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Ressources minières au Jharkhand - des richesses qui appauvrissent

mercredi 21 octobre 2015

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« On passait par là… » C’est ce que nous avons répondu à Mr. S, responsable de la zone de Kuju dans le district d’Hazaribagh de l’Etat du Jharkhand. Il est arrivé précipitamment dans sa belle Ambassador blanche, dix minutes après avoir été prévenu qu’une étrangère accompagnée de deux Indiens se trouvaient sur le site d‘extraction minière de Pundi.
Pundi est l’une des soixante-trois mines de charbon exploitées par la Central Coal Limited (CCL), filiale de la Coal India Limited (CIL). Premier producteur de charbon du pays, la CIL emploie des milliers d’Indiens, pour la plupart originaires des villages situés aux abords des mines. Leur quotidien est bien éloigné de l’image marketing « eco-friendly mining » que CIL s’efforce de vendre.


Chaque jour, trois mille tonnes de charbon sortent de la mine à ciel ouvert de Pundi, via des camions chargés par les quatre cents employés. Sans aucune protection ou équipement spécial, hommes et femmes travaillent quotidiennement dix à douze heures pour deux cents roupies (3,30 euros). Des enfants en bas-âges, noirs de charbon, font la sieste sur le lit minéral, sous la surveillance de leur mère qui portent sur la tête la précieuse houille de CCL.


Avant l’arrivée de l’industrie minière dans cette région, la plupart des villageois vivaient des produits de la culture de leurs terres. Aujourd’hui, ces terres appartiennent à CCL, les paysans sont devenus des mineurs et les déplacements de populations se sont accélérés pour des questions de rentabilité.


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Les wallahs du charbon sur la route vers Ranchi, capitale du Jharkhand.

Le sol comprend trois couches de charbon. Comme le souligne Mr. S., « plus l’extraction est profonde, plus elle coûte ». Il est donc plus rentable d’extraire la première et la deuxième couche de charbon. Cela suppose d’étendre la surface d’extraction et donc la surface de destruction de la zone, qu’elle soit habitée ou non. Lorsqu’elles sont versées, les indemnités accordées aux populations dépossédées de leurs terres se situent bien en-dessous du prix du marché. Le non-respect des droits des résidents de ces zones rurales ne fait qu’aggraver leurs conditions de vie, déjà très précaires. Il ne leur reste en outre, plus aucune possibilité de culture saine des terres après le passage de la CIL.


Mr. S. assure respecter l’EMP (Environmental Managing Project). Ce schéma écologique les oblige notamment à recouvrir les sites une fois le charbon extrait, et à replanter les arbres indispensables au maintien de l’écosystème de la région. Pourtant, ce sont de grands cratères recouverts d’eau polluée par les résidus de charbon jouxtant de gigantesques collines de gravats qui résultent du passage de la CIL et non de grandes étendues d’arbres. La terre, l’eau et l’air sont contaminés par le charbon, affectant gravement la santé des travailleurs et des villageois. Beaucoup développent pneumonies et infections des voies respiratoires.


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Femmes travaillant sur le site de Pundi

Le charbon, principale source d’énergie de l’Inde, est pour ces populations, synonyme de destruction de leur habitat, de leurs moyens de subsistance et de conditions de travail inhumaines.


Les mineurs de l’ombre


Les extractions ne se limitent pas aux sites actifs des compagnies. En effet, tout le monde ne déserte pas les cratères que celles-ci laissent derrière elles.


Des colonnes de fumée noire ponctuent le paysage, presque lunaire, de parts et d’autres des collines. Près de l’une d’entre elles, une femme en sari décoloré par la poussière, surveille la combustion d’un monticule de houille. Autour d’elle, des sacs s’empilent. Quelques dizaines de mètres plus bas, son mari et leur petite fille de quatre ans et demi, le visage couvert de résidus de charbon, dévoilent un timide sourire blanc. Ils se tiennent tous les deux, à l’entrée de l’un des nombreux tunnels qui les entourent.


« Tous les jours, CCL recrute les travailleurs pour la journée, mais nous sommes trop nombreux à nous présenter. Lorsque je ne suis pas choisi, je viens ici et je creuse à la pioche entre huit et dix heures par jour. » Le tunnel dans lequel il se faufile mesure à peine soixante centimètres de haut et s’étend sur vingt mètres de profondeur.
Les éboulements de tunnels et les explosions provoquées par la libération de méthane sont fréquents. Dans la région d’Hazaribagh, entre dix et quinze personnes travaillant dans ces conditions meurent, chaque année, dans l’ignorance des autorités.
La grande partie de ces sacs ainsi amassés, est acheminée par bicyclette jusqu’à Ranchi, capitale du Jharkhand.

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Ce mineur, accompagné de sa petite fille, passe entre 10 et 12 heures par jour au fond de ce tunnel.

Les wallahs, terme hindi désignant les travailleurs d’un secteur, poussent chaque jour par centaines leur vélo chargé de cent-cinquante à deux cents kilos de sacs de charbon. Deux jours sont nécessaires pour parcourir les cinquante kilomètres qui les séparent du marché de Ranchi, où le prix de vente du charbon est multiplié par trois. Ils voyagent en groupes, se reposant de temps à autre sur le bas côté de la route, à l’ombre d’un tamarinier. Au bord de cette même route, Krishna Saw et Sewa Kumar boivent un chai, assis sur des sacs de houille, près de leur tente de fortune. Ils participent, eux aussi, à la grande chaîne de distribution du charbon de l’économie informelle. D’ici, ils vendent directement aux particuliers : une roupie le kilo de combustible (0,016 euro). « Nous habitons dans un village tout près, mais nous restons ici nuit et jour pour vendre les sacs. » Cette activité leur rapporte une centaine de roupies chacun par jour (1,64 euro), mais est bien insuffisante pour assurer leur survie et celle de leur famille. Le droit de vendre au bord de cette route leur est octroyé, moyennant deux cents roupies par mois versés à un policier.


La communauté de Krishna et Sewa a été déplacée de leurs terres pour laisser place au site de Pundi. La majorité d’entre eux travaillent aujourd’hui dans le secteur des mines, formel ou informel.
Au Jharkhand, le nombre de wallahs du charbon est estimé à dix-huit mille.


Charger les camions des compagnies, creuser des tunnels sur les sites abandonnés, pousser une bicyclette sur des kilomètres ou vendre du charbon au marché noir, voilà à quoi se limitent les opportunités offertes aux villageois de cette région outre l’émigration. L’exploitation des populations pauvres en milieu rural perdure. Les intérêts des Etats et des compagnies ne laissent aucun espace aux droits et à la voix des mineurs.
Le charbon couvre 55 % des besoins en énergie de l’Inde. En considérant les réserves potentielles limitées en pétrole et en gaz naturel, la perception géopolitique de l’énergie nucléaire, et malgré les restrictions pour la conservation écologique, le charbon continuera d’occuper la première place sur l’échelle de l’énergie indienne.


Elodie Kergresse


L’Inde et l’exploitation minière en chiffre 2008


- Estimation des réserves : 56, 49 milliards de tonnes
- Production : 515, 574 millions de tonnes, 4ème pays producteur derrière les Etats-Unis, la Russie et la Chine
- Consommation : 578, 350 millions de tonnes
- 80% de mines à ciel ouvert
- Nombre total de mines : 576 (2004) dont 380 appartenant à CIL


Source : Energy Information Administration tonto.eia.doe.gov




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