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"Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps"

lundi 2 janvier 2012, par Alain Delaporte-Digard

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Lors d’un séjour au Japon en 1979, je me rappelle de mon premier repas dans un monastère relié à Masahiro Oki Sensei.

Dans ce lieu très austère, les pratiques intenses commençaient à 5 heures du matin pour finir vers 23 heures, moment où nous faisions un dernier effort pour notre corps endolori, celui de dérouler notre futon pour enfin nous écrouler de fatigue. Les activité se succédaient sans pause : réveil musculaire pieds nus dans la neige, récitation du Hannya Shingyo, Zazen, jogging sur les pentes du Fujiyama, bain dans l’eau glacé, pratiques du Okido, le yoga dynamique japonais, marche silencieuse dans la campagne environnante, longues méditations, shiatsu, arts martiaux, ikebana, chanoyu, sutras, pratiques respiratoires, enseignements, … et repas.

Dès le premier jour, en raison de l’intensité des enseignements, le corps devenait douloureux, même pour un sportif comme moi habitué à faire 8 heures de sport par jour. Le seul moment que j’attendais avec impatience, c’était les repas pour un réconfort du corps. Mais ce premier repas pour le novice que j’étais, me consterna. Nous installions des tables basses dans la salle même où nous avions pratiqué les activités du matin. Unité de lieu et d’action, comme au théâtre ! Et effectivement le repas participait à l’entraînement intégral pensé par Oki Sensei.

J’avais faim, et l’envie de communiquer avec mes compagnons de pratique me démangeait. J’imaginais un bon repas convivial et paisible. Nous avons récité un texte, mains jointes en gacho, les coudes à la hauteur des épaules. Cette prière commençait par : "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps …". Un petit bol de soupe au miso, suivi d’une tasse remplie de quelques gains de riz, légumes et algue Wakamé constituaient le repas principal de la journée. En trois bouchées, le contenu du "plat principal" pouvait être avalé ! J’avais envie de parler, mais mes compagnons de pratique mangeaient les yeux fermés et mâchaient consciencieusement : 50 fois chaque bouchée, parfois 100 fois ! Pour moi, le repas représentait un moment de communication chaleureuse et un plaisir viscéral de manger. J’avais une faim de loup, et je voyais mal ce micro-repas végétalien me soutenir pendant les semaines à venir.

Mon voisin de droite poussa du bout de ses baguettes un morceau de légume. Mon voisin de gauche mit de côté une graine de sésame. Ils ne prenaient que ce qui leur semblait bon pour leur corps !

Trente ans plus tard, je sais que ma promesse tant de fois récitée n’est pas toujours respectée. Globalement, elle m’a rendu attentif à l’aliment lui-même. En mâchant, je converse même avec lui : je n’avais pas prévu cette autre forme de convivialité.

-  D’où la question que je me suis posée et que je vous pose :
La vision juste de nos besoins et l’action juste de manger
sont-elles possibles dans notre quotidien d’occidentaux ?

Manger, une pratique bouddhiste toute simple, si simple, trop simple ?
ou accessible à qui veut ?


Je vous souhaite de bons repas, de ceux qui rendent heureux.


Alain Delaporte-Digard pour www.buddhachannel.tv

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14 Messages

  • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 6 septembre 2010 15:48, par Isabelle

    Merci Alain pour votre sincérité...et votre question :
    D’où la question que je me suis posée et que je vous pose :
    La vision juste de nos besoins et l’action juste de manger
    sont-elles possibles dans notre quotidien d’occidentaux ?

    Absolument juste et très simple à observer. La quantité d’aliments désirés est proportionnelle à l’ "Avidité d’obtenir".
    Pour manger moins, il suffit de manger mieux et aujourd’hui c’est simple et évident en ajoutant l’indispensable mastication de la bouchée. La salive augmente la qualité nutritive de l’aliment. Personnellement, j’ai observé que des aliments proposés dans un bol rassasient mieux que ceux posés sur une assiette. Comme si l’assiette dispersait les valeurs nutritives qui seraient mieux conservées dans un bol.

