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Le Kyosaku

Le Bouddha utilisait-il le kyosaku ? Si non, pourquoi le faisons-nous ?

lundi 27 mai 2013, par Seine Zen

Langues :
Une question sur les moyens d’éducation dans le bouddhisme zen.

Le Kyosaku, jap."Bâton d’éveil", dont les coups sont administrés pendant zazen sur le trapèze, zone musculaire située entre l’épaule et le coup.
Il ne s’agit pas d’une punition mais d’aider les pratiquants, qui le demandent, à retrouver la condition normale.
Aujourd’hui, l’utilisation du kyosaku est souvent critiqué et de plus en plus banni au dojo occidental et oriental.

Rei Ryu Philippe Coupey, maître zen dans la lignée de Taisen Deshimaru, réponds à une nonne zen, qu’il l’interroge sur ce sujet.





Qu’est ce qu’un Kyosaku ?

Le Kyosaku, jap. "Bâton d’éveil", dont les coups sont administrés pendant zazen sur le trapèze, zone musculaire située entre l’épaule et le cou. Il ne s’agit pas d’une punition mais d’aider les pratiquants, qui le demandent, à retrouver la condition normale.
Aujourd’hui, l’utilisation du kyosaku est souvent critiqué et de plus en plus banni aux dojos occidental et oriental.

Le Bouddha utilisait-il le kyosaku ? :

Eh bien, Bouddha n’était pas contre, si c’est ce que vous voulez dire, mais nous ne savons pas s’il utilisait effectivement lui-même le bâton pendant la méditation. En tout cas, le bâton existait du temps de Shakyamuni et il y a de bonnes raisons de croire qu’il l’utilisait.
Cela ne s’appelait pas encore un kyosaku, bien sûr –– et ça n’y ressemblait pas beaucoup non plus — il était beaucoup plus long, à l’époque, et il n’était pas en chêne mais en bambou.
A cette époque, les anciens maîtres s’asseyaient sur un siège haut avec les disciples autour d’eux, en cercle. La raison pour laquelle il était si long était qu’ainsi les maîtres pouvaient le manier directement de leur siège, et les attraper par surprise.

Le bambou était beaucoup plus long qu’un kyosaku, et il n’était pas administré seulement sur les épaules, mais aussi sur les genoux. Et peut-être parfois sur la tête et sur le dos et sur les fesses aussi, selon la partie du corps que vous mettiez à la disposition du maître.



Bien sûr, si vous ne souhaitiez pas offrir votre tête, ou offrir quoi que ce soit, même pas un ongle, alors vous pouviez toujours vous asseoir en dehors, à la périphérie. Et pourquoi pas ? S’asseoir à la périphérie présentait des avantages, et c’était aussi plus sûr ; mais ça présentait également des désavantages, et ils étaient fondamentaux : ça vous maintenait, vous, le disciple en question, loin du maître, du moins pendant la méditation.

A cette époque, le bâton n’avait pas encore été ritualisé, rien n’était écrit dessus, et il n’était pas placé sur l’autel comme il l’est aujourd’hui. Aujourd’hui, on a "maku mozo, pas d’ illusions, s’il vous plaît", ou une phrase semblable écrite dessus, et il est extrêmement respecté. Il est considéré comme étant l’épée de Manjusri, l’épée qui tranche la torpeur et l’ignorance, et il est traité comme tel. Du moins dans les dojos où l’on s’en sert encore. Mais, même dans ces dojos, on trouve une version un peu édulcorée du bâton, la tape légère sur l’épaule est désormais rarement administrée par surprise.

Pour recevoir le kyosaku de nos jours, on doit d’abord le demander. Sinon, le pratiquant pourrait très bien aller voir les autorités, et vous-même et le dojo pourriez vous attirer des ennuis. Cela a failli se produire au dojo de Paris de la rue Keller au début des années 90. L’un de nous a même été poursuivi en justice. Mais comme le responsable de l’AZI à l’époque s’est excusé et a promis que nous ne le referions pas, les poursuites contre nous ont été abandonnées.



Pourtant, du temps de Deshimaru, nous ne savions jamais à quel moment nous pourrions être frappés. Et ça nous maintenait éveillés et attentifs à ce que nous étions en train de faire et à ce qui se passait dans le monde autour de nous, un vrai satori, pourrait-on dire.

