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A la recherche du bouddha en moi

lundi 6 septembre 2010

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03.09.2010

Vous êtes forts nombreux à me l’avoir demandé ; alors j’ai cédé, et j’ai décidé de vous raconter une expérience que j’ai vécue cet été : partir en retraite, quelques jours, en pleine nature, afin de me poser, me reposer, faire le point, m’écouter… bref, réaliser ce que beaucoup rêvent de faire sans jamais prendre le temps de le réaliser alors que cela est à portée de main.
Voilà donc le récit de mes 5 jours passés dans un centre bouddhiste en Dordogne au mois de juillet. C’est un article un peu long, donc prenez votre temps, installez vous confortablement, lâchez prise… et n’hésitez pas à venir témoigner également : je vous livre là un vécu très personnel, un ressenti, et je serai ravie de partager avec vous d’autres impressions !
Bonne lecture…


Ma décision fut prise en mai dernier. Besoin de faire le point, de prendre du temps, de me poser loin de tout, en pleine nature, seule, pour faire le point, me « recentrer » et me reconnecter à l’essentiel. Un besoin que je n’avais jamais ressenti ainsi, mais qui, au détour d’un livre dans lequel l’auteur parlait de son expérience bénéfique de retraite bouddhiste, s’est imposé à ma petite personne : « oh toi, jeune femme de bientôt 30 ans, tu y as déjà songé quelques fois, cela t’a souvent intrigué, et la période qui arrive est propice, alors qu’attends-tu ? » Rien. Malgré mon éducation catholique, les églises me rendent tristes, je ne « pratique » pas et ne ressens pas le besoin de m’adresser à Dieu… La philosophie bouddhiste, en revanche, m’a toujours attirée. Je fonce.

Un message posté sur mon statut Facebook plus tard et quelques messages glissés auprès d’amis proches, et je me retrouve avec une vingtaine de commentaires et messages, et plusieurs recommandations de lieux où me rendre pour effectuer cette retraite (cf. la liste en fin d’article). Premier constat : pas besoin de partir dans les sommets himalayens (ce que je n’envisageais pas) pour faire une retraite, nous ne manquons pas de lieux en France. Mummm. « C’est bien joli tout cela, mais comment choisir et m’assurer que je ne vais pas tomber dans une secte », car à voir les réactions de mon homme et de ma famille sur ce projet, méfiance (!) je courrais de grands risques… Sans compter les différentes lignées bouddhistes auxquelles je connais absolument rien, ma culture en la matière se résumant au Dalaï Lama, un livre de Mathieu Ricard sur le bonheur, Brad Pitt dans 7 ans au Tibet, et quelques bonnes idées pré-conçues…

Une sage décision

Un ami me conseille alors de me renseigner auprès du Lama Puntso, une de ses connaissances en charge du centre de l’association Dhagpo à Bordeaux.

Lama Puntso… Lama. « Comme l’animal ? » me demandera-t-on plus tard (sans parler des ajouts dubitatifs du type « mais ça ne crache pas un lama ? ») … Oui, oui, sauf qu’un Lama n’est pas un animal ici, mais un(e) digne représentant(e) du bouddhisme habilité(e) à enseigner la sagesse du Bouddha.

Puntso est très grand, assez costaud, vêtu d’un pantalon et d’une chemise sombres… il ne ressemble pas du tout à l’image du petit moine vêtu de rouge et d’ocre que je pensais voir le jour où nous avions pris RDV ! J’accroche tout de suite au personnage : souriant, chaleureux, à l’écoute, il me conseille d’aller dans le centre Dhapo Kagyu Ling situé à Landrevie en Dordogne, non loin de Montignac. Un stage sur le lâcher prise y est organisé la troisième semaine de juillet (pile la semaine de vacances où je n’avais rien de prévu, chic !) : « ce sera parfait pour une première approche du bouddhisme, les deux lamas qui enseignent forment un beau duo, et en plus je serai sur les lieux au même moment pour donner un autre enseignement, donc si tu as besoin de quoi que ce soit, tu pourras toujours venir me voir… », m’explique Puntso. De quoi écarter une autre piste que j’avais en Auvergne dans un autre centre de l’association Dhagpo – trop avancé pour une débutante comme moi.

