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Ajahn Sumedho - Les 4 Nobles Vérités (1ère partie)

lundi 19 octobre 2015

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LES QUATRES NOBLES VERITES
par
Ajahn Sumedho
Partie 1


Publication réservée à la distribution gratuite.
Les publications d’Amaravati sont éditées en vue d’une distribution gratuite. Dans la plupart des cas, cette gratuité intervient grâce aux dons de personnes ou de groupes qui offrent spécialement pour la publication des enseignements Bouddhistes.
Sabbadanam dhammadanam jinati - Le don du Dhamma surpasse tous les autres dons
© Amaravati Publications 1992. ISBN 1 870205 10 3 (pour le livre)
Traduction française réalisée par Tan Savako et Elisabeth Martin.
Pour obtenir de plus amples informations, veuillez écrire à l’adresse suivante. Amaravati Publications. AMARAVATI BUDDHIST MONASTERY, Great Gaddesden, Hemel Hempstead, Hertfordshire, HPI 3BZ, Angleterre
Dédicace : L’impression de l’ouvrage original a été offerte pour une distribution libre par G.S.A. et H.M.Gamage à la mémoire de leur parent.


Une poignée de feuilles

Un jour, alors qu’il résidait à Kosambi dans une forêt de simsapas,
le Bienheureux, ramassa une poignée de feuilles.
Il demanda alors aux Bhikkhus :
" Selon vous Bhikkhus, les feuilles que je tiens dans la main sont-elles plus nombreuses que celles des arbres de ces bois ?
- Les feuilles que le Bienheureux a ramassées ne sont qu’une poignée, Seigneur ;
celles des arbres sont bien plus nombreuses.
- Ainsi Bhikkhus, il en est de même pour les connaissances que j’ai accumulées au cours de mon expérience, qui sont bien plus nombreuses que les choses que je vous ai enseignées, dont le nombre est restreint.

Pourquoi ai-je omis de vous parler de tant de choses ?
Parce que ces connaissances ne sont pas source de développement, de progrès dans la Vie Sainte et parce qu’elles ne conduisent pas à l’extinction de la passion, à sa diminution, à la cessation, à la sérénité, à la compréhension directe, à l’éveil, Nibbana.
Voilà pourquoi je ne vous en ai pas parlé. Et que vous ai-je enseigné ?"

- Ceci est la souffrance
- Ceci est l’origine de la souffrance
- Ceci est la cessation de la souffrance
- Ceci est la voie qui mène à la cessation de la souffrance.

Voilà ce que je vous ai enseigné. Pourquoi vous l’ai-je enseigné ? Parce que cet enseignement est source de développement, de progrès dans la Vie Sainte et parce qu’il mène à l’extinction de la passion, à sa diminution, à sa cessation, au repos, à la compréhension directe, à l’éveil, Nibbana.

Ainsi Bhikkhus, que votre tâche soit comme suit :

- Ceci est la souffrance
- Ceci est l’origine de la souffrance
- Ceci est la cessation de la souffrance
- Ceci est la voie qui mène à la cessation de la souffrance ».

[ SAMYUTTA NIKAYA - LVI 31 ]


PREFACE

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Ajahn Sumedho

Ce livret a été élaboré et édité à partir de discours donnés par le Vénérable Ajahn Sumedho à propos de l’enseignement central du Bouddha, à savoir que la souffrance de l’humanité peut être vaincue à l’aide de moyens spirituels. L’enseignement est transmis à travers les Quatre Nobles Vérités du Bouddha, exposées pour la première fois en 528 avant J.C. dans le Parc aux Cerfs à Sarnath, près de Varanasi, et a perduré depuis dans le monde Bouddhiste.

Le Vénérable Ajahn Sumedho est un bhikkhu (moine mendiant) de la tradition du Bouddhisme Theravada. Son ordination eut lieu en Thaïlande en 1966, où il fut instruit pendant dix ans. Il est à présent l’Abbé du Centre Bouddhiste d’Amaravati ainsi que l’enseignant et le guide spirituel tant de nombreux moines et nonnes Bouddhistes que de laïcs.

Ce livret a été mis à disposition grâce à l’engagement de nombreuses personnes pour le bien d’autrui.

Notes sur le texte :
Le premier exposé des Quatre Nobles Vérités était un discours (sutta) appelé Dhammacakkappavattana Sutta – littéralement « le discours qui met le véhicule de l’enseignement en mouvement ». Des extraits de celui-ci sont rapportés en tête de chapitre de chacune des Quatre Vérités. La référence cotée est celle de la section du livre des écritures où le discours peut être trouvé. Cependant, le thème des Quatre Nobles Vérités se retrouve de nombreuses fois, par exemple dans la cotation qui apparaît au début de l’introduction.


INTRODUCTION

Que nous devions, toi et moi, voyager et peiner au cours de ce long périple, provient de notre incapacité à découvrir, pénétrer quatre vérités. Quelles sont-elles ? Ce sont :

- La Noble Vérité de la Souffrance
- La Noble Vérité de l’Origine de la Souffrance
- La Noble Vérité de la Cessation de la Souffrance
- La Noble Vérité de la Voie qui mène à la Cessation de la Souffrance.
[ DIGHA NIKAYA - SUTTA 16 ]

Le Dhammacakkappavattana Sutta, l’Enseignement du Bouddha sur les quatre Nobles Vérités, a été la référence principale que j’ai utilisée pour ma pratique depuis des années. C’est cet enseignement que nous utilisions dans notre monastère en Thaïlande. L’école du bouddhisme theravada considère ce Sutta comme la quintessence de l’enseignement du Bouddha. Il contient tout ce qui est nécessaire à la compréhension du Dhamma et à la réalisation de l’éveil.

Bien que le Dhammacakkappavattana Sutta soit considéré comme le premier enseignement transmis par le Bouddha après son illumination, il me plaît d’imaginer quelquefois que son premier sermon fut donné à un ascète qu’il croisa sur le chemin de Varanasi. Après son éveil à Bodh Gaya, le Bouddha estima cet enseignement trop subtil pour lui permettre d’exprimer sa découverte par les mots et décida qu’il s’abstiendrait donc d’enseigner, se contentant de rester assis sous l’arbre Bodhi pour le restant de ses jours.

En ce qui me concerne, je trouve très séduisante cette idée de se retirer dans la solitude et de ne plus avoir à être confronté aux problèmes de la société. Cependant, alors que le Bouddha entretenait de telles pensées, Brahma Sahampati, le dieu créateur dans la mythologie de l’hindouisme, lui apparut et réussit à le convaincre de se mettre en route pour enseigner. Brahma Sahampati fut en mesure de persuader le Bouddha qu’il existait des individus capables de comprendre, des gens n’ayant que peu de poussière dans les yeux. L’enseignement du Bouddha était donc dirigé vers ceux dont la vue est peu obscurcie. Je suis convaincu qu’il n’imaginait pas le voir devenir un mouvement religieux suivi par les foules.