Nous étions dans le dojo, le maître était présent et nous n’oubliions jamais cela. En tout cas, c’était un grand choc d’être frappé de cette façon, et les réactions n’étaient pas toujours favorables, surtout de la part de ceux qui pensaient que recevoir le bâton non sollicité était tout à fait injuste. Ils n’avaient rien fait de mal, et regardez ce qui se passait, on les frappait de toute façon. Et par surprise. De la part de quelqu’un avec un bâton, et par-derrière aussi. Donc, comme je le disais, le danger existe d’être amené devant le juge pour rendre compte de ce comportement socialement inacceptable, et c’est précisément pourquoi de nombreux dojos à l’heure actuelle en ont interdit l’usage.

Donc il y a ceux qui ont peur d’être frappés, et ceux qui ont peur de la loi. Et puis aussi il y a ceux qui souffrent, pas tant pour eux-mêmes que pour les autres. Et pour la paix et l’amour envers leurs co-pratiquants où qu’ils soient, ceux qui souffrent pour les autres ont endossé tout seuls le rôle de sonner le glas.

“Nous avons finalement réussi à nous débarrasser du bâton (kyosaku) pour de bon, comme geste en faveur de la paix.” écrit Fischer, abbé dans la lignée de Suzuki à San Francisco en Californie, à Tassajara et ailleurs. “Nous ne l’utilisons plus. Dans le zendo, nous ressentons une atmosphère bien plus amicale et compatissante, et les gens dorment rarement.” .

Eh bien, tout cela est dommage. Quelle sorte d’éducation recevons-nous aujourd’hui de toute façon ? Et quelle sorte donnons-nous ? Et pas non plus seulement dans le dojo ? Mais au-delà du dojo, dans le monde ?

Ce n’est pas simplement le moine ou la nonne qui a besoin de recevoir le kyosaku de nos jours, mais le monde entier a besoin de le recevoir, et je ne suis pas seul à le penser.

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Le monde reçoit le kyosaku, tous les matins avant le petit déjeuner



Le vieux maître zen Kyozan Joshu de l’école Rinzai, qui est maintenant âgé de plus de cent ans, dit, de son dojo sur le Mont Baldy en Californie : “Dans l’éducation américaine, le keisaku est absent. Où est le keisaku ? Dans les zendos américains aussi, où est-il ? Peut-être va-t-il advenir que le keisaku soit totalement proscrit.” 4.

Bien sûr, je pense qu’il a raison. De nos jours, tout le monde devrait recevoir le kyosaku (et pas seulement les Américains). Et vous demandez pourquoi ? Je pense que ceux qui s’intéressent vraiment à cette question de la souffrance, la sienne ou celle d’un autre c’est la même chose, alors peut-être que ce que Maître Deshimaru a dit à ce sujet pourrait leur être utile. “Ils ne comprennent pas,”a-t-il dit un jour,”que le kyosaku arrache la souffrance à la source.” Il a dit aussi : “La civilisation moderne est dans l’erreur. Elle cherche à affaiblir l’être humain...” et finalement, “la dignité doit provoquer la surprise, la crainte. La sainteté est parfois effrayante...” .

Cette question a été posée par une pratiquante zen à Rei Ryu Philippe Coupey, dans IZAUK news, la revue zen anglaise de la ligne Taisen Deshimaru. Paru en mars 2009.

Présentation de l’auteur : Philippe Reiryu Coupey, moine zen, a rencontré Maître Deshimaru en 1972 et l’a suivi jusqu’à sa mort en 1982. Il continue d’oeuvrer et d’enseigner au sein de l’Association Zen Internationale (AZI).
Il a publié deux livres sur l’enseignement de Maître Deshimaru (La voix de la vallée et Le Rugissement du lion) ainsi que ses propres commentaires sur des classiques zen de notre lignée.
En 2008, Philippe Coupey reçoit le shiho des mains de Kojun Kishigami, qui l’a lui-même reçu de Kodo Sawaki. Il est enseignant et référent spirituel d’une trentaine de dojos en France, Allemagne,Angleterre et en Suisse.



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