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Maya, Trisatya, Mani, Trikaya

Dissiper l’illusion pour retrouver notre vraie nature par les trois plans de réalité

vendredi 13 novembre 2015, par Lucien Barbaroux

Langues :

MAYA, TRISATYA, MANI, TRIKAYA

1- Maya skt, l’illusion et Satya skt, les deux (trois)Vérités (ou Réalités )


Maya skt, dans son sens premier, est l’illusion ( mãyãjãla skt, sgyul-’phrul dra-ba tib ) ; qui définit le monde relatif, du samsara, ou nous sommes pris comme dans un filet et dans lequel nous vivons.


Ce monde n’existe pas « par lui-même ».
Il est celui de la « vérité relative », ou « réalité-guide ».
Elle aussi n’existe donc pas par elle même ; mais – comme son deuxième nom l’indique – peut nous servir de guide, si nous le reconnaissons, et ce sera alors une « précieuse vie humaine » que nous accomplirons sur le chemin de la « vérité absolue », ou « réalité définitive ».


Celle-ci implique d’atteindre, selon le Dzogchen (Atiyoga), la « nature ultime de l’esprit » ; qui est la réunion de trois concepts :


la vacuité «   tongpanyi tib, shûnyatâ skt » ;


la clarté ultime «  selwa tib », et ;


la conscience ultime de l’esprit éveillé «  rigpa  tib, vidya skt ».


Rigpa est au-delà de «   sem  tib, citta skt », esprit au sens très général.


Dans une approche synthétique, réunissant tous les aspects précédents mais mettant plus l’accent sur la clarté que sur la vacuité, la « nature ultime de l’esprit » - donc simultanément éclairé, vide et connaissant - est aussi appelée la « claire lumière » : «  ’od-gsal tib, prabhâsvara skt ».


Ceci nous amène à revenir, pour mieux le cerner, sur ce concept des « Deux Vérités » ( divi satya skt, denpa nyi tib).


Laurent Deshayes donne la définition suivante des Deux Vérités :


« La « Vérité Relative » ( samvritisatya skt, kunzob denpa tib) c’est la réalité relative des phénomènes, comme ils sont expérimentés (souffrance, plaisir, beauté, laideur, etc.).


La « Vérité Ultime » ou « Absolue » ( paramârthasatya skt, deundam denpa tib) c’est la nature profonde des phénomènes, qui est vacuité. »


Les Deux Vérités sont « indissociables et égales ».


Lama Tcheuky Sengè indique :


« La « Vérité Relative » désigne la manière dont les phénomènes se manifestent et l’interdépendance qui régit leur évolution....


La « Vérité Absolue » se réfère à la nature vide de cette manifestation. »


Ces Deux Vérités ne sont pas intermittentes mais simultanées ; « ...elles ne sont donc pas contradictoires et l’une n’exclut pas l’autre ».


Laurent Deshayes nous donne donc un éclairage plus descriptif, du domaine du ressenti ; alors que Lama Tcheuky donne une définition axée sur une dynamique, une évolution.


Philippe Cornu


Développe beaucoup plus ces notions ; mais, s’il estime plus juste de parler de Deux « Réalités » que de Deux « Vérités », les définitions générales qu’il énonce sont bien comparables à celles des deux auteurs précités, et correspondent à une même base, commune aux diverses écoles bouddhistes.


Toutefois une analyse fine fait apparaître des différences d’interprétation distinguant les écoles.
Le distinguo porte, pour résumer très schématiquement, sur leur caractère de plus en plus « idéaliste, spiritualiste »...


Il distingue d’abord l’interprétation des concepts selon le Théravada, puis, successivement, celles proposées dans les quatre écoles du Mahayana : Vaibhasika, Sautantrika, Cittamatra (ou Yogacara) et Madhyamika.


Il souligne, pour finir, et nous nous y arrêterons, la particularité du Vajrayana concernant les Deux Réalités.


En effet, nous dit-il, dans le Vajrayana :


« La Réalité Absolue est bien la Vacuité des phénomènes, certes, mais la Réalité Relative comporte, elle, deux registres :


La Réalité Relative Vraie, manifestation pure, vide, lumineuse des déités, qui est l’expression formelle de la réalité absolue ;
et ;
La Réalité Relative Illusionnée (maya), qui est celle perçue dans le samsara, par les êtres ordinaires obscurcis par les voiles, résultants de leur vision karmique impure.


