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Le Traité du Milieu de Nagarjuna et La Doctrine de la Vacuité — Par Trinh Khai(2/2)

vendredi 18 juin 2010, par Buddhachannel Fr.

Langues :


Résumé de la Ière Séance :


1,- Les lois de la Nature


2,- Le principe de la non substantialité


3,- La Vérité Conventionnelle (phénomène) et la Vérité Ultime (chose en soi)



III.- L’Identité et le Tétralemme de Nagarjuna :



Comment a-t-il expliqué le sens profond de la « vacuité » :

“Puisque Tu (le Bouddha) enseignes le nectar de la Vacuité
Pour nous aider à abandonner tout concept, (1)
Tu as fortement condamné
Le fait de s’attacher à cette Vacuité ». (2)

(1) Tout concept humain n’est que : réalité conventionnelle issue de l’imperfection de la capacité de perception des sens dont l’affranchissement permet d’atteindre les Valeurs absolues.
(2) Le fait de s’attacher à cette Vacuité signifie que l’esprit est toujours dominé par la Vacuité comme se laisser asservir par le Vide c’est le contraire de la Vacuité.

Le sens profond du Nirvana : le passage du Domaine du Conditionné (Extinction des valeurs relatives = Vacuité) au Domaine de l’Inconditionné (les valeurs absolues). (Ex. : quelles qu’en soient leurs origines les eaux d’une pureté absolue sont identiques ==> la vacuité de toutes les impuretés, les souillures … )

Pour le Bouddha par la Vacuité l’homme s’efforce de devenir Dieu.

Le tétralemme de Nagarjuna ou les 04 propositions logiques d’une identité, qui correspondent au Traité du Milieu (ou la Voie du Milieu du Bouddha) :

1,- Si la relativité universelle était vraie, à un moment déterminé (instant donné « T » où on parle de l’ instantanéité universelle), le raisonnement suivant serait vrai. A = identité (être) ou agrégat,
1) A = vrai ou A = A …. Vérité conventionnelle (convention = vyavahara)
2) A = Ni non vrai (B) ou A est différent de B = non A
3) A = Ni (A et B) Ni (affirmation et négation)
4) A = Ni A et ni B, Ni affirmation et Ni négation

En effet les états de non-manifestation assurent ainsi à l’être l’apparence d’une permanence et d’une identité. Chez les maîtres bouddhistes ces états correspondent à l’instantanéité universelle ou l’instant de l’éternel présent,

2,- Avec la même loi de l’Impermanence, si le temps changeait, toute chose serait soumise à des transformations perpétuelles – domaine du transitoire et du multiple - , donc aucune identité ne serait plus jamais identique à elle-même avec le temps : A ne sera pas égal à A ou A = Non A (Ex : le « moi »), et la logique du tétralemme serait :

Ainsi tout A est non vrai, ni non vrai, ni (vrai et non vrai), ni vrai et ni non vrai :
1) A = Non A ….Non affirmation (Irréalité des choses venant de nos sens)
2) A = Ni B = Ni non A ... Non négation ou négation de la négation
3) A = Ni (A + B) …Négation d’un ensemble de deux arguments regroupés
4) A = Ni A et ni B ….Réfutation des deux arguments pris séparément

Avec le temps et soumises aux transformations perpétuelles, ainsi la disparition du « moi » d’hier et l’apparition du « moi » d’aujourd’hui…puis de demain ne sont que des états successifs, éminemment transitoires. Si on ramenait le temps d’une journée à 1 heure, à une fraction de seconde, ce constat resterait toujours vrai comme disait le Bouddha : Toutes les vérités sont impermanentes.

