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Barbara O’Brien — Bouddhisme et Avortement

lundi 9 novembre 2009

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BOUDDHISME ET AVORTEMENT [1]


02.09.2008

Los Angeles, USA - Les USA se sont battus avec la question de l’avortement des années durant, sans parvenir à un consensus. Nous avons besoin d’une nouvelle perspective, et je pense que le point de vue bouddhiste sur l’avortement pourrait en fournir une.

Le bouddhisme considère l’avortement comme la prise d’une vie. En même temps, les bouddhistes sont généralement réticents à intervenir dans la décision personnelle d’une femme, de mettre un terme à sa grossesse. Le bouddhisme décourage peut-être l’avortement, mais il décourage aussi d’imposer des absolus moraux rigides.

Cela peut sembler contradictoire. Dans notre culture, beaucoup pensent que si une chose est moralement mauvaise, elle doit être bannie. Cependant, le point de vue bouddhiste est que suivre des règles rigides ne rendra pas moral. De plus, imposer des règles autoritaires résulte souvent en un nouvel ensemble de maux moraux.

Quid des droits ?

En premier lieu, le point de vue bouddhiste sur l’avortement n’inclue pas le concept de droits, ni celui de "droit à la vie" ou de "droit à la jouissance de son propre corps". En parti car le bouddhisme est une religion très ancienne, et que le concept de droits de l’homme est relativement récent. Toutefois, aborder l’avortement comme une question de "droits" ne semble nous mener nulle part.

Les "droits" sont définis par l’Encyclopédie de Philosophie Stanford comme " le droit de (ne pas) commettre certaines actions ou d’être dans certains états, ou le droit pour les autres, de (ne pas) commettre certaines actions ou d’être dans certains états". Dans cet argument, un droit devient une carte maîtresse, qui lorsqu’elle est jouée, prend la main et stoppe toute considération sur le sujet. Mais les activistes à la fois pour et contre l’avortement légal, sont persuadés que leur carte maîtresse bat celle de l’autre camp. Rien n’est donc bien établi.

Quand la vie a t-elle commencé ?

Je vais aborder la question avec une observation personnelle pas nécessairement bouddhiste mais pas non plus selon moi, en contradiction avec le bouddhisme.

Ma compréhension est que la vie ne "commence" pas. Les scientifiques nous disent que la vie est arrivée sur cette planète il y a quelque 4 milliards d’années, et que depuis lors, la vie s’est exprimée sous d’innombrables formes. Mais personne n’a observé son "commencement". Nous, être vivants, sommes les manifestations d’un processus ininterrompu en marche depuis 4 milliards d’années, à prendre ou à laisser. Selon moi, la question "quand la vie a t-elle commencé ?" est une question insensée.

Et si vous vous considérez comme le point culminant d’un processus de 4 milliards d’années, alors la conception est-elle vraiment plus importante que le moment où votre grand-père a rencontré votre grand-mère ? Y’ a t-il un moment au cours de ces 4 milliards d’années, vraiment distinct de tous les autres moments et des accouplements et divisions de cellules à partir des premières macromolécules à partir du commencement de la vie, en supposant que la vie avait commencé ?

Vous pourriez demander ce qu’il en est de l’âme individuelle. L’un des enseignements le plus basique, le plus essentiel, et le plus difficile du bouddhisme est anatman ou anatta - l’absence d’âme. Le bouddhisme enseigne que nos enveloppes physiques ne sont pas possédées par un individu intrinsèque, et que notre sens persistant d’un l’individu séparé du reste de l’univers est une illusion.

Veuillez comprendre que ceci n’est pas un enseignement nihiliste. Le bouddha a enseigné que si nous pouvions voir à travers l’illusion du petit soi-même, nous verrions un individu "sans limites" non sujet à la naissance et à la mort.

Qu’est-ce que l’Individu ?

