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vén. Shinjin — Des irres, désirs, desirless …

mercredi 18 juin 2008

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Voici un éditorial plein d’humour du vénérable Shinjin pour faire écho au sujet du Bac Philo sur le thème : Peut-on désirer sans souffrir ?

Des irres, désirs, desirless …

Pourquoi ai-je intitulé ainsi cet édito avec un jeux de syllabes ? Parce que de l’insatisfaction (engendrant des irres) de nos désirs, nous devons parvenir à l’absence de ceux-ci ou desirless engendrant la Satisfaction. L’origine et les sources de ces irres, manifestations on ne peut plus tangible de nos vén. Shinjinperpétuelles insatisfactions, proviennent :
- de nos désirs à devenir plus mieux bien, à avoir plus, à s’approprier, à accumuler toujours davantage,
- de nos attachements à un état de fait que l’on veut logique, que l’on voudrait immuable, attachements qui déterminent consciemment ou inconsciemment, d’une manière vitalement illusoire, notre façon de vivre, d’envisager les choses, de faire face à celles-ci…,
- de nos opinions, issues de nos formations mentales, dont nous ne démordons qu’avec infiniment de regrets.
Alors inévitablement, ces insatisfactions nous font souffrir peu ou prou selon l’intensité de notre désir, de notre attachement, de nos exigences qui ne sont que la traduction de désirs extrêmement prégnants, voire soi-disant vitaux, à ce qu’on en dit, suppose, argumente. Mais au fait de quoi souffre-t-on ? De tout ce qui dérange peu ou prou :
- la pérennité de nos habitudes irrémédiablement ancrées,
- notre moëlleuse Way of life pseudo-altruiste à souhait,
- nos sacro-saintes références issues de nos conditionnements,
- l’ordonnancement plus ou moins rigoureusement logique de nos pensées,
- l’infaillibilité de nos préjugés, de nos opinions incontestables,
enfin tout ce qui tend à nous faire agrandir nos boîtes ou à en sortir carrément,
comme le disait si bien Christmas Humphreys.

De nos jours, un terme, un simple mot fait carrément fureur dans la « liturgie New Age », c’est Dépendance ; dépendance par-ci, dépendance par-là ; ne nous voilons pas hypocritement et pudiquement la face, affrontons notre réalité : nous vivons tous en état de dépendance par rapport à quelque chose, à quelqu’un par le besoin co-relationnel que nous en avons. Il n’est de désir, d’attachement que par rapport aux besoins que nous ressentons. Ce qui montre que, beaucoup de besoins étant vitaux, nous sommes réduits à vivre avec des désirs, des attachements, de dépendances essentiels. La première dépendance et la plus vitale est celle à l’air que nous respirons et qui nous maintient en vie. Elémentaire, mon cher Watson. Ensuite viennent la nourriture, liquide et solide, les habits, l’habitat, le moyen de transport, les loisirs, etc., mais aussi le métier ou l’occupation rémunératrice pour subvenir à ces dépendances précitées.

Mais il y a aussi une dépendance particulière, celle qui concerne l’Amour ; mais, que cela sonne faux, étrange, et pourtant que c’est bien une réalité quotidienne lorsqu’on quitte son conjoint, sa chérie, ses enfants ou ses parents sur le pas-de-porte en leur faisant un bisou, un geste de la main ; on est dépendant de la permanence, à savoir le sentiment/besoin de sécurité que leur présence nous garantit, le sentiment/besoin d’être aimé et d’aimer, d’être reconnu en tant que tel(le). Revenons, je vous prie, à ce plus grand attachement ou désir et le plus répandu qu’est l’Amour, mais Vouîiii Madâaame et vous aussi M’sieur, ne le niez pas, vous en êtes le complice désigné, si ce n’est l’auteur ! Les degrés de celui-ci s’effeuillent à l’image des pétales de la marguerite qu’enfant, et même encore très souvent adulte, nous avons tous joué à « je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout, à la folie… ».

