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Ajahn Sumedho - Les 4 Nobles Vérités (3ème partie)

lundi 3 août 2015, par Alain Delaporte-Digard

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LES QUATRES NOBLES VERITES
par
Ajahn Sumedho
Partie 3

LA TROISIEME NOBLE VERITE

Quelle est la Noble Vérité de la Cessation de la Souffrance ?

C’est la disparition totale, la cessation de cette même convoitise ; c’est la rejeter, l’abandonner, y renoncer. Mais quels sont les prémices de cette convoitise qui doit être abandonnée et amenée à sa cessation ? Partout où se trouve ce qui paraît agréable et source de plaisir, sur ces prémices, la convoitise doit être abandonnée et menée à sa cessation.

Il y a cette Noble Vérité de la Cessation de la Souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées.
Cette Noble Vérité doit être pénétrée par la réalisation de la Cessation de la Souffrance ; telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées.
Cette Noble Vérité a été pénétrée par la réalisation de la Cessation de la Souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées.

[ SAMYUTTA NIKAYA – LVI – 11 ]

La Troisième Noble Vérité, sous ses trois aspects est la suivante : « Il y a la cessation de la souffrance, de dukkha, la cessation de dukkha doit être réalisée, la cessation de dukkha à été réalisée. »

L’objectif même de l’enseignement bouddhiste est de développer notre capacité mentale à contempler notre expérience dans le but d’abandonner nos vues erronées. Les Quatre Nobles Vérités nous enseignent comment y parvenir par le biais d’une forme d’enquête, d’une étude introspective – il s’agit de contempler nos réactions. Pourquoi est-ce ainsi ? Quelle est la cause de ceci ? Il est utile de chercher à comprendre, par exemple, la raison pour laquelle les moines se rasent le crâne, ou à découvrir la signification des différentes apparences des effigies du Bouddha. Nous pratiquons la contemplation… Notre esprit ne cherche pas à prendre parti, à décider si ces choses sont bonnes ou mauvaises, utiles ou inutiles. La contemplation est plutôt une forme d’ouverture mentale qui nous permet de considérer, de nous interroger : « Qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi choisit-on d’être moine ou nonne ? Pourquoi ceux-ci doivent-ils recevoir leur nourriture dans un bol ? Pourquoi donc renoncent-ils à l’argent ? Pourquoi ne peuvent-ils pas produire leur nourriture ?… » Nous arrivons ainsi à une appréciation de ce mode de vie qui a permis de sauvegarder cette tradition de génération en génération, depuis le temps de son fondateur, Gotama le Bouddha, jusqu’à nos jours.

Nous contemplons lorsque nous constatons la souffrance, lorsque nous voyons la nature du désir, lorsque nous reconnaissons que l’attachement à ce désir est souffrance. Nous avons alors la révélation de l’abandon du désir et la réalisation de la non souffrance, la cessation de la souffrance. Ce n’est que par la contemplation que l’on peut faire l’expérience de ces révélations. Il ne s’agit pas là de croyances ni d’opinions. On ne peut pas se forcer à croire, ou arriver à cette connaissance par un acte purement volontaire. Ces réalisations ne sont en fait possibles que si l’esprit est ouvert, réceptif à l’enseignement. La croyance aveugle n’est certainement pas ce qui est demandé, ni conseillé. Au contraire, l’esprit doit être disposé à contempler, apprécier et considérer.

Cette attitude mentale est très importante car c’est de cette façon que l’on peut échapper à la souffrance. Or, cela s’avère impossible pour un esprit attaché à des positions fixes et à des préjugés, qui croit tout savoir ou, à l’inverse, qui tient pour vrai tout ce que disent les autres. Seul l’esprit réceptif à ces Quatre Nobles Vérités, capable de contempler les choses – en particulier ses propres réactions – se voit offrir une telle possibilité.

Peu d’entre nous réalisent l’absence de souffrance parce que cela nécessite une forme de volonté hors du commun pour réfléchir et chercher à comprendre au-delà de ce qui s’impose comme l’évidence. Il faut posséder la motivation et le courage de vraiment observer nos propres réactions, de contempler cette expérience mentale que constitue l’attachement, d’examiner quelle en est la qualité, la coloration.