Cette dernière n’est cependant pas distincte de la précédente, elle n’en est que l’expression, dans le samsara, dévoyée par l’ignorance.
Purifiée, transmutée par la pratique, elle révèlera, alors, la réalité relative vraie et, par là, l’ensemble des qualités éveillées, lumineuses, indissociables de la Vacuité. »


Cette approche de la Réalité, en trois paliers, dans le Vajrayana, exposée par P. Cornu, me semble pouvoir et devoir être rapprochée de la notion de Trikaya (Trois Corps).


En effet, comme l’avait déjà développé Lama Anagarika Govinda Anagavajra Khamsum Wangchuk  ; la doctrine des Trois Corps implique Trois Plans de Réalité.
Nous allons y revenir plus loin.


2- Le Mani, expression (par Avalokithesvara =Tchenrezik), du Tathagata Amithaba (famille Lotus) à l’oeuvre dans le samsara 


Avant toute chose, et avant de poursuivre sur les trois plans de réalité, il est en effet utile de rappeler le mantra d’ Avalokithesvara (Tchenrezik)  :


« Om Mani Padma(Peme) Hung(Hûm) » (« Âh » ou « Hrîh »)


Pourquoi ?


Le "Mani", il faut y insister, est un mantra essentiel.
Il nous a été donné comme moyen et méthode, à mettre en œuvre dans le samsara (réalité relative) afin de réaliser l’éveil :
l’union avec la réalité absolue.


Dans le mantra d’ Avalokithesvara  :


Om (Aum), Hommage, Salut ; est la Voie de l’Universalité, l ’expérience de la Totalité :
A Corps, U Parole, M Esprit ;


Mani est la Voie vers l’Unification et l’Identité, la forme d’illumination de l’Esprit, par le feu du Joyau.


Mani est Tripitaka :


Bouddha,


Dharma,


Sangha 
 ;


i.e. :


l’Eveillé qui enseigne,


la Vérité de son enseignement qui éveille, 


la Communauté qui suit ses enseignements et qui ainsi marche, unie, sur le chemin de l’éveil.


Donc, Mani symbolise les moyens et la méthode de la pratique (sadhana) ;


Padma (Peme) est la Voie de la Vision épanouie, de son épanouissement dans le centre de la conscience, au Cœur du Lotus , la Sagesse ( Prajnaparamita ) ;


Hung (Hûm) est la Voie de l’Intégration, de son intégration et de sa réalisation, qui est au Cœur de notre cœur.
C’est le chemin vers la réalisation de l’unité indissociable des moyens et de la méthode (Mani) avec la sagesse (Peme) ;


Âh est la Voie de l’Action (famille Karma), du « retour » du « courant de conscience », l’unité étant réalisée, en Boddhisattva, vers le monde.


Hrîh, qui peut aussi conclure le mantra, à la place de Âh, est la syllabe germe de la famille Padma (Lotus), son énonciation réfère alors davantage à la Compassion à l’oeuvre dans le monde.


Une correspondance peut être établie, ainsi, avec les cinq bouddhas-patriarches (souvent appelés dhyãni-bouddhas, par les occidentaux, terme qui n’existe pas dans les tantras), ou les cinq « familles » de Bouddhas : les cinq jina (vainqueurs, pañcajina sk) ou encore cinq tathãgata ( pañcatathãgata skt) et leurs attributs :


Om 1 Vairocana (blanc, roue, Lion) / Centre (Espace) / Enseignement / Loi Universelle / Promotion de l’Absolu / Sagesse du Dharmadatu.


Mani 2 Ratnasambhava (jaune, joyau, Cheval) / Sud (Terre) / Don / Destruction de l’objet / Promotion de l’Être / Sagesse d’Egalité


Padme 3 Amitâbha (rouge, lotus, Paon) / Ouest (Feu)/ Méditation / Destruction du Sujet et de l’Objet / Vacuité / Sagesse discriminante


Hung 4 Akshobyia (bleu, vajra, Eléphant) / Est (Eau) / Témoignage / Destruction du Sujet / Promotion de l’Ainsi-Être / Sagesse semblable au miroir


Âh 5 Ammogasiddhi (vert, double vajra, Homme-oiseau) / Nord (Air) / Impavidité (absence de crainte)/ Non destruction (ni du sujet, ni de l’objet) / Promotion de l’Action / Sagesse Toute Accomplissante.



Le dispositif de pañcatathãgata qui est retenu et exposé, ci-dessus, est le plus généralement accepté.
C’est celui qui est donné dans les «  tantras anciens », tel le Guhyagarbhatantra et les mandalas des déités paisibles de l’école Nyingmapa.