Pâquerette

Regardez, je vous prie, comment dans cette comptine on passe d’un extrême à l’autre, de Pas du tout à la Folie ! Est-ce vraiment raisonnable, je vous le demande… ? Amour de qui, de quoi au fait ? Là est la question. Qui aimons-nous, que désirons-nous, comment et en vertu de quoi nous attachons-nous à des personnes, à des choses, à des valeurs ? Quelles sont les origines de tout ce capharnaüm de volitions exigeantes à souhait, plus débridées les unes que les autres ? Petite anecdote, un disciple tout affolé vient voir son maître : « Maître, Maître, si je savais qui a créé le Désir, je lui couperai le cou sur le champ ! », « Ah bon, répondit le maître, alors je t’apporte un sabre et tu verras qui est le véritable créateur du désir … ».

Le premier désir /besoin vitalement dépendant est celui de sécurité, nous l’avons évoqué dans le dernier No « Souffrance primale » de Janov, où le sentiment de sécurité dès le premier instant, au contact de la chaleur affective de sa mère est primordial au nouveau-né.

Le second désir est celui du renouvellement, après la première tétée effectuée avec plaisir, le nouveau-né est tiraillé par le besoin physiologique et se met à pleurer afin que se renouvelle ce geste qui lui a procuré totale satisfaction auparavant puisqu’il s’était arrêté de pleurer. Au contact de la peau de sa mère, il renouvelle aussi l’expérience de sécurité qu’il a cherchée dès le premier instant.

Le troisième désir est celui de la continuité, car, expérience faite, ce renouvellement, étant source de satisfaction, peut être aussi sujet à espacement, à interruption, à bouleversement. Mais là, le nourrisson doit faire l’apprentissage de la discontinuité, de la privation temporaire de la satisfaction du premier désir. Il doit aussi développer en lui le contentement qui lui permettra d’attendre la prochaine tétée. Il doit aussi surseoir à une désécurisation momentanée qui le déstabilise provisoirement. Voyez donc à quel point la dépendance se créé naturellement et insidieusement.

Plus tard , viennent les désirs de reconnaissance, d’affirmation de soi, d’appropriation, d’émancipation pour ne citer que les principaux. Nous pouvons donc affirmer que nous ne vivons que par l’enchaînement de ces désirs, de ces archétypes structurels de notre comportement individuel et social. Alors, me direz-vous, que vient faire l’Amour dans ces notions pour le moins abstraites et conventionnelles ? L’Amour n’est-il pas au fait l’expression première de nos désirs/besoins de sécurité, de reconnaissance, d’affirmation et même d’appropriation. Que de fois, et on ne les compte plus, on entend à tous bouts de champ « ma femme, mes gosses, mon boulot, mon patron, mes amis, mon amant … ». Un amour qui est l’expression volitive de nos besoins personnels et que l’on croit presque toujours altruiste : « je t’aîîîmmeeeeuuu » ; mais est-ce vraiment de l’Amour, tel qu’il pourrait se concevoir dans son essence première, à savoir l’Amour sans profit ou Maîtri / Metta ? Ou n’est-ce pas plutôt la manifestation de l’Amour de ses propres besoins précités ? Enfin, à quelque part, n’est-ce pas plutôt de nous-mêmes, allez savoir !

Ces désirs, ces attachements, douces drogues mentales sont aussi perfides et déstabilisantes que l’alcool, le tabac, (comme le dirait l’Ami du même nom… !!), le haschich, l’héro ou l’extasy. Mais, qu’on ne se leurre pas, l’Amour est certainement la plus puissante des drogues parce que nous enchaînant dans le filet multiple et arachnéen de nos désirs : « j’aimerai être, avoir, faire, devenir, etc. » Combien de fois par jour ne le disons nous pas à intelligible voix, ne le pensons-nous pas en nous-mêmes ; soyez attentifs, je vous prie, à cette ritournelle d’amour qui conditionne nos souffrances. Voilà encore quelque chose d’autre, direz-vous ? Ce sacré conditionnement, perfidement omniprésent, dont nous n’arrivons pas à nous désengluer et qui nous empoisonne la vie.