Vous sentez-vous heureux ou libre lorsque vous êtes ainsi attaché à un désir ? Est-ce une expérience qui vous rend confiant ou plutôt déprimé ? C’est à vous de répondre à ces questions. Si vous arrivez à la conclusion que l’attachement à vos désirs vous mène à plus de liberté, dans ce cas, poursuivez cette voie. Attachez-vous systématiquement à vos désirs et observez le résultat de cette attitude.

Par la pratique, j’ai pu me rendre compte que l’attachement aux désirs est synonyme de souffrance, d’insatisfaction. Il n’y a pas de doute dans mon esprit. Je vois clairement que la souffrance dont j’ai fait l’expérience au cours de mon existence était le résultat d’attachements à des objets matériels, à des idées, à des attitudes ou à des phobies. Je vois combien je me suis infligé de misères inutiles par ma seule incapacité à abandonner ces attachements, et ce pour la simple raison que je ne connaissais pas d’autre façon de vivre. J’ai grandi aux Etats-Unis, le pays de la liberté. Le bonheur y est une chose promise, mais en réalité, ce qui vous est offert, c’est le droit de vous attacher à tout ce qui se présente. Le mode de vie américain vous encourage à essayer d’emmagasiner le bonheur en accumulant une multitude de choses. A l’opposé, si vous faites une bonne utilisation des Quatre Nobles Vérités, l’attachement devient alors un objet de contemplation, une expérience qu’il s’agit de vraiment comprendre ; ainsi, la révélation, l’appréciation du non attachement se produit. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une position philosophique, ni d’un ordre donné par votre intellect vous interdisant d’être attaché, mais simplement de la réalisation, de l’acceptation d’un état de paix, se manifestant tout naturellement en l’absence d’attachement ; cet état est également libre de souffrance.

LA VERITE DE L’IMPERMANENCE

Ici, à Amaravati, nous chantons le Dhammacakkappavattana Sutta dans sa version traditionnelle. Quand le Bouddha délivra son sermon sur les Quatre Nobles Vérités, un seul des cinq disciples présents comprit vraiment, rien qu’un seul eut une réalisation profonde. Les quatre autres furent impressionnés et pensèrent qu’il s’agissait là d’un enseignement très intéressant, mais seulement l’un d’entre eux, Kondañña, fut en mesure de comprendre exactement ce que le Bouddha leur exposait.

Des Devas étaient également présents qui écoutaient le sermon. Les Devas sont des créatures célestes appartenant à d’autres plans d’existence, de beaucoup supérieur à celui des humains. Leurs corps ne sont pas matériels et grossiers comme les nôtres, mais immatériels ; ils sont beaux, raffinés et intelligents. Eux aussi furent enchantés d’entendre un tel sermon, mais aucun ne fut libéré pour autant.

Les Ecritures nous disent qu’ils furent ravis lorsque le Bouddha réalisa l’Eveil et que leurs cris d’allégresse s’élevèrent dans les cieux quand ils entendirent l’enseignement. Ceux d’un premier niveau céleste l’entendirent et communiquèrent leur bonheur au niveau supérieur et, bientôt, tous les Devas exprimaient leur joie, jusqu’au niveau le plus élevé : le royaume de Brahma. La joie résultant de la mise en mouvement de la Roue du Dhamma résonnait dans ces multiples dimensions de l’univers et les Devas et Brahmas se réjouissaient de la nouvelle. Cependant, seul Kondañña, un des cinq disciples, réalisa l’illumination en écoutant le discours. A la fin du Sutta, le Bouddha prononça les mots « Añña Kondañña ». Añña ayant le sens de « connaissance profonde », añña Kondañña signifie donc : Kondañña, celui qui comprend.

Qu’est-ce que Kondañña avait donc compris ? Quelle était cette connaissance profonde dont le Bouddha fit l’éloge à la conclusion de son discours ? C’était que toute chose qui est apparue doit également disparaître. Au premier abord, cela ne semble pas être une connaissance particulièrement hors du commun, mais pourtant, cela implique en réalité la compréhension d’une loi universelle : tout ce qui a pour nature d’apparaître a pour nature de disparaître – en d’autres termes, on parle de quelque chose d’impermanent et dénué de substance… Par conséquent, ne vous y attachez pas, ne vous laissez pas duper par ce qui survient et passe. Ne cherchez pas à prendre refuge – refuge que vous voulez fiable et durable – dans quoi que ce soit qui a pour nature d’apparaître… car cela est également de nature à disparaître.