Nos jugements dépendent lourdement de la manière de les conceptualiser. Dans la culture occidentale, nous considérons les individus comme des unités autonomes. La plupart des religions enseignent que ces unités autonomes sont investies d’une âme.

J’ai déjà mentionné la doctrine d’anatman. Selon cette dernière, ce que nous pensons être notre "individu" est une création temporaire des skandhas. Les skandhas sont des attributs - forme, sens, cognition, discrimination, conscience - unis pour créer un être vivant distinct.

Comme il n’y a pas d’âme pour transmigrer d’un corps à un autre, il n’y a pas de "réincarnation" au sens usuel du mot. La "renaissance" a lieu lorsque le karma crée par une vie passée, se reporte sur une autre vie. La plupart des école bouddhistes enseignent que la conception est le début du processus de renaissance et qu’ensuite, il marque le début de la vie d’un être sensible.

Le Premier Précepte

Le Premier Précepte du Bouddhisme - Panatipata veramani sikkhapadam samadiyami - souvent traduit pas "Je m’engage à m’abstenir de détruire la vie". La traduction littérale du Précepte ne fait pas de distinction entre les humains et les chevaux, les araignées et l’épinard. Bien que la vie humaine soit plus importante, le précepte nous prévient de nous abstenir de prendre la vie sous toutes ses innombrables manifestations.

Cela dit, il ne fait aucun doute que l’interruption d’une grossesse est un sujet extrêmement sérieux. L’avortement est considéré comme étant la prise d’une vie humaine, il est en cela fortement déconseillé par les enseignements bouddhistes. Toutefois, je crois qu’aucune école du bouddhisme ne l’interdit.

Le bouddhisme nous enseigne de ne pas imposer nos points de vue aux autres et d’avoir de la compassion pour ceux qui font face à des situations difficiles. Bien que des pays majoritairement bouddhistes, comme la Thaïlande, mettent en place des restrictions légales à l’avortement, nombre de bouddhistes ne pensent pas que l’état doive interférer dans des cas de conscience.

L’Approche bouddhiste de la Moralité

Le bouddhisme n’aborde pas la moralité en donnant des règles absolues à suivre en toutes circonstances. A la place, il donne des conseils pour nous aider à réaliser que ce que nous faisons nous affectent avec les autres. Le karma que nous créons avec nos pensées, mots et actions nous rend sujets à la cause et l’effet. Nous assumons donc la responsabilité de nos actions ainsi que les résultats de nos actions. Même les préceptes de sont pas des commandements mais des principes, et il ne tient qu’à nous de décider de la manière de les appliquer au quotidien.

Karma Lekshe Tsomo, professeur de théologie et nonne de la tradition bouddhiste tibétaine, explique :

"Il n’y a pas d’absolus moraux dans le bouddhisme et il est admis que prendre des décisions d’ordre éthique implique un réseau complexe de causes et de conditions. le "bouddhisme" englobe une large gamme de croyances et de pratiques, et les écritures canoniques laissent la place à une grande variété d’interprétations. Toutes fondées sur une théorie d’intentionnalité, et les individus sont encouragés à analyser les questions avec précaution pour eux-mêmes... Lorsqu’ils font des choix moraux, on conseille aux personnes d’examiner leurs motivations - aversion, attachement, ignorance, sagesse, ou compassion - et de peser les conséquences de leurs actions à la lumière des enseignements du bouddha".

Qu’est-ce qui ne va pas avec les absolus moraux ?

Nos cultures valorisent beaucoup ce qu’on appelle la "clarté morale". La clarté morale est rarement définie, mais j’en déduis qu’elle signifie ignorer les aspects moins ordonnés des problèmes complexes d’ordre moral, afin de pouvoir appliquer des règles simples, rigides pour les résoudre. Si vous prenez toutes les facettes d’un problème en compte, vous risquez de ne pas être clair.