Conditionnement, quand tu nous tiens, on n’est pas prêt de t’échapper ! Mais ce conditionnement n’est-il pas lui aussi constitué de la somme de tous nos amours, de tous nos désirs, de tous ces liens volitifs que nous tissons sans cesse, de ce besoin de sécurité (voyez, je ne parle plus ici de désir) qui nous les crée, sans relâche, dans un espoir de continuité. Conditionnement qui nous limite, nous emprisonne, nous fait continuellement souffrir en fonction de l’intensité de ses références. Conditionnement qui entrave nos relations, notre amour de nous-mêmes parfois, qui génère des vues erronées, des culpabilités ou culpabilisations abusives, injustifiées parce qu’injustifiables, conditionnement qui nous responsabilise arbitrairement à l’égard des réactions « conditionnellement autres » de notre interlocuteur, de notre vis-à-vis, de notre partenaire. Culpabilité dans laquelle nous avons été baignés depuis notre plus tendre enfance : « Regarde tu fais encore pleurer ta mère », « Qu’est ce que nous avons fait au bon Dieu pour avoir un enfant pareil », ma « Sainte mère l’Eglise » comme je me plaisais à nommer cette fille de pasteur m’a même lancé un jour dans un accès de déraison totale (due à sa maladie) : « J’aimerais mourir à tes pieds pour que tu te rendes compte de tout le mal que tu m’as fait (sic !) ».

Lotus

Besoin de justifier son propre conditionnement réactif par une culpabilisation touchant parfois au paroxysme des plus débridés, par l’expression d’une souffrance intolérable, par un chantage affectif aussi, restons honnêtes, je vous prie. Mais, ne sommes nous pas tous acteurs et victimes de ce chantage conditionnant : « Situ - Jene … », litanie qui n’est que la traduction manifeste, virulente ou implorante, de nos désirs personnels, de nos exigences, de nos attachements ? Combien de couples sont déchirés par cette « ardoise » conditionnelle ? Combien de relations ne tiennent qu’à ce fil du conditionnement culpabilisateur, mettant en jeu leurs existences mêmes. L’homme, devant certains mystères engendrés par son « ignorance », a toujours cherché à se justifier, à trouver des raisons chez l’autre, sans réaliser trop souvent qu’il n’était que l’artisan de sa propre souffrance.

Cette ignorance, source de tellement de souffrances, il l’entretient, il s’y bute continuellement parce que ces dites souffrances lui donnent justement les raisons qui lui manquaient d’être intéressant, accrédité et valorisé qu’il devient en voyant qu’on s’occupe de lui (ou d’elle) ; des raisons aussi de se maintenir en état de ré-action à l’égard de ce conditionnement, de lui donner aussi un but, plus aléatoire que réel, dans sa lutte « vitale » garante de la survie de son ego. Quand on abandonne la quête de ses propres réponses, toujours par ignorance, face à la démesure que revêt cette lutte illusoire, on met fin à … et là, les culpabilisations vont bon train. Alors, la seule interrogation que l’on peut se poser est : « Qu’avons-nous fait pour lui permettre de découvrir son ignorance ? ».

Enfin, ici, le chat risque de se mordre la queue, comme le merlan en « colère ». Nous sommes dépendants de ces conditionnements qui conditionnent nos dépendances. Allez-vous y retrouver dans ce cycle infernal, dans ce cercle, ô combien vicieux, de leur imbrication perpétuelle. Nous ne pouvons vivre que par eux, en fonction d’eux, parce qu’ils sont des éléments constitutifs de toute personnalité. Ce qui fait que je ne ressemble pas à l’autre, M’enfin comme dirait Gaston ; car, ces conditionnements nous sont en majeure partie communs et corelationnels, au vu de l’éducation socio-culturelle que nous avons reçue dès notre prime enfance et qui nous marque de son empreinte quasi indélébile, comme un vulgaire bétail laissé en pâture à lui-même. De ce fait, nous réagissons, plus ou moins d’une manière similaire, à ces insatisfactions conditionnantes pour ne point paraître marginal ou carrément asocial. Alors, comment ne plus subir ces conditionnements, ces dépendances affectives, ces attachements qui dépendent de notre mental ? En mettant en pratique le Noble Octuple Sentier, particulièrement les deux premiers pas (Vision-compréhension, Pensée justes).


Par le vén. Shinjin

Pour Sâdhana




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