Après la visite de Brahma Sahampati, le Bouddha faisait route de Bodh Gaya vers Varanasi, quand il rencontra un ascète qui fut impressionné par son apparence rayonnante. L’ascète l’interrogea sur ce qu’il avait découvert, ce à quoi le Bouddha répondit : « Je suis celui qui est parfaitement éveillé, l’Arahant, le Bouddha ! ».

J’aime à penser que ce fut là son premier sermon. Ce fut un échec, car son interlocuteur pensa que le Bouddha perdait l’esprit et tombait dans l’orgueil par excès de pratique. Je suis persuadé que nous réagirions de la même façon si quelqu’un nous disait une chose pareille. Quelle serait votre réaction si je vous affirmais : « Je suis parfaitement éveillé » ?

En fait, le discours du Bouddha était un enseignement juste, très précis. C’était l’enseignement parfait, mais nous ne sommes pas capables de le comprendre, car nous avons tendance à l’interpréter de travers et à penser que cette affirmation émane d’un ego : les gens interprètent toute chose du point de vue de leur propre ego. Bien qu’elle puisse sembler une affirmation égotiste, la déclaration « Je suis celui qui est parfaitement éveillé » n’est-elle pas, en fait, purement transcendante ? Ce discours « Je suis le Bouddha, celui qui est parfaitement éveillé », est intéressant à contempler, car il utilise les mots « je suis » avec des attributs en termes de réalisations, de réussites superlatives. En tout cas, ce premier enseignement du Bouddha n’eut guère de résultats. Son interlocuteur ne fut pas en mesure de le comprendre et passa son chemin.

Plus tard, le Bouddha retrouva ses cinq anciens compagnons dans le Parc aux Cerfs à Varanasi. Tous les cinq étaient très sincèrement dédiés à un ascétisme des plus stricts. Ils avaient été auparavant déçus par le Bouddha, car ils avaient cru le voir perdre toute sincérité dans sa recherche. En fait, avant qu’il ne réalise l’éveil, le Bouddha était arrivé à la conclusion qu’un ascétisme rigoureux ne pouvait conduire d’aucune manière à un état de libération. En conséquence, il avait cessé ces pratiques extrêmes et ses cinq amis avaient pensé qu’il n’était plus sérieux. Peut-être l’avaient-ils vu manger du riz au lait, ce qui reviendrait aujourd’hui à consommer une glace. Si, en tant qu’ascète, vous surpreniez un moine à déguster une glace, vous ne le prendriez probablement plus au sérieux, car vous estimez que les moines doivent se nourrir de soupe aux orties ! Si vous êtes convaincu des vertus de l’ascétisme et que vous me voyez savourer une coupe de glace, vous n’aurez plus confiance en Ajahn Sumedho. C’est la façon dont fonctionne l’esprit humain : nous avons tendance à admirer les actes héroïques de mortification et de renoncement. Ayant perdu leur foi en lui, ses cinq amis ou disciples avaient délaissé le Bouddha. Celui-ci avait alors commencé, sous l’arbre Bodhi, une période de méditation qui culmina par sa libération.

Donc, quand ils rencontrèrent à nouveau le Bouddha dans le Parc aux Cerfs, à Varanasi, les cinq ascètes pensèrent tout d’abord : « Nous le connaissons bien celui-là, ça ne vaut pas la peine de nous en occuper ». Mais comme le Bouddha approchait, ils sentirent tous en lui quelque chose de spécial. Ils se levèrent pour lui faire une place afin qu’il puisse s’asseoir. Le Bouddha offrit alors son sermon sur les Quatre Nobles Vérités.

Cette fois-ci, au lieu de dire : « Je suis celui qui est parfaitement illuminé », il proclama : « Il y a la souffrance. Il y a l’origine de la souffrance. Il y a la cessation de la souffrance. Il y a la voie qui mène à la cessation de la souffrance ». Présenté de cette façon, son enseignement ne requiert ni accord ni rejet. S’il avait dit : « Je suis celui qui est complètement éveillé », nous serions obligés d’être d’accord ou de ne pas l’être – ou bien de rester tout simplement perplexes. Nous ne saurions pas très bien comment interpréter cette affirmation. Par contre, en déclarant « Il y a la souffrance, il y a une origine, il y a une fin et il y a une voie qui mène à la fin de la souffrance », il nous a offert matière à réflexion : qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Que veut-il dire par « souffrance, sa cause, sa cessation » et « la voie » ?

En conséquence, nous commençons à contempler cela, à y réfléchir. Quant à la déclaration « Je suis celui qui est parfaitement éveillé », nous aurions tôt fait de la contester : « Est-il réellement libéré ?… Non, je ne le crois pas. » Nous ne ferions qu’argumenter ; nous ne sommes pas prêts pour un enseignement si direct. De toute évidence, le premier sermon du Bouddha était adressé à quelqu’un qui avait encore trop de poussière dans les yeux et ce fut un échec. Mais, à la seconde occasion, il présenta l’enseignement des Quatre Nobles Vérités.

Les Quatre Nobles Vérités sont donc les suivantes : il y a la souffrance, il y a une cause, une origine à la souffrance, il y a une fin à la souffrance et il y a une issue à la souffrance qui est le Noble Chemin Octuple. Chacune de ces vérités possède trois aspects, donc au total douze révélations. Dans l’école Theravada, un Arahant, un être perfectionné, est quelqu’un qui a vu clairement les Quatre Nobles Vérités ainsi que leurs trois aspects, c’est-à-dire les douze révélations. Le mot « Arahant » décrit un être humain qui comprend la vérité, en particulier au sujet de l’enseignement des Quatre Nobles Vérités.

« Il y a la souffrance » constitue le premier aspect de la Première Noble Vérité. Quel est-il ? Il n’est pas utile de compliquer les choses : il s’agit simplement du fait de reconnaître que « Ceci est souffrance, dukkha ». C’est une déclaration fondamentale. Une personne ignorante pense : « Je souffre, je ne veux pas souffrir. Je médite et prends part à des retraites pour ne plus souffrir, mais je continue à souffrir et je ne veux pas souffrir... Comment faire pour échapper à la souffrance ? Que puis-je faire pour m’en débarrasser ? ». Mais ceci n’est pas la Première Noble Vérité qui ne dit pas « Je souffre et je veux que ça s’arrête », mais « Il y a la souffrance » : c’est cela, la révélation.

Dès lors, vous considérez la douleur ou l’angoisse que vous ressentez non plus comme étant « la mienne, celle qui m’appartient », mais plutôt en tant que matière à réflexion : « Ceci est souffrance, dukkha ». Cette perspective est l’attitude de réflexion du Bouddha observant le Dhamma. La révélation est simplement : admettre la présence de la souffrance sans en faire une question personnelle. Ceci est une communication importante : considérer simplement l’angoisse mentale ou la douleur physique et la voir en termes de dukkha plutôt qu’en termes de misère personnelle, la voir simplement comme étant dukkha et ne pas réagir selon son habitude.

