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Jean-Paul Ribes — Le Bouddhisme : une non-violence de l’Intérieur

jeudi 24 décembre 2009

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Le bouddhisme :
une non-violence de l’intérieur


- Par Jean-Paul Ribes, journaliste, chroniqueur au magazine mensuel L’actualité des religions.

L’ahimsa dans le bouddhisme

La non-violence apparait souvent comme une des qualités que l’on prête naturellement au bouddhisme. Ceci est parfaitement justifié. Est-ce à dire que la non-violence soit un des buts ou une pratique essentielle du bouddhisme ? La réponse est plus délicate.

Pour utiliser une image très orientale, on pourrait dire que le bouddhisme est non-violent comme la mer est mouillée ; c’est dans sa nature ! Évidemment nous ne sommes guère plus avancés pour autant.

Si l’on veut s’approcher d’un peu plus près des raisons qui, au sein du bouddhisme conduisent à bannir l’usage de la violence, il faut commencer par évacuer une confusion autour du mot sanscrit ahimsa, qui désigne une attitude, un principe de vie rarement répandus dans l’Inde pré-bouddhiste et traduit un peu sommairement par " non-violence ". Étymologiquement le a privatif s’applique à la notion de nuisance, de blessure ou d’interruption portée par la racine himsa. On peut donc bien sûr rapprocher le sens du mot ahimsa de celui, originel, du terme non-violence. Ceci est moins pertinent si on limite le concept de non-violence à une méthode de lutte politique visant à obtenir tel ou tel résultat ou a résoudre un conflit sans l’usage de la force ouverte.

Intégré au vocabulaire bouddhique, l’ahimsa engage en effet très largement dans l’abstention de toute intention de nuire à autrui et à soi-même, fut-ce en intention ou en parole. Ainsi le mensonge, la calomnie ou la manipulation (la propagande) constituent des actes négatifs tout aussi préjudiciables, parfois plus, qu’une empoignade ou qu’une fessée.

De surcroît, cette non-nuisance ne se limite pas aux humains. Elle englobe tous les êtres sensibles (animaux), leur environnement terrestre et l’espace même. " Rien, comme le souligne John Snelling, n’est placé hors de la sphère de notre responsabilité morale. " La notion d’ahimsa induit donc celle d’un comportement " juste ", que les bouddhistes appellent " le Noble Sentier Octuple " : car il se compose de huit préceptes à respecter : la compréhension juste et la pensée juste qui constituent la sagesse (prajna), la parole juste, l’action juste et les moyens d’existence justes, qui constituent la moralité (sila), l’effort juste, l’attention juste et la concentration juste, qui constituent la méditation (dhyana).

L’ahimsa bouddhique doit donc être renvoyée à un processus d’ensemble, tourné vers la compréhension de la nature ultime des choses et de notre propre esprit. Cette quête a pour point de départ la prise en compte d’un symptôme révélateur, en ce qui nous concerne, doukkha, la souffrance.

C’est aussi le point de départ de l’enseignement du Bouddha.

Ce que nous savons, par la légende incluse dans l’histoire indienne du Bouddha Shakyamouni, nous montre un être humain qui, mal-ré une éducation très préservée des maux de ce monde, et peut-être à cause d’elle, ne se résout pas à accepter sans réagir le choc ressenti face à la révélation de la souffrance de la naissance, de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Ce qui est identifié comme souffrance doit bien avoir une cause ? Il la recherche. Et la trouve, dans cette ignorance qui nous fait nous attacher à des formes illusoires, à des phénomènes conditionnés, générateurs de plaisirs provisoires et de douleurs durables.

La croyance en un soi permanent, cet ego qui nous est si cher, est l’une de ces illusions les plus " coûteuses ", qui nous entraîne dans la répétition ad infinitum de nos aventures prévisibles, le samsara, cycle des existences conditionnées. Pourquoi ne pas chercher à s’en libérer ?

Déconstruire les idées reçues, dissiper les voiles, les à peu près , les répétitions flemmardes et conformistes : le programme est en définitive assez proche de celui d’un chercheur scientifique.

Voilà le grand dessein du Bouddha. Il s’attelle à le réaliser, au prix de longues réflexions et d’un pari fou : " Je ne sortirai de ma méditation qu’une fois la solution trouvée ! "

Cet ordre du monde, des poisons et des vertus qui l’habitent, la nature de l’esprit qui nous permet de percevoir et de modifier notre être au monde, la méthode à suivre pour parvenir à l’Éveil - ainsi nomme-t-il ce grand choc révolutionnaire dont nous possédons tous le potentiel - tout cela lui apparaît, dans la lumière, comme une formidable découverte, intuitive et raisonnée.