Dans le raisonnement de Nagarjuna sur la négation ou le vide (Không = Vô), si on remplaçait la lettre A par être, le tétralemme précédent deviendrait :
1) Être = Non Être ….Non affirmation (Irréalité des choses venant de nos sens)
2) Être = Ni non Être ... Non négation ou négation de la négation
3) Être = Ni (Être + non Être) …Négation d’un ensemble de deux arguments regroupés
4) Être = Ni Être et Ni non Être ….Réfutation des deux arguments pris séparément

puis pour les érudits bouddhistes si on comprenait que l’être signifie la naissance (formation) et que le non être la non mort (non dissolution) alors ce tétralemme explique parfaitement l’Enseignement (la Voie) du Bouddha :

1,- A = Non Naissance (formation)
Tant que l’homme continue de se créer du Karma avec ses activités (Samskara) dictées par l’Ignorance et les douze conditions inter dépendantes, il reste toujours dans le cycle Samsara imposé par la Naissance (formation) puis la Mort (dissolution) comme disait le Bouddha : « Il n’est rien de créé (formation) qui ne soit déjà en voie de disparition (dissolution) »

2,- A = Non Mort (dissolution)
Si la Naissance disparaissait alors la Mort s’évanouirait, cette expression déterminerait le niveau de compréhension de l’Enseignement du Bouddha ( les Quatre Nobles Vérités) *
* Les Quatre Nobles Vérités :
a) Vérité de l’Existence de la Souffrance –
b) Vérité des Causes de la Souffrance –
c) Vérité de la Délivrance de la souffrance –
d) Vérité de la Voie de la Délivrance de la souffrance.

3,- A = Ni (Naissance et Mort)
Suivant la Roue de la Loi, la parfaite compréhension de la Vérité de la Délivrance de la souffrance et la façon de se rendre meilleur grâce sa propre perfectibilité (l’Octuple Sentier) permettraient à l’homme d’être capable de se délivrer de son Karma et en suite de quitter le cycle Samsara : Ni (Naissance et Mort).

4,- A = Ni Naissance et Ni Mort
Arrivé à cette étape d’Eveil (la Grande Connaissance) définie par le Bouddha comme « Large soit ouverte la porte de la Non Formation et de la Non Dissolution », l’homme a pu se débarrasser de son Karma par l’élimination de ses activités (Samskara) conventionnelles (ordinaires) et atteindre l’Esprit du Bouddha : l’Extinction de valeurs relatives (valeurs conventionnelles) du monde conditionné c’est à dire par cette Vacuité l’homme serait capable d’atteindre le Nirvana.

Le trétalemme provoque un combat d’assertions (propositions, affirmations, théories, négations …) mais auxquelles, en respectant le silence du Bouddha vis à vis des origines et des fins, Nagarjuna ne voulait pas donner des réponses ni affirmatives ni négatives et pour se faire comprendre ne pouvait utiliser que des paroles imparfaites dans la sémantique très limitée d’un langage du Domaine du Conditionné. Ainsi donc à la place du silence, ses réponses ne seraient que des vérités conventionnelles.

A propos du temps, le Bouddha observe le silence devant ces propositions :
Est-ce que le monde est éternel ? A = A ?
Est-ce que le monde n’est pas éternel ? A = B (non A) ?
Est-ce que le monde est (éternel et non-éternel) ? A = Ni (A et B) ?
Est-ce que le monde n’est ni éternel, ni non-éternel ? A = Ni A et ni B ?

Ces questions auxquelles Bouddha voulait garder le silence font partie du contexte de la croisade anti-substantialiste du Mahayana issu du Traité du Milieu de Nagarjuna qui respectait toujours le nectar de la pensée du Bouddha.
A travers la logique du Tétralemme de Nagarjuna on constate que l’Identité de la personne comme la personnalité persiste dans le changement mais devient muable avec le temps

Néanmoins avec la transmigration (loi de l’Impermanence) le « moi » ne renaît pas le même …. et ce n’est pas non plus autre.
Nagarjuna rejeta en bloc le principe d’identité et en même temps démontra la négation de l’ontologie mais reconnaissait deux visions pour la même identité : une vérité conventionnelle (monde conditionné *) et une vérité absolue ** (Éveil) ; il en est de même avec Kant dans son œuvre « Critique de la raison pure », qui a opéré cette conception du monde sous deux aspects : « phénomène * » et « chose en soi ** ».
* Le « phénomène » représente les savoirs, les concepts, les raisonnements …. issus du monde physique et phénoménal du Domaine du Conditionné.
** La « chose en soi » de Kant peut être comprise dans le sens d’une valeur ultime ou absolue déterminée par la logique de Nagarjuna, selon ces deux philosophes une telle valeur est pratiquement inaccessible pour le commun des mortels du monde conditionné.