Me voilà donc bien aiguillée, je bloque ma semaine, réserve mes billets de train, ma place dans le dortoir (les chambres individuelles sont toutes occupées, mais on m’assure que j’aurais du temps pour moi seule) et attends le jour J… non sans me poser nombre de questions : « tu voulais partir seule loin de tout, t’isoler et rester silencieuse et communion avec la nature pendant 5 jours, et là tu seras avec une trentaine d’autres personnes… et puis c’est un stage… les stages sont-ils une retraite comme tu l’entendais… ? As-tu vraiment envie de méditer, toi qui t’endors à chaque fois que tu as essayé et qui a besoin d’activités et de sports ultra dynamiques pour te vider l’esprit ? Cela ne va-t-il pas complètement te chambouler ? Et puis tu as choisi ce centre sans te renseigner plus en détail sur cette pratique bouddhiste… Les dortoirs sont mixtes en plus, si tu te retrouves avec des ronfleurs bonjour la cata, etc., etc. »

Malgré tout, je suis très impatiente, j’attends ce moment comme une bulle d’air frais ! Je ne cherche pas à en savoir plus sur l’organisation du stage ou autre, je verrai une fois sur place.

Premiers Pas

Levée avant l’aurore, je déguste le lever du soleil dans le train, le long de la Dordogne, puis je co-partage mon taxi entre la gare des Eyzies et Landrevie avec 2 autres « stagiaires », novices en “retraite”. J’arrive sur place vers 9 heures. Il fait déjà chaud. J’appelle mon homme : « Je suis bien arrivée ; ne t’en fais pas, je te fais signe dans 5 jours, quand je repars. ». Je coupe mon i-phone et me dirige vers l’accueil. Les cigales s’en donnent déjà à cœur joie.

Nibou enregistre alors mon arrivée, nous réglons les derniers détails (tous les repas seront pris ici ? oui ! Végétarien ? oui) et je paye mon séjour. Mon dortoir se situe en contrebas du centre : il est mixte, 4 lits sur 8 sont déjà occupés. Certaines personnes dorment encore – j’apprendrai plus tard qu’un ronfleur les a empêchées de fermer l’œil la nuit précédente, mais je comprendrai surtout que le calme ambiant aide à la détente et au repos spontané…

Je pose mes affaires, m’installe et fais ensuite un tour rapide des lieux. Le centre n’est pas aussi grand que je l’imaginais, mais c’est tout de même calme, spacieux ; tout appelle à la détente. Chaque jour cette semaine là, une centaine de visiteurs viendront assister quotidiennement aux différents enseignements donnés.

Le premier enseignement débute à 10h. Nous sommes une trentaine de stagiaires, une majorité de femmes, à prendre place dans la salle d’enseignement : un large tapis recouvre le sol, on s’assoit sur des coussins de méditation ou sur des chaises, en cercle autour de Pamela et Trinlé, les deux lamas en charge de nous mettre sur les rails du lâcher prise.

Pamela est américaine, Trinlé (Carlo de son vrai prénom) est belge d’origine sarde, ancien coach sportif et touche-à-tout dans sa vie antérieure. Tous deux pratiquent le bouddhisme depuis une vingtaine d’années au moins. Comme tous les lamas, ils ont suivi 2 retraites de 3 ans 3 mois et 3 jours. Mais si Carlo a choisi la vie monastique (il porte la robe traditionnelle des moines bouddhistes), Pamela, elle, a choisi la voie laïque. Leur duo est fort sympathique, ils ont beaucoup d’humour et nous mènent tout de suite dans le vif du sujet… Nous partagerons avec eux 4 à 5 heures d’enseignement et de méditation tous les jours, et autant vous dire que ce fut vraiment instructif.

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Un des dortoirs

Sur la voie de Bouddha

En 5 jours, nous avons abordé la vie de Bouddha bien sûr, ainsi que les fondamentaux du bouddhisme – les 4 nobles vérités, les 3 poisons de l’existence, le sentier octuple, les 4 sceaux de la pensée bouddhistes, ainsi que les notions de souffrance, d’impermanence, d’interdépendance, d’attachement, de vacuité, de nature ultime, de qualités transcendantes, de karma, de nirvana et de samsara…

Beaucoup d’interrogations naissent à l’écoute de ces enseignements : on se situe à la croisée de la philosophie, de la réflexion sur le bonheur, la mort, la vie. Je réalise peu à peu que le bouddhisme n’est pas une religion en tant que telle, dans le sens où il n’y a pas là de dieu tout puissant à qui s’en remettre : le Bouddha se trouve en chacun de nous, et la pratique méditative permet d’atteindre l’éveil. Les divinités sont là pour aider sur cette voie de l’éveil, mais nous possédons tous, au fond de nous, les clefs de la sagesse. « Il n’y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin »

Quant au lâcher prise, une image que prendra Carlo me fait comprendre qu’il ne s’agit pas de « laisser tomber » et renoncer, mais bien plutôt « laisser faire » : imaginez tenir une balle dans votre main. Vous pouvez la lâcher et la laisser tomber volontairement, ou simplement ouvrir la main et la laisser au cœur de votre paume, puis voir ce qui arrive… Chose importante également : la notion de culpabilité n’existe pas dans le bouddhisme, il n’y a d’ailleurs pas de mot tibétain pour l’exprimer.

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Salle d’enseignements

La méditation

La pratique méditative est très présente dans la lignée bouddhiste du Karmapa que transmettent les centres Dhagpo (il existe 4 lignées bouddhistes différentes, le centre Dhagpo Kagyu Ling suit celle du Karmapa). J’ai donc appris à méditer, à positionner mon corps (je ne trouverai la bonne position – en lotus – que le dernier jour !), à placer mon regard, mon attention.

C’est un véritable art de vivre et j’avoue avoir adopté cette pratique depuis : la méditation aide à assouplir l’esprit et à mieux cerner les émotions. Il s’agit de visualiser les énergies, de laisser les pensées glisser en vous, de ne pas les suivre, d’observer un état intérieur, le tout étant rythmé par votre respiration. « Une émotion non saisie n’a pas d’emprise sur vous » .

L’exercice n’est pas aisé bien sûr, aussi ai-je beaucoup échangé avec Carlo à ce sujet : fermer les yeux m’aidait beaucoup au début, mais je partais alors loin en forêt, mes respirations incarnant la vitesse de mon avancée dans les feuillages. D’autres fois, je visualisais ma respiration comme un essuie-glace balayant les gouttes d’eau de mes pensées… autant d’images qui l’ont fait sourire : « tu as un esprit très créatif, mais attention toutefois à ne pas trop saisir cette créativité, il suffit de s’en émouvoir » . En effet, lorsque je me mets en position maintenant, j’arrive à placer mon regard immédiatement, et à faire le point sur mon corps comme mon esprit… de vrais moments de pause quotidiennes qui deviennent peu à peu indispensables.

Méditer est un processus comparable à l’argile qui retombe dans le fond d’un verre d’eau lorsqu’on le pause, alors qu’on y voyait flou auparavant. Il s’agit de laisser décanter l’esprit.

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La Stūpa

La vie sur le centre

Hors des enseignements et de la méditation, nous disposons de tout notre temps. J’en profite pour lire, dormir, réfléchir, pour participer aux besognes quotidiennes (tout le monde y est invité, une vingtaine de bénévoles assurent la logistique quotidienne en échange d’enseignements gratuits, mais l’aide est toujours bienvenue), échanger avec les autres participants et les lamas présents.

Un soir, je retrouve Puntso lors du dîner et apprends qu’il a été moine pendant 29 ans avant de prendre en charge le centre Dhagpo de Bordeaux (devenir laïque lui facilite la tâche, d’autant qu’il travaille de plus en plus avec des chefs d’entreprise et qu’il était un peu soumis à l’effet « blouse blanche », enfin… l’effet « robe ocre et bordeaux ».)

Avec une autre participante au stage de lâcher prise, nous l’interrogeons sur le public fréquentant le centre : n’y a-t-il pas trop d’âmes en peine et de gens un peu perdus qui viennent ici ? « Pendant un temps c’était le cas » nous confie-t-il, « des gens en besoin de thérapie, ce qui nous embêtait un peu. Nous avons donc conçu les stages différemment, par paliers. Maintenant, dans un stage sur le deuil, nous n’avons plus 80% de personnes en deuil comme avant, mais beaucoup de personnel accompagnant qui souhaite être formé ». En France, le bouddhisme a développé des affinités avec la psychologie. Dans d’autres pays, les influences sont différentes, le bouddhisme se met à un autre parfum. « Nous sommes là pour faire grandir, pas pour réparer » .