Il serait trop long de décrire dans son ensemble l’architecture de cette découverte et la multitude de ses projections. Arrêtons-nous sur ces facteurs obscurcissants, les Kleshas, au nombre de 84 000 selon la tradition, qui ralentissent, perturbent notre chemin vers l’Éveil en nous noyant sous des émotions négatives, elles-mêmes génératrices d’actes dont nous sommes comptables (on entend par là aussi bien les pensées que les paroles et les actions), ce fameux Karma.

Si le désir-attachement est ainsi à la source de bien des comportements nuisibles à nous-mêmes comme aux autres (indigestions ou assassinats !), il est un autre poison encore plus grotesque dans son expression et qui peut nous mener aux pires des actes - donner la mort ou torturer - il s’agit de la haine inspiratrice de la colère. Bien entendu elles découlent tout droit de cette illusion de l’ego, et de sa protection qui justifie tout. Il est ainsi dit qu’un seul instant de colère haineuse peut anéantir une vie entière d’actions généreuses !

Mais que l’on se rassure, à chaque poison il existe son antidote. Ici l’antidote principale sera de s’exercer à la pratique de la patience.

Les trois véhicules

Avant d’aller plus loin, une précision. En tant que corpus historique, daté, le bouddhisme ne pouvait échapper à l’évolution des mentalités, aux interprétations, à la constitution d’écoles de pensées et de pratiques. Ces " véhicules " ou Yanas, sont au nombre de trois. Chacun tisse à sa manière, selon ses textes, sa voie d’approche de l’Éveil. Plutôt que de les considérer comme contradictoires, il est enrichissant de les regarder comme complémentaires, par l’accent que chacun donne à des pratiques essentielles.

Le plus ancien, appelé de façon un peu réductrice Petit Véhicule ou Hinayana est aujourd’hui vivant dans la seule sous-école qui demeure, le Théravada, chemin des Anciens. Véhicule des Ahrat, êtres accomplis, on le dit aussi celui de ceux qui recherchent l’Éveil pour eux-mêmes. Ici la pratique du non-attachement et de la morale (sila) prédominent. Comment mieux les pratiquer qu’au sein de la communauté monastique, respectueuse d’une stricte discipline ? Le Vinaya, composé de plus de 270 voeux ou engagements. La non-violence y est " ritualisée " par la règle, avec la mendicité quotidienne, la récitation des soutras et plus généralement l’abstention de tous les gestes " mondains " susceptibles d’entacher la pureté du futur arhat. Accusées parfois de cléricalisme (les moines faisaient la paix pendant que les laïcs faisaient la guerre), d’être indifférentes à la " souffrance sociale ", voire aux injustices, c’est pourtant du sein des écoles Théravadines que sont nés les courants contestataires et encacés comme l’INEB dont la figure de proue est le Thaïlandais Sulak Siravasta.

Né au tournant de notre ère - est-il dans sa gestation antérieur au Christ ? - le Mahayana, qui se baptise lui-même grand véhicule, met au centre de sa pratique l’union de la sacesse et de la compassion, incarnée par la démarche exemplaire d’un personnage qu’il s’agit de faire naître en nous, le bodhisattva, héros de l’éveil, qui conditionne sa propre libération à celle de tous les êtres.

Enfin, du Mahayana est issu le Vajrayatia, véhicule de diamant, qui se propose d’utiliser toutes les énergies, toutes les forces de la réalité relative, mais en les transcendant, en les " retournant " pour obtenir la libération de tous les êtres. Si les pratiques tantriques secrètes, qualifiées parfois de " magiques ", sont réservées à des personnages particulièrement évolués, le véhicule des tantras se distingue plutôt des autres véhicules par l’empreinte forte que lui a donné son implantation au Tibet. Ainsi son riche symbolisme, ses rituels transmettent-ils, le message visuel, à travers les " divinités courroucées ", qu’il est possible et même nécessaire de transformer ses peurs et ses névroses en instrument de paix. L’image de Manjoushri, le " doux glorieux " brandissant une épée affilée, ne doit pas convertir les adeptes à l’usage des armes de combat. Destiné à trancher le voile de l’ignorance, ce sabre nous rappelle que se détacher de l’illusion, donc de la souffrance, exige force , détermination et parfois la capacité d’affronter une certaine douleur. D’autres méditations ritualisées, comme celle de l’offrande du corps aux esprits avides, nous font explorer avec beaucoup de réalisme la compassion agissante, unie à la sagesse.