Mais avec son principe de non-contradiction ou le principe du tiers exclu, Aristote – 350 ans avec JC – n’admettait jamais une 3è solution de son dilemme : vrai ou faux (*) mais jamais vrai et faux, cette dernière solution ne serait valable que pour ceux qui ont un esprit au niveau d’une plante. Il existe une incompatibilité totale entre cette logique binaire (0 et 1) et celle du Tétralemme de Nagarjuna réservée aux érudits bouddhistes dont le but final est d’atteindre l’Eveil.
(*) Une pomme est verte (vrai) ou rouge (faux = non verte) ; rester ou partir (non rester).

Nagarjuna pratique la même proposition qu’Aristote tant qu’on reste dans la logique du monde conditionné ou domaine de la relativité universelle mais lorsqu’on veut chercher les valeurs absolues (l’indicibilité du Domaine de l’inconditionné) suivant la Voie, le trétalemme de Nagarjuna ignore littéralement la loi de la non contradiction (le dilemme) d’Aristote, qu’on peut définir comme le principe de l’incompatibilité des contradictoires.

Résumé :
Nagarjuna : Analyses ==> Constats ==> Réfutation (logique apophatique) ==> Silence ==> passage possible de la Vérité conventionnelle à la Vérité Ultime avec la Voie du Bouddha.

IV.- L’Essence et l’Existence.



D’une façon générale l’essence de l’être représente un ensemble de propriétés matérielles (physiques) et immatérielles (métaphysiques) (corporéité et esprit), qui lui permettent de se distinguer des autres êtres et grâce auxquelles on arrive à déterminer son identité et définir ses caractères spécifiques.

Selon certaines philosophies occidentales l’existence se manifeste impérativement par l’essence. Mais pour JP Sartre (Existentialisme), les activités (Samskara ou ou existence ou production) constituent l’existence c’est pourquoi « l’existence précède l’essence » signifie qu’avec ses activités l’homme détermine ainsi son essence. Pour d’autres philosophes l’essence – ou l’intelligibilité de la substance (l’ousia d’Aristote) - est la mesure de l’existence, cette prétention s’accorde avec l’expérience des réalités entre les différentes espèces : homme ; chien ; mouton …

En prenant appui sur la Voie ou Enseignement du Bouddha on va beaucoup plus loin avec la Loi du Karma et la loi de l’Interdépendance :
Le bilan de L’héritage de l’existence (Karma) des vies passées (a = essence) et Les activés (Samskara) de la vie en-cours (b = existence) forment, en effet, le Karma = (a) + (b) qui constitue l’identité muable (personnalité) de l’être ; d’une façon générale par la déduction de son Karma la détermination de l’être est subordonnée à son essence (Karma) et à son existence (Samskara) : l’interdépendance des deux (1), c’est pourquoi les différents Karma font que les hommes ne sont jamais nés ni identiques, ni égaux.
(1) La transmigration (la loi du Karma) est une loi de la Nature comme la loi de l’Attraction Universelle reste toujours valable tout au long de ces étapes :
Naissance ======> Vie =====> Mort =====> après la mort =====> revivre ====> Samsara ... aucun individu (mort ou vif) vivant au sommet d’une montagne, enterré sous terre ou au fond de l’océan.... ne pourra échapper à la loi de l’Attraction Universelle et à celle du Karma.