Si vous voulez souffrir et gaspiller votre vie, investissez votre temps et votre énergie à poursuivre des choses qui possèdent un début, un commencement. Elles vous conduiront immanquablement à la fin, à la cessation et vous ne serez pas plus sages au bout du compte. Vous continuerez à tourner en rond, esclave des mêmes vieilles habitudes et quand viendra le terme de votre existence, vous n’aurez rien appris de vraiment important.

Plutôt que de vous contenter d’y penser, contemplez profondément la loi qui suit : « Toute chose dont la nature est d’apparaître est également de nature à disparaître. » Cherchez à comprendre comment cela peut s’appliquer à la vie en général, à votre expérience vécue et vous commencerez à voir. Contentez-vous de noter : commencement… fin. Contemplez la nature des choses. C’est seulement ça, le monde des sens : des choses qui commencent et qui cessent, qui ont un début et une fin. La compréhension juste, samma ditthi, est possible au cours de cette vie même. Je ne sais pas combien de temps Kondañña vécut après ce premier enseignement du Bouddha, mais, à ce moment du discours, il réalisa l’Eveil. A cet instant précis, il eut la compréhension profonde.

J’aimerais mettre l’accent sur le fait qu’il est important de développer cette façon de contempler. Plutôt que de vous contenter de perfectionner une méthode visant à apaiser votre esprit – ce qui représente indubitablement un aspect de la pratique – cherchez à percevoir la méditation correcte comme un engagement à explorer, à enquêter avec sagesse. Cela demande l’effort courageux de regarder les choses en profondeur, sans verser dans l’auto-analyse ni établir de jugement au niveau personnel sur les raisons de votre souffrance, mais en vous engageant à vraiment cultiver la voie jusqu’à ce que vienne la compréhension profonde. Cette connaissance parfaite résulte de l’appréciation de ce schéma universel du début et de la fin. Une fois que cette loi est comprise en profondeur, on voit que toute chose lui est assujettie.

Tout ce qui est de nature à apparaître est de nature à disparaître : il ne s’agit pas là d’un enseignement métaphysique. Cela n’a pas pour but de décrire la réalité ultime – la réalité au-delà de la mort. Mais, si vous comprenez en profondeur et êtes complètement conscient que toute chose dotée d’un début possède une fin, alors vous réaliserez la réalité ultime, la vérité éternelle, immortelle. Ce dont nous parlons, donc, constitue un moyen habile pour arriver à cette réalisation ultime. Notez bien la différence, ce n’est pas une formule métaphysique, mais une formule qui peut vous guider jusqu’à la réalisation métaphysique.

LE PHENOMENE DE LA MORT ET L’EXPERIENCE DE LA CESSATION

Par la contemplation des Nobles Vérités, nous prenons conscience du cœur du problème de l’existence humaine. Nous étudions ce sens d’aliénation et d’attachement aveugle à la conscience sensorielle discriminative qui résulte de l’attachement à ce qui semble séparé et isolé dans notre expérience consciente. Nous sommes attachés aux plaisirs des sens par ignorance. Lorsque nous nous identifions à ce qui est mortel, donc condamné à disparaître, et qui, par conséquent, ne peut être véritablement satisfaisant, cet attachement même est souffrance.

Les plaisirs des sens sont tous des plaisirs éphémères. Tout ce que nous pouvons voir, entendre, toucher, goûter, penser ou ressentir a pour nature de mourir, est condamné à disparaître. Par conséquent, si nous nous attachons aux sens, nous nous attachons à la mort. Si nous n’avons pas fait ce travail de contemplation et que nous n’avons pas vraiment compris cela, nous continuons à nous attacher à ce qui est mortel avec l’espoir de repousser l’échéance pour quelque temps. Nous faisons semblant de croire que nous serons vraiment heureux avec les choses auxquelles nous sommes attachés, pour faire, en fin de compte, l’expérience de la déception, de la désillusion et du désespoir. Il se peut que nous réussissions à devenir ce que nous avons entrepris de devenir, mais cela aussi devra s’achever car nous nous attachons à une autre condition vouée à la dissolution. A ce point, avec le désir de mourir, il se peut que l’idée du suicide ou de l’annihilation semble une solution, mais la mort elle-même est une condition qui n’est pas au-delà de la mort. Quel que soit le désir, quelle que soit la catégorie à laquelle il appartient, si nous nous y attachons, nous nous attachons à la mort. Ce qui suivra, par conséquent, c’est l’expérience de la déception et du désespoir.