D’autres dispositions sont parfois indiquées (souvent par permutation) selon les écoles et les enseignements.


Par exemple, dans certains «  tantras nouveaux » tel le Guhyasamãjatantra, la liste est voisine de celle donnée ci-dessus, mais il y a une permutation entre Vairocana et Akshobyia (Vajrasattva).
Vairocana (qui alors est de couleur bleue) endosse les attributs d’ Akshobyia et réciproquement.


La disposition (ou l’affectation) peut être sujette, parfois, à de plus grandes variations ; par exemple concernant le dispositif des six royaumes dans le Bardo Thödol (on le sait, il s’agit lors du Bardo du moment de la mort, de les reconnaître...en vue de la libération,...ou...de la réincarnation...) on notera ( voir les chiffres donnés plus haut) que l’ordre,- qui est celui de la « progression » du « courant de conscience » durant ce Bardo-, n’est pas le même que dans le samsara, lors du Bardo de la Vie : 


OM 1 Vairocana (bleu) purifiant orgueil et chutes, se manifeste au royaume des Deva (blanc trouble) ;


MA 5 Amogasiddhi (vert) purifiant jalousie et discorde, intervient au royaume des Asuras (rouge trouble) ;


NI 3 Ratnasambhava (jaune) purifiant l’ ignorance et les quatre souffrances, apparaît dans le monde des Humains (bleu trouble) ;


PA 6 Vajradhara Sakyamuni Détenteur du Savoir (cinq couleurs) purifie la stupidité, l’obscurité mentale ; intervient dans le monde Animal (vert trouble) ;


DME 4 Amitabha (rouge) purifie l’avarice, la faim et la soif , à l’œuvre dans le monde des Preta – ou esprits affamés -(jaune trouble) ;


HÛM 2 Akshobyia Vajrasattva (blanc) purifie la colère,la haine, du monde des Enfers (noir de fumée).


Ceci n’a rien de contradictoire.


Il s’agit, ici, des couleurs COMPLEMENTAIRES, prises dans chacun des six royaumes afin d’ annihiler les expressions colorées des obstacles inhérents à ceux-ci..., selon le principe de polarité inverse.


Dans les tantras dit « nouveaux » (Anuttarayogatantra), c’est Vajradhara (« le détenteur adamantin ») qui est considéré comme le bouddha primordial ; à l’origine de toutes les lignées du MAHÃMUDRÃ (le « grand sceau », ou couronnement du Mahayana).


Au sein du Mahayana on pourrait donc dire, avec Lama Anagarika Govinda, que :


Le chemin vers OM est celui du Sutrayana, dans la marche vers l’universalité.


Le chemin vers HUNG est celui du Tantrayana (Vajrayana), pour la réalisation de l’universel dans l’individuel.


Enfin, c’est sur le mystique sentier de Vajrasattva, dans le Vajrayana, que s’accomplit la transformation de ce qui est terrestre en la plus profonde réalité.... : de l’invisible, œuvrant dans le visible ; de l’intangible, agissant sur le palpable ; de l’inaudible, source de l’audible ; de l’impensable, qui engendre la pensée concevable.


Toutefois, si Vajrasattva est la force en action d’Akshobyia pour transmuter le terrestre en essence pure ; Avalokiteshvara est la force efficiente d’Amitâbha nécessaire pour réinvestir le plan de l’expérience et des affaires humaines.


Enfin, dans le Dzogchen (Atiyoga) ; il est considéré que les pañcatathãgata sont des émanations du bouddha primordial Kun-Tu bzang-po tib ( ou Samantabhadra skt , « l’Universellement Bon »).


Samantabhadra skt est identique à la Base primordiale de l’esprit ; archétype de l’Eveil primordial d’un être qui ne se serait jamais départi de la Base, et n’aurait jamais été « égaré » par l’ignorance.
Les cinq vainqueurs en sont la manifestation naturelle, « diffractée ».


Le pratiquant dzogchen en a la perception naturelle ("Vue") lors des quatre visions de la pratique de thögal (« franchissement du pic »).
Lors de cette pratique c’est l’énergie lumineuse de la nature éveillée du yogi (rigpa’i rtsal tib) qui se manifeste spontanément sous la forme de sphères de cinq couleurs (thig-le tib) qui s’assemblent, grandissent puis se déployent en mandala parfait de tathãgata innombrables....


On peut dire que la pratique visionnaire du Dzogchen confirme, de manière « expérimentale », la description donnée dans les tantras.....