Cependant selon le Bouddha avec sa perfectibilité (2) l’être humain, par la Vraie Nature de son esprit, par ses valeurs strictement humaines (Amour, Altruisme, Charité, Compassion....) serait capable de se rendre meilleur pour lui-même, par lui-même, de lui-même sans intervention divine comme dans son cas c’est à dire capable de modifier dans le bon sens son essence, son existence, son identité (sa personnalité) ou ses activités mentales (*), orales et physiques qui changent ainsi en continu son Karma … d’où confirmation irréfutable de l’interdépendance entre l’essence et l’existence .

Sur l’échelle de l’Humanité c’est que seule la Connaissance détermine l’Essence et l’Existence de l’Être, et que le seul but digne de l’esprit (**) signifie : être sujet et objet de la Connaissance. (1)
(1) L’exemple de la maladie Alzheimer montre que l’être humain pourrait, sur cette échelle de l’Humanité, se rapprocher de l’Animalité.

La philosophie du Bouddha se repose sur la recherche de la Grande Connaissance :
« La Racine de la Souffrance est la Conscience par laquelle s’atteint la Délivrance de la Souffrance »

Khổ do Tâm mà ra – Diệt khổ nhờ Tâm mà thành.

(*) Notre imagination est capable de donner une existence mentale à des êtres comme les anges, les fantômes, les diables etc…
(**) Sur ce sujet (l’esprit ) voici la pensée de Saint Thomas d’Aquin : 
« Il faut qu’en être fini un principe de perfection (1) soit lié à un principe de limitation (2), de sorte que, par son principe de perfection, l’être fini participe à la perfection de l’être (1), et que par le principe de limitation il appartienne au monde fini (2) » (Nagarjuna et la Doctrine de la Vacuité – Jean-Marc Vivenza – Éditions Albin Michel)

(1) La Vraie Nature de son esprit
(2) Le Karma et Domaine du Conditionné.

Pour cette raison, l’essence et l’existence sont des valeurs relatives et muables des concepts humains ; avec la maladie d’Alzheimer elles s’évanouissent et le malade sombre dans l’inconscience (F) pour mener une vie purement végétative.
(F) Selon Freud les activités oubliées du passé de la vie en-cours se retrouvent dans l’inconscience par laquelle, par celles des autres vies et par sa conscience se définit, pour le Bouddhisme, le Karma comme l’intelligibilité de chaque espèce. On désigne encore ce Karma sous le nom de « la force de l’habitude » ou encore le Karma individuel qui détermine les caractères, les comportements, les impressions des humains... totalement différents les uns des autres et souvent désignés par le terme « caractères innés » ; ainsi les êtres ne sont-ils jamais nés ni identiques, ni égaux...


V.- Le vide, la Forme et la Vacuité avec Nagarjuna :



Avec Nagarjuna la relativité universelle et la coproduction dépendante (ou loi de l’Interdépendance) se manifestent par la négation de tous : les concepts, les logiques de la vérité conventionnelle, les idées discursives sur l’être, l’essence et l’existence...., et enfin par la réfutation du temps comme une entité en soi (Vérité Ultime). Car en absence d’identité de l’être il serait impossible de reconnaître (l’indicibilité) ni son essence, ni son existence et ni sa substance …… - vide ou néant de valeurs absolues, de dualités, de spécificités … - d’où négation de tout concept humain, des valeurs relatives,….y compris le « moi impermanent » (Vô Ngã) dont le culte ne serait qu’une erreur grave de la conscience, réciproquement en absence de substance propre, les phénomènes aussi sont vides de toute essence propre.
D’après la logique apophatique de Nagarjuna, faire apparaître l’être vrai de l’être n’est qu’un rêve insensé pour un esprit ordinaire ou être fini du monde fini.

Selon la Doctrine de la Vacuité du Bouddha et avec le Traité du Milieu de Nagarjuna le Maître Ch’an chinois Lin- Tsi (*) disait : « Chercher le Bouddha c’est perdre le Bouddha » et Nagarjuna avait écrit : « Si tu vois le Bouddha, tue-le ». Embourbé dans le monde « phénomène » de Kant, l’homme ordinaire doit reconnaître l’indicibilité de la « chose en soi » ou de la « vérité ultime », c’est pourquoi le concept ou le Bouddha imaginé ne peut être qu’une erreur de la conscience.

