Une autre façon de le dire, serait que les cadeaux sont une extension de notre karma.



Les exemples les plus évidents sont les cadeaux dangereux ou inappropriés – un fusil pour un enfant de 11 ans, une voiture pour un adolescent de 16 ans qui n’a pas appris à s’arrêter aux signaux stop. Mais considérons un exemple plus bénin. Disons que vous avez une fille de 16 ans qui désire ardemment sa paire de skis à 500 dollars. Vous pouvez vous le permettre ; vous lui avez budgétisé cette somme : et l’acheter la rendra extrêmement heureuse, à court terme. D’un autre coté, vous sentez qu’il est inapproprié –même scandaleux –de dépenser autant d’argent dans le cadeau d’un adolescent.



Alors quoi ? Cà n’est pas la fin du monde d’avoir une fille aux goûts luxueux. Si vous considérez le cadeau uniquement comme une transaction – J’ai cet argent, que voudrais tu que j’en fasse ?- cela n’a aucun sens pour vous, de couper court aux désirs de votre fille. Néanmoins, après que vous aurez acheté cette paire de skis, le monde sera légèrement altéré. Elle aura reçu la validation de recevoir des cadeaux extravagants comme témoignages d’amour, et vous, en participant à la transaction, aurez confirmé son choix. Non seulement votre culpabilité et votre frustration disparaîtront, mais elles deviendront une part de l’échange en lui-même, une part du prix de son bonheur. Votre relation est définie par le cadeau, au lieu de l’inverse. C’est un changement si subtil que vous n’en serez peut-être même pas conscient, mais les conséquences, au final, sont réelles.



Il n’y a pas de moyens faciles de nous extirper de cette contrainte faite d’obligation et de réassurance. Pour ceux qui veulent en finir avec les dépenses ou le shopping, il y a beaucoup de sites Internet dédiés à rendre la saison plus simple – un objectif honorable. Mais Noël ne se résume pas à la vertu ; elle est une occasion de ressentir la chance d’être vivant, ainsi que de la reconnaissance pour l’abondance que nous partageons, sans laisser cette abondance nous rendre fous. Cela nécessite un sens de la proportion – un instinct qui saurait quand le plus devient assez. Je ne suis certainement pas un parangon là : après avoir lu cet essai, ma femme a noté que ma liste de vœux Amazon contenait 79 éléments. Beaucoup de ces titres y étaient depuis des années, et je n’attends pas réellement que quelqu’un vienne les acheter. Mais le petit garçon en moi n’en a cure.



Par Jess Row



Source : www.slate.com




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