Pour ce qui nous occupe, à savoir l’entraînement à une pratique permanente de la non-violence, dans la vie de tout les jours, nous nous référerons plus volontiers aux enseignements du Mahayana., en soulignant toutefois la base commune aux trois véhicules. Cette communauté se traduit par exemple dans la méditation de Samatha/Vipassana, c’est-à-dire le travail régulier et constant pour générer l’esprit calme, neuf, pur et transparent qui, " comme à travers l’eau au repos ", peut exercer sa claire vision.

La non-violence est liée à l’éveil

Illustré par le personnage du bodhisattva, la pratique imahayaniste de la non-violence fait partie intégrante de ce que l’on appelle " la production de l’esprit d’Éveil ". De quoi s’agit-il ? D’entamer une révolution assez radicale, puisqu’elle doit conduire à se détacher progressivement de l’essentiel de nos idées reçues, concernant notamment notre propre personne et, dans le même temps, de se mettre en permanence au service du bonheur de tous les êtres. Un bonheur qui ne se limite pas à ses aspects matériels, sociaux ou politiques, quoiqu’il en tienne compte, mais qui réside essentiellement dans un épanouissement spirituel. Il ne s’agit pas non plus de la promesse d’un " paradis " à venir (quoique cette notion puisse exister dans certaines écoles, comme l’Amidisme, qui s’en remet au " sauveur " Amithaba) mais d’une expérience immédiate. Cet " entraînement ", qui se trouve fort bien décrit dans l’ouvrage de Shantideva, Vivre en héros pour l’éveil, va s’appuyer essentiellement sur l’apprentissage des quatre vertus dites " incommensurables " que sont l’amour, la compassion, la joie et l’équanimité. L’équanimité, c’est-à-dire l’égalité d’esprit qui permet de se défaire de l’excès de croyance en une opinion et d’exercer un contrôle naturel sur ’nos émotions peut, dans une certaine mesure, être comparée à une non-violence de l’esprit. Pour en donner un exemple, face à la souffrance (de soi-même ou d’un autre), s’abandonner à l’indignation risque d’être tout à fait inefficace. Un peu comme un médecin qui se mettrait en colère ou fondrait en larmes devant une rougeole. Il en est de même avec les personnes : considérer un adversaire comme son ennemi, le ha:ir " à mort ", c’est s’engager dans une voie sans issue. Il faut donc apprendre à " inverser la vapeur " ; nous verrons que c’est l’objet d’exercices très concrets comme la pratique de tonglen, donner et recevoir.

" Mode d’emploi " des quatre incommensurables, les six " vertus transcendantes " vont être en quelque sorte des guide pratiques pour les différentes situations de notre vie. Le mot sanscrit qui les désigne est paramitas. Para signifie " autre rive, " au-delà de, et mita indique le sujet en mouvement. Ce sont donc en réalité des activités transcendantes qui permettent d’aller au-delà. On les dit transcendantes parce qu’apprendre, méditer ou appliquer les paramitas c’est " être " paramita, faire un, arriver à une spontanéité impersonnelle, qui transcende tout impératif moral ou religieux, qui ne relève d’aucun commandement, pur fruit du moment présent, pure expression de Karuna, le cœur noble (ou le cœur courageux), mot qui désigne également la compassion.

Les paramitas sont au nombre de six : la générosité qui s’exprime par le don (dana), l’éthique/discipline (sila), la patience (khsanti), l’énergie/diligence (virya), la concentration (dhyana) et la sagesse (prajna). La sixième, la sagesse, concentre et inspire les cinq autres. Chacune pourrait donner lieu a de longs développements.

Ainsi dana comprend, bien sûr, le don matériel, qui peut inclure le don de sa propre vie, de son propre corps, mais elle comprend aussi le don spirituel. Donner l’enseignement, transmettre le Dharma (enseignement) ne peut cependant prétendre à l’efficacité que si l’on a soi-même reçu la transmission, fait l’expérience, obtenu la capacité, comme on peut l’exiger de tout pédagogue. Enfin, troisième forme de don, celui de la non-peur, qui consiste à donner un refuge matériel et moral à ceux qui n’en ont pas, à leur transmettre un peu de la sécurité ou du courage que l’on a pu acquérir. Cela inclut de venir en aide aux animaux qui souffrent, de les nourrir, de protéger leur vie. Mais, comme nous le mentionnions plus haut, la paramita qui a sans doute la plus grande pertinence en matière de pratique de la non-violence est celle qui s’intitule Kshanti, la patience.