(*) En vietnamien Tuệ Năng (Lin- Tsi) était le 6è patriarche (lục-tổ) de la branche chinoise du bouddhisme Mahâyâna venant de Bodhidharma (Đạt Ma Lão Tổ), et avait été aussi le Grand Maître de Dôgen qui devenait, en effet, plus tard le Grand Maître ZEN japonais,

D’ailleurs Nagarjuna nous a conduit à considérer la Voie du Bouddha comme une grande révolution métaphysique de l’histoire de l’humanité. Le tétralemme (ou la logique apophatique) de Nagarjuna respecte parfaitement, devant les « vérités impermanentes », la coproduction interdépendante (les incertitudes universelles), le silence du Bouddha, dont l’objectif, pour les pratiquants de haut niveau et par un processus intuitif non dialectique (tâm truyền), c’est de se frayer un chemin (vers la Vérité ultime) entre les affirmations, les négations, les questions, les réponses... les thèses opposées du monde fini ou conditionné (trần tục).

Pour éviter les interminables explications métaphysiques sur l’incréé, puis les digressions vaseuses sur le Paradis et l’Enfer, le Bouddha disait : « Que Dieu Créateur ou le Ciel (*) existe ou non, ça ne rapporte aucun profit à mon Enseignement » (comme dans les études scientifiques). Et les quatre Nobles Vérités sont toujours irréfutables.
(*) Imaginé, défini et déterminé par nos attributs du Domaine du Conditionné.

Respectant l’essence originelle de la Voie et avec son principe de tétralemme, Nagarjuna disait à propos de la Vacuité : « Ni Identité, Ni Diversité, Ni Anéantissement, Ni Permanence c’est ainsi le nectar de la Voie du Bouddha ».

Explications :

1.- Ni Identité. Le moi impermanent (« vô ngã » traduit en « non-moi ») ne se définit que par des états successifs et furtifs (*) comme les nuages dans le ciel. Nos corps physique et mental ne sont que des assemblages éphémères d’éléments d’emprunt impermanents (atomes, molécules, protéines, les savoirs, les études... etc…samskrita) qui existaient déjà avant notre naissance et qui se disperseront dans la nature après la mort. Finalement cette démonstration confirme une absence réelle d’une identité (ni « sujet », ni « objet ») avec une existence en soi et pour soi.
L’illustration d’une fixité de l’être n’est qu’un concept illusoire et erroné de la conscience car le germe de la mort se trouve dans la vie dès la formation de toute chose.
(*) Y compris les 03 phénomènes du cerveau : physiques , cérébraux et mentaux.

2.- Ni Diversité. Si un ensemble était composé de « non identité », il ne serait pas logique de le reconnaître comme une identité remarquable ; en conséquence il est donc une « non diversité ». Toute définition, toute détermination, toute désignation ... comme tout concept nous conduisent enfin à une « indéterminité » (*) (Néant), à des valeurs relatives (vérité conventionnelle) c’est à dire le contraire de la Valeur absolue (Vacuité). Avec la loi de l’Impermanence, quand « A » se définit par une une valeur différente avec le temps, il en est de même pour « ni A », d’où il n’est pas pertinent de parler de diversité. Pour Nagarjuna ce, qui naît des causes (**), ne naît pas en réalité. 
(*) Terme utilisé par F. Hegel pour désigner une absence totale de valeurs absolues.
(**) La loi de l’Interdépendance ou la Coproduction ou la Production dépendante selon Nagarjuna

3.- Ni Anéantissement. Selon la Doctrine de la Loi, en chaque personne il existe (Chân Ngã) une Énergie Psychique muable et indestructible (1) qui transmigre dans le cycle (Samsara), et dans laquelle se retrouve l’essence de Bouddha de chacun définie comme le principe personnel éternel (2) qui, au moment de l’Éveil, entrera au Nirvana. Cette étincelle (Énergie Psychique) qui animait le corps physique périssable devra, après la dissolution de ce dernier, trouver de nouveau d’autre corps ou être pour perpétuer ainsi le cycle Samsara sans commencement, ni fin (vô thỷ, vô chung).