La seconde perspective de la Première Noble Vérité est : « La souffrance doit être comprise ». La deuxième révélation ou facette de chacune des Quatre Nobles Vérités contient le mot « doit » : « Cela doit être compris ». Ce second aspect est donc que dukkha représente quelque chose qu’il s’agit de comprendre. Il faut comprendre dukkha et non simplement essayer de s’en débarrasser.

On pourrait considérer le mot « comprendre » comme « prendre avec soi ». C’est un mot assez banal, mais qui, en Pali, possède un sens plus fort comme « accepter véritablement la souffrance », l’embrasser totalement plutôt que de simplement y réagir. Quelle que soit sa forme, physique ou mentale, nous avons tendance à seulement répondre à la douleur, mais, en usant de compréhension, nous pouvons vraiment observer la souffrance, l’accepter, la saisir et l’embrasser véritablement. Voilà donc la seconde révélation : nous devons « comprendre » la souffrance.

Le troisième aspect de la Première Noble Vérité est : « La souffrance a été comprise ». Quand vous avez vraiment pratiqué avec la souffrance – en l’observant, en l’acceptant et en arrivant ainsi à une compréhension profonde de sa nature – vous abordez la troisième facette : « La souffrance a été comprise », ou « dukkha a été comprise ». Les trois aspects de la Première Noble Vérité sont donc : « Il y a dukkha, dukkha doit être comprise et dukkha a été comprise ! ».

Ceci est le schéma pour les trois aspects de chaque Noble Vérité. Il y a d’abord le diagnostic, puis la prescription et ensuite le résultat de la pratique. On peut également utiliser les termes palis : « pariyatti », « patipatti » et « pativedha ». « Pariyatti » est le diagnostic, la théorie ou la déclaration « Il y a souffrance », « patipatti » décrit la prescription, la pratique, l’action même de pratiquer avec la souffrance et « pativedha » est le résultat de la pratique. C’est ce qu’on peut appeler un modèle de réflexion ; en l’appliquant, vous développez votre capacité mentale à réfléchir, à contempler avec sagesse. L’esprit du Bouddha est un esprit réfléchissant, qui voit les choses telles qu’elles sont.

Les Quatre Nobles Vérités sont à utiliser pour notre développement. Nous pouvons les appliquer aux situations banales de notre vie, à nos inclinations et obsessions ordinaires. A l’aide de ces vérités, nous pouvons analyser, étudier nos attachements, ce qui conduit aux révélations successives. En utilisant la Troisième Noble Vérité, nous sommes en mesure de réaliser la cessation, la fin de la souffrance et de mettre en pratique le Noble Chemin Octuple de manière à développer la compréhension. Lorsqu’un disciple a totalement développé la Voie, celui-ci est alors un Arahant, il a atteint le but. Bien que cela puisse sembler compliqué – quatre vérités, trois aspects, douze révélations – c’est en fait plutôt simple. C’est un outil pour nous aider à comprendre la souffrance et l’absence de souffrance.

Dans les pays bouddhistes, ceux qui utilisent les Quatre Nobles Vérités ne sont plus très nombreux, même en Thaïlande. Beaucoup de gens disent : « Ah oui, les Quatre Nobles Vérités !… c’est pour les débutants ! » Ils utilisent alors toutes sortes de techniques de méditations Vipassana et deviennent obsédés par les étapes successives avant d’en arriver aux Nobles Vérités. Je trouve cela tout à fait étrange que, dans les pays bouddhistes, un enseignement aussi profond ait été rejeté, mis à l’écart sous l’étiquette « bouddhisme primitif » : quelque chose de réservé aux enfants, aux débutants. La pratique, pour les plus accomplis, consiste alors à partir dans des théories et des idées compliquées et ils perdent de vue l’enseignement le plus profond.

Les Quatre Nobles Vérités offrent matière à réflexion pour toute notre vie. Il ne s’agit pas seulement de réaliser les Quatre Nobles Vérités, les trois aspects et les douze étapes et devenir un Arahant au terme d’une retraite, pour ensuite passer à autre chose de plus avancé. Les Quatre Nobles Vérités ne sont pas aussi faciles à comprendre. Pénétrer leur signification demande une attitude de vigilance continue, soutenue. Elles procurent alors le contexte adapté à toute une vie d’introspection.


LA PREMIERE NOBLE VERITE

Quelle est la Noble Vérité de la Souffrance ?

La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance et la mort est souffrance. Etre séparé de ce qu’on aime est souffrance, ne pas obtenir ce que l’on désire est souffrance : en résumé, les cinq catégories d’attachements sont sources de souffrance.

Il y a la Noble Vérité de la Souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui s’éleva en moi au sujet de choses jusqu’alors non exprimées.
Cette Noble Vérité doit être pénétrée par une compréhension complète de la souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui apparut en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées.
Cette Noble Vérité a été pénétrée par une compréhension complète de la souffrance : telle fut la vision, révélation, sagesse, connaissance et lumière qui apparut en moi au sujet de choses jusqu’alors inexprimées.

[ SAMYUTTA NIKAYA - LVI 11 ]

La Première Noble Vérité et ses trois aspects est la suivante : Il y a souffrance, dukkha. Dukkha doit être comprise. Dukkha a été comprise.

C’est un enseignement très habile, car il est exprimé au moyen d’une formule simple, facile à mémoriser ; il est également applicable à tout ce qu’il est possible d’expérimenter, de faire ou de penser, en matière de passé, de présent ou de futur.

La souffrance, dukkha, est une expérience que nous partageons tous. N’importe lequel d’entre nous souffre, où qu’il soit. Les êtres humains souffraient par le passé dans l’Inde antique, ceux de l’actuelle Grande Bretagne souffrent aussi et tous, dans le futur, continueront à souffrir… Qu’avons-nous en commun avec la reine Elizabeth ? – nous souffrons. Que partageons-nous avec un clochard de Charing Cross ? – la souffrance. Tous les niveaux sociaux sont concernés, des plus privilégiés aux plus démunis. N’importe lequel d’entre nous, où qu’il soit, fait l’expérience de la souffrance. C’est un lien qui nous relie tous les uns aux autres, quelque chose qui est familier à chacun d’entre nous.

Lorsque nous évoquons la souffrance humaine, cela éveille notre inclination à la bonté. Mais, si nous parlons de nos opinions – de ce que je pense ou de ce que vous pensez en matière de politique ou de religion – alors nous sommes capables de partir en guerre. Je me souviens avoir vu un film à Londres, il y a une vingtaine d’années, qui présentait les Russes sous un jour humain. Il montrait des femmes et leurs bébés, ainsi que des hommes qui jouaient avec leurs enfants. A l’époque, cette présentation des Russes était inhabituelle car la propagande occidentale les dépeignait comme des êtres froids, sans cœur – de véritables reptiles – de sorte qu’il était impossible de les considérer comme des êtres humains. Si vous voulez tuer des gens, il vaut mieux les percevoir ainsi ; vous devez inventer ce genre d’images. Il vous devient bien plus difficile, voire impossible, de tuer quelqu’un si vous réalisez qu’il souffre des mêmes souffrances que vous. Vous devez vous imaginer une horrible crapule sans cœur ni sens moral dont il vaut mieux se débarrasser. Vous devez vous convaincre que ces gens sont des êtres fondamentalement mauvais et qu’il est juste d’éradiquer le mal. Dans cette optique, les bombarder ou les mitrailler devient justifiable. Si vous gardez à l’esprit notre lien commun qu’est la souffrance humaine, vous devenez bien incapable de commettre ce genre d’atrocité.