Dans mon groupe, certains (minoritaires) sont en effet venus suite à la perte d’un proche, d’autres (plus nombreux) souhaitent « poser leurs valises », aspirent à « sortir des croyances qui limitent », échapper à la « sophistication » quotidienne…

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Moulins à prières

Des stages pour adolescents

Puntso nous raconte aussi qu’il organise depuis 12 ans des stages pour adolescents de 14 à 18 ans, des jeunes qui décident de venir de leur plein gré suivre des stages de 4 jours et demi : « les ados qui se présentent ne viennent pas sur demande de leurs parents, ils sont aussi consentants et volontaires. On cerne très bien ceux qui ne souhaitent pas se plonger dans la vie communautaire et les autres, mais tous le font » nous explique-t-il. Il anime ces stages en compagnie d’une éducatrice sophrologue et d’une actrice : « lorsqu’ils arrivent, ils n’ont pas tous envie d’être là, mais à la fin, personne n’a envie de repartir. Ils vivent quelque chose de très fort et les parents nous témoignent souvent de l’existence d’un changement après leur passage chez nous ».

Alternant apprentissage des fondamentaux, jeux sur la confiance, moment d’échanges dans la nature et présentation devant un public inconnu de ce qu’ils ont retenu du stage, les jeunes en repartent changés. « C’est bien la dernière chose que j’aurais envie de lâcher si on me le demandait » nous confie Puntso en souriant. Un des jeunes venu il y a 8 ans l’a même rappelé il y a un an : maintenant ébéniste Compagnon de France, il souhaitait faire quelque chose pour le centre Dhagpo : Puntso lui a proposé de s’occuper de l’autel du temple du centre de Bordeaux, qui est donc en bois massif, réalisé en pas moins de 400 heures de travail !

Dans une société où l’on apprend plus à faire l’amour qu’à aimer vraiment, où la mort est tabou, et où l’on apprend trop souvent à être dans l’avoir, on comprend aisément comment ce type de stage peut être formateur…

Ce que j’en retire

Tellement de choses… Difficile à décrire, encore moins à écrire. Il faut le vivre, pratiquer, pour saisir pleinement le sens de ces enseignements.

Je garde en tête cette petite phrase prononcée par une moniale durant le séjour qui m’a bien fait sourire : “c’est parce que je me plante que je pousse“ .

J’arrivais avec l’envie de faire une pause, de contempler, faire l’ermite. Je suis repartie reposée, posée. Je suis revenue un peu changée, plus “consciente”, avec la volonté d’appliquer tant que possible les préceptes de cette philosophie au quotidien, de relativiser, chercher en moi les clefs pour résoudre des problèmes que l’on a parfois tendance à voir dans les autres.

Au final, je n’ai certes pas été seule pendant 5 jours, mais la bienveillance, la sérénité, la gentillesse, l’humour et le calme qui ont bercé ce séjour m’ont donné l’envie de poursuivre sur cette voie, de rencontrer peu à peu le bouddha qui est en moi… et en chacun de nous bien sûr !

- Précisions

Ce récit est très personnel, mes propos synthétisent un maximum tout ce que j’aurais pu raconter, et je vous invite à les approfondir avec des lectures ou des stages ! A toutes les personnes qui m’ont interrogé sur cette expérience, qui m’ont écrit en me confiant qu’elles étaient tentées, je n’ai qu’une recommandation : “n’hésitez pas, et faites votre propre expérience !!”

- Notes

Le stage m’a coûté 231 euros pour 5 jours (hébergement et repas compris), les tarifs varient selon votre niveau de revenu.

- Le site du centre Dhagpo Kagyu Ling

Les autres centres qui m’ont été conseillés :

Le village des pruniers
Karma Ling, à la Chartreuse d’Arvillard – cf. ici aussi : Sangha Rimay International
Dhagpo Kundreul Ling
Institut Vajra Yogini
Yungdrung Bön

- Lectures et autres liens

Une conférence TED donnée en 2009 par le Karmapa

Le site de l’université bouddhique européenne

A lire pour bien tout comprendre très facilement : Éveillez le bouddha qui est en vous, du Lama Surya Das

- Pour aller plus loin

Mahamoudra, de Lama Guendune Rinpoché, Ed. Dzambala
Lo Djong, la voie vers l’éveil, de Shama Rinpoché, Ed. Rabsel
La Voie commence où vous êtes, de Pema Chödrön
Le livre tibétain de la vie et de la mort, de Sogyal Rinpoché


Par Anne Sophie [1]

Source : www.ecoloinfo.com

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