La dépression est une forme d’expérience de la mort au niveau mental. Tout comme le corps meurt d’une mort physique, l’esprit meurt aussi. Des états mentaux, qui ne sont que des états conditionnés, meurent et disparaissent : nous appelons ces expériences tristesse, dégoût de la vie, angoisse ou désespoir. Lorsque l’attachement est présent, si nous faisons l’expérience de l’ennui, du chagrin, de l’angoisse ou du désespoir, nous avons tendance à réagir en cherchant une autre condition éphémère qui puisse se manifester. Par exemple, si vous vous sentez déprimé, que l’envie de manger une part de gâteau au chocolat vous vient à l’esprit et que vous passez à l’acte, l’espace d’un instant, vous pouvez vous oublier, vous absorber dans le goût délicieux et sucré du chocolat. A cet instant, il y a devenir. En fait, ce que vous êtes devenu est ce plaisir conditionné par le goût du chocolat que vous trouvez délicieux. Mais vous ne pouvez pas maintenir, continuer cette expérience très longtemps. Vous avalez… et que reste-t-il ? A ce moment, il vous faut trouver autre chose. C’est ça « devenir » !

Nous sommes aveuglés, enfermés dans ce processus de devenir conditionné par les sens. Mais, par la compréhension du désir – compréhension dépourvue de jugement sur la beauté ou la laideur du monde sensuel – nous sommes en mesure de le voir tel qu’il est. La compréhension est présente. De cette façon, en mettant ces désirs de côté au lieu de nous en saisir, nous faisons l’expérience de la cessation de la souffrance, nirodha – c’est-à-dire de la Troisième Noble Vérité – qui doit être réalisée au niveau individuel. Nous contemplons la cessation. Nous prenons note – « Ceci est la cessation » – et nous savons que quelque chose a pris fin.

PERMETTRE AUX CHOSES DE SE MANIFESTER

Avant de pouvoir vraiment lâcher prise et mettre les choses de côté, il faut en prendre pleinement conscience. La méditation est un moyen de permettre au subconscient de se manifester consciemment. Toutes les déceptions, les peurs et les angoisses, tous les désirs inavoués et les ressentiments ont la possibilité de devenir conscients. Beaucoup de gens aspirent à un idéal très élevé et, par conséquent, sont parfois très déçus de leur incapacité d’être à la hauteur – de ne pas se mettre en colère, par exemple – tout ce que l’on devrait ou bien ne devrait pas être. Dans ces conditions, nous pouvons aisément créer le désir – et nous y attacher – de nous débarrasser de ces choses négatives qui ne correspondent pas à notre idéal. Ce type de désir peut sembler juste au niveau moral. Vouloir se débarrasser de pensées cruelles, de ressentiments et de jalousie paraît bon, puisqu’une personne respectable ne devrait pas les ressentir. C’est ainsi que l’on crée un complexe de culpabilité.

Si nous contemplons cela, nous prenons pleinement conscience du désir d’être à la hauteur de cet idéal et de nous débarrasser de ces tendances négatives. Nous pouvons ainsi lâcher prise : plutôt que de travailler à devenir cet individu parfait, nous laissons de côté ce désir. Ne reste qu’un esprit clair et serein. Il n’est pas nécessaire de devenir cet individu parfait, ce genre d’idéal n’étant qu’une création mentale apparaissant, puis disparaissant ; l’esprit originel reste le même.

L’idée de cessation est facile à comprendre au niveau intellectuel, mais réaliser l’expérience que constitue la cessation peut s’avérer très difficile, car cela nécessite de bien vouloir cohabiter avec ce que l’on pense ne pas pouvoir supporter. Par exemple, quand j’ai commencé à pratiquer la méditation, je m’attendais à ce que cela me rende plus gentil, plus heureux et me conduise à faire l’expérience d’états méditatifs très agréables. Mais, jamais auparavant, je n’avais connu autant de haine et de colère qu’au cours de ces deux premiers mois. Je me disais : « C’est affreux, la méditation m’a rendu pire qu’avant ! ». Mais je réussis à contempler pourquoi tant de colère et d’aversion remontaient à la surface. J’ai réalisé qu’en grande partie, ma vie consistait précisément à fuir tout cela. Lorsque j’étais un laïc, la lecture était une obsession. Où que j’aille, j’avais besoin d’avoir des livres en ma possession. Lorsque la peur ou la colère commençaient à se manifester, je prenais refuge dans un bouquin… ou alors, j’allumais une cigarette… ou bien encore je mangeais quelque chose, convaincu d’être quelqu’un de gentil, incapable de haïr les autres. Le moindre signe d’aversion ou de haine était réprimé.

