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Un sommet pour la paix déguisé

vendredi 26 juillet 2013, par Elodie Poinsot

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200 moines bouddhistes se sont réunis en session les 13 et 14 juin 2013 dans un monastère proche de Rangoun pour débattre des violences et des tensions inter-religieuses - entre bouddhistes et musulmans - qui secouent la Birmanie depuis près d’un an. Un sommet aux allures d’invitation à la paix qui s’est transformé en une concertation au sujet d’une loi anti-mariage inter-religieux. Retour sur le déroulement de cette session.

Mercredi 12 juin 2013, veille d’un « sommet pour la paix » en Birmanie - où la junte militaire souveraine depuis près de 50 ans a donné les rênes à un gouvernement démocratique en mars 2011. Alors que les tensions inter-religieuses échauffent les esprits depuis plus d’un an, environ 200 moines bouddhistes se réunissent près de Rangoun. Deux jours de concertation dans le but d’atteindre un objectif honorable : « trouver comment arrêter les personnes qui commettent des violences et un moyen d’aider le gouvernement à résoudre le problème ». La veille de la session, l’atmosphère est cependant déjà sur la défensive et le porte-parole de la conférence, le moine Dhammapiya, affirme que « si certains moines prennent part aux attaques, d’autres, plus nombreux, ont été confondus avec les agresseurs alors qu’ils tentaient seulement d’arrêter les exactions ». Une déclaration que le moine alourdit par une accusation des médias étrangers « qui ont accusé à tort (les moines) et porté atteinte à la dignité des bouddhistes et des moines bouddhistes ». Mais la suite de son discours s’oriente vers la campagne 969 qui, d’après lui, ne serait pas à l’origine des troubles inter-religieux. Le moine Wirathu, à la tête du groupuscule 969, est d’ailleurs l’un des invités de ce « sommet pour la paix » tandis qu’aucun leader musulman n’a reçu son carton d’invitation.

Certains responsables de l’Islam saluent cependant la tenue de la session, et tous espèrent que l’initiative permette de restaurer l’image de leur communauté aux yeux des bouddhistes. « Il est beaucoup mieux que ce soient les moines bouddhistes eux-mêmes qui expliquent aux gens qu’ils ont une vision fausse des musulmans plutôt que cela vienne de nous », déclare notamment Ate Lwin, un responsable de l’Islamic Center of Myanmar.

Un mouvement extrémiste birman

L’espoir plane alors au-dessus de cette session bouddhiste. Un espoir qui s’amenuise cependant lorsque les moines font le résumé de leur première journée de session. Si tous n’ont qu’un mot à la bouche - la paix et l’harmonie entre les religions - aucun d’entre eux ne condamne explicitement les violences contre les musulmans qui ont fait des dizaines de morts ces derniers mois. Pire, en mettant en avant le fait que « tous les responsables et fidèles bouddhistes veulent vivre de façon pacifique et sans conflit », leur « sommet pour la paix » prend de plus en plus des allures de dénonciation. Leur déclaration commune lue par le moine Dhammapiya décrit le bouddhisme comme « une des meilleures religions du monde » et le porte-parole n’hésite pas à faire une déclaration qui choquera la communauté internationale : « Notre intention est de protéger la race bouddhiste et notre religion. »

Le mot est prononcé : la race. Un concept que l’on pensait étranger au Bouddhisme et qui, depuis plusieurs mois, rassemble un grand nombre de bouddhistes birmans autour du mouvement extrémiste 969 et de son créateur, le moine Ashin Wirathu.

969 pour les 9 attributs spéciaux du Bouddha, les 6 attributs de son enseignement - le Dharma - et les 9 attributs spéciaux de l’ordre bouddhiste - la Sangha. A la tête du groupuscule nationaliste, le moine Witharu, sorti de prison en 2012 après une condamnation pour « incitation à la haine envers les musulmans », appelle les bouddhistes au boycott des commerces musulmans et plus largement, au nationalisme - Birmans bouddhistes. Les mots employés par le mouvement 969 sont les mêmes que ceux utilisés par Dhammapiya : « protéger la race et la religion birmane. » Une petite phrase qui serait à l’origine des émeutes en Birmanie.

De retour à la conférence, nombreux sont les moines qui arborent sur leur portable un autocollant avec le chiffre 969. Un signe qui n’empêche pas certains bouddhistes de rappeler que le but de cette session est de trouver le moyen de faire la paix. Le moine Wissaydork explique alors : « Nous ne voulons faire de mal à personne. Nous disons aux bouddhistes de rester pacifiques. Il faut trouver un moyen d’arriver à vivre tous ensemble dans notre pays. ».

Le moins Wirathu, créateur du mouvement extrémiste 969.

La loi anti-mariage inter-religieux

Et il semblerait que les moines bouddhistes aient trouvé ce moyen de vivre ensemble en paix. Dommage qu’il bafoue un certain nombre de libertés humaines...

En effet, à l’issue de cette session, le groupe de moines annonce la finalisation d’un projet de loi de 15 pages visant à interdire les mariages entre les femmes bouddhistes et les hommes musulmans. Une mesure qui aurait pour effet de « réduire les affrontements communautaristes ».

Les trois moines signataires de la déclaration - Dhammapiya, Dhamma Duta Ashin Saykaneda et Wirathu, d’éminentes personnalités bouddhistes de Birmanie - ont expliqué que leur projet de loi était une adaptation des mesures de restriction des mariages entre musulmans et membres d’autres religions, en vigueur à Singapour et dans certains pays où les musulmans sont majoritaires. « Nous avons constaté que la paix et l’harmonie régnaient à Singapour depuis la ratification de cette loi ; c’est pourquoi il ne devrait y avoir aucun problème à faire voter ce type de mesure dans notre pays », a conclu Dhammapiya, ajoutant que les participants à la session essayeraient d’obtenir le plus de signatures possibles afin de pouvoir faire pression sur le Parlement.

Après l’adoption d’une telle loi, toute femme bouddhiste souhaitant épouser un musulman devrait au préalable recevoir le feu vert de ses parents et des autorités locales et tout musulman voulant convoler avec une bouddhiste serait tenu de se convertir. En cas de manquement, les fautifs encourraient dix ans de prison et la confiscation de leurs biens. Si le moine Wirathu, auteur de discours islamophobes d’une grande violence, est l’un des investigateur de cette loi ; « cette loi est mon rêve, les filles bouddhistes perdent leur liberté de culte quand elles se marient avec des musulmans », les réactions ne sont pourtant pas unanimes. Certains moines ont clairement pris leurs distances avec ce projet. Vimala, un moine de l’Université bouddhique Kabar Aye a déclaré à l’AFP : « Les musulmans ne doivent pas avoir peur. Nous avons des lois dans ce pays. Les gens ne devraient pas avoir peur les uns des autres. Nous voulons demander aux deux parties de vivre en paix et de cesser la violence. »

Peu de temps avant cette session, l’Église catholique réaffirmait ses positions concernant le respect des droits religieux en Birmanie, pressant le gouvernement de « protéger, promouvoir et appliquer la liberté de religion pour tous », et ce spécialement pour les « communautés minoritaires ». Pour sa part, le président Thein Sein avait promis de garantir les droits des musulmans lors d’une visite officielle à Washington.





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