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Livre — Vive la pluie ! d’Erik Orsenna

mardi 25 novembre 2008

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Vive la pluie !


Ce n’est pas à un romanichel qu’on apprend à dire la bonne aventure. En bon Breton d’adoption, je croyais tout connaître des précipitations venues du ciel. Les 860, 880 millimètres d’eau douce tombés bon an mal an sur mon crâne et sur celui de mes chers frères et sœurs brestois me semblaient valoir diplôme. J’étais loin du compte.

Préparant mon voyage en Asie, je découvris le nom d’une ville, Cherrapunjee. Cette petite localité indienne, située au nord-est du Bangladesh, au pied de l’Himalaya, détenait, m’apprenait-on sans ménagement, le record mondial de la pluviométrie : 12 mètres en quatre mois ! Même si la mousson était responsable de cette performance, une mousson encore ignorée sur nos côtes d’Iroise, vous comprendrez mon sentiment de ridicule. L’heure était venue pour moi d’en savoir plus sur les nuages. Pour trouver un professeur, je n’eus pas à voyager loin. Mon club des Argonautes rassemble tous ceux qui en savent gros sur la mer, sur le ciel et sur leurs jeux communs. Et me voici, par un soir frisquet de janvier, dans la coquette cité résidentielle du Chesnay (département des Yvelines, France) pour prendre ma première leçon de pluie. D’autres allaient suivre. Car mon professeur Jean Labrousse eut beau faire assaut de patience et de clarté, mon intelligence est aussi lente que le mécanisme est complexe.
Une fois de plus, résumons.

Leçon 1

Un nuage est constitué de poussières, d’air sec et d’eau sous toutes ses formes : vapeur, glace, gouttelettes. Il paraît léger, il pèse des tonnes : 10 000 pour un petit cumulus ; 1 milliard pour un gros cumulo-nimbus. C’est principalement le poids de la vapeur d’eau. Si les nuages tellement pesants ne nous tombent pas sur la tête, c’est qu’ils sont soulevés en permanence par des courants ascendants.

Leçon 2

L’eau change d’état en fonction de la température. Plus la température s’élève, plus les molécules s’agitent, moins elles s’organisent en formes fixes : c’est la vapeur. Plus la température s’abaisse, plus les molécules se calment et prennent le temps de se structurer : c’est la glace. Entre les deux, à température moyenne, les molécules se rapprochent souplement : c’est l’eau liquide. Un nuage est un carnaval, un grand carnaval de l’eau. Dans un nuage, l’eau reste de l’eau, mais elle n’arrête pas de se déguiser. Elle passe sans cesse d’un état à un autre. Par condensation, la vapeur devient liquide ou glace. Par évaporation, l’eau liquide et la glace deviennent vapeur. La condensation réchauffe le milieu ambiant (elle libère de la chaleur). L’évaporation le refroidit (elle a besoin d’énergie, donc absorbe de la chaleur). Dans ce carnaval qu’est le nuage, l’eau brouille les pistes : non contente de changer d’état, elle s’amuse à prendre tous les états à la fois. Jouant de la pression et de la température, la glace, la vapeur et les gouttes d’eau réussissent à coexister.

Les poussières sont des complices actives de cette valse permanente : elles accueillent et rassemblent les molécules qui passent d’un état à l’autre.

Leçon 3

Mouvements verticaux. Soit, proche du sol, une parcelle d’air chaud : elle a tendance à s’élever. Au fur et à mesure qu’elle gagne de la hauteur, la pression atmosphérique diminue. La parcelle prend ses aises, se disperse sur plus d’espace et, ce faisant, se détend, se refroidit. Mais elle se refroidit moins vite que l’air ambiant. Toujours plus chaude que lui, elle continue à grimper.

Supposons que cette chaude parcelle contienne beaucoup d’humidité. Il arrive une altitude, c’est-à-dire une certaine température, où des gouttes d’eau paraissent. La condensation a commencé, processus qui libère une forte chaleur. (La condensation d’un gramme de vapeur réchauffe un kilogramme d’air de 2,5 °C.) Ainsi réchauffée, la parcelle remonte de plus belle. Le même mécanisme accélérateur joue pour la redescente, lorsque la parcelle, enfin refroidie, est devenue trop lourde. La conséquence de ce grand jeu circulaire est que les masses d’air se brassent : les hautes couches se réchauffent, les basses se refroidissent. Plus forte est la présence de vapeur d’eau, plus instables sont ces masses d’air.
Et chaque fois, quittant mon professeur de pluie et sa rue de Versailles aux innombrables magasins de bouffe, je me promettais d’aller un jour saluer la ville championne du monde. D’après les guides, Cherrapunjee est assez facile à joindre via Shillong, l’ancienne capitale de l’Assam. Le voyage vaut pour les canyons vertigineux, creusés par ces écoulements de légende. Pour franchir ces crevasses, les populations ont eu l’idée de ponts-racines. Il suffit de planter au bon endroit un ficus elastica et d’attendre que poussent ses racines, en guidant quelque peu leur parcours. Si la même envie que moi d’aller là-bas vous prend, peut-être entrerons-nous en concurrence : les deux seuls hôtels, le Sohra Plaza et le Holiday Resort, n’offrent respectivement que deux et six chambres. Il paraît qu’une fois venu, on revient. Les ciels de mousson exercent un attrait auquel nul ne résiste.

Le nom de la région n’a pas été choisi par hasard : Mezhalaya, le « pays des nuages ». Comme vous le savez, l’Himalaya, l’étage du dessus, c’est le « séjour des neiges ».

Leçon 4

Le moindre cumulo-nimbus contient des centaines de tonnes d’eau condensée : une infinité de gouttelettes et de petits morceaux de glace, entraînés par leur poids, se mettent à tomber.
Dans leur chute, ils entraînent de l’air, qui peu à peu se comprime et donc se réchauffe. Prises au piège de cette chaleur, les gouttelettes s’évaporent.
C’est ainsi que la présence d’eau dans un nuage ne garantit pas du tout la pluie. Cette énorme quantité d’eau peut monter, descendre, changer d’état, s’amuser à circuler de bas en haut et de haut en bas sans jamais quitter le nuage.


Pendant ce temps-là, le cultivateur, le jardinier regardent le ciel, pourtant si sombre : l’averse tant attendue tarde. Peut-être ne viendra-t-elle jamais ; alors, la terre restera sèche...
Il n’y aura de pluie que si des gouttes suffisamment grosses se sont formées : entre 2 et 3 millimètres. Plus petites, c’est de la bruine (0,5 millimètre). Plus grosse, la goutte se déforme dans la chute, devient de plus en plus plate. Elle explosera au premier contact. Pour atteindre la taille suffisante, qui leur permettra (peut-être) de traverser sans trop de dommages la zone à haut risque de l’évaporation et d’atteindre le sol, les gouttelettes doivent se rencontrer, et s’unir. Si l’air traversé durant cette chute contient des poussières, ces unions seront plus simples : les gouttes se rassembleront autour de ces sortes de noyaux. D’où, pour aider les nuages à pleuvoir, l’idée de les saupoudrer de particules douées de pouvoirs attractifs. Ainsi ensemencés, les nuages devraient donner naissance à des gouttes plus corpulentes et donc plus résistantes.

C’est plus loin dans mon voyage, au Sénégal, que j’allais pouvoir assister à de telles expériences.


- Source : Le blog d’Erik Orsenna
- Découvrez le livre d’Erik Orsenna : L’avenir de l’eau

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