C’est la raison pour laquelle, durant les premiers mois de ma vie monastique, j’avais désespérément besoin de trouver différentes activités. Je cherchais les moyens de me distraire parce que la pratique de la méditation ramenait à ma mémoire toutes sortes de choses que j’avais essayé d’oublier. Des souvenirs d’enfance, mais aussi de mon adolescence, refaisaient surface continuellement, accompagnés d’un sentiment de colère et de haine si fort qu’il devint presque intolérable. Mais je commençais à voir qu’il me faudrait supporter ces émotions : j’ai donc fait preuve de patience. C’est ainsi que toute la haine et la colère que j’avais réprimée en trente ans d’existence fit irruption, pour ainsi dire, et put se consumer et s’éteindre grâce à la méditation. C’était un processus de purification.

Pour permettre à ce processus de cessation de prendre place, nous devons être prêts à souffrir. C’est pourquoi j’insiste sur l’importance de la patience. Nous devons faire de la souffrance une expérience pleinement consciente car c’est seulement en l’accueillant que la souffrance peut prendre fin. Quand nous prenons conscience que nous souffrons physiquement ou mentalement, il convient alors de faire face à cette douleur qui est présente. Nous l’acceptons complètement, l’accueillons et la prenons comme objet de contemplation en lui permettant d’être ce qu’elle est. Cela demande d’être patient et de surmonter le désagrément d’une condition quelle qu’elle soit. Au lieu de nous enfuir, nous devons endurer l’ennui, le désespoir, le doute et la peur pour être à même de voir et de comprendre que ces conditions prennent fin.

Tant que nous ne permettons pas aux choses de cesser, nous continuons à créer du nouveau kamma qui ne fait que renforcer nos habitudes. Quand quelque chose se manifeste, nous nous en saisissons et nous l’utilisons pour fabriquer toutes sortes de créations mentales. Tout devient plus compliqué ainsi. De cette manière, ces réactions sont répétées continuellement au cours de nos vies. Tourner en rond à la poursuite de nos désirs dans l’espoir d’éviter nos peurs ne peut pas nous conduire à la paix. Nous contemplons la peur et le désir pour qu’ils cessent de nous duper : il est nécessaire de comprendre ces forces qui nous mystifient pour qu’elles arrêtent de nous tromper et soient ainsi autorisées à cesser. Le désir et la peur nous révèlent leurs qualités fondamentales : ils sont impermanents, insatisfaisants et impersonnels. Ils sont vus et compris pour ce qu’ils sont, c’est ainsi que la souffrance prend fin.

Il est vraiment très important de comprendre la différence entre cessation et annihilation – le désir qui peut se manifester de se débarrasser des choses. La cessation est la fin naturelle de toute condition qui est apparue. C’est autre chose que le désir ! Ça n’est pas une création mentale, mais l’achèvement de ce qui a commencé, la mort de ce qui est né. Par conséquent, la cessation n’a rien de personnel, elle n’est pas le résultat de la volonté de se débarrasser de choses, mais se produit lorsque l’on permet à ce qui est apparu de disparaître. Pour ce faire, on doit abandonner la convoitise. Ça ne veut pas dire rejeter ou refouler : abandonner possède plutôt ici le sens de lâcher prise, laisser de côté.

Lorsque la fin s’est produite, ce qui vient ensuite est l’expérience de nirodha : la cessation, la vacuité, l’absence d’attachement. Nirodha est un autre terme pour évoquer la réalisation de Nibbana. Lorsque vous avez permis à quelque chose de partir et de cesser, il ne reste que la paix, la sérénité.