La Première Noble Vérité n’est pas une doctrine métaphysique pessimiste qui affirme que tout est souffrance. Notez bien la différence qui existe entre une doctrine métaphysique constituant une prise de position en ce qui concerne l’Absolu et une Noble Vérité présentée comme moyen de réflexion. Une Noble Vérité est une vérité que nous utilisons pour réfléchir ; ce n’est pas un absolu, ce n’est pas L’Absolu. C’est sur ce point que beaucoup d’occidentaux sont désorientés, car ils interprètent cette Noble Vérité comme une espèce de dogme métaphysique bouddhiste – mais ceci est une erreur d’interprétation.

On voit clairement que la Première Noble Vérité n’est pas une prise de position absolue, du fait de la Quatrième Noble Vérité qui est l’issue à la souffrance. Il ne peut pas y avoir la souffrance absolue de même qu’une voie qui permet de s’en échapper, n’est-ce pas ? Ça n’est pas logique. Pourtant, certains, se référant à la Première Noble Vérité, soutiennent que le Bouddha enseignait que tout est souffrance.

Le mot Pali dukkha signifie « incapable de satisfaire » ou « incapable de soutenir quoi que ce soit », « toujours changeant », « incapable de véritablement nous donner satisfaction ou de nous rendre heureux ». Le monde sensuel est ainsi : une vibration naturelle. En fait, ce serait désastreux si nous trouvions satisfaction dans le monde des sens, car nous ne chercherions pas au-delà ; nous en serions complètement prisonniers. Cependant, lorsque nous nous éveillons à cette expérience de dukkha, nous sommes en mesure de trouver une issue ; de ce fait, nous ne sommes plus constamment prisonniers de la conscience sensorielle.

SOUFFRANCE ET IMAGE DE SOI

Il est important de contempler la façon dont est formulée la Première Noble Vérité. Celle-ci est exprimée très clairement par « Il y a la souffrance » plutôt que par « Je souffre ». Du point de vue psychologique, cette réflexion est beaucoup plus habile. Nous avons tendance à interpréter notre souffrance en termes de « Je souffre vraiment, je souffre beaucoup et je ne veux pas souffrir ». C’est ainsi que notre intellect est conditionné.

« Je souffre » a toujours le sens de « Je suis quelqu’un qui souffre énormément. Cette souffrance est la mienne, j’ai tant souffert dans la vie ! ». De ce fait, tout un processus d’association se met en route, entre l’image que vous avez de vous-même et les souvenirs et suppositions qui confirment cette perception. Vous vous souvenez de ce qui s’est produit alors que vous n’étiez qu’un enfant… et ainsi de suite…

Mais, remarquez bien, notre propos n’est pas de dire qu’il y a quelqu’un qui souffre. Dès que nous la voyons en termes de « Il y a souffrance », la douleur n’est plus perçue comme quelque chose de personnel. C’est tout à fait différent de « Oh, pauvre de moi, pourquoi dois-je autant souffrir ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Pourquoi suis-je obligé de vieillir ? Pourquoi est-ce que je dois faire l’expérience du chagrin, de la douleur, de la peine et du désespoir ? Ce n’est pas juste ! Je ne veux pas ! Je ne désire que bonheur et sécurité ! » Cette façon de penser a pour origine l’ignorance qui complique tout et dégénère en problèmes de personnalité.

Pour permettre à la souffrance de disparaître, il faut d’abord en admettre consciemment la présence. Mais, dans la méditation bouddhiste, cette acceptation n’est pas faite depuis une position telle que « Je souffre », mais plutôt à partir de celle de « Il y a présence de souffrance ». Ainsi, nous ne sommes pas en train d’essayer de nous identifier au problème, mais de simplement reconnaître son existence. Il n’est pas habile de penser en termes de « Je suis quelqu’un d’irritable ; je me mets si facilement en colère ; comment puis-je y remédier ? ». Ce type de pensée déclenche toutes les suppositions renforçant l’idée d’une personnalité fixe, qui ne peut être changée et il devient très difficile de voir les choses en perspective. Tout devient très confus, car le sentiment que ces problèmes et ces pensées sont les nôtres nous conduit facilement à vouloir nous en débarrasser ou à porter des jugements critiques sur nous-mêmes. Nous avons tendance à nous attacher et à nous identifier plutôt que d’observer, d’être témoin et de comprendre les choses telles qu’elles sont. Par contre, si nous admettons simplement la présence d’un sentiment de confusion, de convoitise ou de colère, notre attitude constitue une réflexion honnête sur la nature des choses, réflexion qui n’est pas basée – ou du moins pas aussi fortement – sur toutes sortes de suppositions sous-jacentes.

Essayez de ne pas considérer ces phénomènes comme des fautes personnelles. Observez plutôt leur nature conditionnée, impersonnelle, éphémère et incapable de donner satisfaction. Continuez à les regarder tels qu’ils sont, sans interférer. Nous avons tendance à interpréter la vie en nous plaçant du point de vue que « Ce sont mes problèmes » et à considérer que nous faisons preuve d’honnêteté et d’intégrité en réagissant de la sorte. Ainsi, notre vie ne fait que confirmer ces interprétations, puisque nous continuons à fonctionner sur la base de cette hypothèse erronée. Mais cette façon d’interpréter la vie est elle-même éphémère, insatisfaisante et vide de substance.

« Il y a souffrance » est la constatation très claire et précise qu’existe à cet instant un certain sentiment d’insatisfaction. Cela peut aller d’une légère irritation à l’angoisse ou au désespoir le plus profond : dukkha ne veut pas nécessairement dire « souffrance considérable ». Il n’est pas nécessaire d’être brutalisé, d’avoir été interné à Auschwitz ou à Belsen pour reconnaître l’existence de la souffrance. Même la reine Elizabeth est en mesure de dire que la souffrance existe. Je suis sûr qu’il lui arrive de connaître aussi l’angoisse et le désespoir, ou du moins d’être irritée.

Le monde sensoriel est une expérience sensible. En d’autres termes, nous sommes constamment sujets au plaisir et à la douleur, à la dualité du samsara. Ceci est la conséquence du fait que nous possédons une forme très vulnérable et de ressentir tout ce qui entre en contact avec notre corps et ses sens. C’est ainsi. C’est le résultat d’être né.