(1) La Science actuelle reconnaît :
1,- Les énergies sont indestructibles. Selon la Voie cette Énergie Psychique (ou âtman ou âme) muable (conscience subtile ou continuum de l’esprit) possède en elle : essence de Bodhisattva ou de Bouddha -. La continuité de Cette énergie consiste dans la transmigration à travers les états successifs éminemment transitoires du corps et de l’esprit au-cours de la vie, et aussi à travers les renaissances des vies futures du cycle samsâra,

2,- Le couple Matière-Énergie, comme une réalité irréfutable, est reconnu par la Relativité d’Einstein et par la science actuelle. De ce fait soit le seul capable de devenir Bouddha l’être humain qui, avec la Voie et par ses propres moyens, s’efforce de devenir Dieu.

(2) le principe personnel éternel c’est l’Essence indestructible de Bodhisattva ou de Bouddha qui se retrouve dans l’être humain, c’est pour cette raison que l’Homme seul soit capable, avec sa perfectibilité, d’atteindre l’Éveil ou le Nirvana.

4.- Ni permanence (ou Impermanence Universelle). C’est la loi de l’Impermanence découverte par le Bouddha, dont nous avons fait la description ci-dessus, et que le Bouddha ne voulait évoquer ni l’origine, ni la fin mais seulement le cycle d’évolution de tout agrégat (…. même les étoiles, l’Univers)
(1) : formation (naissance) ; croissance ; vieillissement ; dissolution (disparition). Contrairement à la prédestination ou au déterminisme, grâce à sa précieuse vie et aux transformations perpétuelles tout individu, avec sa perfectibilité et la Voie, serait capable de se rendre meilleur et de pouvoir atteindre, dans le devenir, le Nirvana (son essence de Bouddha).
(1) Le Domaine du Conditionné dans lequel selon Nagarjuna on ne trouve que des vérités conventionnelles, ou Le monde des « phénomènes » de Kant où les sensibilités et les subjectivités ne permettent pas à l’être fini d’atteindre le principe de la raison suffisante ou de comprendre la « chose en soi ».

Finalement avec certitude on peut affirmer que cette relativité universelle entraine avec elle la disparition de toutes les certitudes parce que seule la permanence de l’impermanence est une réelle fixité.
La Prajna Paramita sûtra (*) (Bát Nhã Kinh), qui signifie « aptes à atteindre l’Eveil par l’esprit », synthétise en effet toute la pensée de Nagarjuna sur la Vacuité (çunyata).

(*) Un extrait : A l’état d’Éveil du Bouddha, le vide n’est pas différent de la forme et la forme n’est pas différente du vide ; le vide est la forme et la forme est le vide ; les cinq sens sont vides ; la naissance est vide, la mort aussi ; ainsi dans le vide de forme, est – il vide de pensées, de paroles, d’actes ... et vide d’obscurantisme, de « moi », de « non moi », des quatre nobles vérités ...
Cette vacuité, cette extinction de toutes les valeurs relatives, que seul l’homme soit capable d’atteindre, détermine ainsi le niveau le plus haut de l’être, l’Existence en soi ou la « chose en soi » de Kant.

Se pénétrer en profondeur dans la pensée métaphysique – cette Cette vacuité - de la philosophie bouddhiste consiste dans la réponse à la question : Y a-t-il une différence entre être enchainé par une chaîne en acier ou par une chaîne en or ?

L’attachement au désir du désir du monde conditionné conduit les êtres sensibles à se cramponner à des présomptions subjectives entre les faussetés et les vérités, à des discriminations entre les classes sociales, les sages et les idiots, les riches et les pauvres ...