Vous pouvez faire l’expérience de cette tranquillité lorsque vous pratiquez la méditation. Quand vous avez laissé un désir se résorber, disparaître de votre conscience, une paix profonde s’ensuit. Il s’agit de la sérénité véritable, située au-delà de la mort. Quand vous réalisez clairement cette expérience, quand vous comprenez vraiment de quoi il s’agit en l’ayant vécu, vous réalisez Nirodha Sacca, la Vérité de la Cessation : un espace dans lequel il n’y a pas d’ego, mais où règnent vigilance et clarté. La véritable signification du bonheur suprême, de la béatitude est cette paix de la conscience transcendant totalement la souffrance et l’angoisse.

Si nous ne laissons pas survenir la cessation, nous avons tendance à opérer sur la base de suppositions que nous faisons sans même en avoir conscience. Parfois, ce n’est que lorsque nous commençons à méditer que nous nous rendons compte combien tant de peur et de manque de confiance remontent à des expériences de l’enfance. Je me souviens que, lorsque j’étais un petit garçon, j’avais un très bon ami qui se désintéressa de moi et me rejeta. A la suite de cet événement, je fus vraiment déprimé pendant des mois. Cela laissa une impression très profonde dans ma mémoire. Je compris par la suite, à travers la méditation, que cet incident apparemment minime avait profondément conditionné ma relation aux autres – j’ai toujours ressenti une grande peur d’être rejeté. Je ne m’en étais pas rendu compte, jusqu’à ce que ce souvenir précis se mette à revenir continuellement au cours de la méditation. L’esprit rationnel nous dit que c’est ridicule de passer notre temps à analyser les tragédies de notre enfance. Mais, si celles-ci ne cessent de visiter notre conscience, il est possible que ce soit parce qu’elles essayent de nous dire quelque chose sur les suppositions et les conditionnements qui ont été mis en place lorsque nous étions enfant.

Si vous faites l’expérience, pendant votre méditation, de souvenirs ou de peurs obsessionnelles, au lieu de vous sentir frustré et contrarié, apprenez à les voir comme des choses qu’il convient d’accepter en votre conscience, de façon à pouvoir les laisser de côté. Vous avez la possibilité d’organiser votre quotidien afin d’éviter de voir ces choses ; ainsi, les conditions nécessaires à leur apparition sont réduites. Vous pouvez vous engager pour de grandes causes ou dans d’importantes activités ; dans ce cas, ces anxiétés et phobies non identifiées ne deviennent jamais conscientes – mais que se passe-t-il lorsque vous lâchez prise ? Le désir ou l’obsession sont mouvants et ils se déplacent vers la cessation : ils prennent fin. Par cette expérience, vous avez la révélation qu’il y a la cessation du désir. Ceci constitue le troisième aspect de la Troisième Noble Vérité : la cessation a été réalisée.

REALISATION

Ceci doit être réalisé. Le Bouddha était catégorique. C’est une vérité à réaliser, ici et maintenant. Il n’est pas nécessaire d’attendre la mort pour nous rendre compte que c’est tout à fait ainsi. Au contraire, cet enseignement s’adresse aux vivants, aux êtres humains que nous sommes. Chacun d’entre nous doit réaliser cette vérité. Je peux vous en parler et vous encourager à pratiquer, mais je ne peux pas vous obliger à la réaliser !

Ne vous dites pas qu’il s’agit là de quelque chose d’inaccessible, bien au-delà de vos capacités. Lorsque nous parlons du Dhamma, de la Vérité, nous faisons référence à quelque chose que nous pouvons voir par nous-mêmes, ici et maintenant. Nous sommes en mesure de nous tourner dans cette direction, de nous incliner dans le sens de la vérité. Nous sommes capables de prendre conscience de la réalité présente, à cet endroit précis, maintenant. C’est ça, pratiquer la pleine conscience : être éveillé, alerte et porter notre attention sur ce qui se produit. A travers la pleine conscience, nous observons le sentiment d’être une personne unique et différente des autres, nous étudions la façon dont se manifeste l’ego qui s’identifie au monde – moi et ce qui m’appartient : mon corps, mes sentiments, mes souvenirs, mes pensées, mes vues et mes opinions, ma maison, ma voiture et ainsi de suite…

J’avais une forte tendance à l’autocritique. Ainsi, lorsque la pensée « Je suis Sumedho » me venait à l’esprit, d’autres pensées de caractère méprisant suivaient, du genre « Je ne suis pas à la hauteur » – mais dites-moi, d’où viennent ces pensées et où disparaissent-elles ?… Ou, au contraire : « J’en sais beaucoup plus que vous, je suis bien plus accompli. J’ai vécu la vie de moine pendant bien des années, je suis sûr d’être meilleur que vous ! ». D’où cela vient-il et où cela se termine-t-il ?