Il faut l’entendre dans ses différentes dimensions.

Antidote à la haine et à la colère, elle mobilise l’endurance équanime. Ce qui veut dire la capacité de supporter les misères que l’on nous fait, les insultes, les médisances, voire les coups, sans entretenir d’esprit de vengeance. Mais en conservant à l’esprit son calme et sa liberté, nous nous mettons également en position de saisir l’intelligence d’une situation, d’évoluer en quelque sorte parmi les lignes de défense de l’adversaire, de comprendre profondément les raisons qui le poussent à se comporter ainsi.

Le but n’est pas, alors, d’en profiter pour l’écraser, le faire souffrir, mais au contraire d’intervenir pour le soulager de sa souffrance, à l’origine de son comportement agressif. On voit l’ampleur du chemin à parcourir ! C’est pourquoi Kshanti va devoir s’appuyer sur Virya, le courage, l’énergie diligente, qui nous aide à renforcer notre motivation. Ellemême se revigore en pratiquant dhyana, la concentration., rappel de l’imperrnanence, du lâcher prise, de la lucidité.

Jetsun Milarepa a dressé cet abrégé qui est aussi le programme de la pratique des paramitas :

Quand on n’a plus le concept d’un moi,
Il n’est pas d’autre générosité.
Quand on a rejeté toute hypocrisie,
Il n’est pas d’autre discipline.
Quand on a dépassé la peur du vrai sens,
Il n’est pas d’autre patience.
Quand on ne se sépare plus de la pratique,
Il n’est pas d’autre courage.
Quand on reste toujours dans l’état d’esprit inaltéré,
Il n’est pas d’autre concentration.
Une fois réalisé le mode d’être,
Il n’est pas d’autre connaissance.
Quand tout ce qu’on fait est Dharma,
Il n’est pas d’autres moyens.
Quand on a vaincu les quatre démons,
Il n’est d’autre force.
Quand on a accompli le double but,
Il n’est pas d’autre prière.
Quand on a reconnu le défaut caché des émotions,
Il n’est pas d’autre sagesse.

Regards sur les exercices bouddhistes

Si ce programme, dans sa radicalité, peut paraître encore un peu abstrait, il ne faut pas oublier que chaque tradition, chaque école du bouddhisme a su développer, en fonction de son contexte culturel, des exercices spécifiques permettant de le mettre en oeuvre. Ainsi la pratique de tonglen, donner et recevoir, favorise-t-elle, dans le bouddhisme tibétain, cet entraînement à la patience et à la bienveillance.

Cela commence très simplement par une attention, courante dans toutes les méditations, à sa propre respiration. Mais ici, on va en inverser, symboliquement, le sens ordinaire. Inspirer, ce n’est pas prendre le bon air mais au contraire recevoir en soi pollutions, impuretés, malheurs. Expirer en revanche, c’est restituer un air nettoyé, limpide, parfumé.

Plus généralement tonglen propose de partager et d’offrir tout ce qui est bon et de garder pour soi la plus grosse part possible de ce qui ne va pas, de ce qui est pénible à supporter. Mais comme il ne s’agit surtout pas de sombrer dans le masochisme ou la délectation morose, on ne se chargera que progressivement, au fur et a mesure du développement de notre coeur et de notre courage, à la manière d’un haltérophile qui augmente gramme après gramme les poids qu’il soulève.

Les exercices, qui en aucun cas ne doivent tourner au fantasme ou à l’obsession, vont nous conduire de plus en plus près de situations réelles, donner du corps à l’entraînement. Ce sont des scènes de la vie quotidienne, avec la peine qu’elles nous inspirent, que nous allons avaler à grandes goulées.

Surtout ne pas fuir, ne pas se planquer. Au début , c’est la souffrance d’un parent, d’un ami que nous allons intérioriser. Ensuite nous étendrons notre sympathie à des gens que nous ne connaissons pas, des gens vus dans la rue ou à la télévision. Puis on ira encore un peu plus loin. Son ennemi, celui ou celle qui représente jusqu’à la caricature ce qui nous répugne ou ce qui nous effraie, on va essayer de faire tonglen en sa compagnie. En inspirant à la fois nos peurs et les siennes, nous allons tenter de les absorber. Cela sera peut-être insupportable au début, alors en expirant on s’emploiera, par nos offrandes, à les amadouer. Puis on recommence, générant à chaque fois un peu plus de bien-être, un peu plus de paix.

