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La situation de l’Eglise catholique au prisme des relations entre Eglise et Etat en Chine

mardi 12 juillet 2016, par Buddhachannel Fr.

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Au Mexique, le pape François a appelé les jeunes à ne pas cesser de rêver et, à la question de savoir quel était son rêve, il a répondu du tac au tac : « Aller en Chine, aller là bas… cela me plairait tellement ! ». Quelques jours plus tôt, à l’occasion du Nouvel An lunaire, le pape avait témoigné, ...

Dans une interview diffusée depuis Hongkong, de sa volonté de développer des relations avec la Chine sur la base de l’amitié et du respect mutuel. A Pékin, les observateurs attendent l’issue d’une réunion qui aurait dû se tenir au plus haut niveau en décembre dernier déjà et dont l’objet serait une redéfinition de la politique religieuse du Parti et du gouvernement.

Face à une telle actualité, il est intéressant de s’éloigner un instant du flot des nouvelles quotidiennes pour se plonger dans le temps long et étudier la conception que se font les dirigeants chinois de la nature du lien entre religion et exercice du pouvoir politique. Richard Madsen est professeur émérite de sociologie et directeur de recherches à l’Université de Californie, à San Diego, aux Etats-Unis. Il est également directeur de la Fudan University, le centre d’études sur la Chine contemporaine de l’Université de Californie. Il est un spécialiste parmi les plus avisés de cette question.

Le texte qui suit est sa contribution au 9e Colloque catholique européen consacré à la Chine qui a eu lieu à Konstancin et Varsovie, en Pologne, du 10 au 13 septembre 2015 et dont le thème était : « Les défis de l’évangélisation - Chine et Europe ». Il a été publié en novembre 2015 par Religions & Christianity in Today’s China, le e-journal de China-Zentrum, centre catholique d’études de la Chine installé à Sankt-Augustin, en Allemagne. Sa traduction en français est de Charles de Pechpeyrou.

« En Chine, les relations entre l’Eglise et l’Etat sont un mélange complexe et instable de politique lénino-stalinienne et de pratique impériale traditionnelle. Aucun de ces deux éléments ne s’adapte correctement aux réalités de la société chinoise contemporaine et ils ont tous les deux des conséquences non désirées. Dans cet essai, je vais étudier successivement les politiques lénino-staliniennes et les pratiques impériales, puis analyser leurs conséquences pour la santé de l’Eglise catholique en Chine et pour la stabilité à long terme de l’Etat chinois.

La politique lénino-stalinienne

La politique du communisme soviétique à l’égard de la religion a été modelée par les conflits entre les bolcheviks et l’Eglise orthodoxe russe. L’Eglise orthodoxe russe avait été instituée comme Eglise d’Etat par une loi et, jusqu’en 1905, le fait de quitter cette Eglise était un délit qui pouvait être puni. La liturgie de l’Eglise imprégnait profondément le mode de vie des paysans russes et elle était indispensable pour qu’ils puissent donner un sens à leur vie et éprouver un sentiment d’appartenance à la communauté. Après la révolution de 1917, les communistes considérèrent l’Eglise comme une dangereuse force d’opposition. En 1922, Lénine lança une politique destinée à paralyser l’Eglise et à effacer son influence sur la société russe. Cette politique fut pleinement institutionnalisée par Staline et finalement exportée dans tous les autres pays communistes alliés de l’Union soviétique (1).

Quels étaient les principaux éléments de cette politique ?

Le premier était d’inscrire la liberté de croyance religieuse dans la Constitution (cela servait à inciter les gens à abandonner l’Eglise dominante au profit d’autres croyances). Le deuxième était de confisquer aux Eglises la plupart de leurs biens, de supprimer leurs activités éducatives et sociales et de les réduire à des fonctions purement liturgiques. Le troisième était d’emprisonner ou même d’exécuter les principaux dirigeants de l’Eglise dominante ; le motif officiellement invoqué n’était pas religieux : c’était le fait qu’ils combattaient la révolution. Le quatrième était de créer des groupes de membres du clergé et de laïcs favorables au régime afin qu’ils participent aux attaques contre les dirigeants de l’Eglise, et d’encourager les dirigeants des religions minoritaires à s’associer également à ces attaques. Le cinquième était, après avoir détruit l’équipe dirigeante de l’Eglise dominante, de lui donner des successeurs dociles. L’Eglise dominante devenait ainsi un organisme soumis, une coquille vidée de sa substance. Le dernier était d’attaquer (peut-être avec l’aide des dirigeants, désormais soumis, de l’Eglise dominante) les religions qui avaient initialement aidé à attaquer l’Eglise dominante. Une organisation d’Etat chargée de contrôler la religion fut créée (semblable à l’Administration d’Etat pour les Affaires religieuses en Chine). En Union soviétique, cette politique a été couronnée de succès, tout au moins dans un premier temps. D’après Philip Walters, « en 1939 l’Eglise orthodoxe avait virtuellement cessé d’exister en tant qu’institution. (…) Il est probable qu’il ne restait pas plus de cent ou deux cents églises encore ouvertes, sur un total d’environ 46 000 avant la révolution ; le clergé et des laïcs étaient dans des camps de travail ; et seuls quatre évêques étaient encore en liberté » (2).

Toutefois, cette politique était suffisamment souple pour s’accommoder des changements qui survenaient dans le contexte national et international. Pendant la seconde guerre mondiale, Staline ouvrit des églises afin que leur énergie spirituelle participe à la défense de la patrie ; après la guerre et jusqu’à sa mort en 1953, il poursuivit cette politique de détente relative envers la pratique religieuse. L’Eglise avait été affaiblie et transformée en un instrument de soutien aux intérêts gouvernementaux, mais elle parvenait à accomplir certaines de ses fonctions liturgiques publiques, même si le nombre de ses membres était grandement réduit. Par la suite, Khrouchtchev mit cette politique en œuvre de manière beaucoup plus dure, car il cherchait à anéantir complètement la foi. Mais cela provoqua un contrecoup sous la forme de poches de foi aussi clandestines que ferventes. En conséquence, à l’époque de Brejnev, le régime mit fin à cette tentative de répression politique et en revint à la politique d’endiguement qui avait été appliquée dans les dernières années de la vie de Staline.

Après la seconde guerre mondiale, l’une des conditions pour faire partie du club des pays communistes était d’adopter la politique lénino-stalienne en matière de religion. Cependant, étant donné que cette politique avait été conçue pour s’opposer au pouvoir de l’Eglise orthodoxe russe, elle ne s’adaptait pas bien aux contextes non russes. En Pologne, par exemple, où l’Eglise catholique était perçue comme la principale gardienne de l’identité nationale, il était clair qu’une intervention musclée provoquerait une forte réaction nationaliste. C’est pourquoi les communistes polonais furent obligés d’accepter beaucoup plus de compromis que Staline ne l’avait fait avec l’Eglise orthodoxe en Russie. De leur côté, les dirigeants de l’Eglise catholique polonaise étaient également prêts à accepter des compromis avec le gouvernement pour assurer la survie des institutions.

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