Quand l’arrogance, la satisfaction ou le dénigrement sont présents, quoi que ce soit, faites-en l’examen, écoutez cette voix intérieure : « Je suis… ». Soyez conscient et attentif à l’espace qui précède la pensée ; puis, à la pensée elle même et prenez ensuite conscience de l’espace qui suit. Maintenez votre attention sur cet espace, ce vide à la fin. Combien de temps pouvez-vous garder votre attention sur cet espace, cette absence d’activité ? Vous pourrez peut-être entendre une sorte de vibration sonore intérieure, le son du silence, le son primordial. Quand vous concentrez votre attention sur cet objet, vous pouvez vous demander si le sentiment « Je suis » est présent. Vous vous apercevrez alors que, lorsque vous êtes vraiment vide, quand il n’y a que clarté, vigilance et attention, il n’y a pas d’ego. Il n’existe pas de sentiment de « Moi » et de « Mon ». Ma pratique est de prendre refuge dans cet état spacieux et de contempler le Dhamma : ceci est juste ce qui est. Le corps n’est ni plus ni moins que cette expérience. Je peux lui attribuer un nom ou pas, mais, pour le moment, c’est simplement ça. « Ça » n’est pas Sumedho.

Il n’y a pas de moine bouddhiste dans cet espace. « Moine bouddhiste » est simplement une convention appropriée aux lieu et heure. Quand les gens font votre éloge et disent que vous êtes extraordinaire, vous pouvez en prendre connaissance en évitant d’en faire une question personnelle ; il s’agit simplement de quelqu’un offrant son appréciation. Vous n’oubliez pas qu’en fait il n’y a pas de moine bouddhiste ici, mais seulement cette expérience immédiate. C’est simplement comme ça. Si je désire qu’Amaravati, le monastère où je vis, soit une réussite et que ça semble être le cas, je suis satisfait. Mais, si c’est un échec, si personne ne s’y intéresse, alors nous ne pouvons pas payer les factures et tout se casse la figure – c’est la catastrophe ! Mais, en fait, Amaravati n’est qu’une illusion. L’idée d’une personne à laquelle on se réfère en tant que moine bouddhiste ou celle d’un monastère appelé Amaravati ne sont que des conventions, pas une réalité suprême. A cet instant précis, les choses sont seulement comme ça, simplement telles qu’elles doivent être. Ainsi, on ne porte pas le poids d’un tel endroit sur les épaules, parce qu’on le voit clairement tel qu’il est et qu’il n’y a personne d’impliqué en réalité. De la même façon, que cela réussisse ou échoue n’a plus d’importance.

Dans la vacuité, les choses sont simplement ce qu’elles sont. Quand nous sommes ainsi conscients, nous ne sommes pas pour autant indifférents au succès ou à l’échec et résolus à ne plus rien faire. Nous pouvons décider de passer à l’action. Nous sommes tout à fait capable de juger de ce que nous pouvons accomplir : nous comprenons ce qui doit être effectué et pouvons l’exécuter correctement. Alors, toute chose fait partie du Dhamma, la réalité immédiate. Nous agissons tel que nous le faisons car nous comprenons que c’est ce qu’il convient de faire, ici et à maintenant, plutôt que de suivre des ambitions personnelles ou une peur de l’échec.

La voie qui mène à la cessation de la souffrance est celle de la perfection. Le mot « perfection » est plutôt intimidant parce que nous nous trouvons très imparfaits. En tant que personnalité, nous nous demandons comment nous pouvons ne serait-ce qu’oser considérer la possibilité d’être parfaits. La perfection humaine est un sujet dont personne ne parle jamais ; cela semble complètement impossible de concevoir la perfection chez un être humain. Pourtant, un Arahant est simplement un être humain qui a perfectionné son existence, quelqu’un qui a appris tout ce qu’il y a à apprendre en appliquant cette loi fondamentale : « Tout ce qui est sujet à l’apparition est sujet à la cessation. » Un Arahant n’a pas besoin de tout savoir sur tout ; il lui suffit de connaître et de comprendre parfaitement cette loi.