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    • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 7 septembre 2010 06:35, par Alain Delaporte-Digard

      Bonjour Isabelle.
      J’adore ce que vous avez écrit ; "La quantité d’aliments désirés est proportionnelle à l’ "Avidité d’obtenir". Oh que oui. Après mes débuts japonais peu glorieux de sportif habitué à "bien" manger ( bien = beaucoup, bien sûr), j’ai pendant des années étudié et expérimenté de nombreux systèmes alimentaires, végétalisme, végétarisme, alimentations mixtes. J’ai fait des conférences, des cours de cuisine dans différents pays. Et c’est vrai que, même si le choix des aliments est essentiel, la manière de manger est déterminante pour une qualité de vie. Sans avidité d’obtenir, manger devient un acte de paix. Même les parties émotionnelles profondément installées en nous, parfois depuis l’enfance, sont alors nourries et apaisées.
      Cordialement. Alain

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  • Manger, n’est-ce pas un acte barbare où des vies sont sacrifiées ? Comment être paisible dans cette violence qui donne la mort à d’autres êtres ? Ne serait-ce pas : Je promets de ne pas détruire de vie à travers mon alimentation. ? Ce qui serait moins centré sur le mangeur, et plus sur le mangé. Gérald

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    • Si vous promettez cela, vous ne mangez plus... Et c’est vous que vous détruisez. Car tout est vie, y compris les plantes, les graines, l’eau...

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    • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 8 septembre 2010 14:12, par Flora Desondes

      Cher Gérald, le titre de l’article Je ne promets de ne manger que ce qui convient à mon corps : c’est un hymne à la vie et à la joie de vivre. Tout autre attitude est désastreuse et suicidaire (se nourrir et en même temps détruire sa santé est suicidaire). Lorsque que vous mangez des graines germées de blé et de lentilles, une seule cuillère à café contient votre ration de protéines pour la journée. Ajouter un peu d’algue à un bol de riz complet agrémenté de cinq légumes cuits ou crus et vous n’avez rien besoin de plus.
      Ce qui fait la différence : c’est de dire merci pour ces aliments et l’eau. Vous remerciez qui vous semble l’origine de cette nourriture.

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  • Si je ne devais répondre qu’avec un seul mot ça serait : Merci. merci d’avoir partagé cette sincérité, cette honnêteté, et cet art de manipuler la plume. Merci pour ce texte, très très beau.

     
     
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  • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 8 septembre 2010 07:15, par Catherine

    Alain, votre expérience m’intéresse beaucoup. Pour purifier le corps, rien de tels que de bons efforts et peu de nourriture. Mais ce système japonais ne risque t-il pas de développer aussi certaines carences pour l’organisme ? Merci pour votre réponse que je sais être attentive. Catherine (j"ai suivi un de vos séminaires il y a quelques années en Normandie)

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  • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 8 septembre 2010 10:29, par Alain Delaporte-Digard

    Bonjour Catherine. Oui, vous avez raison : le système macrobiotique dans le centre de Mishima, au Japon, peut créer des carences. Mais comme tout régime alimentaire : à chaque fois que nous réduisons notre alimentation, immédiatement deux conséquences apparaissent : un nettoyage du corps, car les organes d’élimination fonctionnent à fond, et des carences par manque d’apport de certains éléments. Mais ces carences ne sont que provisoires, si ce style de vie, fait d’efforts intenses et de nourriture frugale, ne dure pas. Il faut voir cet entrainement comme un temps spécial, une opportunité pour faire réagir le corps. Ensuite, les repas doivent redevenir plus variés et plus consistants, qu’ils soient macrobiotiques ou autre. Sans pour autant devenir pantagruélique. La modération judicieuse n’a jamais créé de carences à long terme. Globalement, dans nos sociétés, nous mangeons trop. Mais pas assez ne serait pas la voie du Juste Milieu. Alain

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    • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 8 septembre 2010 13:45, par Flora Desondes

      Il est intéressant de se souvenir des Hunza, un peuple de l’Himalaya qui se nourrissaient essentiellement de leurs récoltes d’abricots qu’ils faisaient sécher pour les conserver d’une récolte à l’autre. Ils avaient aussi une pratique du jeûne obligatoire pour gérer la quantité de nourriture pendant leur long hiver. Lorsque la "civilisation" les a rattrapée, non seulement ils étaient tous en excellente santé, ils étaient heureux et travaillaient tous jusqu’à un âge avancé, leur longévité était remarquable. Et puis, ils ont connu le sucre et les aliments blancs, la télévision et notre "confort"..... maintenant, ils ont aussi les problèmes de santé qui accompagnent le sucre, les sodas et le riz blanc.

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  • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 9 septembre 2010 07:24, par Gaelle - de Roubaix

    Vous parlez de 50 à 100 mastications par bouchée. N’est-ce pas trop ? A quoi çà sert ?