La morale simplifie l’amour pour remanier tous les problèmes éthiques à l’aide de simples équations de bon et de faux, de bien ou de mal. Il est tenu pour principe qu’un problème ne peut avoir que deux facettes, et qu’une facette doit être entièrement bonne tandis que l’autre sera entièrement fausse. Des questions complexes sont simplifiées, simplifiées à l’excès et dépouillées de tout aspect ambigu afin de pouvoir entrer dans des boîtes "bon" et "mauvais".

Pour un bouddhiste, il s’agit d’une manière malhonnête et ignorante d’aborder la morale.

Dans le cas de l’avortement, très souvent les gens qui ont pris parti rejettent avec désinvolture les soucis de l’autre parti. Par exemple, dans la littérature anti-avortement , les femmes qui ont avorté sont décrites comme égoïstes ou irréfléchies, ou parfois tout simplement comme des monstres. Les vrais problèmes qu’apporte une grossesse non désirée dans la vie d’une femme ne sont pas honnêtement admis. Les moralistes discutent parfois d’embryons, de grossesse et d’avortement sans même mentionner les femmes. En même temps, celles qui sont en faveur de l’avortement légal ne veulent parfois pas admettre l’humanité du fœtus.

Les Fruits de l’Absolutisme

Bien que le bouddhisme déconseille l’avortement, nous voyons que la criminalisation de l’avortement cause beaucoup de souffrance. L’Institut Alan Guttmacher a démontré que la criminalisation de l’avortement ne l’empêche pas, elle ne le freine même pas. Au lieu de cela, elle est clandestine et pratiquée dans des conditions dangereuses.

Dans le désespoir, des femmes se soumettent à des procédures non stériles. Elles ingurgitent de l’eau de javel ou de la térébenthine, se perforent avec des bâtons et des cintres à manteaux, sautent même des toits. A travers le monde, les procédures dangereuses d’avortement causent la mort d’environ 67 000 femmes chaque année, principalement dans des pays où l’avortement est illégal.

Les personnes à "clarté morale" peuvent ignorer cette souffrance. Un bouddhiste ne le peut pas. Dans son ouvrage The Mind of Clover : Essays in Zen Buddhist Ethics, Robert Aitken Roshi indique (p 17) : "La position absolue, une fois isolée, omet complètement les détails humains. Les doctrines, incluant le bouddhisme, doivent être utilisées. Prenez garde à celles-ci lorsqu’elles s’emparent de la vie de leurs semblables, parce qu’alors, elles nous utilisent".

Et le bébé ?

Ma compréhension est que l’individu est un phénomène de la vie de la même façon qu’une vague est un phénomène de l’océan. Lorsque naît la vague, rien n’est ajouté à l’océan ; lorsqu’elle meurt, rien ne lui est enlevé.

Robert Aitken Roshi a écrit (The Mind of Clover, pp. 21-22),

"Le malheur et la souffrance forment la nature du samsara, le flux de la vie et de la mort, et la décision d’empêcher la naissance est prise en connaissance d’autres éléments de souffrance. Une fois la décision prise, il n’y a pas de faute, mais plutôt la reconnaissance que la tristesse se répand dans tout l’univers, et que cette part de vie s’en va avec notre amour le plus profond".

L’Approche bouddhiste

En explorant cet article, j’ai trouvé un consensus universel parmi les éthicistes bouddhistes, affirmant que la meilleure approche de la question de l’avortement consiste à éduquer des gens à la contraception et de les encourager à utiliser des contraceptifs. Au delà de cela, comme l’écrit Karma Lekshe Tsomo :

"En fin de compte, la plupart des bouddhistes reconnaissent l’incongruité qui existe entre la théorie éthique et la pratique, et alors qu’ils ne condamnent pas la prise d’une vie, ils invoquent la compréhension et la compassion pour tout être vivant, une bienveillance qui ne juge pas et respecte le droit à la liberté de l’être humain, de faire ses propres choix."


Par Barbara O’Brien [2]

Source : About.com:Buddhism




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