Nous utilisons notre potentiel de sagesse – « La sagesse du Bouddha » – pour contempler le Dhamma, les choses telles qu’elles sont. Nous prenons refuge dans la Sangha, c’est-à-dire ceux qui font le bien et refusent de faire le mal. La Sangha est une entité, une communauté. Il ne s’agit pas d’un conglomérat de personnalités ou de caractères différents. Le sens d’être un individu particulier, d’être un homme ou une femme, n’a pas d’importance. Cette Sangha est vue comme un Refuge. Bien que les manifestations soient toutes différentes, il existe une unité qui rend notre réalisation identique. En étant éveillés, vigilants et libérés de nos attachements, nous réalisons la cessation et demeurons dans la vacuité où nous fusionnons tous. Il n’existe pas, là, de personne. Les gens peuvent apparaître et disparaître dans cet espace, mais il n’y a pas de personne. Il n’y a que clarté, conscience, paix et pureté.


GLOSSAIRE

Ajahn : « enseignant » en Thaïlandais ; souvent utilisé dans un monastère pour s’adresser aux moines qui sont dans les ordres depuis dix ans ou plus. Ce mot peut être également épelé « Achaan » (ainsi que de plusieurs autres façons, toutes dérivées du mot pali acariya – érudit, enseignant, maître, guide).

Bhikkhu : « mendiant vivant d’aumône » ; le terme pour un moine bouddhiste qui vit de l’aumône et selon des préceptes de conduite qui définissent une vie de renoncement et de moralité.

Bouddha rupa : une représentation du Bouddha.

Origine Dépendante : Analyse en terme de facteurs ou de conditions telles que l’ignorance et le désir, qui forment le phénomène d’apparition de la souffrance. Ce phénomène prend fin lorsque ces conditions disparaissent.

Dhamma (Dharma, en sanskrit) : Ecrit avec une minuscule, dhamma désigne une chose ou un phénomène lorsque ceux-ci sont vus en tant que manifestations universelles d’une loi naturelle, plutôt qu’en tant qu’attributs personnels. Ecrit avec une majuscule, Dhamma se réfère à l’enseignement du Bouddha tel qu’on le trouve dans les Ecritures, ou à la Réalité Ultime vers laquelle il dirige.

Kamma (Karma, en sanskrit) : Action intentionnelle ou cause initiée ou réitérée par une impulsion habituelle, volition. L’usage populaire couvre également l’aspect résultant ou effet de l’action, bien que le terme approprié pour cet aspect du résultat ou effet soit Vipaka

Jour d’Observance (en pali : Uposatha) : Journée à caractère sacré, ou sabbatu, qui correspond au changement de lune, tous les quinze jours. Selon la tradition, c’est le jour où les bouddhistes renouvellent leur engagement à respecter les préceptes et à suivre l’enseignement.

Tipitaka : Traduction littérale : les trois paniers. Recueil des écritures bouddhistes classées en Suttas (discours), Vinaya (discipline ou apprentissage) et Abhidhamma (analyse psychologique).


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Retrouvez les différentes parties de ce texte.
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- Les Quatres Nobles Vérités - Partie 2->
- Les Quatres Nobles Vérités - Partie 3->
- Les Quatres Nobles Vérités - Partie 4->


Source : Dhamma Sukha->




P.-S.

Publication réservée à la distribution gratuite.
Les publications d’Amaravati sont éditées en vue d’une distribution gratuite. Dans la plupart des cas, cette gratuité intervient grâce aux dons de personnes ou de groupes qui offrent spécialement pour la publication des enseignements Bouddhistes.
Sabbadanam dhammadanam jinati - Le don du Dhamma surpasse tous les autres dons
© Amaravati Publications 1992. ISBN 1 870205 10 3 (pour le livre)
Traduction française réalisée par Tan Savako et Elisabeth Martin.
Pour obtenir de plus amples informations, veuillez écrire à l’adresse suivante. Amaravati Publications. AMARAVATI BUDDHIST MONASTERY, Great Gaddesden, Hemel Hempstead, Hertfordshire, HPI 3BZ, Angleterre
Dédicace : L’impression de l’ouvrage original a été offerte pour une distribution libre par G.S.A. et H.M.Gamage à la mémoire de leur parent.

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