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  • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 23 octobre 2010 23:46, par Brigitte Huberty

    cher alain
    Malheureusement je ne vous ai pas rencontré dans le dojo de Oki Sensei, j’y était en 1980 et j’y ai séjourné 9 mois.Je reconnait que le régime alimentaire lié au exercices avaient un profond impact sur nos constitutions occidentaux(mental et physique)et j’ai fait un blues énorme la=bas passant 3 jours de suite pleurant sous la couverture.
    Par après je suis parti en Corée vivre au monastère et la vie au Dojo de Oki sensei m’a semble une rigolade face aux problèmes de nutrition que j’avais en Corée, la soupe au wakame m’a fait survivre car le manger épicé ne m’allait pas
    Aujourd’hui,ma nature humaine a pris le dessus et je mange tout malgrés les brimades de mes amis ?? macro d’avant.

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    • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 24 octobre 2010 09:20, par Alain Delaporte-Digard

      Bonjour Brigitte.

      9 mois pour manger au rythme du dojo de Mishima peuvent créer beaucoup de dégâts dans un organisme.. La force des repas du dojo agit comme un "régime de nettoyage", un temps d’opportunité pour faire réagir le corps. Il ne peut devenir une alimentation normale.

      Tout le travail d’Oki Sensei stimulait le corps et le mental,comme par exemple la stimulation par des exercices agressant le corps à la façon d’un poison A PETITE DOSE qui agissait comme un médicament. Dans mes premières découvertes du Okido en France avec Mizué Tamaki, disciple d’Oki Sensei, le prof d’EPS que j’étais fût choqué, puis émerveillé par les "faux" mouvements mettant le dos en porte-à-faux. A petite dose, ils permettaient au corps de se défendre, mais devenaient ravageurs pour les vertèbres en insistant.

      Ainsi, manger 9 mois dans le dojo n’est plus un régime d’opportunité et de stimulation. On entre dans une alimentation permanente avec les excès classiques de beaucoup de macrobiotes. Je me rappelle à Paris dans les années 85 un séminaire avec Michio Kushi qui dénonçait les excès de certains macrobiotes. Les personnes présentes au teint vert à force de yangiser leur nourriture ne comprenaient pas que Michio s’adressait à eux et opinaient du chef ; "Ah oui, il a raison. Pas d’excès !". Mais l’excès peut être parfois dans le manque, dans les carences qui se développent secrètement dans l’organisme. Toute restriction de nourriture augmente toujours nos carences, quelque doit le système alimentaire. D’où l’importance de la juste mesure.

      Pendant quelques années, j"enseignais régulièrement l’Okiyoga et le Raja Yoga en Hollande, dans des milieux très macrobiotes. Quand je disais que leur alimentation créait des carences, personne ne me croyait. Jusqu’au jour où un rapport de santé publique dénonça les carences des enfants de macrobiotes. Ce fut un coup de tonnerre pour certains.

      La chance que nous avons eu, Sylvie ma femme et moi-même, fût d’être accueillis au dojo de Mishima par Françoise Souberbielle. Elle nous donna ce conseil sage. "Ne vous engagez pas pour longtemps. Ne prenez pas un engagement pour 3 mois, vous pourriez le regretter. Engagez-vous pour une semaine. Il vous sera toujours possible de renouveller autant de semaines que vous voulez." Au bout de deux semaines, nous sommes partis faire le tour du Japon. Je ne suis jamais resté plus de deux semaines au dojo, pour que ces séjours soient juste stimulants, pour que notre organisme et notre mental restent sur la voie du juste milieu, ni trop, ni trop peu.

      Ce que vous soulevez dans votre témoignage est tout le problème de diffusion du Okiyoga en Occident. Une seule et unique fois, la Fédération Française de Yoga (FNEY) invita Oki Sensei à un summercamp près de Nancy. Ce travail japonais fût très critiqué, avec des éclats mémorables. Après la mort d’Oki, j’ai "adapté" à l’Occident son travail de façon plus douce dans notre dojo de Normandie et en Hollande, avec les critiques du staff de Mishima et d’Amsterdam. La rupture était consommée entre deux cultures très différentes, l’enseignement à la japonaise et l’éducation à la française. Car il s’agit bien d’un choc culturel, avec ses avantages et ses incompatibilités.

      Merci Chère Brigitte de votre intervention.
      Confidence pour confidence : moi aussi j’ai repris depuis longtemps une nourriture diversifiée.
      Gassho
      Alain

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    • "Je promets de ne manger que ce qui convient à mon corps" 26 octobre 2010 09:25, par élisabeth

      Bonjour Brigitte, une petite question : avez-vous l’impression d’avoir appris quelque chose ? Votre message manifeste t-il un regret ou bien une reconnaissance ? Merci de satisfaire ma curiosité :-)

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