NEGATION DE LA SOUFFRANCE

La souffrance est une expérience que nous ne souhaitons pas connaître ; nous voulons simplement nous en débarrasser. La réaction habituelle d’un individu ordinaire, dès qu’une chose le dérange ou l’ennuie, est de vouloir s’en défaire ou de la supprimer. On comprend ainsi pourquoi la société moderne est autant impliquée dans la recherche de plaisirs et d’excitations au travers de tout ce qui est nouveau, surprenant ou romantique. Nous avons tendance à placer en avant la beauté et les joies de la jeunesse, tandis que nous mettons à l’écart tout ce que la vie offre de laideur – la vieillesse, la maladie, la mort, l’ennui, le désespoir et la dépression. Lorsque nous rencontrons quoi que ce soit de désagréable, nous essayons de nous en débarrasser et de la remplacer par quelque chose d’agréable. Si nous ressentons de l’ennui, nous recherchons quelque chose d’intéressant. Si nous avons peur, nous essayons de trouver un moyen de nous rassurer. C’est parfaitement normal de réagir ainsi. Nous fonctionnons selon ce principe « plaisir-douleur » qui consiste à être attiré ou repoussé. Par conséquent, si l’esprit n’est pas entier et réceptif, il procède par sélection, il choisit ce qu’il aime et tente d’éliminer ce qu’il n’aime pas. Une grande partie de notre expérience doit donc être supprimée, car il est impossible de vivre sans être associé à des choses désagréables.

Si nous rencontrons quelque chose de déplaisant, notre réaction est de penser « Sauve qui peut ! ». Si quelqu’un se met en travers de notre route, « Je vais le tuer ! » nous vient à l’esprit. Cette tendance est souvent manifeste dans le comportement de nos gouvernants.… Effrayant, n’est-ce pas, de réaliser que les gens qui dirigent nos nations sont encore très ignorants et dénués de sagesse ? ! C’est ainsi, l’esprit ignorant ne songe qu’à exterminer : « Ce moustique me dérange, tuons-le ! », « Ces fourmis envahissent la pièce, vite, l’insecticide ! ». Une société anglaise a choisi le nom de « Rent. O. Kill », qui signifie « Loué pour tuer ». Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une sorte de mafia britannique ou autre : cette société est spécialisée dans la destruction des êtres nuisibles – le mot « nuisible » étant livré à votre libre appréciation.

MORALITE ET COMPASSION

C’est parce que notre nature instinctive est d’exterminer – « Si quelque chose nous barre la route, tuons-le ! » – que nous avons des préceptes moraux tels que « s’engager à ne pas tuer intentionnellement ». Nous pouvons voir cela dans le monde animal. L’être humain est lui-même un prédateur ; nous nous estimons civilisés, mais notre histoire est pleine de sang – et ça n’est pas une simple figure de style. Elle est vraiment composée d’une longue succession de massacres, de tentatives de justification pour toutes sortes d’injustices commises à l’encontre d’autres êtres humains – sans parler des animaux. Tout cela provient de cette ignorance de base, de cette impulsivité de l’esprit humain qui nous impose d’anéantir sans réfléchir tout ce qui nous dérange.

Cependant, par la réflexion, nous pouvons changer cela ; nous sommes en mesure de transcender ce conditionnement instinctif et animal et de faire mieux que de nous comporter comme de simples pantins soumis aux lois de la société, évitant la violence seulement par peur des représailles. Nous pouvons vraiment assumer notre responsabilité et vivre en respectant l’existence des autres créatures, même celle d’insectes et autres « nuisibles ». Nous sommes tous incapables d’aimer les moustiques ou les fourmis, mais nous pouvons contempler le fait qu’ils ont le droit de vivre. Ceci est une réflexion de l’esprit ; ce n’est pas seulement une réaction comme « Vite, l’insecticide ! ». Ainsi, grâce à notre capacité de réflexion, nous sommes capables de voir que, même si elles nous dérangent et que nous préférerions les voir partir, ces créatures ont le droit d’exister. C’est un exemple d’observation dont est capable l’esprit humain.

La même attitude peut être développée en ce qui concerne les états mentaux déplaisants. Ainsi, lorsque vous êtes en proie à l’exaspération, plutôt que de vous dire : « Ça y est, je recommence à m’emporter ! », vous pouvez penser : « Ceci est la colère ». Il en va de même avec la peur : si vous la voyez en termes personnels – comme la peur dont souffre ma mère ou bien mon père, ou encore la mienne – tout devient alors un imbroglio confus de différents personnages tantôt reliés entre eux et tantôt séparés. Il devient très difficile d’avoir aucune compréhension réelle ; et cependant la peur dont je fais l’expérience est la même que celle ressentie par ce pauvre chien, « Ceci est la peur ! ». C’est seulement cela. La peur que j’ai éprouvée n’est pas différente de la peur vécue par les autres. Si nous voyons cela, nous sommes en mesure d’éprouver de la compassion, même pour un vieux chien galeux. Nous comprenons qu’avoir peur est une expérience aussi horrible pour lui que pour nous. Qu’un chien reçoive un bon coup de pied ou que vous le receviez vous-même, la douleur est identique. La douleur est la douleur, le froid est le froid, la colère est la colère ; ce n’est pas « La mienne » – une façon de voir qui renforce l’image que nous avons de nous-même – mais plutôt « Ceci est la douleur » – une manière habile de penser qui nous aide à discerner les choses plus clairement. Reconnaître cette expérience de la souffrance – ceci est souffrance – conduit ensuite à la seconde révélation de la Première Noble Vérité : « Elle doit être comprise ». Cette souffrance doit être examinée.

ETUDIER LA SOUFFRANCE

Je vous encourage tous à comprendre dukkha, à vraiment l’étudier, à recevoir et accepter votre souffrance. Essayez de la comprendre dans la sensation de douleur physique comme dans le désespoir et l’angoisse, dans la haine et l’aversion – quelque forme qu’elle prenne, quelle qu’en soit la qualité, qu’elle soit terrible ou insignifiante. Cet enseignement ne requiert pas que vous soyez complètement misérable avant de réaliser l’éveil. Il n’implique pas d’être dépouillé de tous vos biens ou torturé dans votre chair, mais d’être capable de regarder la souffrance, même s’il ne s’agit que d’un léger sentiment de mécontentement, la regarder et la comprendre.

C’est facile de trouver quelqu’un à qui faire porter la responsabilité de nos problèmes : « Si ma mère m’avait vraiment aimé… », ou « Si tout mon entourage avait fait preuve de sagesse et s’était totalement dévoué à m’offrir un environnement parfait, je ne connaîtrais pas les problèmes émotionnels dont je souffre à présent ». C’est tout à fait stupide, n’est-ce pas ! ? Pourtant, c’est ainsi que beaucoup d’entre nous voient la vie, persuadés qu’ils sont perdus et misérables parce qu’ils n’ont pas reçu une juste chance. Mais, avec cette formule de la Première Noble Vérité, même si notre existence a été plutôt misérable, ce que nous regardons n’est pas cette souffrance venue de l’extérieur, mais celle que nous créons dans notre propre esprit. Ceci constitue un éveil chez un individu – un éveil à la Vérité de la souffrance. Et il s’agit d’une Noble Vérité, car nous ne cherchons plus à accuser les autres pour la souffrance dont nous faisons l’expérience. Aussi, l’approche bouddhiste est-elle tout à fait originale et distincte des autres religions par l’accent qu’elle met sur la sagesse, l’affranchissement de toute illusion comme moyen d’échapper à la souffrance – plutôt que sur l’obtention de quelque état de béatitude ou d’union avec l’Absolu.

