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Livre - Le bouddhisme, tradition et modernité - de Robert Faure

lundi 23 novembre 2015, par Stefania Mitrofan

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Qu’est-ce que le bouddhisme ? Religion pour les uns, philosophie athée pour les autres, ou encore éthique, cosmologie, psychologie, idéologie politique. Sous une forme ou une autre, le bouddhisme a fait son chemin à travers toute l’Asie, de l’Inde à l’Extrême-Asie - depuis l’avènement de Sakyamuni, surnommé le Buddha, né au Ve siècle avant notre ère en Inde du Nord. 500 millions de personnes pratiquent aujourd’hui le bouddhisme.


Voici un extrait du livre de Robert Faure soulignant, suivant les époques,les différences de vision du monde occidental à propos du bouddhisme. sélection faite par Alain Delaporte-Digard.


Le Bouddhisme et l’amnésie occidentale


En dehors d’une poignée de spécialistes, le bouddhisme est peut-être moins bien connu aujourd’hui de l’intellectuel moyen qu’il ne l’était il y a cent cinquante ans , lorsque tous les philosophes et écrivains se sentaient obligés d’y faire référence. Hegel, Schopenhauer et Nietzsche étaient plus au fait du bouddhisme que ne le furent Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty ou Derrida. Flaubert, Renan ne tarissaient pas d’éloges sur le Bouddha, tandis que d’autres, comme Jules Barthélemy Saint - Hilaire, le vouaient aux gémonies grecques.
Le canon bouddhique, initialement en pâli et en sanskrit, puis en chinois et en tibétain, regorge de textes à teneur théorique et philosophique très haute, dont un grand nombre sont maintenant accessibles en traduction. Mais le développement de la recherche érudite semble avoir été inversement proportionnel à l’intérêt des philosophes et des érudits en d’autres secteurs. Que s’est-il donc passé ? À quoi est due cette étrange amnésie ?
Tout d’abord, à la désaffection à l’égard de l’Inde que connaît la seconde moitié du XIXe siècle, par contrecoup de l’enthousiasme des romantiques et de la « renaissance orientale » : après tout, ni l’Inde ni le bouddhisme ne peuvent prétendre remplacer la Grèce et le judaïsme.
On voit en outre se developper avec la montée du colonialisme un mépris des cultures asiatiques. Le discours sur le bouddhisme est devenu affaire de spécialités, ou d’ « illuminés » en mal d’occultisme. Sur le plan philosophique enfin, il s’est vu malencontreusement qualifié de « nihilisme », une erreur encouragée tant par l’ignorance sereine des des philosophes que par la polémique des missionnaires chrétiens, pour qui le bouddhisme, à certains égards si proche du monachisme chrétien, était l’oeuvre évidente du diable.
Voici ce qu’en dit Jules Barthélemy Saint-Hilaire, auteur d’un ouvrage malheureusement très lu, Le Bouddha et sa religion (1860) : « Le malheur des temps veut que parmi nous les doctrines qui sont le fond du Bouddhisme retrouvent une faveur singulière, dont cependant elles sont si peu dignes…Ce n’est pas le lieu d’examiner ici ces théories, et les auteurs en sont à la fois trop savants et trop sincères pour qu’on puisse les condamner sommairement et sans discussion. Mais il est bon qu’ils sachent, par l’example encore trop peu connu du Bouddhisme, ce que l’homme devient quand il ne veut s’appuyer que sur lui seul, et quand ses méditations, égarées par un orgueil dont il ne se doute pas toujours, l’amènent au précipice où le Bouddha s’est perdu. »
De même Claudel, dont la Connaissance de l’Est pourrait s’intituler « Méconnaissance du bouddhisme », pouvait écrire en 1898 : « Mais ces yeux aveuglés se refusèrent à reconnaître l’être inconditionnel, et à celui qu’on nomme le Bouddha, il fut donné de parfaire le blasphème païen. » Selon Claudel, « le Bouddha ne trouva que le Néant, et sa doctrine enseigna la communion monstrueuse. Pour moi, j’y trouve à l’idée de Néant, ajoutée celle de jouissance. Et c’est là le mystère dernier et Satanique, le silence de la créature retranchée dans son refus intégral, la quiétude incestueuse de l’âme assise sur sa différence essentielle.
Nous subissons encore les effets de cette grossière distorsion polémique : comme le souligne à juste titre Roger-Pol Droit, la « philosophie indienne », ou la « philosophie bouddhique », pour ne rien dire de la culture bouddhique, n’est pas encore perçue comme un sujet digne d’étude, et reste souvent, du moins en France, le domaine réservé de quelques demi-mondains en mal d’exotisme.
La philosophie véritable, croit-on encore trop souvent, ne doit être que grecque ou occidentale.À en croire Heidegger, l’ expression « philosophie occidentale » serait d’ailleurs tautologique, ce qui semble impliquer qu’il ne saurait y avoir de philosophie bouddhique. En effet, la philosophie est un discours rationnel, autonome, indépendant de toute autorité religieuse, ce qui n’est manifestement pas le cas des penseurs bouddhiques. Pourtant, Nãgãrjuna, Candrakīrti, ou les autres logiciens bouddhiques, semblent supporter la comparaison avec leurs collègues occidentaux. Certes, le bouddhisme reste une quête spirituelle, et on cherche souvent à discréditer les penseurs bouddhiques sur ce terrain, sur lequel les vrais philosophes, ni saint Augustin, Spinoza, Pascal, Nietzsche, Kierkegaard, Bergson ou même Wittgenstein.

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