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Cinéma quantique — Trois questions à Apichatpong Weerasethakul

mercredi 11 août 2010

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Auréolé d’une Palme d’or amplement méritée, Apichatpong Weerasethakul offre au cinéma une oeuvre magique et forte au titre merveilleux, ’Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures’ . Rencontre avec un cinéaste unique.

Le cinéma d’Apichatpong Weerasethakul (mais vous pouvez l’appeler Joe) est l’un des plus excitants qui soient. Il mêle rêve et réalité, science et tradition, dans des oeuvres étranges et fortes. Ses films nous dépassent souvent mais suscitent toujours des sensations, laissent songeur et renversent les valeurs. A l’occasion de ’Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures’, "Joe" nous donne quelques clés pour appréhender son cinéma.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ’Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures’ ?

Au départ, il s’agit d’un petit livre qu’un moine vivant près de chez moi m’avait donné. C’était il y a très longtemps, avant ’Tropical Malady’. Je voulais déjà l’adapter au cinéma à l’époque, mais je ne savais pas comment car l’histoire est complexe. Je ne savais pas comment la structurer en images. Mais après ’Syndromes and a Century’ je me suis senti prêt : j’avais commencé à faire davantage d’arts visuels, à me sentir capable de mêler les arts, d’être abstrait et de jouer avec la narration. Je voulais qu’’Oncle Boonmee…’ soit un mélange d’abstraction et de narration avec une certaine naïveté. Je me demandais si c’était possible, d’être à la fois abstrait et naïf ! J’ai donc commencé à écrire, et au fur et à mesure ma vision de l’histoire a pris de plus en plus de place dans le récit. Au lieu d’un simple homme qui se rappelle ses vies antérieures, je voulais faire transparaître mes impressions du nord-est de la Thaïlande - où il renaît toujours -, donner plus de poids aux personnages qui sont les témoins de cet homme en train de mourir. Je voulais mettre plus de moi-même, de mes souvenirs, de l’endroit où j’ai grandi, du cinéma de mon enfance, des comic-books et des histoires de fantômes que je lisais. Et c’est étrange, lorsqu’on parle de la mort, on a souvent beaucoup d’images de notre enfance qui remontent. C’est aussi le cas dans la littérature : quand Marcel Proust écrivait à propos de ses souvenirs du passé, il parlait surtout de son enfance… Je pense que lorsqu’on est en train de mourir, les souvenirs de l’enfance sont très vifs. C’est pour cela que je voulais lier la mort et la jeunesse, et développer l’idée que la mort n’est pas vraiment une mort, mais une mutation vers une autre forme.


Vous liez beaucoup la science et les croyances…

Oui, j’ai toujours été très intéressé par la science et la science-fiction. Je pense que ce qu’on appelait à l’époque magie ou sorcellerie est aujourd’hui expliqué par la science. L’électricité, par exemple. C’est la même chose avec l’esprit. Je pense que la science progresse par étape. Nous avons connu une révolution informatique. Aujourd’hui, je lis des choses à propos du graviton, en physique quantique, il semblerait que la prochaine révolution concerne le système de gravité dans son ensemble. Ca changerait toute notre vision du monde, y compris peut-être celles que nous avons de la réincarnation et de l’esprit. Je ne sais pas, mais ce serait possible, non ? A certaines périodes de l’histoire, la science a provoqué de grands changements.


Ce goût pour la science ne vous empêche pas de faire figurer également dans ’Oncle Boonmee...’ des problématiques politiques.

Les photos qui sont dans le film viennent de mon projet ’Primitive’. ’Primitive’ était un travail que j’avais fait avec les jeunes d’un village qui avait subi la répression et la violence, des années 1960 aux années 1980. Nous avons travaillé avec eux, nous avons construit une navette spatiale et avons beaucoup parlé. Ca fait partie des souvenirs de notre pays que je voulais inclure dans mon film. Parce que le film n’est pas seulement sur l’oncle Boonmee, mais aussi sur moi. Tous mes films parlent de moi, mais je voulais que celui-ci agisse comme un journal, qu’il soit vrai et parle de ce que nous avons vécu. Je voulais que ce projet soit authentique, c’était donc très important pour moi d’avoir ces gamins dans ’Oncle Boonmee...’. Le moment où j’utilise les photos dans le film correspond à celui où la voix d’oncle Boonmee et la mienne se mêlent. A ce moment-là, juste avant qu’il meurt, je deviens comme lui.


Source : EVENE

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