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Vietnam — Les Arts Martiaux pour se rapprocher de Bouddha

lundi 19 octobre 2015

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UNE NONNE UTILISE LES ARTS MARTIAUX POUR SE RAPPROCHER DE BOUDDHA [1]


08.06.2008

Hanoi, Vietnam - Défiant un préjudice initial, une nonne de l’Académie National du Bouddhisme enseigne l’art des Shaolin à ses pairs bonzes. Hoai Nam raconte.

<< Musculation : la nonne Thich Nu Khanh Thao enseigne des exercices destinés à améliorer la puissance physique. Photo Trong Chinh

Les non familiers de l’éthique martiale pourraient penser qu’un sport de contact n’est pas propice à la vie d’une nonne bouddhiste. Mais Thich Nu Khanh Thao (nom bouddhiste) âgée de 32 ans, n’en conviendrait pas.

Thao enseigne l’art Shaolin à 80 étudiants de l’Académie Nationale du Bouddhisme du Vietnam, le meilleur centre éducatif pour bonzes du pays. Il s’agit également du plus grand de la nation, situé au sommet d’une montagne de la commune de Ve Linh, dans le district de Soc Son, à 40 km à l’ouest de Hanoï.

Actuellement, 350 moines et nonnes, dont la plupart viennent des provinces du Nord, suivent un cursus de quatre années à l’académie, qui leur permettra de diriger des pagodes et d’enseigner le Bouddhisme. Ce cursus n’est accessible que depuis cinq ans.

Thao est aussi élève de deuxième année à l’école. Depuis deux ans, elle enseigne également l’art Shaolin.

L’Equilibre parfait

Les bonzes de l’académie ont un emploi du temps chargé. Les nonnes doivent apprendre et réciter 348 écritures bouddhistes et les moines, 250. Tous suivent des cours de sociologie et de psychologie, et tous prient Bouddha de l’aube au crépuscule.

En parallèle de tout ce travail mental, les bonzes ont aussi besoin d’activités physiques afin de rester en bonne santé, explique le vénérable Thich Thanh An, qui dirige le bureau administratif de l’académie. Les moines et nonnes ont besoin d’être en forme afin de répandre les paroles de Bouddha, et les leçons de Shaolin ne sont qu’une part des activités complémentaires, qui comprennent le football, le souque à la corde, le tennis et le volant, détaille t-il. "Nous proposons trois cours de culture et de sport. Les bonzes peuvent faire de la calligraphie ou des arts martiaux".

L’esprit d’une adolescente

Thao est la cadette de sept enfants issus d’une famille de paysans pauvres de la commune de Pho Trach dans le district suburbain de Phong Dien, province centrale de Thua Thien-Hue. Ils s’installent dans la province centrale des hauts plateaux de Dac Lac lorsque Thao à sept ans.

La nonne raconte qu’elle se souvient encore parfaitement des trajets qu’elle faisait avec sa famille jusqu’à la pagode locale le premier jour du mois suivant le calendrier lunaire, et à chaque pleine lune. "J’étais tellement impressionnée par la sérénité des cérémonies religieuses auxquelles nous assistions, et par l’apparence solennelle des moines, que j’ai décidé de devenir nonne lorsque j’ai eu 16 ans", raconte t-elle.

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Ligne de vision : attente des nonnes pour prendre part à la cérémonie de prière, un des devoirs quotidiens à l’académie. Photo Trong Chinh >>

En 1992, Thao rejoint la pagode de Phuoc Hue de la ville de Da Lat dans la province Lam Dong des Hauts plateaux centraux - à 200 km de chez elle. Cette même année, elle commence l’apprentissage de l’art Shaolin.

"Mes parents étaient heureux de ma décision de me dévouer à la religion", confie t-elle. "La vie d’un fermier est rude et ma famille se réjouissait que je veuille aider les pauvres gens dans la misère et la peine."

Selon Thao, cet art peut être une manière de se rapprocher de Bouddha. Car il implique un exercice similaire à celui du Tai Chi, appelé Taijiquan, que la nonne décrit comme étant similaire à la méditation. "Le Taijiquan est bon pour les étudiants d’ici car il se concentre sur la respiration, qui aide les gens à améliorer leur force mentale", indique t-elle.

Mais tout le monde ne s’est pas toujours enthousiasmé de ses méthodes, admet Thao. "J’ai été exclue par le maître de la pagode parce que j’ai continué à pratiquer l’art Shaolin même après qu’il m’aie dit qu’il ne voulait plus que je le fasse. D’après lui, le Shaolin ne se pratiquait que par les hommes. Mais après une longue période, je suis finalement parvenue à le convaincre que cela m’aiderait dans ma vie religieuse".

Bien que les élèves de Thao ne soient autorisés à faire usage de leurs mains seulement pour pratiquer les arts martiaux au sein de l’académie, Thao a manipulé 18 armes en dehors de l’école, dont la machette, l’épée et la lance. Ses connaissances lui ont valu une ceinture blanche de Shaolin, la plus haute distinction dans sa branche de l’art.

De l’aube au crépuscule

Une journée ordinaire de Thao débute à 4H, quand avec ses camarades, elle prie Bouddha. Plus tard dans la matinée elle s’en va dans la cour pour pratiquer le taijiquan. La nonne enseigne aussi l’art Shaolin aux étudiants à l’école de Vinh Xuan dans le district de Dong Anh, à 40 km de l’académie, trois heures durant chaque après-midi. La nuit, lorsque les terrains sont silencieux, elle pratique ses exercices de respiration pendant deux heures.

Les cours de Shaolin dispensés par Thao sont très appréciés des bonzes de l’académie, raconte une camarade d’études, la nonne Thich Lam Tuong. Elle dirige la Pagode Noi du district de Binh Luc, dans la province du Ha Nam, à 60 km au sud de Hanoï. "J’ai suivi les cours de Thao cette année. Comme pour tous les autres étudiants de l’académie, l’étude peut être vraiment éreintante. Mais l’art Shaolin nous revigore réellement". L’apprentissage de cet art aide les bonzes à se sentir plus forts et cela leur donne davantage d’énergie pour étudier, explique Tuong. "Il est dommage que nous ne disposions pas plus de temps pour nous entraîner".

Même dans l’élan des examens, les étudiants se massent juste à l’heure, pour pratiquer le Shaolin. En ces périodes de stress, l’art Shaolin est la clé qui aide clairement l’esprit, indique Thao.


Par Hoai Nam

Source : VNS




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