Pour le Bouddhisme il est donc inconcevable de confondre l’être humain avec tous les êtres (étants) car grâce à la perfectibilité de son esprit, l’homme seul soit capable d’atteindre la Vacuité c’est à dire l’Extinction (le Vide) de toutes les valeurs relatives du Domaine du Conditionné – c’est le passage du fini à l’infini de l’esprit –

Pour rejoindre cette pensée Heidegger a écrit : « Ce Vide, ce Néant ne sont pas différents de l’être, car ils sont l’être de l’être. L’être est le néant précisément en tant qu’il est être ». Ainsi cet être fini (*) reste – il encore dans le monde fini.
(*) Dont les attributs, les concepts ne sont que des vérités imprmanentes c’est à dire des non valeurs mais des vides de valeurs ultimes immuables.

VI.- Conclusion



Selon la Voie du Bouddha la responsabilité et le mérite (Karma personnel) sont strictement personnels et pour cette raison elle réfute catégoriquement les concepts humains tels : prophète - messie - rédemption – absolution - repentance - élection ou élu de Dieu arbitraire - prédestination (mission divine) - réincarnation (la résurrection de la même identité) - indulgence - Grâce Efficiente ...

De lui-même, avec lui-même, par lui-même et pour lui-même, l’humain trouve sa Voie et son maître ; il n’a aucune raison de s’attendre à une quelconque intervention divine pour pouvoir atteindre la Délivrance.

“L’homme naît seul, vit seul et meurt seul”.


Le Bouddha

Ce sont des gens pleines d’ambition tout à la fois ardente et molle, ils cherchent à éviter la conséquence de leurs fautes grâce à un bouc émissaire (le rédempteur), ils veulent obtenir les meilleures récompenses : la félicité, la plénitude, la béatitude ... par la grâce efficiente mais ils désireraient se dispenser d’effort grâce au travail des autres (Dieu Créateur ou divinités arbitraires ...). Ils se contentent de ce que leur esprit n’est à la cherche que de l’instruction sans travail et de la Connaissance sans souffrance. Finalement au sujet de l’Enseignement du Bouddha, ils n’en saisiront que des bruits vagues, seulement les fables obscures, et les commérages les intéressent au plus haut degré.

Selon la pensée du Bouddha, tout dans le monde est enflammé par le feu du désir, par le feu de la haine, par le feu de l’ignorance ... le feu, que les individus mettent aux activités (Samskara) dominées par l’amour des richesses, par la passion du pouvoir, par le culte du corps, les empêche de s’enflammer pour des idées nobles ( Amour, Altruisme, Charité, Compassion...), de se rendre meilleur et de rechercher la Grande Connaissance.

Qu’on n’oublie pas que la fixité de cette disparition continuelle du « moi » – une mort perpétuelle entre ces états successifs et furtifs - transforme le présent en passé mort et la vie du « moi » en une longue agonie difficilement supportable par sa souffrance dans laquelle l’individu cherche désespérément à repousser à chaque moment cette disparition ; finalement dans cette lutte inextinguible sans relâche contre cette fin, le « moi » voué à la dissolution, tiraillé par l’envie de vie, par l’angoisse de l’inévitable vieillissement et par la peur de la mort, sera toujours vaincu.

Puis selon la philosophie du Taoïsme, malgré les différences au-cours de notre vie, à chacun de nous viendront les inévitables phénomènes après la mort : la puanteur – la putréfaction – la décomposition et la disparition.

"Je me prosterne devant le meilleur des Maîtres, le parfait Bouddha qui enseigna que ce qui est produit en dépendance n’a ni mort ni naissance, ni annihilation ni permanence, ni aller ni venir, ni unité ni différence, et qu’il est libre de conceptions et apaisé."
Nagarjuna

Pour Nagarjuna ce, qui naît des causes, ne naît pas en réalité. La pensée bouddhiste du Mahayana issu du Traité du Milieu de Nagarjuna a évacué dans toute observation les notions et concepts humains : « Rien, ni sujet, ni objet, n’a une existence en soi » ; de ce fait elle se base définitivement sur le principe de non-substantialité, sur la dissolution de toute analyse humaine.



Paris — Avril 2010.
TRINH Khai

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