Notez bien, mon propos n’est pas de dire que les autres ne sont jamais source de frustration ou d’irritation ; mais, ce que cet enseignement nous demande d’étudier est notre propre façon de réagir à l’expérience d’exister. En supposant qu’une personne vous traite avec méchanceté ou essaie de vous nuire de façon délibérée et machiavélique, si vous pensez que c’est cette personne-là qui constitue la véritable cause de votre souffrance, vous n’avez pas encore saisi la Première Noble Vérité. Même si elle est en train de vous arracher les ongles ou de vous faire subir je ne sais quelle atrocité, tant que vous êtes convaincu que vous souffrez à cause d’elle, vous n’avez pas saisi la Première Noble Vérité. Comprendre la souffrance, c’est voir clairement que c’est notre réaction à l’encontre de cette personne – « Je te déteste » – qui constitue la véritable souffrance. Se faire arracher les ongles est douloureux, mais la souffrance implique : « Je te hais », « Comment peux-tu me faire ça » et « Je ne te pardonnerai jamais ».

Cela dit, n’attendez pas que quelqu’un vous arrache les ongles pour mettre en pratique la Première Noble Vérité. Mettez-là à l’épreuve dans le cadre de petites contrariétés : par exemple, si quelqu’un fait preuve d’insensibilité à votre égard ou se montre impoli, méprisant. Si vous souffrez parce que cette personne vous a trompé ou offensé de quelque manière que ce soit, vous pouvez vous en servir pour votre travail de contemplation. Dans la vie quotidienne, nous avons maintes occasions d’être blessés ou offensés. Nous pouvons nous sentir dérangés ou même irrités par la simple démarche de quelqu’un ou par sa seule apparence, en tout cas, ça m’arrive. Parfois, vous pouvez vous surprendre à ressentir de l’aversion pour une personne simplement à cause de sa façon de marcher ou parce qu’elle n’agit pas comme elle devrait. On peut se mettre franchement en colère pour des futilités de ce genre. La personne en question ne vous a fait aucun mal, mais vous souffrez quand même. Si vous ne réussissez pas à contempler votre souffrance dans ce type de situation ordinaire, vous ne serez jamais capable de faire preuve de l’héroïsme nécessaire dans le cas extrême où quelqu’un vous arrache les ongles !

La pratique consiste à travailler avec toutes les petites contrariétés de la vie quotidienne. Il suffit d’observer la façon dont nous pouvons être blessés, vexés, dérangés ou irrités par les voisins, par Mr Blair, par la façon dont vont les choses ou par nous-mêmes. Nous savons que la souffrance doit être comprise. Nous passons à la pratique en contemplant profondément la souffrance en tant qu’objet, en comprenant « Ceci est souffrance ». C’est ainsi que nous réalisons la compréhension profonde de la souffrance.

PLAISIR ET DESAGREMENT

Nous pouvons nous demander où nous a conduit cette recherche hédonistique du plaisir présentée comme une fin en soi. Cela fait maintenant plusieurs décennies que cela dure, mais l’humanité est-elle plus heureuse pour autant ? Il semble que, de nos jours, nous ayons le droit et la liberté de faire plus ou moins ce qui nous chante : voyages, sexe, drogues et ainsi de suite, il n’y a que l’embarras du choix. Tout est autorisé, rien n’est interdit. Il faut faire quelque chose de vraiment obscène, de vraiment violent avant être mis au banc de la société. Mais, le fait d’être autorisés à suivre nos pulsions nous a-t-il rendus plus heureux, plus satisfaits et moins stressés ? En fait, cela eu plutôt pour effet de nous rendre très égoïstes ; nous ne réfléchissons pas sur la manière dont nos actes affectent les autres. Nous avons tendance à ne penser qu’à nous : moi et mon bonheur, ma liberté et mes droits. En adoptant ce genre d’attitude, nous devenons une véritable source de contrariété, de frustration, d’irritation et de misère pour les gens qui nous entourent. Si je suis convaincu d’avoir le droit de faire ou dire ce que je veux, même au détriment d’autrui, dans ce cas, je ne suis rien d’autre qu’une source de problèmes pour la société.

Quand apparaît un sentiment tel que « Ce que je veux… » ou comme « Ce que je pense devrait… ou ne devrait pas… » et que nous désirons profiter de tous les plaisirs de la vie, nous sommes inévitablement contrariés, parce que l’existence nous semble alors difficile, dénuée d’espoir et que tout nous paraît aller de travers. Nous sommes alors pris dans le tourbillon de la vie, ballottés entre le désir et la peur. Et même lorsque toutes nos envies sont satisfaites, nous éprouvons encore un sentiment de manque, une impression d’incomplétude. Même quand tout va pour le mieux, il y a toujours un sentiment d’anxiété, d’insatisfaction – comme s’il y avait encore quelque chose à faire – une sorte de doute ou d’angoisse qui nous hante.

Par exemple, j’ai toujours aimé les beaux paysages. A l’occasion d’une retraite que je dirigeais en Suisse, quelqu’un me conduisit au pied de montagnes magnifiques. Alors que j’admirais le panorama, je pris conscience d’un léger sentiment d’angoisse. Il y avait tant de beauté, un flot continu de paysages magnifiques, et j’avais un tel désir de tout retenir, de ne pas en perdre une miette, que j’étais obligé de rester tout le temps sur le qui-vive afin de pouvoir tout consommer du regard. C’est un exemple de dukkha, n’est-ce pas ?

Je m’aperçois que, lorsque j’agis de façon distraite, même pour quelque chose de tout à fait anodin – tel qu’admirer un paysage de montagne, si je me projette et essaye de retenir, de m’accrocher à quelque chose, cela génère toujours un sentiment désagréable. Comment peut-on s’approprier la Jungfrau ou le mont Eiger ? Au mieux, nous pouvons les prendre en photo, essayer de tout fixer sur un morceau de papier. Ça aussi, c’est dukkha ; vouloir saisir la beauté par refus d’en être séparé : cela même est souffrance.

Devoir expérimenter des situations qui nous sont désagréables est également souffrance. Par exemple, je n’ai jamais aimé prendre le métro à Londres. J’avais tendance à me plaindre à ce sujet : « Je ne veux pas prendre le métro ; je n’aime pas ces stations mal éclairées et les publicités de mauvais goût qui tapissent les murs ; je ne veux pas me retrouver sous terre dans un de ces petits trains bondés comme une sardine en boîte ». Je trouvais cette expérience tout à fait déplaisante. Ma pratique consistait alors à écouter cette voix qui se plaignait, qui se lamentait – la souffrance de ne pas vouloir être associé à ce qui est désagréable. Après l’avoir contemplée, j’arrêtais d’en faire un problème et j’étais ainsi en mesure d’être associé à quelque chose de déplaisant sans en souffrir. J’avais réalisé que tel était l’état des choses et que ça n’était pas un problème. Nous n’avons pas besoin de créer de difficultés, que ce soit parce que nous sommes dans une station de métro mal éclairée ou parce que nous admirons un paysage magnifique. Les choses sont telles qu’elles sont et c’est ainsi que nous pouvons les reconnaître et les apprécier, quelle que soit leur apparence – toujours changeante – et ce, sans nous attacher. S’attacher, c’est vouloir retenir quelque chose que l’on aime, vouloir se débarrasser de quelque chose que l’on déteste, ou vouloir quelque chose que l’on n’a pas.

