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Pourquoi les Démonstrations de Compassion diffèrent-elles en Orient et en Occident ?

samedi 19 décembre 2009

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POURQUOI LES DÉMONSTRATIONS DE COMPASSION DIFFÈRENT-ELLES EN ORIENT ET EN OCCIDENT ? [1]


12.06.2008

NEW YORK - Pourquoi des navires de guerre français, britanniques et américains, et non des navires chinois ou malaisiens, sont-ils postés près des côtes birmanes, chargés de nourriture et d’autres produits de première nécessité pour les victimes du Cyclone Nargis ?

Pourquoi l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) a t-elle été aussi lente et faible dans sa réponse à la catastrophe naturelle qui a ravagé l’un de ses propres membres ?

La jeune ministre française des droits de l’homme Rama Yade a déclaré que le principe des Nations Unies de "responsabilité de protection" devait aussi s’appliquer à la Birmanie, de force si nécessaire. Et le leader malaisien de l’opposition Lim Kit Siang d’indiquer que l’inaction des pays asiatiques "se reflétait lamentablement sur tous les dirigeants et gouvernements de l’ASEAN. Ils ne fait aucun doute qu’ils pouvaient en faire plus".

Les Européens et Américains sont-ils donc simplement plus compatissants que les Asiatiques ?

Etant donné le triste passé de l’Occident marqué d’affreuses guerres, d’un impérialisme souvent brutal, cette hypothèse semble peu probable. D’ailleurs, la façon dont des chinois anonymes se sont ralliés pour aider les victimes du séisme au Sichuan a été tout à faire remarquable, tout comme les efforts spontanés des birmans pour aider leurs concitoyens, alors même que les militaires n’en faisaient que trop peu.

Le Bouddhisme insiste sur la compassion et la pitié au même titre que la Chrétienté. L’indifférence à la souffrance n’est inhérente à aucune culture asiatique.

En effet, aucun membre de l’Asie ne s’est offusqué lorsque l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948. La déclaration énonçait que "la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice, et de la paix dans le monde".

Néanmoins, il doit y avoir des différences dans la compréhension de la manière dont doit être appliquée la compassion. L’idéal d’égalité et des droits universels trouve ses origines dans l’histoire de la civilisation occidentale, de la "justice naturelle" de Socrate à la Déclaration des Droits de l’Homme française et chrétienne. Les peuples occidentaux n’ont pas toujours vécu en accord avec leurs idéaux universalistes, mais à l’époque moderne, ils ont établis des institutions conçues pour les mettre en application, en Europe et au-delà. Jusqu’ici, il n’y a eu aucune institution asiatique, de protection des droits de l’homme asiatique, et encore moins de l’humanité.

En fait, Chinois et autres Asiatiques accusent fréquemment l’Occident d’utiliser les droits de l’homme comme une excuse pour imposer des "valeurs occidentales" à d’anciens sujets des colonies. Pour sûr, ses accusations sont particulièrement communes aux autocraties dont les dirigeants, ainsi que leurs apologistes, considèrent l’idée des droits de l’homme universels comme une menace à leur monopole du pouvoir. Mais la méfiance de l’universalisme en Asie, n’est pas que le fait des autocrates.

Dans de nombreux pays asiatiques, les faveurs engendrent invariablement des obligations, ce qui est probablement la raison pour laquelle les personnes sont parfois réticentes à l’idée d’interférer dans les problèmes d’autrui. Vous devez prendre soin de votre famille, vos amis, ou même vos compatriotes. Mais l’idée de charité universelle est trop abstraite, et a des relents de ce genre d’interférence fâcheuse que les impérialistes occidentaux - et les missionnaires chrétiens qui furent leurs partisans - ont pratiqué en Orient pendant trop longtemps.

L’idée de "valeurs asiatiques", promue en grande partie par les scribes singapouriens, a ainsi été une sorte de critique des revendications occidentales universalistes. Les asiatiques, conformément à cette théorie, ont leurs propres valeurs, qui comprennent épargne, respect de l’autorité, sacrifice de l’individu aux profits de la collectivité, et croyance que les pays ne devraient pas fourrer leurs nez dans les affaires d’autrui. D’où la réponse hésitante des gouvernements d’Asie du Sud-Est - et de l’opinion publique - au désastre birman.

Une des possibles lignes de critique de ce genre de pensée serait de simplement revendiquer la supériorité des valeurs occidentales. Mais une autre réponse, plus compréhensive serait de prouver que les droits individuels et les idées de liberté ne sont nullement étrangers aux civilisations non-occidentales.

Amartya Sen, économiste lauréat du prix Nobel, a précisé que de grands dirigeants indiens, tel Ashoka (troisième siècle av. J.C.) et Akbar (16ème siècle), on préconisé le pluralisme, la tolérance et la raison, longtemps avant l’Europe des Lumières. Il a également observé que les famines ne se produisaient pas en démocratie, la liberté d’information aidant à les prévenir.

Sen, sans surprise, est un critique incisif de l’école des "valeurs asiatiques". Il est néanmoins entré dans l’opinion courante, que la démocratie, comme les droits de l’homme universels, est une idée typiquement occidentale, et que l’autocratie asiatique, telle qu’elle est pratiquée en Chine par exemple, est non seulement plus adaptée aux asiatiques, mais aussi plus efficace. Les gouvernements démocratiques sont entravés par les lobbies, des intérêts particuliers, l’opinion publique, les politiques des partis, et ainsi de suite, alors que les autocrates asiatiques peuvent prendre des décisions impopulaires mais toutefois nécessaires.

Les deux récentes catastrophes naturelles en Birmanie et en Chine, ont soumis cette idée à de sévères tests. La Chine ne s’en est pas trop mal sortie, en grande partie parce que son gouvernement a été forcé par l’exemple birman, la mauvaise publicité entourant les manifestations tibétaines, et les Jeux Olympiques imminents, d’autoriser bien plus de liberté d’information qu’en temps normal. On peut seulement espérer que cette fissure de liberté s’élargira avec le temps.

La Birmanie a échoué misérablement, et en dépit d’efforts tardifs pour tirer le meilleur de ces circonstances terribles, il en est de même pour l’ASEAN. En fin de compte, bien sûr, il importe peu que nous attribuions ou non les échecs de l’autocratie et la non-intervention à quelque chose de spécifiquement "asiatique". Quelle que soit la cause, les conséquences demeurent déplorables.


Par Ian Buruma [2]

Source : The Japan Times




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