Si tonglen requiert au départ une attention privilégiée, un moment spécifique dans notre vie débordante d’activité, il n’est pas impossible par la suite de s’entraîner à tonglen dans toutes les circonstances de notre vie. Ouvrir la fenêtre et voir le temps qu’il fait, en faire l’offrande, si le soleil brille et que nous l’apprécions, c’est tonglen ; jeûner, avaler un sandwich ou faire un repas gastronomique, c’est tonglen.

C’est en définitive dans notre rapport sain, bienveillant, clairvoyant et heureux avec le reste du monde que tonglen prend tout son sens.

La non-violence résulte d’une pratique

Il est clair que si nous sommes devenus aptes à supporter lune certaine douleur, émotionnelle aussi bien que physique, et en échange à trouver vraiment de la joie, une joie sensible mais sereine à pratiquer la bienveillance, alors nous sommes évidemment capables de pratiquer ahimsa, l’altruisme non-violent, d’une manière naturelle.

L’ensemble de ces entraînements sont décrits dans de nombreux classiques du bouddhisme Mahayana, comme le Bhodisattvachaiyatvatara de Shantidéva, déjà cité, mais aussi les trente sept pratiques du bodhisattva ou les cinquante et un slogans datisha. Mais attention, la simple lecture ne suffit pas !

D’ailleurs, sans l’aide d’un instructeur compétent, ces guides risquent de paraître aussi ennuyeux et abstraits qu’un manuel d’instruction militaire décrivant le parcours du combattant. Aucun intérêt !

Le bouddhisme, en effet, ressemble à de l’eau tiède si l’on se limite à le considérer comme l’exposé d’une philosophie ou d’une religion. Il devient en revanche un formidable terrain d’aventure, dès qu’on en fait une pratique, contrôlée par la méditation, l’étude et la transmission. N’en est-il pas de même de la paix et de la non-violence ?

C’est quand on s’y engage, quand on plonce dedans, que les aspects un peu ternes, gentillets, voire gnangnans, sous lesquels on les considère volontiers, s’évanouissent.

Une culture de la paix et de la non-violence ne se crée ni ne s’acquiert en un jour. Le bouddhisme, s’il a réussi, dans son ensemble, à maintenir les éléments d’une telle culture et à les régénérer périodiquement, a connu lui aussi ses échecs et ses faces obscures, ses régimes tyranniques, ses collabos, ses moines habiles à justifier des massacres.

Le message demeure néanmoins, et comme le conte ici la parabole de la page 15, si être la paix peut parfois arrêter la guerre, il arrive également que l’on (le Bouddha lui-même !) y échoue. Faut-il pour autant renoncer à garder en soi et à générer l’esprit de paix ?

Pour un bouddhiste, en effet, l’ahimsa , répétons-le, n’est pas seulement une méthode que l’on utilise ou un chemin que l’on expérimente. C’est également et surtout un état que l’on obtient, que l’on pratique et que l’on partage.


- Source : www.non-violence-mp.org

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2 Messages

  • Intégré au vocabulaire bouddhique, l’ahimsa engage en effet très largement dans l’abstention de toute intention de nuire à autrui et à soi-même, fut-ce en intention ou en parole…..De surcroît, cette non-nuisance ne se limite pas aux humains. Elle englobe tous les êtres sensibles (animaux), leur environnement terrestre et l’espace même……Antidote à la haine et à la colère, elle mobilise l’endurance équanime. Ce qui veut dire la capacité de supporter les misères que l’on nous fait, les insultes, les médisances, voire les coups, sans entretenir d’esprit de vengeance. Quand on n’a plus le concept d’un moi,
    Il n’est pas d’autre générosité……si être la paix peut parfois arrêter la guerre, il arrive également que l’on (le Bouddha lui-même !) y échoue.

    L’équanimité n’est pas ici, dans les termes de ce texte....c’est un état de conscience qui permet d’œuvrer pour le bien de tous les êtres sans aucune appropriation.
    La roue et le contenu du Samsâra n’est qu’une image où les cinq poisons se mordent la queue sans issue autres que leurs extinctions. L’équanimité est semblable au Soleil qui nous donne sa lumière sans même le savoir, ni le vouloir.

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  • Magnifique exégèse de la pratique !
    Bravo à l’auteur et Merci pour tous

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