Nous pouvons également beaucoup souffrir à propos des autres. Je me souviens qu’en Thaïlande, je nourrissais du ressentiment et des pensées négatives vis-à-vis d’un des moines. Quoi qu’il fasse ou quoi qu’il dise, je trouvais toujours à redire : « Il ne devrait pas faire ceci, il ne devrait pas dire cela ! ». Ce moine obsédait mes pensées et même lorsqu’il m’arrivait de quitter le monastère, son souvenir me poursuivait ; dès que son image me venait à l’esprit, j’avais toujours la même réaction : « Tu te souviens quand il a dit ceci et quand il a fait cela ! » et « Il n’aurait pas dû dire ceci et il n’aurait pas dû faire cela ! ».

Ayant eu la chance de rencontrer un maître de la stature d’Ajahn Chah, je me souviens que je voulais qu’il soit parfait. Je pensais : « Cet homme est un enseignant exceptionnel, extraordinaire ! », mais quand il lui arrivait de faire quelque chose qui me dérangeait, je pensais : « Je ne veux pas qu’il fasse des choses qui me déplaisent, en contradiction avec l’image d’homme merveilleux que j’ai de lui ! ». Cela équivalait à penser : « Ajahn Chah, soyez prodigieux pour moi tout le temps, ne faites jamais rien qui puisse me contrarier ! ». Ainsi, même si vous rencontrez quelqu’un que vous respectez et aimez vraiment, il y a encore la souffrance d’être attaché. Tôt ou tard, inévitablement, il arrivera qu’il dise quelque chose que vous n’aimez ou n’approuvez pas, provoquant ainsi toutes sortes de doutes, et vous souffrirez.

Un jour, plusieurs moines américains vinrent visiter Wat Pah Pong, notre monastère dans le nord-est de la Thaïlande. Ils étaient très critiques et semblaient ne voir que ce qui n’allait pas. Ils n’avaient pas une très bonne opinion de l’enseignement d’Ajahn Chah et ils n’aimaient pas le monastère. Je sentais la colère et l’aversion monter car ils critiquaient quelque chose que j’aimais de tout mon cœur. J’étais révolté : « Eh bien, si ça vous déplaît, allez-vous en ! C’est le plus grand Maître bouddhiste du monde et si vous n’êtes pas capables de vous en rendre compte, alors fichez le camp ! » Ce genre d’attachement – être amoureux, ou aduler – engendre la souffrance car, si quelque chose ou quelqu’un que vous aimez est critiqué, vous éprouvez colère et indignation.

REALISATIONS EN SITUATION

Il se peut, parfois, que des réalisations surviennent à des moments les plus inattendus. Cela m’arriva tandis que je séjournais à Wat Pah Pong. Le nord-est de la Thaïlande n’est pas l’endroit le plus beau ni le plus agréable au monde, avec ses forêts clairsemées et ses plaines monotones ; de surcroît, les températures y sont extrêmes pendant la saison chaude. Tous les quinze jours, à la veille de la journée d’Observance, nous devions affronter la pleine chaleur du milieu de l’après-midi pour balayer les feuilles des allées du monastère. Les surfaces à nettoyer étaient immenses. Nous passions tout l’après-midi en plein soleil, suant à grosses gouttes pour faire des tas de feuilles mortes au moyen de balais rudimentaires ; c’était l’un de nos devoirs. Je n’aimais pas ce travail. Je me plaignais intérieurement : « Je ne veux pas faire cela, je ne suis pas venu ici pour déblayer des feuilles ; je suis venu ici pour réaliser l’éveil et, au lieu de cela, on me fait balayer pendant des heures. De plus, il fait trop chaud et j’ai la peau fragile ; il est fort possible que j’attrape un cancer à m’exposer ainsi ! ».

J’en étais là, un de ces après-midi, me sentant particulièrement déprimé, à ruminer « Qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi y suis-je venu ? Pourquoi est-ce que j’y reste ? ». J’étais donc en train de balayer, totalement dénué d’énergie, m’apitoyant sur mon sort et détestant tout. J’aperçus alors Ajahn Chah qui s’approchait ; il me sourit et dit simplement avant de s’en aller : « Il y a beaucoup de souffrance à Wat Pah Pong, n’est-ce pas ? ». Je me mis à penser : « Pourquoi a-t-il dit çà ? » et puis :« Tout bien réfléchi, cela n’est pas si mal ! ». Sa remarque m’avait conduit à contempler ma situation : « Est-ce vraiment pénible de balayer ?… non pas vraiment ! C’est plutôt une activité neutre ; je balaie les feuilles, ça n’est pas stressant, pas compliqué…

Est-ce vraiment aussi insupportable que je veux bien le croire ?… Non, transpirer ne fait pas de mal, c’est tout à fait naturel. Je n’ai pas de cancer de la peau et les membres de la communauté à Wat Pah Pong sont vraiment gentils. Le Maître est une homme très doux et sage. Les moines m’ont bien traité. Je suis nourri grâce à la générosité des laïques qui apportent à manger et… de quoi suis-je en train de me plaindre ? »

En contemplant de façon plus réaliste l’expérience d’être là, je me rendis compte : « Je vais bien. Les gens me respectent, je suis bien traité. Je suis accueilli dans un beau pays par des gens charmants qui prennent la peine de m’enseigner.

En fait, il n’y a rien qui aille de travers, à part moi ; je suis en train de faire des histoires parce que je ne veux pas transpirer à balayer les allées ! ». A ce moment, une révélation très claire m’apparut. Je perçus soudain cet aspect de ma personnalité qui se plaignait et critiquait sans cesse, et qui m’empêchait de vraiment m’investir avec générosité dans quoi que ce soit, dans quelque situation que ce soit.

Une autre expérience, riche en enseignement, fut la coutume de laver les pieds des moines supérieurs à leur retour de la quête pour le repas quotidien. Après avoir marché pieds nus à travers les villages et les rizières, ils avaient les pieds couverts de boue. Les bains utilisés pour se nettoyer les pieds se trouvaient près du réfectoire. Quand Ajahn Chah arrivait, environ vingt à trente moines se précipitaient pour lui laver les pieds. Lorsque j’assistai à cette scène pour la première fois, je me dis : « Je ne vais pas faire ça, pas moi ! ». Le lendemain, à peine Ajahn Chah était-il de retour que trente moines se précipitaient à nouveau pour lui baigner les pieds. Je me dis « Quelle ineptie ! Trente personnes pour nettoyer les pieds d’un seul homme, c’est ridicule ! Pas question que je me joigne à eux ! ». Le jour suivant, la réaction fut encore plus forte ; trente moines se précipitèrent pour lui laver les pieds, et cette fois, ça me mit vraiment en colère : « J’en ai ras le bol de tout ce cinéma ! C’est vraiment le spectacle le plus stupide qu’il m’ait été donné de voir, trente hommes qui se bousculent pour laver les pieds d’un seul ! Il pense probablement qu’il le mérite, vous savez, ça doit vraiment gonfler son ego ! Son ego est probablement énorme à ce stade, avec tous ces gens qui lui baignent les pieds tous les jours. Jamais je ne ferai ça ! ».

