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Do Ho Suh : « on n’est rien d’autre que la somme de conséquences d’actes antérieurs »

mardi 14 octobre 2008

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13.10.2008

Né à Séoul en 1962 et vivant à New York, Do Ho Suh est sans doute l’artiste coréen le plus doué de sa génération. Whitney Museum, Pavillon coréen de la 49e Biennale de Venise, la récente expo « Psycho Buildings » à la Hayward Gallery de Londres, c’est une guest star de « Métamorphoses ». L’espace de la rue de Bassano lui a offert la rotonde, où il montre Cause and Effect, une vertigineuse installation de cinq mètres.

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Floor
Do-Ho Suh

Cause and Effect est une stalactite géante composée de figures humaines ; comme dans Karma (2003) - des jambes portées par une foule miniaturisée -, vous questionnez le rapport entre individu et collectif.
L’une de mes premières œuvres était un papier peint composé de photos d’identités des almanachs de mon lycée (1936-1995). De loin on voyait un motif régulier, de près le visage des écoliers. A cause de nos limites, nous ne pouvons rien appréhender en totalité. Il y a différentes manières d’aborder l’identité, je ne suis guère intéressé par les dichotomies individu/société, sujet/Histoire, je préfère ces zones grises où notre personnalité se cherche et se construit, interroger la frontière floue entre soi et les autres. Cause and Effect est une imbrication de figurines, comme une condensation de vies passées formant notre existence.

L’enchaînement des causes et des effets, n’est-ce pas le concept même de karma ?
Oui, c’est l’idée que tout est relié, qu’on n’est rien d’autre que la somme de conséquences d’actes antérieurs. En coréen, le mot in-yeon signifie aussi bien « lien » que « destin ». Ce mot « lien » est usité dans de nombreuses expressions. Dans Paratrooper V, un parachutiste tire un parachute dont les fils tissent le nom de 3 000 personnes : membres de ma famille, amis, amis d’amis, et amis d’amis d’amis, tous liés les uns aux autres. Il se trouve que 3 000 (c’était un hasard) est, selon le bouddhisme, le nombre de vies du cycle des naissances et des renaissances.

La figure du soldat, déjà présente dans Some/One, une armure de samouraï faite de matricules des GIs, est récurrente…
Le soldat est dans le groupe et a pour seul but sa propre survie. C’est la solitude absolue. En Corée, le service militaire peut durer vingt-sept mois, ça a été une de mes pires expériences. L’aliénation n’était certes pas un sentiment neuf, mon père [Suh Se-ok, une figure de l’art moderne coréen, ndlr] est un artiste qui avait imposé à sa famille une esthétique traditionnelle, au rebours de la société contemporaine.

J’ai pu éprouver à nouveau cette aliénation lors de mon déménagement aux États-Unis. Là, c’était comme si je m’étais soudain réincarné dans un corps étranger planté au milieu d’un carrefour. Non seulement je devais me faire de nouveaux amis, mais apprivoiser mon corps désorienté, l’habituer à cette réalité incongrue et à ses nouvelles proportions. Ma première œuvre exposée en Amérique, Seoul Home/L.A. Home, était la reproduction en soie, à échelle 1, de la maison traditionnelle de mon enfance. Je l’avais emportée dans ma valise ; quand je l’ai redéployée au Korean Cultural Center de Los Angeles, elle m’a aidé à atterrir. Comme un parachute.


Propos recueillis par Sean James Rose

Source : www.liberation.fr




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