En essence, toutefois, Samanthabadra, Vajradhara et le Bouddha Sãkyamuni ne sont pas différents (comme nous le verrons ci après).


3- La doctrine des Trois Corps (Trikaya) et les Trois plans de la Réalité (Trisatya)


Chacun des cinq tathãgata (pañcatathãgata sk), ainsi qu’il est dit dans le Dzogchen, n’est autre qu’une manifestation naturelle, diffractée, du Bouddha Primordial, Kun-Tu bzang-po tib , Samantabhadra skt ; lequel se décline lui-même selon Trois Corps (Trikaya).


Les Trois Corps sont réunis, ou plutôt « enveloppés » par le svabhãvakãya skt, qui n’est pas à proprement parler un quatrième corps distinct par lui-même.


Précisons que, dans le Vajrayãna, on décrit cinq corps, car on considère que les trois corps sont « exprimés » par deux émanations ( dites, abusivement, « corps supplémentaires ») :


celle de l’Eveil manifeste (abhisambodhikaya skt) qui est la capacité de manifestation des trois corps, et ;


celle de l’Essence indivisible des trois corps (vajrakãya skt) en tant que nature de bouddha, originelle et indestructible.


Enfin, le jñãnakãya skt désigne parfois le corps de sagesse de tous les bouddhas, personnifié par Mañjushri.


Samantabhadra skt, Kuntousangpo tib, en Dharmakaya, « l’Eternellement Bon », le Bouddha primordial de la lignée Nyingmapa (lignée la plus ancienne du bouddhisme tibétain) est à l’origine des enseignements du Dzogchen.


Vajradhara (Vajrasattva), en Sambhogakaya, est à l’origine des Tantras et du Mahamudra.


Sakyamuni, en Nirmanakaya, est à l’origine des enseignements des Sutras.


Les trois corps, selon le Dzogchen, sont spontanément présents, mais non manifestés, dans la Base primordiale ; sous l’aspect des trois sagesses de Rigpa.


C’est de cette manière, qu’œuvrent sur les Trois Plans de Réalité, qui ont étés précédemment définis :


Samantabhadra dans le plan de la Réalité Absolue qui est Vacuité ;


Vajradhara sur le plan de la Réalité Relative Vraie, manifestation pure, vide, lumineuse des déités, qui est l’expression formelle, comme pure lumière, de la Réalité Absolue  ;


Sakyamuni sur le plan de la Réalité Relative Illusionnée (Maya), celle perçue dans le samsara par les êtres ordinaires, obscurcis par leur vision karmique impure ; est l’expression souvent dite du « corps illusoire » ; disons plutôt « corps rendu visible ».
Il est incarné, par compassion, pour les humains et les êtres sensibles en tant que (sprul-sku tib ; prononciation« tulku »).
Cette dernière expression n’est donc pas vraiment distincte de la précédente, elle n’en est que la manifestation, dans le samsara, dévoyée par l’ignorance.
Purifiée, transmutée par la pratique, elle donnera accès à la réalité relative vraie et, par là, révèlera l’ensemble des qualités éveillées, lumineuses, indissociables de la Vacuité, conduisant à l’éveil à la réalité absolue.


Pour chacun des cinq tathagatas, en eux mêmes expression diffractée partielle du bouddha primordial, puisque étant celle d’une de ses cinq « paramitas » ou « perfections », la sixième étant la Prajnaparamita ou Sagesse de Vacuité qui les « enveloppe toutes »... ; il y aura néanmoins, et aussi, une déclinaison en trois corps.


Conclusion


Les Trois réalités, Trisatya, peuvent et doivent être parcourues, à partir de Maya (et pour en dissiper les voiles).
Le Mani nous a été donné pour cela (et les mantras en général) comme moyen et méthode, à mettre en œuvre dans le samsara (réalité relative) afin de réaliser l’éveil, notre vraie nature, en Trikaya.
Ceci est possible à travers les précieuses vies humaines, et même en une seule vie, selon le Dzogchen.


Source principale utilisée :


Lama Anagarika Govinda Anagavajra Khamsum-Wangchuk  


« Les fondements de la mystique tibétaine »
Coll. Spiritualités vivantes, série Bouddhisme (Ed. Albin Michel) 1960 (édition consultée 1976) Paris.


Autres références :


Laurent Deshayes 
 « Lexique du Bouddhisme Tibétain » (Ed Shambala)


Lama Tcheuky Sengè
« Petit lexique du Boudhisme Tibétain » (Ed. Claire Lumière)


Philippe Cornu 
« Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme »(Ed. du Seuil)




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