Je commençais à développer une réaction forte, disproportionnée. Assis par terre, totalement déprimé et en colère, je regardais les moines en pensant : « Ils ont vraiment tous l’air idiot, je me demande ce que je fais ici ! ».

Mais, à ce moment, je prêtai attention à mes pensées et réalisai que c’était vraiment un état d’esprit exécrable : « Est-ce que ça vaut la peine de se mettre dans un tel état ? Ils ne m’ont pas obligé à me joindre à eux. Il n’y a pas de problème, en fait, rien de mal à ce que trente hommes lavent les pieds de quelqu’un. Ça n’est pas immoral, ni répréhensible et peut-être que ça leur plaît !… peut-être qu’ils souhaitent le faire, peut-être que ça n’est pas désagréable ! Pourquoi ne pas essayer ? ». Le lendemain matin, donc, trente « et un » moines se précipitèrent pour laver les pieds d’Ajahn Chah. Après ça, ce ne fut plus un problème. C’était un soulagement ; cette réaction négative s’était arrêtée.

Nous pouvons contempler les choses qui provoquent notre indignation et notre colère : sont-elles intrinsèquement mauvaises ou est-ce nous qui fabriquons ce dukkha à leur sujet ? Ainsi, nous commençons à comprendre comment nous créons tant de problèmes dans nos propres vies et dans celles de ceux qui nous entourent.

Cette habileté à être tout à fait conscients nous permet de supporter l’existence dans sa totalité, que ce soit l’excitation ou l’ennui, l’espoir ou le désespoir, le plaisir ou la douleur, la fascination ou le dégoût, le début ou la fin, la naissance ou la mort. Nous sommes capables de l’accepter tout entière dans notre conscience au lieu de simplement nous absorber dans l’agréable et éliminer le désagréable. Le processus de révélation est d’aller vers dukkha, de contempler dukkha, d’admettre dukkha, de reconnaître dukkha sous toutes ses formes. Ainsi, on ne réagit plus seulement de la façon habituelle qui consiste à se complaire ou supprimer. Pour cette raison, vous êtes mieux à même de supporter la souffrance, vous pouvez être plus patients lorsqu’elle apparaît.

De tels enseignements ne se situent pas au-delà de notre vécu. Ce ne sont, en fait, que des réflexions sur nos propres expériences – et non des considérations intellectuelles complexes. Aussi, efforcez-vous de développer cette compréhension plutôt que de vous enfoncer dans l’ornière de vos habitudes. Combien de temps devrez-vous culpabiliser à propos de votre avortement ou de n’importe quelle autre de vos erreurs passées ? Est-il réellement nécessaire de régurgiter les événements de votre vie et de vous fourvoyer dans des spéculations et analyses sans fin. Certains se confectionnent des personnalités tellement compliquées ! Si vous vous perdez constamment dans vos souvenirs, ainsi que dans vos vues et opinions, vous resterez prisonniers de ce monde et ne serez jamais en mesure de le transcender de quelque manière que ce soit.

Vous pouvez déposer ce fardeau si vous prenez la décision d’utiliser habilement les enseignements. Dites-vous : « Je vais arrêter de me laisser prendre ; je refuse de participer à ce jeu ; je ne vais pas céder à cet état d’esprit négatif ! ». Adoptez l’attitude de celui qui comprend : « Je sais que c’est dukkha ». C’est vraiment très important de prendre cette résolution d’aller vers la souffrance et de demeurer en sa compagnie. C’est seulement en faisant face et en examinant la souffrance de cette manière que nous pouvons espérer avoir la révélation extraordinaire : « Cette souffrance a été comprise ».

Voici donc les trois aspects de la Première Noble Vérité. C’est la formule que nous devons utiliser et appliquer à nos vies, au moyen de la réflexion. Dès que vous souffrez, pensez d’abord consciemment « Ceci est souffrance », puis « La souffrance doit être comprise » et enfin « Elle a été comprise ». Cette compréhension de dukkha est la révélation de la Première Noble Vérité.


GLOSSAIRE

Ajahn : « enseignant » en Thaïlandais ; souvent utilisé dans un monastère pour s’adresser aux moines qui sont dans les ordres depuis dix ans ou plus. Ce mot peut être également épelé « Achaan » (ainsi que de plusieurs autres façons, toutes dérivées du mot pali acariya – érudit, enseignant, maître, guide).

Bhikkhu : « mendiant vivant d’aumône » ; le terme pour un moine bouddhiste qui vit de l’aumône et selon des préceptes de conduite qui définissent une vie de renoncement et de moralité.

Bouddha rupa : une représentation du Bouddha.

Origine Dépendante : Analyse en terme de facteurs ou de conditions telles que l’ignorance et le désir, qui forment le phénomène d’apparition de la souffrance. Ce phénomène prend fin lorsque ces conditions disparaissent.

Dhamma (Dharma, en sanskrit) : Ecrit avec une minuscule, dhamma désigne une chose ou un phénomène lorsque ceux-ci sont vus en tant que manifestations universelles d’une loi naturelle, plutôt qu’en tant qu’attributs personnels. Ecrit avec une majuscule, Dhamma se réfère à l’enseignement du Bouddha tel qu’on le trouve dans les Ecritures, ou à la Réalité Ultime vers laquelle il dirige.

Kamma (Karma, en sanskrit) : Action intentionnelle ou cause initiée ou réitérée par une impulsion habituelle, volition. L’usage populaire couvre également l’aspect résultant ou effet de l’action, bien que le terme approprié pour cet aspect du résultat ou effet soit Vipaka

Jour d’Observance (en pali : Uposatha) : Journée à caractère sacré, ou sabbatu, qui correspond au changement de lune, tous les quinze jours. Selon la tradition, c’est le jour où les bouddhistes renouvellent leur engagement à respecter les préceptes et à suivre l’enseignement.

Tipitaka : Traduction littérale : les trois paniers. Recueil des écritures bouddhistes classées en Suttas (discours), Vinaya (discipline ou apprentissage) et Abhidhamma (analyse psychologique).


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Retrouvez les différentes parties de ce texte.
- Les Quatres Nobles Vérités - Partie 1
- Les Quatres Nobles Vérités - Partie 2
- Les Quatres Nobles Vérités - Partie 3
- Les Quatres Nobles Vérités - Partie 4


Source : Dhamma Sukha




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