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Miroku de Saburo Teshigawara — Danse à bout des bouddhas

mardi 8 juin 2010

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Saburo Teshigawara en solo est captivant, dans le sens qu’il tient captif le spectateur sans accorder une seconde de répit. Il déroule une gestuelle d’une heure sur le mode des musiques progressives, où même les accalmies annoncent une agitation prochaine. En découle une impression contradictoire d’abstraction du temps qui apaise, et d’excitation permanente qui épuise. Une succession d’extases infinies et de spasmes violents qui s’enchaînent avec fluidité, et dont on sort lavé, d’éblouissement et de fatigue.

Miroku désigne en japonais la dernière réincarnation de Bouddha, une fois le monde en harmonie. Cette création de Teshigawara se situe probablement à ce moment précis et interminable de changement, comme à l’épicentre d’une secousse sismique de l’ordre des choses plutôt que dans le calme qui s’ensuit. La pièce est empreinte de spiritualité bouddhique : plongée dans un espace sans dimensions ; en constant renouvellement vers l’atteinte d’un accomplissement ; traitant de la révélation du Tout en chacun, mais de l’inexistence de chacun sinon interdépendant dans ce Tout. Elle s’avère surtout une démarche laborieuse et quasi ascétique pour contenir sagement la pression sensorielle jusqu’à l’émerveillement.

Le chorégraphe-interprète fait l’effet d’un insecte affolé autour d’une ampoule, ou d’un néon dysfonctionnel dont le clignotement à peine perceptible à l’œil martèle directement le système nerveux. À bon escient cependant, puisqu’il s’agit d’être à la fois obsédant et hypnotisant. Teshigawara n’est vraisemblablement pas seul en scène, mais en négociation constante d’équilibre avec le décor. La mise en scène paraît relativement nue, car elle joue sur l’hyperprésence d’éléments immatériels - trame sonore, éclairages et énergies - qui reconfigurent l’espace et sa perception en permanence. Par exemple, à la cadence d’un passage de rails à répétition et des secousses d’un wagon branlant, des fenêtres de lumière défilent en chaîne vers le plafond de l’espace vide ; souvenir d’enfance où le trafic urbain de nuit dessinait aux murs des monstres de phares immiscés par les fentes des volets ; ou retour d’escapade assoupi en auto, prévenu par les jonctions régulières du pont et les flashs concordant des lampadaires qu’on a rejoint la ville.

Les couleurs déterminent également l’atmosphère et donnent de la texture à l’air environnant. Le chandail du danseur, parfois vermillon lumineux et d’autres fois pourpre profond, se détache ou se fond selon dans l’ensemble bleu vif, pétrole ou nuit. Mais à d’autres moments où la source de lumière est directement manipulée sur scène, c’est un faisceau jaune ambre qui tranche l’obscurité, ou rougit contre la peau. Dans les différents cas, les contrastes sont recherchés et flagrants entre les teintes chaudes et froides, sauf qu’en dépit d’exprimer l’opposition, ils suggèrent plutôt l’harmonie, soit qu’ils se voilent d’un flou commun, d’un fondu au noir ou au contraire respectent leurs contours précis.

Tout est équilibre au sein d’une combinaison d’éléments indissociables : la gestuelle du corps, la transformation de l’espace, l’intensité du son, la direction de la lumière, la présence et la place du vide. Le flux d’énergie qui circule entre tous ces éléments et accorde leurs puissances réciproques est continuel, mais implique que chaque élément se comporte selon une sorte de sinusoïde ou d’électrocardiogramme. Aussi une montée de son peut entrer en résonance avec le corps qui suit l’accélération, mais le climax musical devenu presque insupportable vide d’un coup le corps de son mouvement, tandis que toute l’énergie est transmise simultanément à l’éclairage aveuglant de la scène. L’évolution de cette partition est donc difficile à prévoir et démêler, bien qu’elle suive une logique physique propre, basée sur la perméabilité et l’ajustement incessant de tous les éléments entre eux. (...)

Sans élucider son propos, le spectacle est intensément sensoriel, la performance impressionnante, et son esthétique emporte la mise. Voilà une lumineuse mise en pratique d’une vieille leçon d’endurance physique : alterner sprints et trottinements tranquilles pour atteindre la perfection ultime d’une respiration régulière et équilibrée. Savourez l’assouvissement de l’effort collectif lors des applaudissements, mais n’oubliez pas en quittant votre siège quelques étirements méditatifs - quoi pourquoi et comment une telle pièce ? - pour vous sauver des courbatures inexplicables le lendemain.

Auteur : Marion Gerbier


Source : dfdanse.com

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